DIX-HUITIÈME LEÇON 7 MAI
Mksdames, Messieurs,
Je veux prouver surtout aujourd'hui la communication avec le Nord ; prouver Texistence certaine de modèles choisis dans Tart barbare par les prétendus o Romans. » Prouver, enfin, dans une certaine mesure, Texisteiice d'un art saxon et d'un art normand^ comme disaient les vieux auteurs dont les pédants du xix^' siècle se sont tant moqués.
On remarquera le caractère général d'intransigeance du goût normand, c'est-à-dire du goût barbare en Normandie.
Voilà ce qui devra vous frapper dans l'étude spéciale que nous allons faire.
Il faut observer et constater la remarquable imperméabilité du goût barbare en Normandie, sous la pression de l'art classique.
C'est en Normandie et dans l'Ouest de la France comme dans le Nord que se révèle le mieux le tempérament des races nouvelles, ignorantes ou dédaigneuses du passé latin et romain, du passé classique.
L'art moderne s'y développe à partir du xi" siècle presque comme si l'art classique n'avait jamais existé.
Cependant la Normandie n'a pas été totalement indemne, pas plus
que toute autre province de France, de toute ingérence latine et gallo-romaine.
A propos de certains fragments retrouvés sous les murs de Bayeux et à propos de Rucqueville et de Boscherville, je ferai le compte de cette influence. Mais cette influence, pour être perceptible, n'est pas rinfluence dominante, loin de là !
En Normandie, comme dans les provinces de TOuest, on sent mieux qu'ailleurs que l'art roman n'est pas sorti de Tart romain.
C'est là qu'on peut comprendre toute la valeur des autres facteui*s de Tart roman, de cet art roman qu'on avait de bonnes raisons autrefois d'appeler, à un certain moment, art normand et saxon avant la vulgarisation des théories romanistes.
Ces autres facteurs principaux que nous verrons agir sont : 1** Vart byzantin ou néo-çjrec reçu directement ou par transmission gothique, wisigothe et lombarde ; l'art byzantin de la Méditerranée, de l'Alexandrie chrétienne et de l'Egypte copte : exemple à Gournay ; 2° l'art oriental venu des sources les plus reculées de l'extrême Orient, venu de la Perse, surtout de l'Inde; vous entendez bien, de l'INDE : exemple et preuves à Bayeux; 3® l'art barbare commun à toutes les races indo-germaniques, l'art populaire de l'industrie du vêtement et de la parure : preuves partout; 4<^ l'art autochtone de la Gaule, art autochtone pré-romain, qu'on appelait autrefois celtique et à qui je laisserai ce nom pour que nous puissions nous comprendre : nous l'étudierons surtout en Bretagne; 5** l'art de la charpenterie barbare dont nous trouverons les traces très manifestes dans la décoration des églises de l'Ouest, mais dont nous constaterons à Thaon et dans les chapiteaux cubiques de la Normandie des inspirations certaines ; 6^ l'art de la décoration irlandaise et anglo-saxonne, qui se confond quelquefois avec l'art de l'extrême Orient et avec l'art syrien et se mélange à l'art pré-romain de la Gaule. Nous établirons ce fait à propos de certaines sculptures conservées à Gaen et provenant d'Evrecy.
Chacun de ces coeflicients individuels ne se présente presque jamais à l'état de pureté complète.
Vous devez isoler avec nous ces principes pour les connaître dans leur essence.
Il faut d'abord que je vous donne la sensation du milieu nor-
mand. Il faut que je vous plonge en quelque sorte dans un bain rempli de tous les principes subtils de l'esprit nouveau, de Tesprit barbare, tel que le mélange des races et les événements de l'histoire l'avaient formé en Normandie au xi* siècle.
Ces événements de l'histoire, vous devez les connaître; je vous en ai fait un résumé dès la première année de nos entretiens sur les origines du style gothique.
Vous savez qu'avant d'être le siège principal de populations danoises arrivées en France pendant le ix« siècle et fixées chez nous pendant le x**, la plus grande partie du littoral français de la Manche s'appelait Lillus Saxonicum.
Je vous ai parlé de cette première incubation, de cette première éclosion germanique et Scandinave sous le soleil de la Gaule, éclosion qui se produisit dès le vi*^ siècle (Voyez Aug. Longnon Géographie de la Gaule^ au VI^ siècle).
