‹ Leçons sur l'accouchement comparé dans les races humainesChapitre 1 sur 17 · Leçons sur l'accouchement comparé dans les races humaines · texte numérisé non relu

Leçons sur l'accouchement comparé dans les races humaines

L'obstétrique comparée est l'ensemble des connaissances relatives à la fonction de reproduction envisagée dans les différentes races humaines.

Si jamais, le secret de la création doit nous être scientifiquement révélé, ce sera par l'étude approfondie de l'obstétrique, et en particulier de l'embryogénie qui n'en est qu'une dépendance.

C'est par là, en effet, que le naturaliste arrivera à établir les lois de la transformation des espèces, de leurs mutations, de leurs hésitations, de leurs effets régressifs, qui sont la clé de voûte de nos connaissances anthropologiques.

De môme que nos éleveurs sont arrivés, par des croisements bien étudiés, à perfectionner les races de certains animaux ; de même le naturaliste, par l'étude de la sélection, pourra remonter aux sources de la vie.

La méthode que je suivrai sera celle en usage dans l'obstétrique classique, c'est-à-dire que j'envisagerai d'abord la partie du squelette dans laquelle se passent les grands phénomènes de la reproduction et de la parturition ; mais comme je m'adresse soit à des praticiens désireux de perfectionner leurs connaissances en vue de voyages lointains, soit à des savants ou à des curieux déjà initiés à l'anatomie humaine, je me contenterai d'établir en traits généraux les différences sexuelles et surtout les différences ethniques du bassin. Puis, avant d'aborder l'étude de l'obstétrique proprement dite, j'exposerai une nouvelle classification du pelvis de la femme, faisant ainsi rentrer toutes les races humaines sous trois formes principales. Par ce moyen, je suis arrivé à expliquer les variations dans l'ordre des présentations et des positions, ainsi que la diversité des phénomènes mécaniques du travail suivant les races. De là j'ai été induit à proposer des procédés nouveaux d'obstétrique opératoire applicables à ces bassins.

Si, souvent, je fais intervenir les mammifères dans cette étude, c'est dans le but d'expliquer certains points de physiologie obsté tricale qui restent encore obscurs, mais je rapporte d'ailleurs tout à la femme, à quelque race qu'elle appartienne.

Le but de ce cours est en outre patriotique. En effet, c'est au moment où la France tend à devenir une puissance coloniale qu'il y a un intérêt véritable à étudier les accouchements da n les différentes races humaines, et à ce titre, Messieurs, ainsi qu'en raison de l'innovation et de l'immensité de cet enseignement vraiment supérieur, je réclamerai toute votre bienveillantes attention.

Le bassin n'a pas d'os qui lui soient propres. La pièce sacrococcygienne qui en forme la paroi postérieure appartient à la colonne vertébrale, dont elle n'est que la terminaison. Les os coxaux sur les côtés et en avant dépendent des membres pelviens.

Formés primitivement de trois os distincts : l'iléon, l'ischion et le pubis, qui se réunissent et se soudent dans la cavité cotyloïde, les

os coxaux s'épanouissent latéralement chez l'homme, les anthropoïdes et les pachydermes, en ailerons plus ou moins larges, amincis au centre et concaves, tandis que chez les autres mammifères ils s'allongent de chaque côté de la colonne vertébrale, s'effilent et se rapprochent plus ou moins de la forme des os longs. Du reste, le bassin de chaque espèce est approprié à ses attitudes et à la lutte que soutient cette espèce dans le grand combat de la vie. Chez les quadrupèdes la longueur maxima du bassin dépasse la largeur maxima. Chez l'homme, au contraire, c'est la largeur qui l'emporte sur la longueur ; cette largeur prédomine surtout chez la femme. Pour des raisons particulières à leur conformation, l'éléphas antiquus et l'éléphant moderne ont un bassin à peu près semblable à celui de l'homme. Quant à la pièce sacro-coccygienne chez l'homme, elle est formée de trois parties : la première, composée de 3 vertèbres s'articulant avec l'os iliaque, en forme la base ; la seconde, de 2 ou 3 vertèbres libres par leurs bords externes, complète le sacrum et lui donne en tout 5 et quelquefois 6 vertèbres. Cependant Schcemering a vu des sacrums qui n'avaient que 4 vertèbres. Enfin, la dernière partie de la pièce sacrococcygienne ou coccyx est composée de 3, 4, ou 5 vertèbres, toutes fausses, mais mobiles au niveau de leur articulation avec le sacrum supplémentaire.

Il résulterait de cette disposition, d'après Broca, que l'homme aurait une queue formée de 6 à 8 pièces, répondant, les premières au segment basique du sacrum, et les dernières au segment terminal des mammifères.

De même chez les anthropoïdes, les vertèbres caudales sont fusionnées avec le sacrum, et le coccyx ne se compose que de fausses vertèbres.

Le sacrum des quadrupèdes est étroit, allongé, peu excavé à sa face intérieure. Cette étroitesse et sa direction rectiligne, jointes à la mobilité des os coccygiens, rendent toute difficulté obstétricale à ce niveau invraisemblable.

Mais si le bassin de l'homme diminue de hauteur en s'élargissant, son diamètre antéro-postérieur se raccourcit et l'angle sacrovertébral, par suite de l'attitude bipède, fait une saillie plus pro-

noncée que chez les autres mammifères, y compris les anthropoïdes, ce qui est une cause fréquente de difficultés au moment de la parturition. Enfin, les tubérosités ischiatiques sont moins longues et moins écartées chez l'homme que chez les singes réputés sans queue, et la symphyse pubienne est plus courte.

Le bassin de l'homme se divise en 2 parties : le grand bassin ou portion supérieure et le petit bassin ou excavation. Celle-ci forme un véritable canal courbe limité par les détroits supérieur et inférieur.

Verneau, qui a fait une très bonne étude du bassin, non seulement suivant les races, mais encore suivant les sexes, déclare que les différences sexuelles sont moins marquées que les accoucheurs l'enseignent.

Ainsi, d'après cet auteur, la forme du trou sous-pubien n'est pas caractéristique du sexe et on trouve aussi bien, dans toutes les races, des trous sous-pubiens triangulaires ou ovalaires chez la femme que chez l'homme.

Seulement ce vide est généralement chez la femme, à quelque race qu'elle appartienne, plus allongé dans le sens longitudinal et plus rétréci dans le sens vertical que chez l'homme, ce qui tient à l'épanouissement en largeur du bassin de la femme et à son écrasement du haut en bas, que l'on ne rencontre pas dans le sexe masculin.

D'une manière générale, dans toutes les races, le bassin de la femme est plus développé en largeur que celui de l'homme qui, par contre, Test davantage en hauteur.

Quant aux impressions musculaires plus faibles chez la femme, on sait qu'elles sont également faibles chez l'enfant et chez l'homme adonné à l'oisiveté.

Nous avons vu tout à l'heure que la courbure de l'excavation n'était pas plus caractéristique, et si l'on prend la distance d'une épine iliaque antérieure et supérieure à l'autre, on trouvera pour les

Européens, chez l'homme 231 chez la femme 222

Egyptiens » 224 » 195

Péruviens » 233 » 217

Chinois, chez l'homme

chez la femme

Bosjesmans (on manque de

bassin d'homme)

Nègres de la Guadeloupe

» d'origine inconnue

» de Mozambique

Canaques »

Australiens »

En définitive, sur 10 races diverses, nous trouvons 4 fois la distance d'une épine iliaque à l'autre plus grande chez l'homme, et 4 fois chez la femme ; dans un cas il y avait égalité, dans l'autre (les Bosjesmans) on ne possédait pas de bassin d'homme.

Il est à remarquer que c'est surtout dans les races nègres et chinoise que l'avantage revient aux femmes, sous ce rapport. Il est probable qu'il en serait de même des Bosjesmans si le Muséum, où ont été prises ces mesures, avait possédé un bassin d'homme de cette race.

Quoi qu'il en soit, ces irrégularités indiquent qu'il n'y a pas là de caractère sexuel.

Le vrai caractère sexuel, Tunique, dans toutes les races, c'est la forme de l'arcade pubienne qui est beaucoup plus évasée chez la femme que chez l'homme, et dont les bords sont plus ou moins déjetés en dehors.

L'angle qu'elle forme chez les différents peuples dans les deux sexes est pour les

Européens, hommes

femmes

Egyptiens ■>

Péruviens

Chinois »

Bosjesmans »

Nègres de la Guadeloupe

Néo-Calédoniens >

Australiens, hommes

Javanais (manque de

bassin d'hommes)

Nègres (pays inconnus) 60° femmes 76°

» de Mozambique 64 » 65

A l'exception des Javanais et des Bosjesmans, dont on ne possède pas de bassin masculin, l'angle formé par l'arcade pubienne l'emporte chez la femme dans toutes les races, depuis 1 degré chez la Chinoise et la négresse de Mozambique, jusqu'à 34°. chez l'Egyptienne, en passant par tous les intermédiaires.

