‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 4)Chapitre 83 sur 124 · Edmont Le Blant, Inscriptions chétiennes de là Gaule · texte numérisé non relu

Edmont Le Blant, Inscriptions chétiennes de là Gaule

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« Quod nu II US veniens Bomana génie fahrivil, Hoc vir barharica proie peregii opus*. »

Et les commentateurs français de s'étonner naïvement que le nom de barbare puisse devenir un éloge !

Les Goths, avons-nous dit, bâtissaient des églises. Même sans le témoignage de Fortunat et même sans celui de Grégoire de Tours, qu'on pourrait également invoquer* à propos des constructions religieuses du roi Euric en Auvergne, ce fait ne serait pas douteux, puisque nous savons que, tout arienne qu'elle soit devenue, l'Aquitaine gothique n'en a pas moins été profondément chrétienne et que les sanctuaires y furent prodigués. Les fondations d'églises et d'abbayes sont là pour en témoigner. Mais les Goths ne se bornèrent pas à pratiquer leurs arts personnels ou leurs arls d'emprunt dans la limite des territoires envahis par eux, et ils prirent réellement part d'une manière générale à la direction du goût public en Occident. Ils s'appliquèrent encore à exporter les résultats de leur industrie et répandirent dans un assez vaste rayon les produits façonnés de leur main-d'œuvre décorative. Le Nord de la Gaule, habité par leurs congénères et leurs rivaux, les PVancs, c'est-à-dire par leurs vainqueurs de demain, fut quelquefois tributaire de leur fabrication. Sans parler des nombreux et importants trésors d'orfèvrerie que la victoire fit tomber dans les mains de la famille de Clovis', les Francs leur demandèrent, pour quelques personnages de marque, des sarcophages de luxe qu'on ne pouvait alors se procurer ailleurs qu'en Aquitaine, à Arles et à Ravenne, à moins d'oser exproprier de son propre tombeau un mort contemporain des époques précédentes de l'art romain. C'est ainsi que saint Drausin^, à Soissons, et qu'un personnage inhumé à Saint-Germain-des-Prés à Paris ^, dans cette église alors placée

1. Fortunat, Poésies mêlées^ édition Charles Nisard, 1887, lib. Il, cttrm. VIII, p. 67.

2. Grégoire de Tours, Hist. eccles. des Francs^ liv. II, chap. XX.

3. F. de Lasteyrie, Histoire de V orfèvrerie. Paris, 1875, p. 80 et 81. — Le trésor de Gnarrazir.

4. Edmont Le Dlant, Sarcophages de la Gaule^ introduction, p. XI, XII, XVI, planche IV, n« 1.

5. Le couvercle placé actuellement sur le tombeau de saint Drausin était autrefois à Saint-Germain-des-Prés, d'après le témoignage de Lenoir.

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SOUS le vocable de saint Vincent et enrichie des dépouilles wisigothiques, reçurent la sépulture dans des cercueils de marbre, dont la provenance gothique ne peut être douteuse, non plus que Texécution.

L'Aquitaine, sous les Wisigoths, fut, comme vous le voyez, le dernier dans Tordre chronologique, et non le moins splendide dans Tordre du mérite, des ateliers industriels de la sculpture funéraire antique; il était fort bien achalandé sous les Mérovingiens^. L'Aquitaine exportait aussi d'autres objets mobiliers rentrant dans la série des travaux de marbre. Ce qu'on appelait Tautel de Saint- Ladre à Saint-Denis, aujourd'hui au Louvre, provient vraisemblablement de la même fabrication, comme certains meubles d'usage religieux conservés dans les dépôts publics de la France et notamment au Musée de Marseille. Il y eut donc, aux temps mérovingiens, un art spécial de sculpture, et cet art était pratiqué dans le sud-ouest de la France par les Goths, puisque, par son caractère, il n'était pas autochtone et n'avait pu être importé que par eux, c'est-à-dire par les convoyeurs de l'art byzantin ou par les riverains du bassin méditerranéen en contact avec l'Orient.