Je vous ai parlé des origines ethniques des Normands et des principes de leur culture nationale.
Je vous ai cité de nombreux passages du livre de M. Sleenslrups.
Vous savez ce que nous avons demandé de révélations à Saxo Granimaticus et à thulon de Saint-Quentin qui écrivait précisément au XI** siècle.
Que les personnes qui n'ont pas assisté à nos premières leçons s'empressent de lire l'excellent petit résumé donné par M. Langlois dans ses Lectures historiques^ chez Hachette.
Vous n'avez pas oublié que dans toute la Normandie, mais surtout à Bayeux, on parlait encore le danois au xi** siècle.
Vous allez voir que ce que l'histoire nous a appris n'est pas démenti par les témoignages de l'art et de la décoration architectonique. Cette décoration n'a pas cessé d'être en rapport avec le sentiment po])ulaire de la nation.
Les livres eussent-ils disparu, on pourrait reconstituer les annales normandes et relire l'histoire de cette province dans les monuments.
Les monuments de Normandie sont couverts de dessins empruntés aux fibules anglo-saxonnes ou aux manuscrits, de zigzags, si aimés des Barbares, par exemple à Granville, de tètes de monstres mordant la colonne (à Saint-Contest, à Mouen, près de Caen),
survivance indéniable de Fart de charpentier dans lequel les poutres sont souvent entrées dans la gueule de quelque animal fantastique.
L'élément grotesque n'est pas rare non plus; à Saint-Germain de Pont-Audemer, à Pontorson, il y a des représentations de figures humaines tout ù fait extraordinaires, des monstres androcéphales avec des trompes enroulées, des bases qui ne sont que chapiteaux retournés. Le sentiment de la base est tout à fait perdu.
Les modillons sont ornés de têtes grotesques ou empruntées aux fibules; les stries que Ton remarque sur quelques-unes de ces têtes se retrouvent dans des monuments indiens. Rien n'égale la fantaisie déployée dans ces modillons (musiciens jouant d^un instrument, têtes presque assyriennes et de belle expression, monstres difformes, personnages se tirant la barbe, mufles grimaçants aux yeux écarquillés, ornés de moustaches énormes, etc.). Le sentiment populaire de l'époque se traduit dans ces modillons. Les décorateurs et ornemanistes qui les exécutaient n'étaient pas les artistes savants qui avaient tracé le plan de l'église, et quand ils travaillaient tout en haut des murailles, ils s'abandonnaient plus librement à leur instinct et h leur verve.
Les têtes plates ne sont qu'une variété de modillons, mais cette variété prend une certaine personnalité dans l'emploi qu'en firent les artistes romans pour la décoration des archivoltes et des portes d'église {iïg. 27). En Normandie, comme en Angleterre, l'emploi en fut d'une fréquence extrême et d'une intarissable fantaisie. Toutes ces têtes procèdent de l'orfèvrerie barbare et de l'art des fibules (exemples à Fontaine-Henry, à Caen, à Bretteville, à Mouen, etc., etc.).
Fiiî. 27. - Tclc pinte. j ^^ y^^^^, ^^ déforme quelquefois et
devient une espèce de triangle terminé par un long nez : cela procède encore directement de ces fibules, que les Barbares portaient attachées à leurs vêtements et qui tenaient à leurs instincts les plus impérissables de tempérament et de race.
Dans d'autres monuments, les têtes plates se déforment encore ; la figure disparait complètement et devient un coin ou une espèce de palme (Exemples à Serquigny, Gran ville, Évreux, etc.). Ces arrangements ont atteint quelquefois un rare degré de rafTmement et d'élégance.
DIX-NEUVIEME LEÇON 24 MAI 189a.
(Suite)
Mesdames, Messieurs,
Ne m'accusez pas d'aller trop lentement et de m'attarder dans Texamen de certains problèmes qui n'ont jamais été étudiés, quoique de leur solution dépende toute Tintelligence de notre art et de notre culture modernes.
Quand on fait de la science avec les livres, c'est-à-dire de seconde main, on peut aller vite.
Mais quand il faut prouver chaque mot avancé; quand on est contredit par tous les livres, avant d'avoir parlé, on est forcé de ne s'avancer qu'avec les plus grandes précautions. • Permettez-moi de vous dire que vous ne me comprenez pas entièrement.