On voit qu'il s'agit là d'un véritable caractère sexuel.

Cependant, malgré cet élément de diagnostic il a été impossible à M. Verneau, dans la collection des bassins du Muséum, de déterminer à quel sexe appartenaient 4 des bassins d'Europe, dont l'origine n'était pas désignée.

Pratiquement parlant, lorsque les Anglais veulent représenter un bassin d'homme, ils écartent l'indicateur et le médius en plaçant en bas l'ouverture de l'angle formé par les deux doigts.

Le sommet de cet angle, comme on peut s'en rendre compte en répétant la même manœuvre, est assez aigu. Mais si, au contraire, ils veulent représenter le bassin de la femme, ils écartent et placent de même le pouce et l'indicateur, et alors l'angle se trouve beaucoup plus ouvert et le sommet arrondi.

Fig. i.

Il n'est pas inutile de faire remarquer que les bassins, chez des femmes de même race, peuvent offrir de nombreuses variétés individuelles ou professionnelles.

Ainsi l'épaisseur, la solidité des os, la saillie plus ou moins considérable des crêtes et des éminences, la hauteur, la largeur, la

courbure variable du sacrum, l'ouverture de l'arcade pubienne, la hauteur différente des os coxaux, constituent autant de variétés.

Mais les points les plus importants de toute cette étude sont les variations de forme et de dimensions du petit bassin, et particulièrement du détroit supérieur.

Ce sont ces variations qui m'ont servi de base pour ma classification du bassin de la femme dans les races humaines.

Vrolick avait déjà dit, à propos du bassin suivant les races, que: 1° dans le bassin de l'aryenne le diamètre transversal au détroit supérieur l'emportait sur les deux autres; 2° que chez la Mongole les trois diamètres étaient égaux ; 3° qu'enfin chez la négresse le diamètre antéro-postèrieur remportait sur le transversal.

Mais Joulin a critiqué cette manière de voir, au moins en ce qui touche aux deux dernières divisions.

A l'appui de l'opinion de Joulin, nos recherches personnelles nous ont démontré que partout, même dans les races inférieures, la Bosjesmane, par exemple, sur le bassin sec, c'était encore, sinon le diamètre transversal, du moins les diamètres obliques qui l'emportaient sur les autres de quelques millimètres.

Seulement dans ces bassins les épines sciatiques sont très saillantes en dedans et diminuent le diamètre transversal au détroit inférieur.

Il faut arriver jusqu'au bassin du chimpanzé pour voirie diamètre antéro-postérieur réellement prédominer dans le bassin osseux.

On voit néanmoins que dans le plus grand nombre des races humaines le diamètre transversal du détroit supérieur l'emporte en longueur dans le bassin de la femme, et que dans les races les plus inférieures ce sont les diamètres obliques qui sont les plus longs ; ce que n'avait pas vu Joulin. C'est là, pour le dire en passant, la différence principale qui distingue le pelvis humain de celui des anthropoïdes.

Toutefois, quand le bassin est revêtu de ses parties molles, cette différence disparaît dans le bassin des dernières races par l'épaisseur des tendons du muscle psoas iliaque, à ce point que l'ordre de fréquence des présentations et des positions est complète-

ment modifié, ainsi que tout le mécanisme des accouchements.

C'est sur cette donnée que j'ai réformé le manuel opératoire des applications du forceps, en le décrivant tel qu'il se trouve indiqué par la forme différente du bassin et le mécanisme du travail.

Dans toutes les races, les diamètres du détroit inférieur sont sensiblement égaux. Trois d'entre eux, l'antéro-postérieur et les deux obliques, sont susceptibles d'agrandissement. A l'état normal, ils varient entre 10 et 11 centimètres.

Quant aux diamètres de l'excavation, Verneau fait remarquer avec raison que la profondeur de cette cavité a été exagérée ; par conséquent, l'étendue des diamètres de l'excavation n'est guère que de 11 à 11 centimètres 1/2 en moyenne.

Ainsi la flèche du sacrum n'a que 0,025 millimètres d'étendue et si on réunit, comme c'est l'usage en anthropologie, le coccyx au sacrum sous le nom de pièce sacro-coccygienne, on trouve que cet os a une flèche de 0,042 millimètres seulement, en dehors des cas pathologiques.

L'importance des diamètres du grand bassin a, en anthropologie, une réelle valeur pour la détermination des origines ethniques. Topinard a étudié le rapport qui existe, dans les différentes races, entre la largeur et la hauteur du bassin chez la femme : il a trouvé dans les races blanches 139 . 1

> jaunes . 138.3

Chez les Canaques 129.9

» nègres 133.8

> Bosjesmans 135.6

Pruner-Bey, s'attachant plutôt aux caractères ethniques, a cru les trouver de préférence sur le bassin de l'homme qu'il a étudié à cet effet.

Pour nous, ne devant pas perdre de vue le but de notre étude, c'est-à-dire l'obstétrique, nous préférons rechercher les caractères du bassin chez la femme et nous attacher surtout aux dimensions du petit bassin. Sur ce point, on peut dire que le bassin des femmes nègres et bosjesmanes. par l'étroitesse

de ses diamètres et celui des néo-calédoniennes par la configuration de son ouverture supérieure sont ceux qui se rapprochent le plus de celui du chimpanzé, qui est, parmi les anthropoïdes, le plus voisin de l'homme par les autres caractères du pelvis.

Un coup d'œil jeté sur la figure suivante donnera une vue d'ensemble de l'ouverture du détroit supérieur dubassinde la femme, dans plusieurs races humaines et chez quelques anthropoïdes.

Fi!

Ces bassins sont de gauche à droite : 1» race blanche, 2° race noire d'Afrique, 3° race rouge, 4* Négritos et Papous, 5° indigènes du Cap de Bonne-Espérance, 6» Bosjesmanes.

Fig. 3.

Bassins d'anthropoïdes, de gauche à droite : 1° Chimpanzé, 2° Gorille, 3° Orang.

Si nous réunissons dans un tableau la longueur du diamètre antéro-postérieur du bassin chez les femelles d'anthropoïdes et chez la femme, nous verrons se former une échelle descendante dans laquelle le gorille occupera le premier rang et la Chinoise le dernier. Ainsi :

Gorille 18 centimètres.

Chimpanzé 13 —

Egyptienne (ancienne) 11.6 —

Femme de la nouvelle Guinée 11.3 —

Européenne et Canaque 11 —

Orang-outang 11 —

Péruvienne et Turque 10.7 —

Syrienne 10.5 —

Négresse (Guadeloupe) 10.6 —

Laponne 10.1 —

Australiennne 10. —

Négresse inférieure 9.4 —

Chinoise.. 8.9 —

Maintenant, pour établir Vaire du détroit supérieur, c'est-à-dire la surface du plan circonscrit par le bassin osseux, point important trop négligé par les accoucheurs et sur lequel j'appelle l'at-

tontion des anthropologistes, je prends la surface de l'ellipse qui est la figure la plus voisine du bassin de la femme, et j'obtiens trois catégories bien tranchées, abstraction faite des anthropoïdes, savoir (1):

/Nouvelle Guinée.

Aire comprise Femmes d'Europe.

{Egyptiennes anciennes, entre 110 et 120 ce. /Négresses de la Guadeloupe. \ Turques (Asie-Mineure).

Péruviennes.

Canaques.

Aire ] Syriennes.

j Australiennes.

Chinoises.

Laponnes.

I Négresses du centre et du Sud de 1 Afrique, Negntos et Papous.

Bosjesmanes.

Quant aux trois principaux anthropoïdes, ils ont donné comme aire du détroit supérieur:

le Gorille 187.7

le Chimpanzé 112.3

le Orang 68.9

C'est-à-dire qu'au point de vue de l'aire du bassin le gorille et le orang doivent être écartés comme ayant, le premier, l'aire du détroit supérieur trop grande, le second comme l'ayant trop petite. Le chimpanzé seul pourrait prendre rang à côté des femmes dont l'aire du même détroit est supérieure à 110 c. c.

(1) Pour établir cette surface, il suffit de résoudre l'équation suivante :

s = zab

a= 1/2 grand axe.

b = 1/2 petit axe.

On aura en trop la saillie de l'angle sacro-vertébral parfaitement négligeable dans l'espèce.