On comprend alors que cette propagation du travail gothique ait créé, dès la première heure, une réelle et durable réputation à l'atelier dont il sortait. Dans le Nord, c'est-à-dire dans un milieu beaucoup plus profondément pénétré que le Midi d'éléments barbares et septentrionaux, où la construction en bois était certainement très employée, les ouvriers de la pierre, par leur rareté, devaient être pris en grande estime et particulièrement recherchés, comme leurs ouvrages. Aussi l'Aquitaine ne se borna pas à exporter des pierres travaillées ou du marbre manufacturé. Elle exporta encore des ouvriers des divers métiers de la construction. On aurait pu Tinduire des faits déjà connus. Un texte le prouve directement; et maintenant vous vous rappelez que Caumont a été le premier à l'exhumer des Acta Sanciorum des Bollandistes. Ce texte ruinait sa théorie. Aussi Caumont, s'en étant aperçu, a-t-il pris soin de le faire disparaître dans les éditions de son Histoire de l* architecture religieuse postérieures à 1825. Mais il n'était

1. Edmont Le Blant, Sarcophages chrétiens de la Gaule, introduction, p. XII.

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pas perdu pour toujours. Je ne m'attarderai pas à discuter la date et Tattribution que Caumont lui assigne; il me suilit qu'il ne Tait pas considéré comme postérieur au milieu du x*' siècle. Le document est capital.

A Rouen, à une époque où le pays est sous la domination franque, non loin de ce littus saxonicnm si ouvert aux influences septentrionales, un abbé veut construire une église en pierre. Il ne s'adresse pas aux ouvriers, s'il y en avait autour de lui, qui savaient encore mettre en œuvre les concrétions de matériaux, les agglomérations de pierrailles et de mortier pratiquées de préférence par les ateliers romains de la décadence. Il a recours à un maçon professant la taille de la pierre en grand ou, tout au moins, de moyen appareil {quadris lapidibus). Le narrateur, après avoir indiqué la nature du travail et celle de l'appareil, nomme la patrie des ouvriers qui l'accomplissent. Si vous aviez tout à l'heure des doutes sur la fidélité de la tradition conservée par le langage et qui attribuait aux Goths l'initiative de la première architecture occidentale de la pierre, ces doutes doivent tomber, puisqu'un chroniqueur écrivant du vu® au x* siècle, contemporain peut-être de l'épanouissement de l'art gothique ou très légèrement postérieur, déclare que la main qui, en Normandie, façonnait la pierre dans des conditions déterminées était une main gothique. Ici le mot ne saurait être employé dans le sens que lui donneront plus tard Boileau et Voltaire. Il faut le prendre nécessairement dans le sens littéral.

Sauvages, entend-on dire dédaigneusement de toutes parts à propos des Goths, parce qu'ils ne descendaient pas de l'aristocratie latine des valets d'armée des légions romaines ni de la race épuisée des sénateurs gallo-romains. Leurs contemporains, qui les connaissaient bien et qui pouvaient comparer les races dont était composée cette étrange société qu'on persiste à appeler romaine ^^ se montrèrent plus indulgents que nous. Quand, pour les juger, ils les rapprochèrent des vieilles nationalités européennes, ce n'est pas aux Romains qu'ils les opposèrent. On déclara que c'est avec

1. Sur la composition hybride de celte société de la décadence romaine voyez ce que dit Viollet-le-Duc dans les Entretiens sur l'architecture, tome I.

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les Grecs qu'ils pouvaient rivaliser : « Grœcis pœne consimiles. » C'est Jornandès et Dion Cassius qui parlaient ainsi ^

L'art de la pierre, dans sa forme rajeunie, dans celle de ses formes qui n'était pas le résultat d'une simple décadence locale et spontanée, fut donc apporté à l'Occident par l'invasion gothique, après le contact de celle-ci avec Byzance et Ravenne. Il est très important d'insister et de remarquer tout d'abord . deux conséquences qui découlent de ce fait.

L'art romain du v® et du vi** siècle, — par là j'entends, non pas l'art classique rétrospectif, mais l'art vivant tel qu'il était en ce moment pratiqué à Ravenne, c'est-à-dire Tart néo-grec ou byzantin, — se trouva tout d'un coup installé dans le Midi de la Gaule et en Espagne, avec son esthétique spéciale et complète, partout où pénétrèrent les Goths.

Cet art s'y montra avec des caractères déjà personnels qui devaient différer sensiblement des productions de l'art de la pierre pratiqué par les survivants des ateliers gallo-romains, comme en différaient aussi ses inspirations décoratives que vous connaissez. Il est dès lors tout naturel que les habitants du Nord de la Gaule, qui ne savaient pas l'origine première d'un style qu'ils contemplaient pour la première fois, aient donné à ce style le nom des ouvriers qui le pratiquaient et l'aient appelé Yart gothique^ comme ils appelaient également région gothique^ le pays natal de ces ouvriers.