Je ne suis pas absolument libre de mes faits et gestes vis-à-vis du but que je poursuis. Je ne fais pas un cours uniquement pour Tamour de l'art, ou pour m'acquitter d'une fonction publique rétribuée. Je ne fais pas le livre que vous attendez, le manuel que plusieurs d'entre vous me demandent pour se dispenser d'avoir à réfléchir. Je fais pour vous bien plus qu'un liv^e. Je fais autre chose qu'un manuel.
QnTHAJOD. Lbçoxb. 30
J'entreprends de vous affranchir de Terreur consacrée par les livres et par les résumés.
Je fais, ou du moins je voudrais faire, une révolution pédagogique au bénéfice de la vérité.
Trop fréquemment les faiseurs de livres comme les faiseurs de cours, infatigables pondeurs de manuels, ne cherchent pas. Ils se bornent à vulgariser ce qui est connu par les travaux antérieurs.
L'enseignement écrit et même oral est trop souvent en relard sur la science et sur la découverte.*
Quand la révolution, ou, pour parler plus justement, quand révolution à laquelle je travaille sera accomplie, je me résumerai, j'irai vite; j'abrégerai, je condenserai.
Mais avant de publier une doctrine, il faut commencer par la concevoir. Je ne suis pas de ceux qui écrivent avant d'avoir pensé personnellement et qui ne rédigent que les idées des autres.
Imitons les hommes politiques et les hommes d'État qui vivent d'abord notre histoire avant de composer leurs mémoires. Nous sommes à présent dans la période militante, je dirais presque militaire de notre œuvre. Nous jouirons ensuite de nos conquêtes , si nous en avons fait.
Travaillons ensemble; cherchez âprement avec moi la vérité dans ce laboratoire sans limites et sans police de l'École du Louvre.
Le manuel, la formule, Técriture en sortiront d'eux-mêmes, trop tôt peut-être. Le livre, avant de mériter d'être une cause première, doit avoir été lai-même le résultat de causes premières et- de recherches personnelles et originales.
Je vous donne actuellement tous les ans cent heures environ d'analyse orale contre une heure de synthèse écrite que je vous distribue.
Ne vous pressez pas trop de solliciter le renversement des proportions. C'est vous qui y perdriez quelque chose.
■ u Je continuerai à vous montrer îiujourd'hui, à propos de la Normandie, la pénétration de l'art Scandinave subie par Tart français du xi" siècle.
Je crois, dit M. Johannès Steenstruys [Kiud es préliminaires pour servir à V histoire des Normands et de leurs invasious. Bulletin de
Ir société desanliq, de Normandie,^ tome X), je drois que la population danoise a conservé encore assez longtemps après la conquête ses mœurs ^ sa langue et ses lois Scandinaves. Je m'étonne de ce que presque tous les auteurs modernes, pour ainsi dire, effacent Tin* fluence de Télément danois dans la formation de la nation normande, et admettent que les Scandinaves, après une ou deux générations, se seraient complètement transformés ; je m'en étonne d-autant plus, que personne ne doute que les Normands, en esprit et en naturel, ne restèrent pendant des siècles une partie bien distincte du grand peuple français. Il est bon qu'il y ait eu deux grands exploits dont il est impossible de faire abstraction, à savoir la conquête de l'Italie méridionale et la conquête de l'Angleterre. Heureusement personne n'a encore essayé d'expliquer ces deux faits comme de simples accidents dans l'histoire de la Normandie. »
Je vais continuer à examiner et à analyser les éléments septentrionaux de l'art normand à l'époque dite romane.
Vous entendez bien. Je dis les éléments septentrionaux que j'isole en ce moment par l'analyse. Nous verrons après les autres éléments de la même composition, du même corps composé, car l'art normand est complexe comme tous les autres.
La pensée qui dominera la leçon d'aujourd'hui est celle-ci :
Fatalité, prédestination de la régénération du monde moderne et chrétien accomplie par le Nord; nécessité de la Restauration par le Nord.
Il a fallu aller jusqu'au bout. Après le Goth, le Franc; après le Franc, le Saxon ; après le Saxon, le Scandinave.
La rédemption n'était qu'à ce prix. Nous avons dû connaître dans toute sa profondeur l'esprit indo-germanique que la Gaule romanisée avait trop longtemps méconnu.
