‹ Leçons sur l'hommeChapitre 11 sur 22 · DIRECTION ET POINTS · texte numérisé non relu

DIRECTION ET POINTS

par lesquels doivent passer les mesures.

Diamètre pariétal. V. pp. "W. ?

Diamètre occipital. Virchow?

Diamètre frontal inférieur. V. z. z. W.

Tous les rayons partent du trou auditif.

Glabelle

A la pointe antérieure de la suture sagittale

A la suture nasale

Au bord dentaire du maxillaire supérieur.. Mené par le fond des fosses nasales

Représentations figurées. — Les figures de races sont pour la plupart des caricatures. — Images photographiques. — Représentations perspectives. — Dessins géométriques d'après Lucae. — Instruments à cet usage. — Moulages. — Moules de la surface interne du crâne. — Rapports de grandeur. — Différences de la conformation du crâne suivant les sexes. — Examen du cerveau. — Pesages. — Poids du cerveau rapporté au corps. — Détermination de la capacité crânienne. — Méthodes et résultats. — Recherches de Broca sur les crânes parisiens. — Accroissement de la capacité crânienne relativement à la civilisation.

Messieurs !

Avant d'aborder les recherches relatives à la cavité du crâne, ainsi qu'à l'organe central du système nerveux qui y est renfermé, permettez-moi quelques mots sur les représentations graphiques, qui constituent, à côté de la description et de la mensuration, un élément essentiel d'instruction. On a récemment beaucoup discuté sur la manière dont les représentations du crâne devaient être exécutées, et comme les principes à appliquer ici doivent l'être également à tous les autres objets d'histoire naturelle, je crois que quelques remarques à ce sujet doivent trouver ici leur place.

On ne peut se dissimuler que la plupart des figures de races qui ont été publiées jusqu'à ces derniers temps, qu'elles aient été exécutées d'après le vivant ou d'après des crânes, n'ont que peu ou point de valeur. Un grand nombre de figures faites d'après le vivant sont, à l' insu de leurs

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auteurs, de véritables caricatures, parce que, même le peintre exercé, habitué par les exigences de sa profession, à faire ressortir la ressemblance individuelle, exagère les traits qui appartiennent en propre au sujet qu'il veut représenter. 11 est certain que souvent ces traits ne sont point ceux qui appartiennent à la race, et la font considérer comme telle ; souvent aussi , précisément les traits qui appartiennent à la race, frappant surtout le peintre, il les exagère trop ; souvent enfin, les particularités de la race seront un peu amoindries, pour faire ressortir plus complètement la ressemblance de l'individu, que le dessinateur est habitué à rechercher avant tout.

Abstraction faite de ces inconvénients^ la position qu'il faut donner à la tête ou au crâne à représenter, a une grande importance. 11 n'y a de comparables entre eux (condition essentielle pour toutes les représentations devant servir aux recherches d'histoire naturelle), que les points de vue strictement géométriques, qui permettent toujours de placer l'objet qu'on veut comparer à la figure, dans la position où il a été dessiné. S'il s'agit d'une tête vivante, il ne peut être question au plus que de deux positions : la vue de profil stricte, ou la vue de face complète; or ce sont précisément celles que, pour des raisons faciles à comprendre, l'artiste choisit le plus rarement, et exécute le moins volontiers. Donc pour ce qui concerne les représentations de races d'après le vivant, on peut hardiment affirmer que, pour la plupart, non-seulement elles ne répondent, en aucune façon, au but que se propose une étude sérieuse, mais ne servent au contraire qu'à égarer l'esprit et le détourner des points les plus importants. Pour le vivant, c'est encore la photographie qui fournit le moyen le plus précieux, en supposant qu'elle soit maniée avec intelligence, et cela, non-seulement quant au choix de la position la plus convenable à donner au sujet, mais aussi quant à celui de

l'éclairage, lequel constitue en photographie l'élément le plus essentiel, puisque, suivant la manière de l'employer, on peut négliger des parties saillantes, et, au contraire, en faire fortement ressortir d'autres qui sont insignifiantes. Le naturaliste voyageur, qui veut donc introduire ce genre de recherches dans son programme, doit devenir en tous cas, un technicien consommé en photographie, pour pouvoir vaincre avec certitude toutes les difficultés inhérentes au maniement des appareils. Ces conditions remplies, il n'y a aucun doute que la photographie n'offre le moyen le plus simple et le plus sûr, d'exécuter et en grand nombre de bonnes figures de races, et de satisfaire aux exigences de la science, qui ne demande pas une seule figure, si caractérisée qu'elle soit, mais beaucoup de figures, dont elle puisse déduire le type moyen.