Nous devons tout particulièrement remarquer aussi que, si cet art rajeuni de la pierre nous arriva d'abord d'Italie et de Grèce assez peu altéré par la version gothique, car les Goths se montrèrent d'abord les fidèles élèves des Grecs, il n'en passa pas moins par l'intermédiaire barbare. Il ne faudra jamais oublier que, dans une proportion appréciable, une part assez considérable de l'héritage de l'antiquité classique ne fut pas communiquée directement

1. LesCtollis, à l'époque où ils habitaient la Dacic, la Thracc et la Mcsic, possédaient déjà une certaine civilisation. « Ils ne manquèrent pas d'hommes, dit Jornandès, qui les instruisirent dans la sa^resse. Aussi les Goths furent les plus instruits de presque tous les Barbares, ils ë^j^alèrent presque les Grecs, comme le rapporte Dion, qui a écrit en jçrec leur histoire et leurs annales m (Jornandès, De Rehus geticis^ édition de la collection Panckoucke p. 233.)

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par les Anciens. Les hommes, les peuples qui furent les porteurs, les sauveteurs de la civilisation antique devenue néo-grecque, ne s'abstiendront pas à tout jamais de toute intervention personnelle, et ils ne pourront pas non plus indéfiniment tenir en bride le génie spécial et national commun à toutes les races barbares. On prévoit donc facilement l'évolution incessante, latente et progressive que devait subir Tart byzantin cultivé par des mains gothiques, surtout à mesure que Tinfluenoe des Barbares acclimatés dans le Midi se trouva remplacée par Tinfluence des Barbares, de même tempérament, installés dans le Nord, à mesure que la nation gothique déclina et pencha vers la ruine, quand cette branche aînée de la famille des envahisseurs septentrionaux, à la fois écrasée dans le Nord de la Gaule par les Francs et dans le Midi de TEspagne par les Arabes, fut remplacée dans son rôle sur le théâtre du monde par une autre branche de la même tige ethnographique qui, elle, n'avait pas reçu directement la greffe byzantine ; quand on vit entrer définitivement en scène un peuple nouveau qui, avant même d'avoir subi la pénétration des caractères les plus absolus de Textrême barbarie du Nord, était déjà regardé, dans ses mœurs et dans ses institutions, comme le plus intransigeant et le plus indépendant des envahisseurs de TEmpire. Ce peuple s'appelait les Francs.

Ce n'est pas encore tout. Qu'à cette barbarie bien caractérisée déjà et établie chez nous dans les provinces comprises entre la Manche et la Loire, qu'à cette barbarie militaire et conquérante, demeurant fermée, plus que toute autre, en Gaule, aux pénétrations de la civilisation méridionale, viennent se joindre, pendant plusieurs siècles, des afflux incessants de sang barbare par l'absorption des éléments ethnographiques Saxons et Normands, et alors il résultera de tous ces mélanges un état particulier de l'esprit occidental et de la conscience française dans lequel les souvenirs de la règle gallo-romaine, méridionale et même byzantine, iront de plus en plus en s'efîaçant * .

Voilà, éclairée par l'histoire, cette observation si naïve, si sincère, si juste de Félibien et tous nos vieux auteurs qui, jugeant

1. Cf. VioUet-le-Duc, Entretiens sur VArchitectare^ passim et notamment tome I, huitième entretien, p. 353 et suivantes.

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en artistes Tessence des choses, distinguent deux espèces d'architecture barbare, deux genres de gothique, celui qu'ils appellent le gothique grossier, lourd, primitif et qui est le gothique galloromain ou plutôt byzantin, et Tautre qu'ils appellent le gothique léger et qui est le gothique septentrional, c'est-à-dire Tœuvre personnelle du génie du Nord, sensiblement affranchi des lois méridionales dans un milieu où il domine.