J'ajouterai, à titre de curiosité, que nous avons fait les mêmes recherches sur les grands animaux domestiques et que parmi les équidés, par exemple, l'aire du détroit supérieur chez les grandes

juments est de 443.5

chez les plus petits équidés 301.8

Parmi les ruminants : la vache nous donne 311.

Le diamètre sacro-pubien chez le premier de ces animaux est

de 24.5

et le diamètre transverse de 23 . 1

chez les petits équidés le diamètre sacro-pubien est de 21.

et le transverse de 18.3

chez la vache le diamètre sacro-pubien est de 22.

le diamètre transverse de 18.

On voit donc, par cet aperçu, que malgré l'amplitude du bassin chez ces grands animaux, contrairement à ce qui existe chez la femme, c'est le diamètre antéro-postérieur qui prédomine.

Quant au détroit inférieur dans ces grandes espèces, il est constitué surtout par un appareil ligamenteux et est d'environ l/5e plus petit que le détroit supérieur, mais très-mou, le sacrum droit et court et la queue essentiellement mobile.

De plus, chez la jument, la symphyse pubienne est rectiligne et s'ossifie de bonne heure. Beaucoup plus longue chez la vache, elle présente une concavité supérieure et une saillie interne fatigante pour la main de l'accoucheur; l'os coxal est moins lourd et moins gros chez celle-ci que chez les juments.

Le sacrum a cinq vertèbres ; il est plus long et plus large chez la vache. Les trois premières coccygiennes appartiennent encore au sacrum dans les deux espèces et c'est la symphyse pubienne qui constitue le plancher du bassin. Celui-ci est inextensible.

Chez tous les quadrupèdes, le bassin présente son ouverture d'avant en arrière et non de haut en bas, de telle sorte que le diamètre sacro-pubien, au lieu d'être antéro-postérieur, est supéroinférieur ; le sacrum, au lieu de former la paroi postérieure du pelvis, en forme la paroi supérieure, et ainsi de suite, le bassin s'adaptant à la marche des animaux.

Chez ceux-ci, du reste (équidés. bovidés), la présentation

du fœtus se lait généralement par les pieds, et l'orifice de la matrice, comme nous le verrons, est plus élevé que son fond, ce qui est le contraire chez les anthropoïdes et chez la femme.

Nous ne nous occuperons pas de retendue du bassin chez les petits animaux.

Disons seulement que chez la truie la symphyse est longue et rectiligne. Que chez la chèvre et la brebis le bassin est en petit ce qu'est celui de la vache.

D'une manière générale, le canal pelvien est plus horizontal chez les petits ruminants.

Les différences portent plutôt sur les détails que sur l'ensemble ; la symphyse chez la chienne et chez la chatte s'ossifie tard. Du reste, à part la chienne, à cause de la multiplicité des races canines et des croisements incessants de ces races, la parturition ne présente presque jamais de difficultés dans les petites espèces. Il n'en est pas de même chez la vache et la jument.

A propos de parturition difficile chez les chiens, laissez-moi vous raconter une histoire qui est arrivée à l'un de nos plus éminents praticiens.

Sic ludus animi débet aliquando dari.

Ce médecin distingué, alors encore très jeune, fut, par une belle nuit d'hiver, tiré de ses méditations par un formidable coup de sonnette. On venait le chercher pour donner ses soins à Miss Bitch, descendue avec sa maîtresse à l'hôtel de Lille et d'Albion.

Vite notre Esculape s'empresse ; c'est si rare un client sérieux pour un jeune médecin....

A son arrivée chez une Anglaise de haute lignée, la maîtresse de céans lui tint à peu près ce langage : « Ah ! oh ! Monsieur le Docteur, je voudrais bien que vous accouchiez le petite chienne à môà qui souffre beaucoup, beaucoup î »

Notre confrère vit, en effet, dans un coin, une jolie petite levrette, répondant au nom de miss Bitch et qui, ayant sans doute fait connaissance avec quelque chien du voisinage de forte taille, ne pouvait, malgré ses efforts, mener à bien le travail commencé.

En homme spirituel qu'il était, notre confrère fit mettre la le

vrette dans un bain, lui oignit les parties d'huile, fit tant et si bien qu'une demi-heure après miss Bitch accouchait de deux charmants petits chiens.

Demandant ensuite gravement une plume et du papier, comme pour faire une ordonnance, il écrivit un reçu de 500 fr. qu'il signa et présenta à la maîtresse de la maison.

Celle-ci se mordit bien un peu les lèvres ; mais la fierté britannique l'emportant, elle alla à son secrétaire, en tira une banknote de 20 livres sterling qu'elle présenta à notre confrère en acquit des soins qu'il avait donnés à sa levrette.

Maintenant, Messieurs, je n'ajouterai rien que vous ne sachiez touchant les articulations et les ligaments du bassin. Je ne décrirai pas davantage les bords des détroits, leurs plans, leurs axes, qui sont choses connues de vous.

Quant à l'axe de l'excavation, je dirai seulement que sa courbure, bien établie par Carus, se redresse lorsque l'on descend l'échelle des êtres ; qu'il est moins courbe chez les anthropoïdes que chez la femme et tout à fait rectiligne chez les autres mammifères.

Il ne me reste plus, après ces remarques générales, qu'à aborder ma propre classification.

DU BASSIN, DANS LES DIFFERENTES RACES, CONSIDÉRÉ D'APRES SA FORME ET SES DIMENSIONS.

Joulin n'admettait que deux formes de bassins. Weber les avait divisés en ovales, ronds, carrés et cunéiformes. Il faisait correspondre les premiers à la race européenne ; les seconds à la race rouge ou américaine: les troisièmes, à la race jaune ou asiatique, et, enfin, il rapportait les derniers à la race noire.

Si la division de Joulin était insuffisante pour classer les bassins des différentes races que des métissages infinis ont fait varier considérablement, celle de Weber péchait par un autre point.

En effet, les quatre formes qu'il admet, d'une façon d'ailleurs toute fantaisiste, ne correspondent pas à des différences ethniques et l'on verra que nous avons pu, par des calculs, diviser ces bas-

sins en trois classes dans lesquelles nous faisons rentrer à peu près ceux de tous les peuples chez lesquels on a pu les mesurer.

lre Classe. Bassins transverses-ovalaires. Caractères généraux.

! D'une épine iliaque antéro-supérieure à l'autre 0.2G cent.

Hauteur de la fosse iliaque 0.09.5

D'une crête iliaque à l'autre (pointlepluslarge) 0.28

, . /Diamètre sacro-pubien au détroit supérieur.. 0.11 Détroit )„. ... x

t Diamètres obliques 0.12

^ ' 'Diamètre transverse 0.13.5

Excavation | Les diamètres en tous sens 0.11.5

Détroit infér. | Tous les diamètres 0.11

(Le bi-ischiatique seul immuable.)

Fig. 4.

Quoique d'origines très variées, les bassins qui se rapprochent de cette forme portent presque tous l'empreinte dutypecaucasique ou aryen.

On les trouve dans toute l'Europe, sauf la Laponie, dans l'Asie- Mineure, le nord de l'Afrique, plusieurs îles de la Polynésie, chez les négresses de la côte occidentale d'Afrique et des Antilles, et il n'est pas jusqu'aux Indiennes de l'Amérique (race rouge) qui ne possèdent un bassin dans lequel le diamètre transversal prédomine beaucoup sur l'antéro-postérieur, de sorte que, malgré l'absence de nos connaissances sur l'origine de ces peuples, nous considérons leurs bassins comme appartenant à notre première classe.

Pour les bassins d'Europe, nous trouvons un type sensiblement le même, dans lequel sont venus se fondre, à force de métissages, les bassins des divers rameaux humains qui se sont succédé ou ont habité simultanément sur notre continent.

Tous ces bassins, à quelque race qu'ils appartiennent, ont, chez la femme, le diamètre transverse du détroit supérieur dépassant 13 centimètres et l'aire de ce détroit comprise entre 110 et 120 c. c.

Ainsi nous trouvons :

Aire.

Européenne (type) D.antéro-post.ll D. oblique 12 D. transv. 13.5 — 116.6 Nouvelle-Guinée » 11.3 » 13.4 » 13.6—120.7

Turquie d'Asie » 10.7 » 12.4 » 13.3 — 111.7

Négresse Guadeloupe » 10.6 » 13.9 » 13.4 — 111.5

Toutes ces mesures ont été prises rigoureusement par M. Verneau sur plusieurs bassins de même race, tant au muséum qu'au musée d'anthropologie, de manière à constituer une moyenne aussi exacte que possible.

2me Classe. — Bassins dits carrés et ronds (de Weber).

Joulin les attribuait exclusivement à la race Mongole-nègre . Nous ne voyons guère de négresses posséder cette forme de bassin ; mais Joulin, qui n'avait pas ae critérium pour sa classification, avait mis dans une seule et même forme tout ce qui n'était pas européen.