En fait, la photographie, où c'est le rayon lumineux obéissant aux inflexibles lois physiques, et non une main incertaine, qui exécute l'image, offre l'unique moyen de remédier à un des plus grands inconvénients qui se présentent dans les recherches sur l'histoire naturelle de l'homme, en ce qu'elle permet de comparer immédiatement entre eux des objets autrement séparés dans le temps et l'espace. Les parties molles de la tête et du corps, leur constitution et leur forme, ont dans une foule de cas, une très-grande valeur. Je n'ai qu'à citer la forme du nez, la conformation des lèvres, la fente des yeux, la position et la forme des oreilles et de leurs lobules, la barbe et les cheveux, pour vous faire comprendre toute l'importance de ces détails. Toutes ces parties se détruisent facilement, et la plupart ne peuvent se conserver avec leur forme primitive. Sans la photographie, nous n'avons d'autres moyens de comparaison que la conception subjective d'un dessin ou des souvenirs ; nous ne pouvons mettre les races les unes à coté des autres. On voyage par terre et par mer, on voit

fin LEÇONS SLR L'HOMME.

aujourd'hui une race, une souche, ensuite des semaines ou des mois plus tard, on en rencontre d'autres, et il faut d'après des souvenirs, quelques notes et quelques dessins, établir ses comparaisons, trouver les analogies, distinguer les différences. En vérité, messieurs, le zoologiste, dont on exigerait la comparaison de deux espèces de mammifères semblables, l'une d'Amérique, l'autre d' Vfrique ou d'Asie, pour, d'après des souvenirs, des notes et des dessins, déterminer s'ils appartiennent à la même ou cà différentes espèces, lèverait les épaules, et répondrait : Apportez-moi les animaux l'un à côté de l'autre, dans une ménagerie, ou au moins leur peau et leur squelette, mais ne demandez pas l'absurde ! C'est cependant là ce qu'on veut exiger journellement de l'observateur de l'histoire naturelle de l'homme. Si la photographie ne peut, il est vrai, amener les différentes races sur place, elle peut au moins suppléer à ce défaut, par la vérité et la fidélité de ses reproductions.

Quant à la représentation du crâne, il se présente deux points de vue, au sujet desquels les opinions des naturalistes sont divergentes. S'agit-il simplement de faire des figures qui doivent représenter le caractère du crâne et ses particularités, de manière à nous frapper du premier coup d'œil, la représentation perspective que la photographie rend de la manière la plus complète, doit être préférée à toute autre. Il n'y a aucun doute que ce mode de représentation, rendant l'effet comme nous sommes habitués à le voir, est le plus convenable pour reproduire précisément la physionomie propre de l'objet. Mais lorsqu'un nouvel observateur veut traiter le crâne comme un portrait et recommande des positions de demi ou de tiers de profil, sous prétexte qu'elles mettent mieux en évidence les points caractéristiques, il nous semble que c'est méconnaître entièrement le but auquel ces représentations doi-

vent atteindre; à savoir, la comparaison. Lorsque Welcker, par exemple, nous représente en 4/5 de face, et incliné à gauche, un crâne dont la suture frontale est restée visible, et remarquable d'ailleurs par l'étendue de l'espace interorbitaire, et par conséquent par l'écartement des orbites, nous ne voyons pas comment cette pose bizarre, qu'on pourrait à peine retrouver pour un autre crâne, peut mieux faire ressortir les particularités de sa conformation qui consistent en la persistance de la suture frontale, la largeur extraordinaire de la région nasale, et la situation latérale des yeux, qu'une vue de face, dans laquelle ces différents caractères se verraient dans toute leur splendeur. Qu'on compare de pareilles représentations, avec les excellents dessins que von Baer a donnés d'après des photographies, et on verra aisément que les points de vue strictement géométriques donnent bien plus complètement et sûrement les détails caractéristiques de la conformation du crâne que tous les autres.

Mais s'il s'agit d'obtenir des dessins, qui soient non-seulement comparables, mais aussi mesurables, il n'y a guère que la méthode géométrique, proposée par le docteur Lucae de Francfort, qui puisse conduire au but. Elle consiste simplement en ce que l'objet n'est point dessiné comme vu d'un point fixe, dans quel cas, les rayons lumineux émanant de l'objet, viennent converger vers l'œil, et s'y réunir pour y former le sommet d'un cône; mais, au contraire, l'œil change constamment de station, et saisit l'image de l'objet par les rayons parallèles, horizontaux ou verticaux qui en émanent. Dans la conception perspective, qui est aussi celle que donne l'appareil photographique, les différentes parties du corps qu'on veut reproduire se déplacent considérablement, suivant qu'elles sont saillantes ou déprimées; dans le procédé géométrique, par contre, tout se montre à la place qu'il occupe réellement vis-à-vis de

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l'objet, sur le plan choisi pour en projeter l'image. Les différentes dimensions du crâne , qui peuvent se projeter sur un plan, peuvent ensuite se mesurer sur le dessin géométrique lui-même, au moyen d'une règle et d'un compas. Mais cela est tout, et lorsque le docteur Lucae affirme que ces reproductions peuvent remplacer entièrement le crâne pour les besoins de la mensuration, il ne faut voir, dans cette prétention, qu'un zèle exagéré pour un procédé qui d'ailleurs a ses avantages.