L'art roman, germe de l'art gothique, a dû se laisser pénétrer du génie indo-germanique à son maximum d'intensité.
Ces hommes du Nord, s'implantant d'une manière définitive sur le sol français, y apportèrent d'abord leur manière de construire et, par conséquent, l'architecture de bois. On retrouve sur les Eglise» de pierre des temps romans la trace ou la survivance de cet emploi habituel du bois. I/Eglise de Thaon, par exemple, a ses murs couverts de bardeaux, traduits en pierre.
56 4 t\ NORMANDIE
C'est une survivance de l'architecture ahcesirale, dont le boîs avait fourni tous les matériaux. Les maisons Scandinaves ont encore leurs cloisons extérieures recouvertes d'une seconde couche de bois sous forme d'écaîlles imbriquées qui interceptent rhumidité, c*est ce qu'on appelle des bardeaux. En Normandie, les murs extérieurs des Egalises sont fréquemment revêtus d'écaillés en pierre.
Les couvertures en bardeaux ou essentes étaient pratiquées par les Gomacini au ix® siècle.
Cela avait été de tout temps la coutume gauloise.
Il est question de Sci'ndulœ, Scindulas dans les lois des Lombards, c'est-à-dire dans les lois de Luitprand appliquées aux Comacini. On en faisait aussi usage en France à l'époque où fut rédigé le Polyptique d'Irminon.
« Les écailleSy dit Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire cTarchiieclure (tome V, p. 99), constituent une sorte d'ornementation fort usitée dans les édifices au moyen âge pour décorer les rampants de contreforts, des talus de cheneaux, des couronnements de pinacles, des flèches en pierre.
« Les écailles sont évidemment une imitation de la couverture en bardeaux de bois ou essentes. Aussi est-ce particulièrement dans les provinces où cette sorte de couverture était employée, c'esl-àdire en Normandie, en Picardie, dans le Soissonnais et dans Tlle-de- Francc, que les écailles apparaissent sur les constructions de pierre à dater du xn® siècle. »
Ce mode de construction était aussi bien gaulois^ que germain et que Scandinave.
C'était une mode barbare universelle.
Les constructions civiles ou militaires élevées en bois par les Barbares ont été signalées par les auteurs latins : par César, Strabon, Tacite, Varron, Vitruve, et par trois poètes : un gallo-romain, Ausone ; un mérovingien, Fortunat ; et un carolingien, Ermold-le- Noir.
Le feu les a fait disparaître, mais elles n'en ont pas moins existé ; on peut les reconstituer par la pensée, et elles ont eu assez d'importance pour exercer une influence appréciable sur l'art dont elles furent contemporaines.
« Arrière (Fortunat, lib. IX, 15) murailles de pierre fondées de
marbre ou d'airain ; je vous préfère nos grands palais de bois dont le sommet s*élève jusque dans les nues, dont un quadruple portique orne la cour et dont la sculpture décore en se jouant toutes les pièces. »
Les monastères mérovingiens n'étaient pas de vastes construc* lions de pierre, mais pour la plupart de simples édifîces de bois (Grégoire de Tours, de Gloria marlyrum, 100),
Il y en a qui brûlent dans une seule nuit (Saint-Oyan, dans le Jura, Vita Engen, 18, Misibillon, I, p» 558. Cf. Concile de Tours, I, C. 14.)
Nul doute que les moines irlandais de la suite de saint Colombah, qui apportaient partout la calligraphie anglo-saxonne qui allait devenir la calligraphie franco-saxonne, nul doute que ces moines n'aient apporté sur le continent à Luxeuil, à Saint-Gall, à Bobbio, la construction en bois el Tarchitecture anglo-saxonne.
Grégoire de Tours cite plusieurs de ses prédécesseurs comme étant des artistes habiles. Il dit que Tévcque Leô travaillait habilement le bois. « Fuit aulem {Léo)faber lignarius faciens eliam turres hotochrysQ leclas, (HisL Franc, Lib. X, § 31).
