DISSOCIATION DANS L'ACIDE OSMIQUE
ration dans Tacide osmique, j'arrive au second mode d'application de ce réactif. Il consiste, comme je vous l'ai déjà dit, à dissocier directement les nerfs frais, extraits d'un animal que Ton vient de sacrifier, dans une solution d'acide osmique à 1 pour 200.
Il semblerait au premier abord qu'il ne doit pas y avoir une grande différence entre ce procédé et le précédent; mais les procédés et les méthodes doivent être jugés par leurs résultats, et vous allez voir qu'ici les résultats sont tout autres que ceux obtenus par macération.
La dissociation directe dans l'acide osmique n'est pas difficile, mais elle présente pour l'opérateur un certain danger que l'on peut éviter à l'aide de quelques précautions. Je vous l'ai déjà dit, les vapeurs d'acide osmique sont très-irritantes; et comme pour dissocier il faut y bien voir et par conséquent regarder de près, on peut être certain qu'en dissociant des nerfs dans une soucoupe contenant de l'acide osmique, on aura de la conjonctivite. Pour se mettre à l'abri de cet accident autant que possible, on ne doit verser dans la soucoupe qu'une petite quantité de la solution, et l'on interpose, entre la table sur laquelle elle est placée et les yeux, une vitre tenue horizontalement par un support; on arrive ainsi à se préserver à peu près de l'action irritante de ces vapeurs. Du reste, la conjonctivite qu'elles produisent ne dure pas; elle passe au bout de 24 heures.
Les avantages de cette méthode sont faciles à saisir. Lorsqu'un nerf volumineux est plongé, suivant le procédé que je vous ai d'abord indiqué, dans une solution d'acide osmique à 1 pour 100 ou 1 pour 200, les parties périphériques sont saisies d'abord, puis le réactif pénètre plus profondément, et les parties centrales ne sont atteintes que d'une façon tardive. Si les faisceaux nerveux sont petits, il n'y a pas d'inconvénient à cela, car il ne s'écoule qu'un temps relative-
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ment court jusqu'à ce que Tacide osmique ait pénétré au centre. Mais si la solution n'est pas très-abondante et si le Tolume du nerf est plus considérable, s'il s'agit par e^cemple du sciatique du chien, du chat ou même du lapin, tous pourrez reconnaître sur des coupes transversales qu'au bout de vingt-quatre heures les petits faisceaux des ner& sont noirs en totalité, mais que le gros faisceau ne présente qu'une couronne de tubes colorés en noir par l'osmium, tandis qu'une partie centrale plus ou moins étendue est encore blanche. Il est vrai que, si l'on avait laissé agir plus longtemps la solution, les parties centrales auraient été gagnées également ; mais auparavant il s'y serait produit des modifications cadavériques, que le réactif aurait fixées, au lieu de la forme normale.
Vous voyez par là quelle importance il y a à ce que l'action de l'acide osmique soit rapide et quel avantage nous tirons delà dissociation directe du nerf frais dans le réactif. Par ce moyen, en eflel, chaque tube nerveux est immédiatement entouré, dans toute son étendue, de la solution et saisi par elle avant d'avoir éprouvé aucune altération. Grâce à son action chimique énergique, l'acide osmique fixe immédiatement les éléments dans leur forme.
Il est clair que la dissociation elle-même n'a pas pu se faire sans une action traumalique qui a modifié ou altéré certaines parties, et que, même dans ce procédé, ce ne sont plus des tubes nerveux intacts et normaux que pénètre la solution. Mais ces tractions, ces déchirures, ces cassures seront précisément d'un grand intérêt; nous nous en servirons pour reconnaître certains détails de la structure du tube nerveux et de la myéline en particulier.
J'ai dissocié de celte façon des nerfs de chat, de lapin et de grenouille. Prenons par exemple un nerf sciatique de f^Tcnouille, sur lequel il est plus commode d'opérer à cause
INCISURES DE SCHMIDT. 71
de la disposition spéciale sur Inquelle nous avons insisté antérieurement (p. 32); dissocions-le rapidement avec les précautions indiquées et portons-le ensuite dans l'eau où l'excès diacide diffusera. Parmi les cléments dissociés, choisissons soit des tubes isolés, soit des groupes de tubes un peu séparés les uns des autres; amenons-les sur la lame de verre, ajoutons une goutte d'eau, mettons la lamelle sans comprimer et examinons.
Les tubes nerveux peuvent se présenter dans différents états. Nous en distinguerons deux principaux : celui où le tube nerveux est encore recouvert de la membrane de Schwann, et celui où, dépouillé de cette membrane dans uoe de ses portions, il n'y est plus constitué que par la myéline et le cylindre-axe.
Parmi les tubes nerveux encore recouverts de la membrane de Schwann, nous en verrons qui montrent les incisares de Schmidt de la façon la plus remarquable. Les membres cylindro-coniques qu'elles séparent se recouvrent comme les tuiles d'un toit et se terminent par des angles très-aigus à la face interne de la gaine de Schwann d'une part, de l'autre à la surface du cylindre-axe, où ils lui forment, sur une certaine longueur, une gaîne très-mince (fig. 5 et 6, PI. 1). Au moment où Ion vient de faire la préparation, on peut voir les incisures devenues très-profondes et un peu élargies; entre les deux segments de myéline colorés en noir qu'elles séparent, l'espace est assez grand pour qu'on y puisse distinguer des filaments incolores transparents, qui passent de l'un des segments à l'autre. Ces filaments semblent sortir de la myéline et sont assez comparables à ceux que nous avons vus s'échapper de l'extrémité des nerfs sectionnés; ils éprouvent bientôt des modifications, ils se gonflent, deviennent de plus en plus transparents, et bientôt les deux segments ne se trouvent plus séparés que par
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un espace clair, incolore, qui paraît résulter de leur fusion.