Pour celui qui est habitué au dessin ordinaire, le dessin géométrique présente quelques difficultés, car il faut, pour l'employer, mettre de côté toutes les règles qu'on a coutume de suivre, et s'abaisser au rôle d'une pure machine, qui n'a autre chose à faire, qu'à marquer avec un crayon ou une plume, le point que lui indique le rayon visuel vertical. Lucae a proposé deux instruments, dont l'un est de lui; l'autre, à peine amélioré, a été construit par M. Wirsing. Tous deux reposent sur le principe qu'une plaque métallique percée d'un trou, fixée à un bras vertical, est posée sur une plaque de verre horizontale, sous laquelle on place l'objet. Dans l'instrument de Lucae, le rayon vertical est donné par une croisée de fils, à travers laquelle on doit viser la pointe de la plume et le point de l'objet qu'on veut marquer. Dans celui de Wirsing, la pointe de la plume reste constamment clans Ja verticale, sous un petit trou percé dans la plaque métallique. On place la glace de verre horizontale, puis on pose le crâne à figurer de façon que le plan sur lequel on veut le projeter soit parallèle à la glace; on marque successivement sur la glace les lignes et les points indiqués, en visant toujours dans l'instrument qu'on promène dans toutes les directions sans le quitter de l'œil.

Je possède l'instrument de Lucae même, etjedoisdire, qu'avec un peu d'exercice, on arrive à obtenir assez rapi-

dément un contour exact, quoique un peu grossier : car le liquide dont on se sert, que ce soit de l'encre ordinaire ou lithographique, ne prend pas également partout sur le verre. Il est avant tout nécessaire, dans l'emploi pratique de cet instrument, de faire attention à la distribution de la lumière. Tandis que dans le dessin artistique, on cherche à ne recevoir la lumière que d'un seul côté, et qu'on dispose les ateliers de façon à n'être éclairés que par une seule grande fenêtre latérale, afin que les masses d'ombres et de lumières soient convenablement distribuées et distinctes : il faut au contraire, pour faire les dessins géométriques, un pavillon vitré éclairé de tous les côtés, où il y ait partout de la lumière et pas d'ombre. Le petit trou de la plaque métallique par lequel il faut viser absorbe tant de lumière, que lorsque l'objet n'est éclairé que d'un côté, on ne peut apercevoir, du côté de l'ombre, ni la croisée des fils ni le point de l'objet à marquer, et on est forcé de laisser son dessin incomplet, ou de l'achever à la main. J'ai souvent paré à cette difficulté, en éclairant artificiellement, avec une bougie ou une lampe, le côté d'ombre; mais ce moyen, qui n'est que d'un faible secours, présente l'inconvénient d'exposer la plaque de verre à la chaleur de la lumière.

Si ces dessins géométriques, tant qu'ils sont faits de grandeur naturelle, peuvent permettre quelques mesures, aussi bien que l'objet lui-même, il ne faut, d'autre part, pas méconnaître qu'ils n'offrent à l'examen ordinaire qu'une image en apparence incorrecte, car notre vue habituelle conçoit mieux le point de vue perspectif que le géométrique. A vrai dire, aucun des deux points de vue ne la satisfait complètement, et dans le fait, il n'y a que les images stéréoscopiques qui pourraient représenter le crâne, tel que nous le saisissons avec les deux yeux. Il s'écoulera encore bien des années avant que l'emploi de ce genre d'images s'introduise dans la science, et jusque-là, il fau-

cirait que les naturalistes s'entendissent pour employer la photographie pour les figures ordinaires, et la méthode géométrique par contre, lorsqu'ils veulent donner des représentations d'objets qui soient comparables et mesurables.

Des masques de personnes vivantes, des moules de crânes, peuvent, lorsqu'ils sont bien faits, remplacer, dans beaucoup de cas, les objets eux-mêmes. On peut même, chez les peuples qui se rasent la tête entièrement, ou à une touffe de cheveux près, mouler la tête sur le vivant ; comme aussi les photographies prises dans de telles conditions sont tout particulièrement caractéristiques. En général, les masques rendent moins de services que les moules de crânes , car par suite de la position gênée que prend forcément le sujet qu'on veut mouler, la contraction des yeux et des lèvres, ainsi que l'effet produit par le retrait du plâtre, les traits du visage sont défigurés au point de ne donner qu'une caricature.

11 ne peut, messieurs, vous avoir échappé, que les différentes mesures du crâne qu'on peut obtenir par l'emploi du compas, du mètre, etc., ne peuvent donner qu'une image très-incomplète, et même seulement quelques dimensions principales de la tête. Si on voulait représenter la boîte creuse qui constitue le crâne, extérieurement et intérieurement, d'une manière complète, par des mesures de cette nature, il faudrait en prendre une quantité considérable qui, vu l'incertitude et l'indétermination de leurs points de départ, porteraient en elles leur condamnation. On a donc dû chercher un autre moyen de mensuration pour la cavité cérébrale, pour pouvoir, de la comparaison des résultats obtenus, tirer des conclusions sur le développement du cerveau et de ses différentes parties. On peut distinguer deux catégories dans les substances employées à cet effet : les unes ont servi à déterminer la capacité to-

taie du crâne, sans égard à la grosseur et à la l'orme de ses parties isolées ; les autres avaient pour but de conserver la forme du cerveau, de façon à permettre la détermination de ses parties constituantes, et leurs rapports mutuels. Après avoir bouché avec de la cire les divers trous du crâne, Tiedemann le plaçait sur son sommet et en remplissait la cavité de grains de millet, en agitant sans cesse pour le tassement, jusqu'à ce que le contenu effleurât le trou occipital. Tiedemann pesait ensuite le millet, et comme il employait le même millet pour toutes les autres déterminations de ce genre, il obtenait ainsi des poids, comparables entre eux, il est vrai, mais que ne pouvait utiliser aucun autre observateur, vu l'impossibilité où il était de savoir,- si les grains de millet dont il pouvait disposer étaient bien de la même grosseur et au même point de dessiccation que ceux employés par Tiedemann.