Dans ces bassins, le diamètre transversal dépasse 12 centimètres et la mesure de l'aire du détroit supérieur est comprise entre 95 et 106 c. c.

Ainsi nous trouvons :

Aire.

Péruvienne D. Ant.-post. 10.7 oblique 12.5 transverse 12.7 — 106.7

Néo-Calédonienne ... » 11 » 12.6 » 12.3 — 106.2

Syrienne » 10.5 » 12.3 » 12.3 — 101.3

Australiennes » 10 » 12.2 » 12.5- 95.8

Mongoliennes et Chinoises » 8.9 » 13.9 » 14 — 97.8

Laponnes et Samoyèdes » 10.1 » 12 » 12.2— 96.7

On voit qu'il eût été possible d'admettre deux grandeurs de bassins carrés, l'une au dessus et l'autre au dessous de 100 c. c. Mais la différence ne m'a pas paru assez grande pour cela.

Fig. 5.

Dans cette classe le bassin de la Chinoise a un diamètre transverse de 14 et devrait, à ce titre, figurer dans les bassins de la lre classe.

Mais en raison du peu d'étendue du diamètre antéro-postérieur, Taire du détroit supérieur n'est que de 97.8.11 appartient donc à nos bassins de la 2me classe et occupe même dans cette classe un rang inférieur.

3mo Classe.

Weber appelait cunéiforme le bassin de la race nègre que Joulin ne séparait pas des Mongols.

Nous avons vu que les nègres forment, sous le rapport du bassin, deux catégories bien tranchées, les plus grands ayant tous les caractères des bassins de la première classe ; les plus petits constituant, avec celui des Bosjesmanes, notre troisième classe de bassins dont voici les caractères :

Le diamètre transversal est plus grand que 11 centimètres et la mesure de l'aire du détroit supérieur ne dépasse pas 86 c. c.

Négresse du centre et de la côte orient. d'Afrique..

Négritos et Papous

Indigènes des en- ' virons du Cap et Bosjesmanes

D. ant.-post. 9.4 obliq. 11.4 trans vers. 11.6

Aire, 85.6

Fig. 6.

Wrolick, en 1826, tout en admettant dans le bassin du nègre mâle des caractères d'infériorité, faisait encore ressortir la gracilité du bassin de la négresse.

Mais il est certain que, sous le rapport de l'étendue de son ouverture supérieure, il est très peu développé et inférieur à celui des principaux anthropoïdes.

Dans les deux dernières classes, le détroit inférieur, de moindre dimension que celui du.bassin de la première classe, a néanmoins des diamètres égaux dont l'antéro-postérieur comme les obliques sont susceptibles d'agrandissement.

Les diamètres de l'excavation sont aussi proportionnés et sensiblement égaux à 0,11 centimètres.

Tout le problème obstétrical consiste donc à faire passer une tête, d'ailleurs assez réductible, et dont nous étudierons la forme et les dimensions ultérieurement, dans un canal dont l'ouverture a des dimensions données, sachant que l'aire de cette

ouverture est supérieure dans le 1er cas à 110

comprise dans le 2e cas entre 95 et 106

inférieure dans le 3e cas à 86

Or> en vertu de la loi d'accommodation lorsqu'un corps est contenu dans un autre corps et que le premier est poussé par une force quelconque, il prend la forme extérieure et s'adapte aux dimensions du corps qui le contient.

C'est sur cette loi qu'est basée la théorie de la céphalotripsie répétée sans tractions. En d'autres termes, quand la tête fœtale,

qui no pouvait franchir un obstacle dû au bassin osseux a été ré~ duite de volume, elle place, spontanément, en vertu de la loi d'accommodation, ses diamètres réduits en présence des plus petits diamètres du canal qu'elle doit parcourir: en un mot, il se fait là de l'accommodation.

J'ajouterai, à titre de renseignement curieux, les dimensions d'un bassin d'Egyptienne ancienne (de l'époque grecque) D. ant. post. 10. 6 — obi. 12.8, transv. 12.4, aire 106.5.

Ce bassin eût pu être rangé avec ceux de notre 2e classe.

Si nous examinons les bassins des grands anthropoïdes, nous trouvons une différence très sensible dans la prédominance du diamètre antéro-postérieur.

Ainsi :

1° Le Chimpanzé..

D. A. P. 13 Oblique 13

2° Orang

3° Gorille

On voit que le chimpanzé est l'anthropoïde dont le bassin se rapproche le plus des bassins humains du type le plus parfait.

Fig. 7. — Bassin du chimpanzé.

Mais le diamètre A. P., comme celui des autres anthropoïdes, prédomine de beaucoup sur le transversal. Donc, ce qui n'existe pas dans l'espèce humaine, devient une réalité chez l'anthropoïde ;

et chez le chimpanzé, le plus voisin de l'homme, le diamètre antéro-postérieur l'emporte de 2 centimètres sur le transverse.

Tant il est vrai de dire qu'il y a encore entre les singes les plus parfaits et les hommes les moins favorisés, une différence énorme, non seulement dans la capacité du crâne, mais même dans la forme et les dimensions du bassin et que Vanthropopithèque pourrait bien trouver ici sa place.

Nous déduirons des données spéciales qui précèdent et des renseignements qui nous ont été transmis par d'honorables collaborateurs, une classification des présentations et des positions du fœtus suivant les races.

Nous étudierons sur les mêmes bases les phénomènes mécaniques du travail dans nos trois classes de bassin, et enfin, nous établirons des règles pour l'application du forceps.

Mais auparavant nous aurons à envisager les phénomènes de la grossesse en ce qui concerne la mère et l'enfant dans les différentes races et c'est par là que nous commencerons la prochaine leçon.

2e LEÇON PARTIES MOLLES DE LA GÉNÉRATION. — DIFFÉRENCES ETHNIQUES

Messieurs,

Avant d'aborder l'étude des phénomènes de la grossesse, je vous dois quelques renseignements sur les différences ethniques concernant les parties molles.

Ces différences sont, d'ailleurs, peu sensibles, et ce n'est pas lu que gît le point de comparaison le plus important.

Chez tous les mammifères, les parties molles de la génération se divisenl en externes et internes. Elles comprennent de dehors en dedans la vulve, le vagin, l'utérus, les trompes, les ovaires auxquelles il convient d'ajouter les mamelles.

Examinons successivement ces parties chez la femme dans les différentes races et commençons par les parties externes.

Vous connaissez tous la vulve chez la femme d'Europe, je n'insiste pas. Mais dans certaines races la vulve et ses dépendances offrent des différences assez grandes, sans être toujours, ce pendant, caractéristiques.

Ainsi, le mont de Vénus qui la domine est plus ou moins fourni du tissu adipeux. Le système pileux qui le recouvre, ainsi que la région voisine, est généralement d'une teinte plus claire que celui des parties découvertes. Il prend l'aspect et la disposition du système pileux de la race à laquelle il appartient. Très abondants chez les Aïnos, les Australiens, les Tasmaniens, les Todas, les poils du pubis sont longs et onduleuxdans ces races ; ils sont bouclés chez les Nubiens, les Abyssiniens, chez les descendants des anciens Assyriens, dont on retrouve encore des traces dans les peuplades qui bordent la Méditerranée, tant en Afrique qu'au Sud de l'Europe. Les Papous, les Hottentots ont le système pileux du pubis et de la tête inégalement répartis en touffes ou en petits pinceaux ; chez les Caffres et parmi les populations du Soudan les poils sont également répartis sur toute la surface cutanée. Ils sont laineux

chez les nègres proprement dits ; médiocrement développés et presque rares chez ceux de l'Afrique centrale, ils sont, au contraire, plus abondants chez les Nègres des Antilles, tout en conservant le caractère lanugineux.

Rares chez les Mongols et les races Américaines, les poils le sont aussi chez les Chinois et chez quelques Orientaux, où l'on retrouve, chez les uns comme chez les autres, un caractère particulier dans la disposition des moustaches et des favoris chez l'homme.

La disposition des poils du pubis chez la femme participe à ces caractères de race.

Les races préhistoriques avaient le système pileux très développent la femme enceinte de Solutré nous fait voir que ce n'était pas là seulement un apanage de l'homme, nîun ornement exclusif du pubis chez la femme.

Bory de Saint -Vincent avait essayé de diviser les races en léiotriques, aux cheveux et aux poils lisses, et hulotriques, aux cheveux et aux poils crépus ; mais des dispositions intermédiaires nombreuses sont venues démontrer l'insuffisance de cette classification. Et de même que les poils crépus présentent différents caractères, courts, en toison élastique, en buisson, en torsade, en vadrouille ; de même aussi les poils lisses peuvent être souples et soyeux comme chez les Suédoises et autres habitants du Nord ; ondes ou frisés comme chez la Française et autres femmes du centre de l'Europe ; lustrés chez les femmes de la Malaisie, durs et raides comme des crins dans les races authochtones de l'Amérique, etc.