Il cite également un grand nombre d'églises, de villœ, de ponts, de maisons et de palais où le bois joiie un grand rôle ; à défaut de ce texte, les incendies fréquents qui détruisirent non seulement un édifice mais des villes entières pendant les périodes mérovingienne et carlovingienne indiquent assez que la charpenterie était fort pratiquée Jusqu'au xi° siècle, tt Cet art devait même être, relativement à la maçonnerie, arrivé alors à une grande perfection. » (Viollet-le- Duc, article Charpente^ Dicl,, III, 2).
Je n'ai pas le temps aujourd'hui de vous donner lecture do tous les textes que j'ai relevés.
Je vais vous prouver avec des monuments l'existence d'églises de bois en Normandie au xi*^ siècle.
Viollet-le-Duc a remarqué l'emploi des faux bardeaux, comme parement des édilices dans les provinces qui ont eu une architecture de bois. Ils alTeclent des formes différentes (zigzags, arcs de cercle, espèce d'oves) ; on arrive avec Notre-Dame de Paris à la perfection du genre.
. Si nous nous tournons vers le Nord, nous voyons en Norwègc sur
les églises de bois des revêtements de bardeaux et des couvertures semblables à ceux de nos [églises. A Morlaix, à Lannion, en Bretagne et en Normandie, qui ont subi, plus que tout autre province, le contact des Normands, les mêmes toitures se rencontrent.
Les Normands laissèrent aussi en Angleterre les traces de leurs coutumes; dans la tapisserie de Bayéux, Téglise Saint-Pierre de Westminster est représentée (dans l'épisode de Tenterrement d'Edouard le confesseur, 5 janvier 1055) avec une toiture imbriquée, une tour centrale et un faîtage orné. Deux hypothèses sont à considérer : ou bien, nous avons là une reproduction exacte de l'édiBce, ou bien Tartiste a imaginé une architecture conforme à celle qu'il avait sous les yeux (et cette dernière supposition est la plus vraisemblable). Dans tous les cas, il ne s'agit pas là d'une simple fantaisie, mais bien d'un monument tel qu'en construisaient les Normands à cette époque. Les amortissements placés aux extrémités du fattage y ont un rapport immédiat avec ceux qui ornent les Eglises norwégiennes.
II y avait avant le xi*' siècle des églises en bois en Normandie. On a nié ce fait'^ parce qu'il n'en reste rien d'apparent. Mais s'il n'en reste rien, c'est qu'elles ont été brûlées. Ruprich Robert a trouvé à Séez (Orne) des restes d'une église en bois.
L'usage du bois était universel à cette époque aussi bien pour l'architecture civile et militaire. La tapisserie de Bayeux nous représente un camp assiégé, construit en bois (on voit aussi sur la colonne trajanc des châteaux militaires des Germains avec des constructions en bois). 11 n'est donc pas étonnant que la pierre ait conservé parfois les formes du bois ; dans la tour de Sainte-Marie de Barton la pierre est employée en délit comme une simple poutre.
On trouve enfin dans certains entrelacs et enroulements irréguliers (à Domfront, Saint-Gervais de Falaise, etc.), la reproduction de sculptures Scandinaves, très particulières (nœuds de serpents, entrelacements de lanières, croisements de rubans portant des petits boutons, mains imitant des serres et des griffes), et que l'on voit encore sur une inscription runique, en Thonneur du roi Gorm et de la reine Thyra (vers 887). Cet instinct était si enraciné que le chrîstia-
nisme même ne le chassa pas et Ton voit le Sauveur sur la croix représenté comme le roi Gunnar.
C'est Part des Vikings, florissant de Tan 700 à Tan 1000, qui a inspiré toutes les contrées avoisinantes. La cassette de Bamberg en procède.
L'Irlande aussi en est imprégnée et ses merveilleuses portes, dont quelques-unes datent du xn^ siècle, sont d'une exécution aussi raffinée que possible.
Certaines portes du Musée de Stockholm prouvent la persistance de la mythologie Scandinave ; le tempérament même du peuple s'y révèle. On y voit Siegfried forgeant son épée, tuant le dragon, mangeant le foie du mouton après Ta voir fait rôtir, etc. Le culte de Tépée tient une grande place dans Tart de ces nations belliqueuses. L'origine des épées de Roland et de Charlemagne chez nous est aussi miraculeuse, et Tépée, que Ton garde comme étant celle de Charlemagne, est décorée au pommeau d'ornements qui ont un caractère Scandinave incontestable ; il se pourrait qu'elle eût une origine nordique.
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