Morton a employé, de la même manière, des grains de poivre et de la grenaille : seulement au lieu de les peser, il mesurait la quantité de grenaille employée, dans un verre gradué, procédé qui avait l'avantage sur celui de Tiedemann, de faire correspondre mesure à mesure et non mesure à poids. Huschke prit de l'eau, en mesura la quantité nécessaire pour remplir le crâne, en prenant, relativement à la température, toutes les précautions auxquelles il faut toujours avoir égard dans les opérations volumétriques où on emploie des liquides.

11 n'y a aucun doute que le crâne et le cerveau n'agissent mutuellement l'un sur l'autre dans leur développement, qu'ils croissent ensemble, que, comme Welcker s'exprime, la croissance, partant des os, fournit, suivant la répartition des sutures, autant de matière pour les parois du crâne que le cas spécial l'exige, tandis que le moulage de détail de la surface intérieure du crâne dépend de la pression mécanique exercée par le cerveau. La face interne

(if, LEÇONS SUR L'HOMME.

du crâne donne donc, dans tous les cas, une empreinte de la surface du cerveau, mais, remarquons-le bien, du cerveau tel qu'il se présente, recouvert de ses différentes enveloppes. Mais la plus extérieure de celles-ci, la duremère des anatomistes, n'est pour ainsi dire qu'un large sac qui s'étale sur les inégalités, et notamment sur les circonvolutions de la face cérébrale, sans pénétrer dans les cavités, ni dans les sillons qui séparent lesdites circonvolutions. Un moule coulé dans la cavité du crâne, ne pourra donc représenter que les grands traits de la conformation du cerveau, mais aucun des détails plus fins, quoique, comme nous le verrons plus tard, on en retrouve quelquefois d'importants. On a beaucoup hésité sur le choix de la meilleure substance à employer, pour que, outre une reproduction exacte de la forme , les moules pussent être utilisés pour l'appréciation spéciale des différentes parties constituantes du cerveau. Pour suppléer au manque de cerveaux nationaux, dit Huschke, j'ai cherché à tirer des moules de cire de crânes de Caraïbes, Cosaques, etc., qui laissaient du moins apercevoir et apprécier plusieurs circonvolutions. Wagner a employé le plâtre, Lucae la colle, et celui-ci prétend qu'on trouverait difficilement une substance plus propre à prendre exactement et rigoureusement les formes et les contours du cerveau, que la colle durcie. Après l'avoir dessiné, on peut le couper, et déterminer exactement le poids et l'étendue des différentes parties du cerveau, par les parties correspondantes du moule ; celui-ci peut ensuite être refondu pour servir à de nouvelles recherches. On peut aussi employer le plâtre de la même manière, avec l'avantage que le plâtre peut conserver sa forme d'une manière durable, tandis que le moule de colle ne peut servir que pendant quelques jours. Mais les deux substances présentent l'inconvénient d'absorber et de retenir des quantités variables d'eau, d'où une

incertitude absolue dans le résultat des pesées. Les différentes parties d'un même moule de plâtre ou de colle peuvent bien se comparer immédiatement les unes aux autres, mais on ne peut pas comparer entre eux deux moules de plâtre ou de colle faits à des époques et avec des matériaux différents. Il n'y a guère que les alliages métalliques, fusibles à la température de l'eau bouillante, qui nous paraissent être d'un emploi irréprochable. De pareils moules conserveraient admirablement la forme, et leurs poids seraient très-comparables à la condition de déterminer toujours avec soin la densité de l'alliage employé. Je suis bien loin, messieurs, de vouloir revendiquer un brevet pour la découverte de ce matériel de moulage. Car en examinant de près, ce n'est pas à un anatomiste que revient le mérite d'avoir trouvé le moulage du crâne avec une substance quelconque, mais bien à un physicien. Lichtenberg cite, clans un célèbre catalogue d'une collection de curiosités, une boite à beurre, représentant un crâne, et dont le couvercle était intérieurement façonné de manière à donner au beurre qui y était contenu et comprimé, la forme et l'aspect d'un cerveau humain !

Il semble résulter des mesures de Welcker, qu'en général, la cavité interne du crâne, occupée par le cerveau, tend à rester assez constante, malgré les différences des proportions indiquées par les mesures. Il existe une certaine proportion entre le volume du crâne et celui du corps, bien que cette proportion ne soit pas toujours la même pour toutes les différences de taille. Car si les géants ont en somme , un crâne plus grand que les nains, il est pourtant plus petit, relativement à la grandeur du corps, chez les premiers que chez les derniers. De plus, les grands crânes s'étendent davantage en longueur, tout en se rétrécissant en largeur, tandis qu'au contraire, les crânes plus petits tendent à s'arrondir et à

se rapprocher de la sphère, il semble donc qu'ils cherchent à atteindre la forme qui, à surface égale, offre le plus d'espace intérieur. En général, nous devons conclure que les crânes allongés, lorsqu'ils atteignent une grandeur considérable, indiquent l'homme puissant, musculeux et de grande taille; on sait d'ailleurs que c'est chez les nègres, qui présentent la plus grande longueur de tête, qu'on rencontre souvent les formes les plus athlétiques.