Dans les croisements des races, les modifications tenant aux caractères du système pileux dans chaque race, interviennent et rendent l'origine incertaine; mais, d'après Topinard, le caractère laineux persisterait davantage chez les métis de nègres sur les parties cachées et notamment au pubis.

Les Mauresques, les femmes de certaines classes en Turquie, beaucoup de Mahométanes, des Asiatiques, les femmes de Java et celles d'autres îles de l'Océanie pratiquent l'épilation du pubis

ou le rasent régulièrement, de telle sorte que le caractère du sys tème pileux de la région disparait pour ainsi dire.

Quant aux formes extérieures de la vulve, les grandes lèvres sont moins développées chez la négresse que chez la blanche, ce qu'à priori on n'aurait pu supposer. Ainsi, sur presque toute la côte occidentale d'Afrique, elles sont réduites à un repli de quelques millimètres seulement. De Rochebrune,qui a habité le Sénégal et voyagé dans les pays limitrophes où les femmes sont à peu près nues, dit que « l'ensemble de la vulve se distingue par un aplatissement antéro-postérieur de l'organe, dont le plan superficiel est limité extérieurement par deux replis ellipsoïdes étendus de la partie inférieure et médiane du pénil à la partie antérieure du périnée ; les bords internes accolés ne dessinent qu'une ligne légèrement ondulée, même chez les femmes d'un certain âge....

Extérieurement la teinte diffère de la couleur générale de la peau par un aspect plus pâle.... »

Bien différentes étaient les races préhistoriques ; et l'époque magdalénienne nous montre une statuette de femme conservée au Musée de Saint-Germain, n° 198, chez laquelle les organes génitaux externes font une saillie énorme quiafaitdonner à cette statuette toute tronquée le nom caractéristique de Vénus impudique. Les statuettes qui nous restent de Yâge de fer ont également les organes génitaux très saillants.

On dit, mais rien n'est moins démontré, que ces dispositions des organes génitaux féminins seraient en rapport avec la forme du pénis dans chaque race : les croisements et les métissages infinis des races humaines entre elles, prouvent la gratuité de cette supposition, bien que des différences sensibles existent entre les organes masculins du nègre et du blanc. (Voir Topinard, Anthropologie, p. 373.) Ces différences ne sont pas telles, toutefois, comme le voulait Pouchet pour les Ethiopiens, qu'il y ait impossibilité physique d'union du noir avec la blanche. Trop de faits démontrent le contraire.

Un autre caractère de race plus important se retrouve dans les petites lèvres. Celles-ci, presque cachées chez les blanches vierges,

deviennent un peu plus développées après les premiers rapprochements sexuels.

Ce développement devient même exagéré dans d'autres races et chez quelques sujets d'origine aryenne, au point que leur excision a été faite d'une façon générale chez certains peuples et comme opération utile dans d'autres cas. J'ai pratiqué moi-même plusieurs fois cette excision à Paris, soit d'une, soit des deux petites lèvres.

Topinard raconte, d'après Cuvier, que les premiers effets de l'introduction du christianisme en Abyssinie, au 16e siècle, furent d'interdire l'excision des petites lèvres qui se pratiquait avant le mariage et rappelait de loin la circoncision des Juifs du sexe masculin. Mais les filles converties ne pouvant plus trouver de maris, le pape fut obligé d'intervenir pour autoriser le retour à l'ancienne coutume.

Chez les négresses ordinaires cet allongement est la règle ; on l'a vu atteindre 5 à 8 centimètres. C'est même là un type de beauté pour certaines peuplades, malgré l'inconvénient qui en résulte dans les pays chauds, et, notamment, chez les négresses ellesmêmes, où ces parties sont sujettes à de fréquentes dégénérescences. On dit que la reine de Madagascar est très fière de la longueur de ses nymphes, et que, dans ses moments de repos, elle entretient de jeunes esclaves chargées de la singulière mission de les tirailler afin de leur donner encore plus de longueur. (Dr Corre.)

Mais ce sont les Bosjesmanes qui, sous le nom de tablier des hottentotes, possèdent des petites lèvres qui ont un vrai caractère ethnique. Ces replis muqueux atteignent jusqu'à 15 et 18 centimètres de longueur.

Cuvier, qui a eu l'occasion d'examiner les organes génitaux de la Vénus hottentote, morte au Muséum, en 1828, dit « que le tablier n'est pas, comme l'avait cru Perron, un organe particulier, mais bien le développement exagéré des nymphes ; chez ce sujet, les grandes lèvres n'étaient pas prononcées; elles interceptaient un ovale de 4 pouces de longueur. De l'angle supérieur descendait entre elles une proéminence demi-cylindrique d'environ 18 lignes

de longueur sur un pouce de largeur ; chacun des replis qui la constituait est arrondi par le bout et descend le long du bord interne de la grande lèvre, où il se change en une crête charnue qui se termine à l'angle inférieur de la lèvre. Si on relève les deux appendices, ils forment ensemble la figure d'un cœur dont les lobes seraient étroits et longs et dont le milieu serait occupé par l'ouverture de la vulve. Chacun de ces lobes a à sa face antérieure, tout près de son bord interne, un sillon plus marqué que ses autres rides, qui monte, en devenant plus profond, jusqu'au dessus de leur bifurcation ; là, les deux sillons se réunissent, de sorte qu'il y a, a l'endroit de la bifurcation, un double rebord entourant une fossette ; il y a aussi une proéminence grêle qui se termine par une petite pointe à l'endroit où les deux rebords se réunissent. En résumé, les deux lobes charnus se composent en haut du prépuce et de la continuité des nymphes, et tout le reste de leur longueur ne consiste que dans le développement des nymphes seules. »

Les Ouoloves font exception à la règle qui existe chez les autres négresses à l'égard des petites lèvres. Chez elles, les nymphes sont rudimentaires ; elles mesurent, d'après de Rochebrune, 0 m. 004 de largeur sur 0 m. 021 de longueur, ce qui prouve que le grand développement des petites lèvres n'est pas un caractère de race, et nous savons déjà qu'on le rencontre chez quelques Européennes. Peut-être pourrait-il bien, tenir dans ces cas exceptionnels à des habitudes vicieuses ; ce qui semble confirmer cette opinion, c'est que de Rochebrune a noté leur grand développement chez des prostituées du dispensaire d'Angoulême.

Le clitoris est aussi très développé dans les races nègres et semitiques (Dr Corre).Il n'est pas, dans ces races, sans analogie avec la longueur du prépuce chez l'homme. Chose remarquable, chez les Ouoloves, qui ont l'appareil entier delà vulve si peu développé, le clitoris, au contraire, l'emporte en longueur de 0,008 millimètres sur celui de l'Européenne.

Chez d'autres peuples, où l'on retrouve aussi cette proéminence exagérée, on pratique l'excision de l'organe ; cette opération fut faite également en Angleterre dans un but thérapeutique, il y a

quelques années, par le Dr Baker-Brown, mais le corps médical anglais n'eut pas assez de foudres pour protester contre ce malheureux médecin. Peut-être nos confrères d'Outre-Manche au raient-ils préféré voir s'établir chez eux ce que Daniell avait constaté chez les femmes du Golfe de Guinée, qui provoquent l'élongation de leur clitoris, sous une influence toute matérielle, au moyen de petits poids suspendus à une ficelle attachée à la base de l'organe, au risque d'y provoquer des ulcérations comme Daniell lui-même a été appelé à en soigner.

De Rochebrune, qui fait autorité pour la côte occidentale d'Afrique, nous rapporte encore que chez la femme de cette région, la vulve serait plus haute que chez l'Européenne au point que la longueur du périnée en serait doublée. Nous verrons plus loin que c'est le contraire chez les Annamites. Quoi qu'il en soit, l'entrée du vagin chez ces négresses serait fort étroite.

Quant au vagin proprement dit, chez les Ouoloves, de Rochebrune nous décrit la colonne de Haller comme forte et proéminente en avant et en arrière, de telle sorte que, chez les primipares surtout, les prolongements latéraux connus sous le nom de rides tranversales auraient une apparence tuberculiforme ; ces rides multiplieraient, par conséquent, les points de contact et de frottement, rendraient le vagin plus rigide et relativement plus étroit que chez l'Européenne, tout en permettant, au moment de l'accouchement, une ampliation plus grande du canal utérovulvaire.