Le même fait s'est passé à l'autre extrémité du bassin méditerranéen, sur les frontières de TEurope, de l'Asie et de l'Afrique, pour l'autre branche des arts modernes sortie de la souche byzantine ou néo-grecque, c'est-à-dire pour l'art arabe. Cet art a traversé lui aussi deux périodes, une première période de lourdeur relative, de gravité, de sévérité, tant qu'il fut sous la tutelle directe des Grecs et des Byzantins, puis une seconde période qui dure encore, où les instincts de l'esprit barbare, persan et hindou, s'affranchirent de tout joug classique et transformèrent, au béné- Rce de l'esthétique purement orientale, le germe primitif de la culture grecque qu'ils avaient contracté. Il n'est donc pas étonnant que l'art arabe et l'art gothique, issus tous les deux de la même origine antique, affranchis tous les deux, dans les mêmes conditions, par des influences barbares, émanant du génie des mêmes races asiatiques, aient pu quelquefois se rencontrer sans même avoir songé à s'imiler réciproquement. Mais revenons à l'art gothique.

Sans doute, dans cette succession d'ingérences différentes, à travers des vicissitudes sans nombre, d'incessantes fluctuations et de notables interruptions, la dose de l'influence barbare avait toujours été en augmentant. Mais le nom originel donné à l'art de la pierre par quelques-uns des Barbares, qui en avaient reçu communication des Goths sous sa première forme néo-grecque, parait n'avoir pas changé. Ce ne serait pas le premier exemple d'un mot de la langue devenant le plus ancien et le plus authentique des témoignages historiques.

Cette doctrine, si hardie ou si extraordinaire qu'elle puisse

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paraître, n'a rien cependant qui doive scandaliser personne. C'est peut-être la première fois qu'elle ose se produire en France dans renseignement public; mais, dans sa conclusion, sinon dans la plupart des arguments, elle n'est pas nouvelle. Elle peut même justifier des origines les plus avouables et se recommander des plus honorables autorités. Elle a vu le jour le 10 août 1837 dans une séance de TAcadémie • des Inscriptions et Belles- Lettres, ^près la mort de son auteur ; et cet auteur n'était rien moins qu'Eméric David, membre de cette même Académie.

La pensée d'Eméric David, une fois qu'il ne fut plus là pour se défendre, ne put lui survivre. A peine connue, elle fut immédiatement étoulfée par une note assez perfide insérée dans le Bulletin monumental^ à la suite de sa publication. Depuis, il n'en fut jamais question dans le recueil de M. de Gauniont et la théorie romaniste continua de triompher.

Sans vouloir me porter garant de tout ce qu'Eméric David a cru pouvoir avancer en 1837, je suis saisi d'admiration en face de la clairvoyance, suppléant à l'insuffisance des moyens d'observation^ chez un archéologue qui ne disposait ni de la photographie, ni du moulage comparé, ni de la facilité des confrontations. Il a cependant presque tout deviné. Lisez son article. Le temps me manque pour en faire de longs extraits :

. ■ <( Les Goths étaient à peu près ce que sont encore les Lombards, maçons, architectes, gagnant leur vie à bâtir...

« Ce qu'il faut surtout remarquer dans l'intervalle écoulé depuis l'entrée des Goths en France jusqu'à leur sortie, pensait encore Eméric David, c'est que les peuples, regardés comme des ignorants et des Barbares et comme uniquement propres à piller et à détruire, étaient au contraire des Bâtisseurs d'édifices d'une grande richesse^.

« Disons-nous, ajoutait Eméric David, qu'un peuple entier ne donne pas un€ dénomination sans une cause. Si nous donnons le

1. « Nota. Les Rcdacleurs du liullelin ont cru devoir rc])roduire, sans y hikx ciiANOBH, cet article qu'ils avaient reçu de M. Eméric David, peu de temps avant sa mort, et que TAcadémie des Inscriptions avait fait lire dans sa séance publique de 1837. a Bulletin monumental^ tome Y ^ année 1839, p. 403.

2. Mémoire sur la dénomination et les règles de V^rcJKiteclure dite gothique^ 6fin»\e Bulletin monumental, tome V, année 1839, pp. 383-103.

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titre de gothique à un genre de bâtiment... noiis ravons appelé gothique, parce que les Goths se sont rendus célèbres dans une sorte de bâtisse, à laquelle les personnes riches, les abbés, les prélats ont pris à leur exemple une grande part *.