C'est ici le lieu de parler des différences entre les sexes, qui existent dans la même espèce ou la même souche, et auxquelles, dans un grand nombre d'observations, on n'a pas attaché l'importance qu'elles méritent. Vous savez que, clans le règne animal en entier, il y a de nombreux exemples où cette différence des sexes est si grande, que, si l'on ne connaissait la connexion qui existe entre eux à titre de mâle et femelle, bien loin de les rapporter à la même espèce, on les placerait certainement dans des genres différents. Aucun naturaliste n'aurait jamais associé à l'élégant faisan ou au paon, leurs femelles ternes et sans éclat, si leurs rapports, à titre de sexes différents, n'avaient été connus, et je pourrais citer cent exemples, parmi les mammifères et même parmi les singes les plus voisins de l'homme, de différences sexuelles qui ont donné lieu à l'établissement d'espèces différentes. Ainsi chez l'orang, au sujet duquel la discussion n'est même pas encore complètement résolue, chez différents cynocéphales, singes hurleurs et autres genres plus ou moins rapprochés de l'homme. Lorsque Welcker fait avec raison ressortir que les crânes masculin et féminin sont entre eux comme ceux de deux espèces différentes, et que, par leurs proportions et leurs mesures, ils s'écartent davantage l'un de l'autre; que beaucoup de formes crâniennes typiques caractérisant des races distinctes, il n'y a donc là aucune particularité spéciale au genre humain, mais au contraire une concor-

dance avec les mammifères qui peut s'appliquer aussi à la plupart des espèces de singes. Le crâne féminin est, d'après Welcker, plus petit, soit clans sa circonférence horizontale, soit dans sa capacité interne, ce que confirme d'ailleurs le poids du cerveau qui est moindre.

Voici, d'après Welcker, les rapports qu'il a tirés de ses mesures entre le crâne masculin et le crâne féminin, les dimensions du premier étant partout prises = 100 : Contour = 96,6: — contenu = 89,7 : — poids du cerveau = 89,9. — Les formes de la tète féminine sont moins accusées, plus arrondies; la partie faciale du crâne, et notamment les mâchoires et la base du crâne sont plus petites, et cette dernière est fortement diminuée clans sa partie postérieure. En même temps, la base est plus étendue, l'angle sphénoïdal plus grand, d'où une tendance remarquable chez la femme vers le prognathisme et l'allongement de la tète. On peut donc dire qu'en général, le type du crâne féminin se rapproche, sous plusieurs rapports, du crâne de l'enfant, et encore plus de celui des races inférieures, fait auquel semble se rattacher cet autre fait remarquable, que la distance qui règne entre les deux sexes, relativement à la capacité crânienne, augmente avec la perfection de la race, de sorte que l'Européen s'élève plus au-dessus de l'Européenne que le nègre au-dessus de la négresse. Welcker a troiré la confirmation de cette proposition, émise par Huschke, clans les mesures qu'il a relevées sur les crânes allemands et nègres, mais de nombreuses recherches sont encore nécessaires pour en démontrer la valeur générale. Si elle est exacte, elle constituerait du reste une indication intéressante relativement à l'influence de la civilisation sur le développement des races. On a depuis longtemps cru remarquer que chez les peuples progressant en civilisation, l'homme devance la femme, tandis que chez ceux qui sont descendus d'un degré de

civilisation supérieur, c'est au contraire la femme qui prime l'homme. De même que, dans le domaine moral, la femme est conservatrice des anciens us et coutumes, des traditions populaires de la famille et de la religion, elle paraît de même, dans le domaine matériel, conservatrice des formes primitives qui ne cèdent que lentement aux influences des modifications du genre de vie et de la civilisation. On est parfaitement fondé à dire qu'il est plus facile de changer la forme du gouvernement d'un État par une révolution, que d'apporter quelques modifications au pot-au-feu traditionnel, fût-il, par suite de son antiquité reculée, aussi imparfait et absurde que possible; de même, la femme conserve dans sa conformation cérébrale les traces de l'état antérieur de développement, soit que la race en soit sortie en progressant, soit qu'elle l'ait quittée en rétrogradant. Ceci explique en partie le fait, que la dissemblance des sexes est d'autant plus grande que la civilisation est plus avancée, et que les deux sexes se ressemblent d'autant plus dans leurs occupations et leur manière d'être, qu'ils font partie d'un peuple appartenant à un degré inférieur de civilisation. Chez les nègres Australiens, les Bosch imans et autres peuples semblables occupant le dernier degré de l'échelle humaine, et qui, sans habitations, errent dans les déserts, la femme supporte toutes les fatigues et les peines qui incombent à l'homme, et, outre les soins de la famille qui la concernent spécialement, doit encore se livrer avec l'homme à la chasse et à la pêche. Le cercle des idées et des occupations dans lequel se meuvent les deux sexes est le même, tandis qu'au contraire, plus la civilisation est développée, plus la division du travail, dans le domaine intellectuel comme dans le domaine matériel, est complète. Mais s'il est vrai en fait, que chaque organe du corps se fortifie par l'exercice, et peut acquérir ainsi un plus grand volume et poids, ceci est certainement

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vrai également pour le cerveau, qui se développera aussi d'autant plus que les occupations de l'homme se tourneront davantage du côté des hautes sphères de l'intelligence.