La profondeur du vagin dans ces races serait de 0,16 centimètres quand la femme n'a pas été fatiguée par des travaux excessifs, des ports de charges ou des grandes courses. Cette longueur, du reste, coïncide avec la longueur proportionnelle du pénis chez l'homme de même race, mais cette adaptation n'empêche pas les rapprochements avec des éléments ethniques différents. D'après de Sinety, la muqueuse vaginale serait colorée en rouge, et en gris-brun d'après Rochebrune.

Si de la côte occidentale d'xifrique nous passons au nord de ce continent, en Algérie, par exemple, nous trouvons chez les indigènes un développement beaucoup plus prononcé des organes ex-

terne9. Si le clitoris est aussi très volumineux, les grandes lèvres, contrairement a ce qui existe chez les Ouoloves, sont exubérantes et le vagin très ample. Le Dr Bertherand attribue cette particularité à des causes multiples plutôt qu'à des différences ethniques. Parmi ces causes, il convient de noter la précocité de la puberté, qui amène nécessairement des unions prématurées, puis la polygamie, qui à son tour entraîne la dépravation des mœurs.

On retrouve des dispositions analogues chez les Chinoises. M. le I)r Mondière dit que, chez celles-ci, tout ce qui se rapporte aux organes de la génération semble avoir pris des proportions exagérées. La différence est surtout sensible quand on a l'occasion de visiter, comme cela lui est arrivé souvent, dans la même journée, des Chinoises et des Annamites, chez lesquelles, au contraire, tout est menu et maigre dans ces parties.

La femme cambodgienne, sous ce rapport, se rapprocherait de la Chinoise, tandis que la Tonkinoise et la métisse tiendraient davantage de l'Annamite.

D'après Virey, au Kamschatka le vagin de la femme est agrandi à l'aide d'un pessaire en écorce de bouleau ; dans les races américaines, au contraire, cet organe est fort resserré.

Parmi les organes externes de la génération, il est un caractère de race que je ne veux pas manquer de signaler c'est: la stéapygie. On décrit sous ce nom, que nous préférons à celui de stéatopygie, un développement chez la femme de masses graisseuses énormes et de consistance molasse surajoutées aux muscles des fesses.

Il est surtout l'apanage caractéristique des Bosjesmanes, mais il n'est pas rare chez les Cafres et les Hottentotes. D'après Topinard, la stéapygie serait le caractère survivant d'une race qui aurait vécu jadis au sud de l'Afrique ; ce que la coloration jaunâtre de ces peuples, ainsi que d'autres caractères qui les séparent de tous les nègres voisins semblent confirmer.

Des métissages ont reproduit partiellement la stéapygie chez quelques femmes des Boers et des Zoulous.On en a signalé des cas j usque chez les Ouoloves. Les organes externes de la génération sont sujets à des altérations endémiques, tels que l'éléphantiasis et la lèpre chez les négresses ; d'autres altérations ont un caractère ethni-

que comme la circoncision chez quelques tribus et chez les Nubiens l'infibulation ; enfin, chez certains peuples de l'Afrique, il existerait, d'après Daniell, une punition pour les filles coupables, qui consisterait à tamponner le vagin avec des substances irritantes qui l'enflamment et y produisent soit des brides cicatricielles, soit même une oblitération à peu près complète. Du côté des mammifères quadrupèdes, la vulve est renversée, de sorte que l'anus est au-dessus. Les lèvres externes sont noirâtres, sinueuses. Le clitoris est en bas de la vulve et saillant ; le méat urinaire, chez la vache et la jument, est à quelques centimètres en dedans du vagin. Ce dernier canal est variable de longueur. Immédiatement au-dessus de l'anus se trouve la queue.

Enfin les mamelles, aussi bien chez la femme que chez les autres mammifères, complètent les organes externes de la génération et ont servi à la dénomination de la classe. Mais tandis qu'elles sont doubles et pectorales chez la femme, les anthropoïdes, beaucoup de singes, l'éléphant et le lamentin, elles sont multiples chez d'autres espèces et varient dans leur situation : abdominales chez les carnassiers et les marsupiaux , elles sont inguinales chez les solipèdes et les ruminants. Leur nombre est généralement égal à celui des petits de chaque portée, sans jamais descendre au-dessous de deux, même pour les femelles qui n'ont qu'un petit à la fois.

Les accoucheurs français reconnaissent chez la femme trois espèces de mamelles, les hémisphériques, les piriformes et les étalées ou pendantes. D'après Topinard,ces formes, que l'on rencontre partout, auraient été dans l'origine l'apanage de races distinctes.

Quoi qu'il en soit, la structure de la mamelle dans toutes les races est à peu près la môme : elle se compose de lobes, de lobules et d'acinis. Tous les canaux excréteurs convergent, les plus plus petits dans les plus grands, et ceux-ci, après avoir formé des ampoules ou réservoirs au niveau de l'aréole, viennent aboutir en nombre variable au sommet de la papille ou mamelon qui surmonte la mamelle et est aussi plus ou moins saillante suivant les individus et peut-être aussi d'après la descendance des races.

La seule variation ethnique à signaler, c'est la résistance et l'extensibilité plus ou moins grandes du tissu fibreux qui réunit les lobules entre eux et sans doute aussi certaines modifications de la peau qui permettent, surtout aux négresses, de rejeter leurs mamelles par dessus leurs épaules et leur donnent la facilité d'allaiter ainsi leur enfant suspendu sur leur dos. Le mamelon est également, dans ces races, plus allongé, sans doute parce qu'il n'est point comprimé par le vêtement, de même chez nos paysannes où le corset ne gêne pas non plus son développement. Il est vrai que cette liberté, favorable à la grosseur du mamelon, est une des causes qui contribuent à la flaccidité générale du sein, mais, quoi qu'il en soit, et malgré l'absence complète de soins de propreté de la part des mères qui allaitent, ces femmes sont bonnes nourrices et ont peu d'accidents inflammatoires de la mamelle et du mamelon.

Mais, par contre, on signale l'influence des traumatismes sur la glande nue, celle qui résulte du défaut de précautions à l'époque du sevrage, et sans doute aussi certaines dispositions des races nègres et arabes, comme amenant des cancers du sein ou d'autres dégénérescences graves.

Cette forme étalée, pendante, du sein, n'est pas spéciale aux races nègres, on la retrouve chez la Bosjesmane et chez quelques Européennes. J'ai fourni pour ma part aune famille de Paris une nourrice d'origine beauceronne, qui rejetait ses seins sur ses épaules et allaitait son nourrisson sur son dos. Il est juste de dire o;ue cette fille, amateur de plaisirs bruyants, ne put mener l'allaitement jusqu'au bout. Mais elle n'y renonça qu'à cause de son caractère et de ses mœurs, car, deux ans après son accouchement et huit mois après le sevrage du bébé, cette femme avait encore un lait assez abondant pour donner à penser qu'elle aurait pu reprendre un nouveau nourrisson.

Les Chinoises, les femmes du Tonkin, de la Cochinchine, voire les Cambodgiennes, ont les seins hémisphériques et réguliers. Les seins piriformes sont plus rares en ces contrées qu'en France, sauf chez la Cambodgienne, et, chose assez remarquable sur 4aquelle M. le Dr Mondière a appelé l'attention, c'est le plus sou-

vent chez les femmes qui ont la peau la plus blanche qu'on rencontre ces derniers.

Chez la jeune femme de l'extrême Orient, qui n'a pas eu d'enfant, Pécartement des mamelons est de 0,19 centimètres. Assez petits jusque vers 17 ans, les seins prennent un volume considérable pendant la grossesse et deviennent très déclives pendant les derniers temps de celle-ci.

L'aréole varie beaucoup, mais elle est d'autant plus grande et colorée que la femme est plus blanche, et son diamètre, dans ces circonstances, peut avoir de 7 à 9 centimètres.

Le mamelon reste court jusqu'à l'accouchement ; mais les succions de l'enfant le développent rapidement. Après un premier allaitement, il reste long et coloré; mais il est rare que le sein reprenne sa conformation première comme nous le voyons chez nos femmes d'Europe.

La peau semble avoir perdu son élasticité, ainsi que le tissu conjonctif de la glande, au point que le sein s'affaisse et devient presque disgracieux.

On sait que, chez toutes les femmes, le tissu adipeux donne au sein son volume plus que la glande elle-même; chez les Chinoises, ce tissu augmente considérablement vers l'âge de 25 à 28 ans, tandis que chez la femme métisse il reste en petite quantité, et le sein de ces femmes se rapproche de la forme de celui des Annamites.

Mais chez elle Pécartement des mamelons est considérable, bien que le thorax soit étroit ; il l'est au contraire fort peu chez les Cambodgiennes.