« Nos pères avaient deux manières de construire les grands édiRces; Tune était le mode ancien, le mode national, gallican; il consistait à bâtir de bois ; l'autre se nommait étranger, romain, nouveau, gothique; c'était Tart de bâtir de pierres, quadris lapidibus^; les Goths excellèrent dans ce dernier genre au point qu'ils furent mandés, architectes et ouvriers, pour bâtir Saint- Pierre-le-Vif à Rouen. De la vient le nom de Gothique. On n'eut égard ni à la différence qui existait entre le gothique pesant et le gothique léger, entre le Gothique des Goths et le gothique postérieur. On se rappela seulement que les Goths aimaient à construire de grands édifices et qu'ils les bâtissaient avec des pierres carrées, travaillées au marteau, quadris et dedolatis lapidibus^ manu gothica. On ne considéra que la pierre et le bois ; on ne vit que la matière première. Totit ce qui était en bois fut appelé national, gallican ; tout ce qui était en pierre fut appelé gothique. Voilà, je crois, la différence. Une fois donnée, cette dénomination de gothique ne changea plus.... Les peuples ne changent pas facilement leur langage. D'ailleurs les Goths avaient laissé une assez brillante réputation partout où ils ont été appelés comme maçons ^. »

Pour avoir été posthume, le mémoire d'Éméric David n'était pas une improvisation tardive de sa vieillesse, ni l'expression incertaine d'une pensée affaiblie par l'âge. H y a longtemps que le savant auteur de V Histoire de la peinture et de V Histoire de la sculpture du moyen Age nourrissait sur ce point des sentiments qui furent ceux de toute sa vie. Dans ses Recherches sur Varl sta-

1. Éméric David, Mémoire sur la dénomination et les règles de V architecture dite gothique^ dans le Bulletin monumental, tome V, année 1830, p. 387.

2. ConfcTcz ce que les abbcs Hourassé et Chevalier ont dit dans les Recherches historiques et archéologiques des églises romanes en Touraine du vi* au XI* siècle, p. 37 et 38.

3. Éméric David, Mémoire sur la dénomination et les règles de Varchilecture dite Gothique, dans le Bulletin monumental, tome V, année 1839, p. 4Q2.

taaire considéré chez les Anciens et les Modernes * , ouvrage couronné, en octobre 1800, par TAcadémie des Inscriptions, Éméric David les avait déjà formellement exprimés,

M. Anthyme Saint-Paul, dans son Annuaire de l" archéologue français de 1878, faisant allusion à Tépithète injurieuse de gothique, a fort bien dit* : « Les Goths, tout le monde le sait, furent ceux des Barbares qui se polirent le plus vite au contact des Romains; la cour wisigothe de Toulouse était un vrai foyer de civilisation, alors que la puissance romaine n'était pas encore complètement éteinte, et c'est dans une ordonnance du roi ostrogoth Théodoric que se trouve la plus ancienne trace des principes qui président aujourd'hui à toute bonne restauration. »

M. Alphonse Wauters est arrivé, de son côté, aux mêmes conclusions. Il a soutenu la même thèse dans une conférence donnée à l'Hôtel de ville de Bruxelles le 12 avril 1889 et intitulée V Architecture romane dans ses diverses transformations ^. Pour le savant belge, le Roman primitif ^ dans le sens du mot employé par Caumont, c'est-à-dire Tarchitecture antérieure au xi® siècle, en tout ce qui concerne la pierre, n'est pas autre chose que Tart des Goths.

Enfin, il y a quelques mois seulement, M. Raoul Rosières défendait les mêmes idées dans la Revue archéologique et démontrait que la dénomination de gothique devait être maintenue à l'art de la pierre au moyen âge '*.

On dira tout ce que l'on voudra des Goths. Ils ont, aux yeux des Romains de la décadence et des Romanistes de tous les temps, personnifié certains instincts communs à toutes les races indo-germaniques. Aux yeux de leurs frères barbares, ils ont eu le mérite de devenir leurs premiers éducateurs pour certains arts empruntés à la civilisation antique. Us ont été l'anneau providentiel qui a ratta-

1. Recherches sur Vart statuaire considéré chez les anciens et les modernes ou mémoire sur celte question proposée par Vlnsiitul national de France : Quelles ont été les causes de la perfection de la sculpture antique et r/iie/«, seroienl les moyens d'y atteindre? Ouvrage couronné par Tlnstitut national le 15 vendémiaire an IX. Nouvelle édition, Paris, in-12, p. 250 et 251.

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