Venons-en au cerveau lui-même, et remarquons, qu'en fait les occasions de faire des observations comparatives entre les différentes races sur ce point, sont extrêmement rares. Cet organe est si mou, sa forme si dépendante de ses enveloppes extérieures, qu'en fait on ne peut déterminer ses dimensions générales, ni sur le cerveau frais, ni à l'état durci, et qu'on ne peut avec certitude prendre ses mesures que sur un moule de la cavité cérébrale. En laissant le cerveau dans le crâne, en enlevant seulement la calotte crânienne qui le recouvre, on ne peut encore prendre que les dimensions telles que les diamètres longitudinal et transversal, qui peuvent aussi être déterminés sur le crâne même; mais si on sort le cerveau de sa capsule, qu'on fasse comme on voudra, il s'affaisse par son propre poids, s'aplatit, bref, change de forme, bien qu'on le soutienne de tous côtés. La matière cérébrale se décompose si rapidement que, pour pouvoir en étudier les différentes parties, il faut nécessairement la durcir dans un liquide comme l'alcool, qui alors, par son action contractante, modifie aussi les formes et l'ensemble des proportions. Bref, il y a une foule de circonstances qui rendent encore plus difficiles les recherches comparatives sur cet organe et exigent qu'on n'y procède qu'avec la plus grande prudence et circonspection.

Avant toutes choses, on s'est occupé du pesage des cerveaux ; les Anglais ont recueilli sur ce point de nombreux matériaux, tandis que les recherches des Français et de quelques Allemands, n'ont porté que sur un petit nombre de cas. Ainsi, le docteur Boyd a pesé, sur 2,086 corps d'hommes et 1,061 de femmes de tout âge, non-seulement les cerveaux, mais aussi le reste des organes, et il a déduit

de ces observations que le poids du cerveau adulte de l'homme varie de 1,366 à 1,285 grammes, et celui de la femme de 1,238 à 1 ,127, résultat qui montre que le poids le plus élevé du cerveau féminin est encore passablement inférieur à celui du poids minimum offert par l'homme. Chez les aliénés, — dont il a étudié pas moins de 528 cadavres, — les fluctuations du poids du cerveau sont considérablement plus grandes que chez les hommes morts d'autres maladies, fait qui nous paraît indiquer que de pareilles recherches doivent encore être répétées abondamment et examinées dans leurs moindres détails. Il y a des maladies cérébrales, ou en d'autres termes des dérangements d'esprit, comme par exemple la folie furieuse, qui sont liés avec une augmentation extraordinaire de l'activité cérébrale, tandis qu'il en est d'autres qui doivent être évidemment attribués à une diminution de cette activité. Il serait possible que ces grandes fluctuations autour du poids moyen provinssent précisément de circonstances de cette nature, ce qui, du reste, ne pourra être éclairci que par la réunion d'abondants matériaux. On trouve dans les tableaux que Wagner a donnés sur les poids cérébraux, à côté de ceux d'hommes distingués par une intelligence supérieure comme Cuvier, d'autres poids de cerveaux aliénés ou hydrocéphales, chez lesquels la substance cérébrale était attaquée.

Les rapports de la masse et du poids du cerveau avec le développement de l'intelligence et la puissance créatrice de l'individu, ont une très-grande importance, relativement à la question du développement possible du cerveau. On a, en général, remarqué que les hommes doués et développés intellectuellement possédaient un crâne proportionnellement grand, et il est remarquable combien, en France surtout, le sentiment général a consacré cette observation. Les expressions de « bonne tête, forte tête, » qu'on em-

ploie constamment, ne se rapportent aucunement aux actes des individus, mais seulement à la conformation extérieure de leur crâne, et prouvent qu'on -conclut généralement de la capacité intérieure du crâne et de son apparence extérieure, du front surtout, à la puissance intellectuelle de l'individu. Les mesures montrent aussi qu'en fait, des hommes très-doués et développés intellectuellement, et je citerai ici Cuvier, Schiller et Napoléon Ier, avaient des crânes assez grands relativement à leur taille, et qui renfermaient aussi des cerveaux très-développés.

Des pesées directes ont également confirmé ces faits. Wagner a donné un assez grand tableau de poids de cerveaux, parmi lesquels se trouvaient ceux de beaucoup d'hommes très-doués intellectuellement, et a été conduit à affirmer, d'après son tableau, qu'à première vue il ne concordait pas avec la vérité, car des hommes comme Hausmann et Tiedemann, qui ont cependant occupé une place honorable dans la science, se trouvaient dans une position très-inférieure parle poids de leur cerveau. Mais les exceptions confirment la règle. Les deux hommes dont il est question sont morts à un âge très-avancé, dans un état d'épuisement complet des forces vitales et d'atrophie générale de tous les organes, atrophie à laquelle le cerveau n'avait pas du échapper. Les recherches sur la dégénérescence des organes dans l'extrême vieillesse n'ont pas encore été poussées assez loin pour qu'on puisse affirmer qu'il y ait à cette époque un décroissement du crâne et du cerveau qu'il contient. Seulement, rien n'autorise à admettre l'impossibilité d'un tel décroissement, qui peut aussi bien avoir lieu chez l'homme comme il a lieu chez les singes. J'ai devant moi deux crânes de mandrills dont l'un provient d'un mâle mort pendant la seconde dentition, tandis que l'autre est celui d'un vieux mâle. La cavité crânienne du plus jeune n'est pas seulement relativement,