Ces renseignements, empruntés au beau travail du Dr Mondière : Monographie de la femme en Cochinchine, peuvent passer pour l'expression exacte de la vérité.

Quant aux différences dans la composition du lait suivant les races, aucune analyse n'a été faite à cet égard et, étant donnés les allaitements des enfants blancs par des nourrices noires, tout porte à croire que ces différences, si elles existent, ne sont pas très grandes, puisque Pallaitement réussit très bien dans les con-

ditions sus-énoncées. Il est vrai aussi que les enfants s'élèvent également bien avec le lait de plusieurs animaux.

Parmi ceux-ci, notons au premier rang la chèvre, qui a des mamelles inguinales et des trayons allongés ; ensuite, toujours avec mamelles inguinales, l'ànesse, dont le lait se rapproche le plus du lait de la femme, mais dont l'indocilité et la grosseur des mamelons sont un obstacle à l'allaitement direct ; enfin, la vache, que tout le monde connaît, et dont le laitest donné par l'intermédiaire d'un biberon, d'un verre, ou d'un petit pot.

Parmi les singes qui se distinguent de la femme par le nombre et l'emplacement des mamelles, on cite quelques lémuriens qui en ont quatre : deux pectorales et deux inguinales ; plusieurs espèces de makis qui en ont aussi quatre, mais toutes pectorales, et si, dans les cas de mamelles surnuméraires chez la femme, on était quelque peu tenté de faire un rapprochement atavique (Darwin. Descend, de V homme et sélection sexué1 le, 3e éd., 18*1, p. 35), ce serait avec les makis, car les mamelles surnuméraires chez la femme sont toujours pectorales ou axillaires.

Dans la prochaine leçon, Messieurs, nous parlerons de l'utérus et de ses annexes dans les différentes races.

3e LEÇON

SUITE DES ORGANES DE LA GENERATION, — CE QUE L'ON DOIT PENSER DE LA MENSTRUATION, SUIVANT LES RACES.

Messieurs,

Avant d'aborder l'étude comparée de l'utérus et de ses annexes, je vous dois quelques mots sur la forme variée de cette membrane que l'on dit spéciale à la femme et qui sépare les organes externes des organes internes de la génération, j'ai nommé l'hymen que l'on rencontre chez les filles vierges.

D'après le Dr Budin, qui a fait une étude intéressante sur la déchirure de cette membrane après les premiers rapports sexuels, elle ne serait que la continuation de la muqueuse du vagin dont l'extrémité antérieure perforée vient s'insinuer et sortir entre les petites lèvres et constituer ainsi l'hymen.

Cette séduisante manière de voir n'est pas admise par tous les anatomistes qui, pour la plupart, enseignent que l'hymen provient de la formation que l'on a appelée extérieure, alors quelevagin,au contraire, appartient à la formation intérieure, c'est-à-dire qu'il s'est formé par la fusion et le développement des conduits de Millier, tandis que l'hymen ne serait qu'une dépendance muqueuse du sillon uro-génital.

Quoi qu'il en soit.de Sinety a admis cinq types d'hymens variés et nous nous rattachons à cette manière de voir. Dans le premier type l'hymen est fendu verticalement ; dans le second il est perforé à son tiers supérieur ; le troisième type nous montre une ouverture circulaire au centre de la membrane ; dans le quatrième nous trouvons l'ouverture supérieure si connue en forme de croissant, et enfin le dernier type correspond à une simple bandelette circulaire ou elliptique doublant pour ainsi dire l'entrée du vagin.

Mais rien, dans ces formes, ne caractérise une race ou même un

peuple. Il y a là toute une étude et des recherches nouvelles à faire au point de vue ethnologique pour savoir s'il existe, sinon des particularités de forme, du moins des différences dans les dimensions de l'hymen dans les races, ce qui permettrait en même temps d'élucider la question, encore controversée, d'origine anatomique.

Au delà de l'hymen et après le vagin, dont nous avons déjà parlé, se trouve l'utérus...

Cet organe, chez la femme, à quelque race qu'elle appartienne, est uniloculaire, sauf anomalies, et elles sont assez fréquentes.

Dans ces cas, il ne peut être question que d'un arrêt de développement ou d'un retour à un ancêtre très éloigné d'après les lois de l'atavisme.

J'admets l'arrêt de développement dans les cas où un simple éperon, au fond de l'utérus, donne à cet organe la forme plus ou moins rapprochée d'un cœur, mais lorsque l'éperon se prolonge jusqu'au col, de manière à former deux cavités distinctes, quelquefois môme à séparer aussi le vagin pour en faire deux conduits, il y a là, non plus un simple arrêt de développement, mais une persistance de l'état embryonnaire qui marque un mouvement d'hésitation de la nature, de régression vers un état antérieur dans lequel la matrice était double, comme elle l'est encore chez bon nombre de mammifères, les femelles des équidés,des bovidés, par exemple, qui possèdent des utérus bi-cornes. Chez celles-ci, chaque corne aboutit à une trompe qui met l'ovaire correspondant en communication avec la matrice, et chez ces femelles le fœtus se développe dans la corne même de l'utérus.

Cette disposition est encore plus sensible chez les mammifères qui font plusieurs petits à la fois, chacun de ceux-ci se développant dans la corne où l'ovule fécondé est venu se greffer. On peut voir un cas d'utérus bifide sur un dessin du musée Orfila à la Faculté de médecine. Ces cas, rares quand ils sont complets, expliquent la possibilité de la super fœtation, comme il y en a de nombreux exemples chez d'autres mammifères.

Lorsqu'au contraire, il n'existe qu'une déformation comme celle dont nous avons parlé, l'accommodation du fœtus devient

vicieuse, d'où des anomalies dans les présentations et les positions fœtales.

Il ne faut pas perdre de vue que dans la vie embryonnaire, chez la femme, l'utérus et le vagin se développent aux dépens de la partie inférieure des canaux de Mûller, qui persistent dans leur partie supérieure en donnant naissance à chaque trompe correspondante. Ils ne se soudent à leur partie inférieure que vers le 2e mois de la grossesse. Au début de la vie intra-utérine, il existe donc deux utérus et deux vagins indépendants. Après la soudure des canaux de Mûller, il n'y a plus qu'un vagin cloisonné, mais encore deux utérus ; plus tard la cloison intermédiaire aux deux cavités se résorbe, et il n'y a plus, d'abord, qu'un vagin unique, puis, qu'un utérus unique, du moins dans l'espèce humaine.

Lorsqu'un éperon persiste au fond de l'utérus, c'est que la résorption de la cloison intermédiaire n'a pas été complète, mais lorsque les deux utérus persistent dans toute la hauteur de l'organe, il y a là plus qu'un simple arrêt de développement, mais une hésitation de la nature qui a pour résultat de produire chez la femme un utérus double ou bicorne, comme on le rencontre chez d'autres animaux à l'état normal.

D'autre part, chez les singes, on trouve, d'après les espèces, des utérus uniloculaires (anthropoïdes) et des utérus bicornes. Cependant, les singes ne font ordinairement qu'un petit à la fois et la grossesse de jumeaux est plus rare chez eux que chez la femme. Quoi qu'il en soit, même dans les races inférieures, chez la femme, la normale de l'utérus est d'être uniloculaire. Les différences ne portent guère que sur le col, et les observations prises ne concernent que les négresses de la côte occidentale d'Afrique, chez lesquelles le col a été trouvé piriforme, plus gros et plus long que chez les Européennes, malgré le peu de développement de l'appareil génital externe dont nous avons parlé.

La longueur du col chez ces femmes est de . « 4 cent. 4 La largeur 1 » 9

Tandis que chez l'Européenne la longueur chez la

nullipare est de 3 cent. 1

Et la largeur 1 » 7

Ces mesures, prises par M. de Rochebrunc (Revue iïanth., 15 avril 81) nous paraissent comporter une erreur de typographie quant à l'Européenne. Le mémoire de la Revue portait, en effet, longueur 17 millim. et largeur 31 millim. Or, tous les observateurs savent que chez la primipare la longueur l'emporte sur la largeur ; j'ai donc renversé la proposition pour éviter la propagation d'une erreur.

Quoi qu'il en soit, M. de Rochebrune donne en outre au col de FOuolove une direction de l'orifice en avant qui, jointe à la longueur de l'organe, ferait diagnostiquer chez une Européenne « un prolapsus au premier degré ».Cet allongement est-il bien un Caractère ethnique ou le résultat des conditions de climat, de nourriture, de menstruation abondante, de ladanse,des fatigues, etc?M. Corre, dans son excellent petit livre sur la mère et l'enfant dans les races, sans récuser l'action des conditions de milieu dans lequel vivent ces femmes, trouve des conditions de vie à peu près semblables chez d'autres femmes créoles, ou coolies, sans que, pour cela, cette disposition particulière du col se rencontre.