Celle observation semble prouver qu'après l'immersion peu prolongée dans l'acide osmique la myéline n'est pas absolument fixée, puisqu'elle peut encore donner des filaments analogues à ceux qui se produisent dans l'eau. C'est là un fait important, que nous reconnaîtrons encore mieux sur les tubes nerveux qui sont dans- le second état que nous avons distingué, et auxquels nous arrivons maintenant. Les portions de tubes nerveux dépouillées de la gaîne de Schwann se rencontrent surtout à l'extrémité des nerfs sectionnés. Vous verrez sous un de ces microscopes une préparation qui vous en monirera le détail (fig. 8, pi. I). Le cylindre-axe, légèrement contourné, porte une série de corps de forme variable, colorés en noir. Ces corps ne sont autre chose que des fragments de myéline, et rappellent les segments séparés par les incisures. Quelques-uns de ces segments présentent deséchancrures arrondies (a, fig- 8, PI. I) sur lesquelles je dois attirer votre attention; en effet, cette observation prouve qu'il existe des incisures incomplètes n'allant pas jusqu'au cylindre-axe.
Un autre fait qui vous frappera, c'est que ces fragments de myéline ont un diamètre beaucoup plus considérable que celui du tube nerveux d'où ils proviennent. La myéline s'est donc gonflée après le traitement par l'acide osmique, mais sans éprouver de changements dans sa forme générale.
Considérons maintenant d'un peu plus près les segments limités par les incisures. Leur longueur est très-variable, même quand on les compare dans un seul tube nerveux. Quelquefois on en compte quatre ou cinq à peu près égaux disposés à la suite l'un de l'autre, puis cette série est interrompue par un segment très-long ou par un segment trèscourt. Leurs extrémités sont (oujours en forme de cône allongé, et s'emboîtent les unes dans les autres. Le plus gé-
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néralement, le cylindre qu'ils forment est creusé d'une cavité conique à l'une de ses extrénnités, pour emboîter le cône précédent, tandis qu'à l'autre extrémité, il est effilé en pointe pour s'emboîter dans le suivant. Mais on rencontre aussi des segments coniques à leurs deux extrémités et d'autres qui présentent au contraire deux cavités à leurs deux bouts, de sorte que les incisures sont obliques en sens inverse. J'appellerai ces segments, segments cylindro-coniques ou cylindres creux [Hohlcylinder^ Kuhnt), pour éviter la confusion avec les segments interannulaires.
Ce qu'il y a de mieux pour se rendre compte de la longueur des segments séparés par les incisures, c'est d'examiner les préparations après refoulement de la myéline. Vous vous rappelez qu'à propos de? étranglements incomplets et pour nous rendre compte de leur formation, nous avons comprimé le nerf en un point avant de le plonger dans l'acide osmique. Nous avons alors observé sur les parties les plus voisines du point comprimé des barres transversales trèsnettes. Ces barres, avons-nous dit, correspondent aux incisures de Schmidt, ou plutôt à la base du cône qu'elles limitent. Comme elles sont très-nettes, et qu'il est facile de les compter et de les mesurer, on peut juger aisément de leur grande irrégularité et comme longueur et comme alternance (0g.5,PI.I).
Les segments cylindro-coniques n'ont donc aucune ressemblance avec les segments interannulaires, qui, comme nous l'avons montré, affectent la plus grande régularité et ont sur la même fibre la même longueur.
Une autre question à soulever ici, c'est le rapport du noyau du segment interannulaire avec les incisures et les membres qu'elles séparent. Je vous ai montré qu'il n'y a entre deux étranglements qu'un seul noyau, situé à peu près à égale distance de l'un et'de l'autre. Il est intéressant
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de saYoir comment ce noyau se comporte relativement aux segment cylindro-coniques. A l'aide de la méthode de dissociation dans l'acide osmique, il nous sera facile de nous en rendre compte. L'examen des préparations qu'elle nous fournit, surtout lorsqu'elles ont été colorées parle picrocarminate, nous prouve que ce rapport n'est pas constant, car le noyau s'y montre tantôt au niveau d'un segment cylindroconique, tantôt à cheval sur une incisure.
D'après Lanterman *, les étranglements annulaires ne seraient qu'un cas particulier des incisures de Schmidt, et devraient dès lors être considérés simplement comme des incisures plus profondes que les autres. IKsoutient même que chaque segment cylindro-conique possède un noyau distinct.
Je ne sais pas comment cet observateur s'y est pris pour découvrir un noyau au niveau de lous les segments cylindro-coniques. Je me suis servi des meilleures méthodes pour rendre les noyaux apparents, par exemple de la teinture au picrocarminate ou au rouge d'aniline après dissociation du nerf frais dans l'acide osmique, et jamais, ni chez la grenouille, ni chez le lapin, ni chez les autres mammifères, je n'ai pu découvrir plus d'un noyau dans le segment interannulaire.
Cette observation suffit pour établir, comme nous le ver rons encore mieux plus lard, Tindividualilé hislologique du segment interannulaire, et pour montrer par conséquent que les étranglements annulaires ont une signification morphologique tout à ftut différente de celle des incisures.
Sur les préparations obtenues par dissociation dans l'acide osmique, colorées au picrocarminate et dans lesquelles on a
* Lanterman, Veherden feineren Bau dermarkhalt. Nervcnfaser^ Arch. f. micr. Annt., t. XIII, p. 0.