mais encore absolument plus grande que celle du plus âgé; d'où il résulte que si cette différence ne provient pas d'une différence individuelle, il faut que le crâne du plus âgé ait subi une réduction. 11 faudrait certainement, pour fixer ce point, faire un ensemble de recherches et de mesures sur un grand nombre de mandrills, ce que je n'ai pu faire faute de matériaux. Le même fait paraît exister aussi chez d'autres singes. Ainsi, Welcker a figuré les coupes de trois crânes d'orang, et il résulte de leur comparaison que le crâne du plus jeune est le plus spacieux.

Puisqu'il en est donc ainsi, on ne voit pas pourquoi cette réduction du crâne, qui chez les singes commence déjà d'assez bonne heure, ne pourrait pas avoir lieu chez l'homme dans sa vieillesse. Parchappe, qui a fait, d'après un système à lui particulier, un grand nombre de mesures de crânes, affirme que le crâne s'accroît jusqu'à 50, mais commence à diminuer sensiblement après 60 ans; que ce décroissement porte surtout sur la région frontale, correspondant aux lobes antérieurs du cerveau, et se montre d'autant plus fort relativement à la cavité crânienne, que les sinus frontaux, qui concourent à la voussure de la partie frontale inférieure, s'accroissent après la soixantaine, et leurs cavités s'agrandissent. Enfin, il me semble qu'une place de professeur à Gœttingue et le secrétariat perpétuel de l'Académie des sciences de cette ville, ne sont pas précisément un diplôme d'un développement intellectuel extraordinaire.

D'après la remarque de Welcker, Theile avait déjà rappelé que cette sphère de la vie dans laquelle on a coutume de chercher l'intelligence, en comprend deux classes fort différentes, à savoir : l'intelligence originelle et celle qui est forcée par l'éducation, laquelle ne se serait pas élevée au-dessus du niveau général dans les conditions basses de la vie, tandis qu'elle a pu se faire jour dans une sphère

plus haute. Il faut en effet faire une grande différence entre les esprits créateurs, comme Gauss, qui tracent des voies nouvelles dans la science, ou ces intelligences qui, comme Hausmann, se sont avancées paisiblement sur les routes frayées et dont les noms, quoique ayant atteint pendant leur vie la plus haute position assignée au simple savant, sont bientôt effacés de l'histoire de la science ou ne sont cités que pour d'insignifiants détails. L'appréciation de cette question, comme le remarque Welcker, offre un côté délicat, la conformation personnelle des observateurs devant ici entrer enjeu, les anthropologistes à grosse tête étant certainement disposés à défendre l'une des thèses tandis que les autres, à tête étroite et pointue, se placeront avec enthousiasme du côté négatif.

De même que, comme nous l'avons déjà remarqué, le sexe influe sur les rapports du volume et du poids du cerveau relativement au corps, de même aussi chaque race ou espèce humaine, ainsi que d'animaux, obéit à une loi déterminée qui ne peut être précisée que par un grand nombre d'observations. Mais c'est à tort, d'ailleurs, qu'on voudrait chercher des rapports fixes et précis entre le poids du cerveau et celui du corps, ce dernier variant extraordinairement suivant le degré de nourriture et la quantité de consommation auxquels l'animal est soumis. Si l'accroissement provenant d'engraissement ou la diminution provenant de la faim atteignait également tous les organes du corps , le poids du cerveau et celui du corps entier demeureraient toujours dans le même rapport dans tous les cas. Mais nous savons qu'il n'en est rien, et les expériences de Chossat nous ont appris que le cerveau est précisément l'organe du corps qui diminue le moins dans la mort par inanition. Donc, plus un animal serait mal nourri, plus son cerveau devrait être proportionnellement pesant et ses facultés intellectuelles augmenter, si un

toc LEÇONS SLR L'HOMME.

pareil rapport existait. Il est vrai que la faim aiguise nonseulement les dents, mais aussi l'esprit, et l'engraissement est, suivant Horace, le signe -de l'abrutissement qui commence ; mais on irait certainement trop loin si on voulait exprimer par des rapports mathématiques ces résultats de l'observation populaire.

On a autrefois affirmé que l'homme possédait le cerveau absolument le plus pesant de l'ensemble des animaux. Cela est vrai pour la plupart d'entre eux; seulement les intelligents colosses du règne animal, l'éléphant et les cétacés, sont venus bientôt fournir la démonstration convaincante du peu de valeur de cette proposition. Si ce n'est pas le poids absolu, a-t-on dit alors, c'est au moins le poids relatif. Le poids du corps humain est en moyenne au poids de son cerveau comme 36 : 1, tandis que chez les animaux les plus intelligents il dépasse rarement le rapport de 100 : 1. Mais si les géants s'opposaient à l'admission de la première proposition , ici ce sont les nains de la création qui infirment la seconde. La foule des petits oiseaux chanteurs offre pour rapport du cerveau au poids du corps des chiffres beaucoup plus favorables que le chiffre normal humain, et les petits singes américains offrent, sous ce rapport, un poids cérébral proportionnellement beaucoup plus grand que le roi de la création.

