‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 51 sur 97 · FÉROTis, Libei- mozarab. sacram. (1912), p. xxn · texte numérisé non relu

FÉROTis, Libei- mozarab. sacram. (1912), p. xxn

cent toujours par Dignum et iustum est et se terminent toujours en amenant le Sanctus. — Ce que la liturgie wisigothique appelle inlatio, la liturgie gallicane l'appelle immolatîo mîssae ou contestatio missae ^ . Comme dans la liturgie -wisigothique, chaque messe gallicane a sa « préface » propre, commençant toujours par Dignum et iustum est et amenant toujours le Sanctus en conclusion.

Dans ces liturgies de l'Occident, la wisigothique et la gallicane, le fait que chaque messe a sa « préface » propre, comme elle a en propre ses oraisons, les différencie des liturgies d'Orient, dans lesquelles la messe est invariable quel que soit le jour ou la fête. L'Occident, resté plus longtemps fidèle à l'esprit primitif qui laissait les prières liturgiques à l'improvisation du célébrant, a produit ainsi, en regard de la pauvreté des liturgies grecques, une littérature^, non pas seulement prolixe, mais souvent lyrique et d'une pathétique inspiration.

Les oraisons ont leur style, les préfaces ont le leur, dans lequel la prière n'est plus prisonnière d'une forme volontairement resserrée et d'un sujet qui ne l'est pas moins. Les préfaces sont des invocations à Dieu qui se prêtent à des développements très variés. Elles sont des élévations à Dieu sur son œuvre, contemplée dans la nature, dans l'Ancien Testament, dans l'Évangile, dans les mystères, dans les sacrements, dans les saints. Je pense en parlant

1. Le mot inlatio parait être synonyme d^oblatio. De miême immo' latio. On explique le mot contestatio en disant que le ciel et la terre s'y unissent {contestari) pour rendre grâces à Dieu, mais celle explication ne s'impose pas.

2. Voyez dans Gennad. Vir. inl. 80, la nolice sur Musaeus, prêtre de Marseille (v« siècle).

ainsi, aux « préfaces » de la liturgie gallicane, dernières fleurs de la littérature gallo-romaine, dont je veux citer un spécimen, pris presque au hasard, Vimmolatio de la messe de la vigile de Pâques, dans le Sacramentaire d'Autun (vii^ siècle) :

Dignum et iustum est, aequum et iustum est, nos tibi hic et ubique gratias agere, tibi laudes dicere, et hostias immolare, et confiteri misericordias tuas, Domine sancte, Pater omnipotens aeterne Deus.

Quoniam magnus es tu et faciens mirabilia, tu es Deus solus. Tu fecisti caelos in intellectu, tu formasti terram super aquaSj'.tu fecisti luminaria magna, solemin potestatem diei, lunam et stellas in potestatem noctis. Tu fecisti nos et non ipsi nos : opéra manuum tuarum non omittas.

Tuus est dies et tua est nox : in die enim mandasti misericordiam tuam, et in nocte declarasti [...] quam hodiernis vigiliis in luminis huius festivitate celebramus.

Haec est enim nox salutarlura conscia sacraraentorum, nox in qua veniam peccatoribus praestas, de veteribus hominibus novos efficis, de senibus effetis maturos reddis infantes, quos in novam creaturam renatos de sacro fonte producis.

Hac nocte in aeternum diem renascentes populi procreantur, regni caelestis atria reserantur, et beata lege commerciis divinis liumana mutantur.

Haec est enim nox illa quae facta est in deliciis, in qua maxime delectasti nos. Domine, in factura tua; nox in qua inferna patuerunt ; nox in qua absolutus est Adam ; nox in qua inventa est dragma quae perierat ; nox in qua boni pastoris humeris reportata est ovis perdita ; nox in qua diabolus occubuit et sol iustitiae Ghristus exortus est; et, solutis inferni nexibus claustrisque perfractis, multa sanctorum corpora de sepulcris erumpentia intraverunt in sanctam civltatem.

G vere beata nox, quae sola meruit scire tempus et horam qua Ghristus resurrexit; de qua iam in psalmo fuerat prophetatum quia nox ut dies inluminabitur ; nox in qua exorta est resurrectio in aeternum !

Te enim,' omnipolens Deus, creaturarum caelestium multitude et innumerabiles angelorum chori sine cessatione proclamant dicentes : Sanctus^.

Il n'échappera à personne que cette « préface » gallicane est exactement dans le style d'une autre préface bien connue, celle de la bénédiction du cierge pascal le samedi saint, VExuliet. Il y a même mieux que similitude de style, il y a rencontre littérale entre les deux « préfaces », qui peuvent être du même auteur, tout au moins du même milieu. On sait que VExultet, qui a été adopté plus tard par la liturgie romaine, apparaît d'abord dans les sacramentaires gallicans du yii^ siècle : il peut remonter au v^.

Rome était par nature plutôt réfractaire à ce lyrisme. Saint Jérôme sait très bien opposer l'exubérance et l'éclat du gallicus senno à la gi^avitas romana^ : opposition sensible aussi bien dans la liturgie. A la messe, il semble que Rome se soit appliquée à restreindre l'emploi des préfaces propres, à encourager l'emploi seulement de quelques modèles aussi peu différents et aussi brefs que possible. On compte dans le Sacramentaire Léonien, qui ne nous est cependant pas parvenu complet, 267 préfaces propres; dans le Sacramentaire Gélasien, elles sont réduites à 54 ; dans le Sacramentaire Grégorien (abstraction faite de l'appendice que lui a donné Alcuin), on n'en compte plus que 10. Une décrétale apo-

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