PACiAN. Epistul. II
LE CADRE DE LA MESSE ROMAINE ANTIQUE. 5i
tribunal du Christ l'évêque n'aura plus pour le défendre, ni les degrés de l'abside, ni la cathedra voilée, ni les foules chantantes de femmes pieuses se pressant sur son passage, ni rien de cette pompe dont on l'honore pour l'utilité de l'Eglise : « ... nec absidae gradatae, nec cathedrae velatae » [Epistul, XXIII, 3).
Saint Cyprien, écrivant au pape Cornélius, le remercie de donner lecture de ses lettres à l'Église do Rome, « florentissimo illic clero tecum praesi~ denti et sanctissimae atque amplissimae plebi » [EpistuL Lix, 19) : d'un côté, le peuple, tout le peuple chrétien de Rome assemblé, amplissima plehsj et de l'autre le clergé qui entoure l'évêque et préside avec lui cette assemblée, clerus tecum praesidens : toute basilique chrétienne est adaptée à cette constitution de l'Eglise.
La liturgie cependant requiert un élément déplus.
Pour lu célébration des saints mystères un autel est dressé devant la cathedra^ au seuil de l'abside, face aux fidèles. En 312, l'élection de l'évêque légitime de Carthage, Cécilien, a été contestée par un illégitime concile de soixante-dix évêques opposants ; ils ont sommé Cécilien de comparaître devant eux, ce à quoi s'est refusé Cécilien. Pourquoi aurait-il déféré à leur sommation? Il était dans l'église avec ses fidèles de Carthage, il occupait la cathedra épiscopalede Carthage, «l'autel était à sa place sur lequel les paisibles évêques d'antan avaient offert, Cyprien,
Lucien, et les autres {erat altare loco sud). Mais les opposants ne veulent rien entendre, ils élisent un évêque contre l'évêque légitime, ils dressent autel contre autel, « et altare contra altare erectum est » (Optât, i, 19). L'expression dresser autel contre autel, réminiscence biblique, sert déjà à saint Cyprien à designer le schisme. Car l'autel est symbole de l'unité de l'Église, et il est symbole parce qu'il est unique, comme unique est la cathedra.
Les chrétiens qui ont apostasie pendant la persécution osent réclamer qu'on les reprenne dans l'Église, écrit Cyprien : Eh bien! soit, que l'Église s'incline devant le Capitole, que nos sacerdo tes se retirent, qu'ils emportent l'autel, et que dans la sacrée et vénérée place de notre clergé on installe les idoles et leurs arae! [Epistul. lix, 18). On conclura de là que, au temps de saint Cyprien, à Carthage, l'autel peut être transporté, car il est mobile. Cyprien le dit jformellement ailleurs (XLY, 2). Il en était de même, à Rome, au temps du pape saint Damase : l'auteur qui nous l'apprend assure que l'usage était général, «.sicutndemusperomnes ecclesias ^ ». Et cette règle était encore observée au temps d'Innocent III pour l'autel de la basilique du Latran '^.
Saint Athanase raconte comment les Ariens, à Alexandrie, ont envahi son église, enlevé les sièges et le trône (sans doute les sièges àupreshyterium ou ffU[jii|^éXXia, et la cathedra épiscopale, ôpovov) , enlevé la
\. Pseudo-Augustin. Quaest. V.et iV. CI (éd. Souter, p. 195). F. Wie- LAND, Mensa und Confessio (1906), p. 122-123.
2. Innocent. III, De sacro altar. myst, I, 5 : « Diaçoni cardinales mensam Lateranensis altaris supra humeros suos in die cenae déportant, et reportant in sabbato. »
nensa ou autel (qu'Atlianase appelle TpaTreÇav, en ajoutant qu'elle était de bois), enlevé les vêla ou tentures de l'église, et fait de tout ce mobilier un feu de joie devant les portes [Histor. Arian. 56). Cela se passait à l'occasion de l'entrée à Alexandrie de l'évêque intrus par les Ariens à la place de saint Athanase exilé : en brûlant la cathedra et la mensa d'Athanase, ces énergumènes pensaient l'avoir dépossédé. En Afrique, les Donatistes faisaient par mépris du sacerdoce catholique, enlever les- autels des églises des catholiques auxquelles ils s'attaquaient, ou bien ils les brisaient, ou encore ils les rabotaient comme pour les purifier. Qu'est-ce pourtant qu'un autel, disait sa-int Optât (vi, 1), sinon le siège et du corps et du sang du Christ ? Les autels étaient de bois. Optât le dit formellement; et c'étaient, écrit-il, de vieux autels, qui avaient servi de longs espaces de temps, avant que le schisme donatiste ne se fût déclaré.
Les autels fixes et de pierre apparaissent à la fin du IV* siècle en Orient (on en a pour témoins saint Grégoire de Nysse et saint Jean Ghrysostonie) * . Saint Jérôme parle d'autels dorés et ornés de gemmes [Epistul, cxxx, 14). L'autel que Constantin donna à la basilique de Saint-Pierre était d'argent niellé d'or et décoré de quatre cents gemmes ; il pesait 350 livres d'argent {Lib. pontlf. t. I, p. 177). L'autel papal de la basilique du Latran est encore aujourd'hui un autel de bois 2.