Si le poids du cerveau peut être comparé avec quelque autre facteur numérique à prendre dans le corps, ce facteur ne saurait être qu'une longueur qui, tout en étant sujette à des fluctuations, doit cependant l'être dans des limites très-étroites; peut-être la plus convenable à admettre serait-elle la longueur de la colonne épinière, à laquelle on rapporterait le poids du cerveau. Si on prend la mesure du corps entier de l'homme, elle comprend la longueur totale des jambes, et c'est précisément à cette longueur des membres inférieurs qu'on doit attribuer les

différences si frappantes que présentent les tailles des différents hommes. Le tronc humain présentant, quant à sa longueur, beaucoup moins de variations que les membres, serait par conséquent un étalon beaucoup plus fixe. D'ailleurs, les mesures qui prendraient la longueur du corps humain pour unité, ne seraient point comparables avec celles des mammifères, car aucun d'eux n'ayant la station verticale , partout les membres postérieurs forment avec l'axe de la colonne vertébrale, un angle plus ou moins considérable.

Nous ne possédons, jusqu'à présent, que des pesées des cerveaux des peuples de l'Europe centrale, allemands, anglais et français, et même ce peu d'observations a été recueilli d'une façon qui exige qu'elles soient minutieusement passées au crible de la critique. Le grand tableau, donné par Wagner dans ses observations, est un amas indigeste et grossier, et tous ceux qui ont voulu s'en servir pour en tirer des conclusions , ont dû nécessairement procéder à un triage, car les sexes, âges et cas pathologiques, se trouvent réunis pêle-mêle. Cependant on en peut déduire, sinon un rapport absolument mathématique, du moins très-approchant, entre le poids du cerveau et le développement de l'intelligence; et Broca a montré, au moyen des tables de Wagner, qu'à l'exception de celui de Hausmann, tous les cerveaux d'hommes connus ou célèbres dépassaient le poids moyen des cerveaux de même âge appartenant à des individus inconnus, et que de plus, toujours à l'exception du cerveau du minéralogiste de Gottingue, les cerveaux que Wagner a pesés lui-même, ceux de ses collègues de Gottingue, se trouvent occuper la première moitié de la série, dès qu'on les ordonne d'après leur poids. Ceci, messieurs, est un point fort important, car en fin de compte, il n'y a que les cerveaux qui ont été pesés par le même observateur et avec la même méthode

qui soient comparables. Une différence de 50 grammes et plus peut facilement résulter de la manière dont on prépare le cerveau pour la pesée, et clans la plupart des recherches de cette nature, les observateurs ne donnent que peu de renseignements sur la manière dont ils préparent l'objet pour la pesée. Si après cela, des hommes paraissant être sur le même niveau comme intelligence peuvent avoir des cerveaux de poids différents, si parfois des hommes distingués peuvent offrir des poids plus faibles que d'autres qui ne se sont en aucune façon distingués de la foule, il n'en est pas moins établi qu'en général il existe un rapport approximatif entre le poids du cerveau et le degré d'intelligence, et que la détermination de ce rapport est un facteur qui ne doit en aucune façon être négligé.

Ensuite de ces recherches, nous pouvons dire avec certitude qu'un certain poids cérébral est nécessaire pour permettre un certain développement d'activité intellectuelle; qu'au-dessous de ce poids commence l'idiotisme, la restriction des facultés, l'imbécillité. Ce poids est pour la race blanche, pour les peuples de l'Europe centrale, d'environ 1 kilogramme (deux livres) pour l'homme, de 900 grammes pour la femme. Nous aurons à revenir plus tard sur ce point, lorsqu'il s'agira de déterminer les rapports du crâne et du cerveau, arrêtés dans leur développement (idiot), avec le type simien.

J'ai dit. avec intention, que la détermination citée plus haut du poids normal minimum du cerveau n'est valable que pour les peuples de l'Europe centrale, les observations existantes jusqu'à présent étant encore trop douteuses pour qu'on puisse l'appliquer à toute la race blanche. Plus on spécialisera dans ces questions, mieux on s'en trouvera, et comme on n'est pas encore certain que la race blanche forme réellement un tout unique, ou provienne du mé-

lange de diverses espèces, il vaut mieux circonscrire le plus possible le champ des recherches. Des observations directes sur les autres races qui, selon toute probabilité, doivent avoir chacune leurs mesures et leur normale particulières, nous manquent encore, vu la difficulté de se procurer les matériaux nécessaires pour ce genre de recherche. Il faut donc forcément se borner à la mensuration des cavités crâniennes, sur lesquelles Tieclemann avait autrefois émis des résultats erronés. S'appuyant sur un petit nombre de recherches, d'ailleurs faussement interprétées, Tieclemann avait affirmé que la cavité crânienne du nègre n'était pas moindre que celle de l'Européen, et ce résultat, évidemment erroné, n'a pas été peu exploité par les partisans de l'unité. Mais maintenant, il existe davantage de mesures, dont je réunis dans le. tableau suivant, les résultats qui me sont connus. Les mesures ont été prises d'après le système de Morton, soit en remplissant la cavité cérébrale de grenaille fine, évaluée ensuite en centimètres cubes.

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