D'un autre côté, le Dr Vel déclare que cet allongement hypertrophique du col est fréquent aux Antilles chez des femmes âgées appartenant à diverses races et à toutes les classes de la population ; et de même aussi chez des femmes jeunes, mais ayant eu des accouchements fréquents ou s'étant adonnées à de rudes travaux.

En définitive, je crois qu'on peut, avec le Dr Corre, accorder quelque part d'influence à la race dans cette hypertrophie du col habituelle chez la négresse, même primipare, et rapprocher avec lui cette particularité ethnique du développement clitoridien observé chez les mêmes femmes.

Parmi les mammifères domestiques dont l'utérus est bicorne et se forme par la soudure des canaux de Mûller à leur partie inférieure, alors que la partie supérieure demeure distincte d'une façon permanente, on trouve un premier ordre dans lequel les cor-

nés utérines sont dirigées en haut comme chez la jumentetautres équidés, la chienne, la chatte ; et un second ordre, dans lequel les mêmes cornes sont tournées en-dessous comme chez la vache, et ses diverses variétés, la brebis, la chèvre, la truie, etc. Chez tous ces mammifères, l'utérus est bien musculaire, mais au lieu de former une cavité épaisse à plusieurs rangs de fibres imbriquées comme dans l'espèce humaine, il est beaucoup moins épais et ressemble à une sorte de sac membraneux dont on peut suivre la direction fibrillaire à l'œil nu, même en état de vacuité.

Quant aux ovaires, on n'a aucun renseignement sur leurs variétés anatomiques suivant les races humaines ; mais nous verrons ultérieurement les différences qui existent dans l'apparition de la menstruation chez les différents peuples et les conséquences que l'on en peut tirer au point de vue ethnologique. Pour ce qui est de l'ovulation proprement dite, on ne peut raisonner que sur des hypothèses.

Souvenons-nous seulement que les ovaires, normalement doubles chez les mammifères, sont, chez la femme, ovoïdes, de lagrosseur environ d'une amande [4 cent, de longueur sur 2 de hauteur et 1.5 d'épaisseur — le gauche un peu plus fort que le droit Puech] , tandis qu'ils sont ronds chez la jument et de la grosseur d'une noix recouverte de son brou, différents encore chez d'autres mammifères ; que chez quelques-uns de ceux-ci enfin le hile est perceptible sur l'ovule même.

Les trompes de Fallope et le pavillon frangé qui les termine, assez importants comme volume chez la femme, sont au contraire très petits chez la vache et la jument. Chez ces animaux, les trompes partent de chaque corne de l'utérus et se terminent près de l'ovaire par un pavillon en houppe.

De plus, la disposition du péritoine, particulièrement chez la vache, permet la castration par les parois vaginales, alors que l'on sait cette opération à peu près impossible par cette voie chez la femme.

Abordons maintenant, Messieurs, la partie physiologique :

La question touchant l'indépendance de l'ovulation d'avec

menstruation n'est pas encore assez généralement admise pour que, dans les circonstances où je me trouve, je puisse trancher cette question d'un côté ou d'un autre.

Je la réserverai donc pour l'instant. Mais je puis, quant a la menstruation, donner au moins des renseignements utiles et intéressants.

Cet écoulement de sang périodique n'est spécial ni à la femme, à quelque race qu'elle appartienne, ni aux singes qui s'en rapprochent le plus et ont également un écoulement mucososanguin périodique comme les phitéciens et sans doute aussi les anthropoïdes.

Les femelles des autres mammifères ont, elles aussi, une période appelée rut qui est identique à la menstruation. Pendant le rut, le gonflement des organes extérieurs, la sécrétion de mucosités, l'écoulement d'une sérosité sanguinolente ou, dans quelques espèces, de sang pur et surtout, à la fin de cette période, l'excitation génésique existent à des degrés divers chez toutes les femelles de la série des mammifères.

• Ces phénomènes, plus ou moins sensibles d'après les espèces, indiquentle moment où les ovulesdela femelle, prêts à se détacher, sont aptes à être fécondés ; ils correspondent donc à la période menstruelle chez la femme.

La périodicité de cette excitation sexuelle est très variable d'une espèce à l'autre. Je ne puis entrer ici dans des détails qui sortiraient de mon sujet. Je dirai seulement que ces phénomènes sont mensuels chez la femme, les phitéciens et la girafe.

Ils augmentent par la domesticité chez la chienne dont la fluxion extérieure est très apparente, chez la chatte qui manifeste par les miaulements et les inquiétudes l'état de son système génital. Le rut a lieu en tout temps chez la lapine à l'état domestique et la vue du mâle seule suffit pour le provoquer.

Quanta la femme, on sait que l'ovule détaché est apte à être fécondé pendant les 10 à 11 jours qui suivent sa déhiscence, mais on sait aussi que la vésicule de Graaf peut se rompre et donner issue à un ovule développé en dehors de la menstruation ou tout au moins quelques jours avant, sous l'influence des phé-

nomènes congestifs qui précèdent l'écoulement périodique, dételle sorte que l'on peut dire que, chez la femme, il n'y a pas de période agénésiquc proprement dite.alors qu'elle est manifeste chez les autres mammifères.

Or, la possibilité de la fécondation en tout temps chez la femme existe dans toutes les races humaines et la sépare nettement des autres femelles de mammifères, à l'exception de la lapine dont nous avons déjà parlé et peut-être aussi de certaines familles de singes, si l'on s'en rapporte au tempérament libidineux de ces animaux.

A quel âge, chez la femme, se manifeste pour la première fois dans chaque race cet écoulement périodique appelé menstruation ou règles ? Ceci est une question qui est loin d'être résolue. Il semblerait à priori que les pays équatoriaux, que l'on sait prédisposer les Européennes qui les habitent aux métrorrhagies, seraient favorables au développement précoce de la puberté. Sans retirer à la latitude une certaine influence pour l'apparition précoce des règles, il s'en faut de beaucoup que cette influence prédomine et qu'elle explique la part que la race peut prendreà l'apparition plus ou moins rapide de la menstruation ; et, cependant, dans l'état actuel de la science, c'est encore là peut-être le meilleur critérium, comme nous le verrons plus loin.

Dans toutes les races, chez la femme, la puberté est d'abord annoncée par un développement particulier du bassin, des seins, par l'apparition de véritables poils sur les pubis, qui remplacent les poils follets existant précédemment. Le reste des organes externes et internes de la génération complétant leur évolution, quelques phénomènes congestifs apparaissent vers le bas-ventre et précèdent de peu de temps la première menstruation chez les sujets bien portants.

Mais l'apparition des premières règles peut être influencée par l'hérédité, ce qui n'a point de rapport avec la race ; elle peut l'être aussi par la constitution, les femmes plus robustes étant réglées plus tôt que les plus faibles; les tempéraments sanguins plus tôt que les lymphatiques, etc. Or, ces variations se retrouvent dans toutes les races.

D'un autre côté, le milieu social, l'éducation, les professions ne sont pas non plus sans influence ; ainsi, les filles des villes, bien que moins robustes que celles de la campagne, seront réglées plus tôt; en raison sans doute des excitations qui les entourent ; de même, dans les villes, les plus riches, qui sont généralement les plus oisives, qui fréquentent les théâtres, lisent des romans, vont au bal, le seront encore plus tôt que celles qui restent dans leurs familles occupées aux travaux de l'intérieur. Le travail des filles d'ouvriers dans des ateliers où les sexes sont mélangés, ou même dans des ateliers de femmes où la licence du langage est souvent très grande, la promiscuité dans les familles pauvres des grandes villes, sont encore des causes d'excitation, et, dans ces conditions sociales inférieures, on peut compter la précocité des rapports sexuels comme une cause de menstruation prématurée.

On comprend qu'au milieu de tous ces éléments divers il soit difficile de faire la part de ce qui revient à la race, ni môme au climat.

Sous ce dernier rapport, le Dp Joulin a résumé en trois tableaux, basés sur un grand nombre d'observations, ce qui a traitàlamenstruation. En l'absence de documents plus certains touchant la menstruation dans les races, je me bornerai à reproduire les tableaux de Joulin, en y ajoutant quelques statistiques dues à d'autres auteurs et portant plus particulièrement sur la première menstruation dans certains pays. C'est, Messieurs, dans l'état actuel de la science à ce sujet, tout ce qu'on peut vous présenter de plus complet.

ltr TABLEAU

lre apparition des régies dans les climats froids (Joulin). brisé sur 4.713 observations.

Dr Rawu

Dr Frueel

Dubois

D» Fave

Lunderg

Page 1