LA BOURGOGNE
Mesdames, Messieurs,
La Bourgogne est une des provinces de France les plus riches en liionumenis de toutes les époques. Parmi ceux du xi** siècle, il faut citer tout d'abord la rotonde de Saint- Bénigne de Dijon.
Trois hommes concoururent à son édifîcation; Tévêque Bruno qui fit venir des colonnes précieuses pour Torner ; le moine Hunald qui fut chargé* de la sculpture et de la décoration, et, le plus célèbre de tous, Tabbé Guillaume qui établit le plan et dirigea lesr travaux (Conf . Le vénérable Guillaume, abbé de SainUBénigne de Dijon, par Tabbé Chevalier, 1875).
Depuis longtemps les historiens ont remarqué combien on trouvait de noms barbares et germaniques parmi les fonctionnaires civils et parmi les dignitaires religieux à partir des temps carolingiens. On en^ conclu justement que Tinfluence directrice était passée aux races barbares.
Les tendances politiques et sociales qui se formaient alors et qui se développaient devaient donner naissance à la féodalité.
Ce qui s'est passé dans Tordre administratif et dans Tordre religieux s'est passé aussi dans le domaine des choses de Tart.
L'élément barbare a pris la direction des affaires. Fortunat, dès
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les temps inéro\'îiigîeiis, avait constaté Texistence de ce mouvement, quand il célébrait en vers le succès du duc Lani&eboJe à Toulouse, réalisant ce que les Romains étaient impuissants à produire.
Le mouvement s^accentua sous les Carolingiens et continua aux temps romans, même quand la dj^-nastie austrasienne eut disparu de la France.
Ije bienheureux Guillaume, d'après Raoul Glaber, moine de Cluny, qui avait pu le connaître à Cluny même où il avait séjourné, le bienheureux Guillaume était Italien de. nation et par le lieu de sa naisf^ance. Mais il était barbare de race ; il était sorti d'une famille d'origine gothique ou suédoise ou scandinstre. Son aïeul s'appelait 'l7^o. Il était Suédois et sVtablit en Italie. I^ mère de Guillaume s*appelait Periaza. Elle était Lombarde et Lombarde de race, car elle appartenait à la plus haute aristocratie de cette nation, nous apprend Raoul Glober.
Klu abbé de Saint-Bénigne à Dijon, en 990, Guillaume, entreprit un voyage à Rome la sixième année de son élection : un certain nombre de moines italiens le suivirent lorsqu*il rentra en France.
Dès 1001, il résolut de reconstruire l'église de Saint-Bénigne. Même désir que celui que vous avez vu exprimer à Saint-Benoîtsur-Loire. On veut élever la plus belle basilique des Gaules.
La rotonde de Saint-Bénigne de Dijon, qui date des premières années du xi" siècle était encore intacte au xviii^ siècle. Elle a été gravée pour Touvrage de Dom Plancher, Histoire générale et particulière de Bourgogne^ t. I®'', p. 479.
Suivant Viollet-le-Duc, le plan de cet édifice ne fut qu'une imitation de celui du Saint-Sépulcre de Jéyisalem.
Le bienheureux Guillaume porta certainement avec lui en Normandie, quand il alla régénérer labbaye de Fécarap, certains principes de la construction lombarde qu'il avait déjà importés à Cluny et à Dijon. — Je n'ai pas de preuves à Fécamp même, mais j'en trouve à Bernay et à Jumièges.
« La Chronique de Saint-Bénigne de Dijon^ dit M. Jean VireyS nous donne de précieuses indications sur... la Renaissance artistique qui se produisit dans cette province, grâce aux moines instruits
1. ^architecture Romane dans Vancien diocèse de Mâcon, p. 14-15.
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ramenés d^Italie par Tabbé Guillaume dans les dernières années du X® siècle.
c< En peu d'années, l'abbaye de Saint-Bénigne était devenue, sous la direction du grand abbé, un foyer de sainteté et de civilisation visité par les évêques d'Orient et d'Italie ; et il est permis de croire qu'il se trouva parmi les moines des architectes et des sculpteurs pour la reconstruction de l'église et du monastère entreprise en UX)1 ».
L'abbé Guillaume eut sur son temps une influence considérable; il réforma beaucoup de monastères où il porta les idées lombardes ; il travailla à se faire des disciples qui pussent le remplacer ; le plus célèbre fut Hunald, et, après lui. Déranger, Gauzlin, qui restèrent en Normandie et y continuèrent les principes de leur maître. Celui-ci mourut en 1031 .
Il ne reste plus à présent de la rotonde que l'étage inférieur qui était en sous-sol; les deux autres furent rasés au moment de la Révolution. Tout ce qui reste n'est pas de l'abbé Guillaume. On retrouve encore des fragments de la basilique mérovingienne qui fut remaniée au IX'' siècle, en 871, sous Charles le Chauve. On voit dans le mur de la crypte des débris de ces états antérieurs et, notamment, des entrelacs carolingiens très caractérisés.
L'identité du plan de la rotonde de Guillaume avec celui de la rotonde d'Almcnno en Lombardie saute aux yeux au premier abord (Cf. de Dartein, Architecture lombarde^ p. 34). L'influence lombarde n'est pas douteuse.
Quelques-uns des chapiteaux, probablement antérieurs à la rotonde^ sont d'une sauvagerie remarquable ; des monstres et des serpents forment leur principale décoration de caractère nordique et Scandinave, en connexion étroite avec l'art des fibules. On y chercherait en vain la moindre trace de corinthien.
Ce n'est pas un art de décadence antique ; c'est un art absolument différent et tout à fait original.
Sur d'autres chapiteaux, on remarque des enroulements, des collerettes particulières au style lombard, des palmettes, des motifs byzantins, et toujours l'absence d'éléments latins. Un chapiteau porte les mêmes crosses qu'un chapiteau de la Couture du Mans.
Les chapiteaux de la cage centrale de la rotonde, très irréguliers