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naissant comme à la Cène, elle fait encore une large part à l'improvisation des formules, mais elle est réglée, comme la foi est réglée, comme tout est réglé dans l'Église. Le sens de la règle éliminera bientôt des formules toute improvisation,
Rome créera à son usage une littérature de préfaces et d'oraisons, qu'elle a marquée au sceau de sa latinité, de sa piété, de sa rigueur robuste et sobre. Ce qu'on a appelé « l'art triomphal », l'art chrétien du i\e au vi^ siècle, créera le décor des basiliques, toute la magnificence des mosaïques, des orfèvreries, des tissus, dont le vieux monde romain, sensible au prestige de la richesse, a voulu honorer la maison de Dieu, et dont nous nous faisons à peine l'idée. A cet « art triomphal » appartient la « cantilène romaine », le chant que nous appelons grégorien, qui se fait sa place alors dans la liturgie, et donne naissance aux graduels, aux alléluias, aux traits, et aux autres parties chantées de la messe. La scola cantorum apparaît. Une basilique constantinienne comme le Latran ou Saint-Pierre, avec son large presbyterium où prennent place sept évêques au moins et quelque vingt-cinq prêtres, avec son autel autour duquel évoluent les sept diacres et les acolytes et les sous-diacres, réclame que les mouvements de tous soient ré-
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glés : le cérémonial se forme. 11 faut qu'il règle le dernier détail des gestes, il le fait. Langue liturgique, chant liturgique, gestes liturgiques, tout se fixe; à l'époque du pape saint Grégoire, il s'en faut de bien peu que cette œuvre soit achevée qui est la liturgie de la messe pontificale.
Les traits sont peu nombreux que Rome a empruntés aux usages de Jérusalem ou de Gonstantinople, et la liturgie carolingienne et germanique ne réagira sur la liturgie romaine qu'à partir du IX* siècle. La liturgie romaine est une pure chose romaine. Nous y retrouvons des détails de cérémonial qui perpétuent des usages romains de l'époque impériale. Le costume liturgique est, pour l'aube, la dalmatique, la chasuble, le costume des honestiores romains du temps de Gonstantin et de Théodose. On peut dire de la liturgie romaine du temps de saint Grégoire ce que le tardif liistoriograplie Jean Diacre dit de ce pape si parfaitement romain : « Nullus pontifici famulantium, a ininimo usque ad maximum, barbarum quodlibet in sermone vel habilii praeferebat » (II, 13).
La méthode historique a pour programme de retrouver la date de chaque chose, et de demander la signification des choses à leur origine. Elle considère la messe romaine comme une archi-
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teclure, et, si l'on veut, comme une basilique remontant aux origines, et dans laquelle chaque siècle a mis du sien ; il faut arriver à reconnaître l'œuvre de chaque siècle, pour mieux dégager les lignes perpétuelles. La messe pontificale n'a pas pu se transformer en messe privée, la grand'messe en messe basse, sans s'appauvrir pour une part, et d'autre part sans se surcharger : il faut signaler les éléments introduits et les tassements produits par cette transformation. Certains gestes ne sont plus que des témoins d'usages disparus : tel l'enfant de chœur soulevant à l'élévation le bas de la chasuble, ou tel le sous-diacre portant pendant l'offertoire et le canon la patène sous un voile. La méthode historique a mission d'expliquer et ces grandes lignes et ces détails. La curiosité y a son profit, l'intelligence aussi, cette intelligence dans laquelle la foi s'éclaire et se repose avec plus de respect et de joie.
Cette lumière est celle que l'on voudrait espérer que les lecteurs de ces leçons y trouveront. Elle devra pour eux se compléter par la pratique des théologiens et des mystiques, car il faut dire et ne pas se lasser de dire que la lettre et l'histoire ne sont qu'une introduction au surnaturel qui est l'âme de la liturgie.
L'auteur a écarté de son exposé les interprc-
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talions symboliques, qui sont si riches de sens et qui abondent dans toutes les explications anciennes et récentes, non qu'il n'en fasse pas de cas, mais parce qu'il s'attache de préférence au sens historique : il veut bien que les deux céroféraires qui accompagnent l'Évangile à l'ambon représentent l'un la Loi, l'autre les Prophètes, mais il croit trouver ailleurs l'origine du rite.
On trouvera cités, au cours du présent livre, le petit nombre d'auteurs français ou étrangers, d'aujourd'hui ou d'autrefois, qui sont ses compagnons de travail. On verra d'ailleurs, à son perpétuel recours aux sources, de quelle méthode il se réclame.
Paris, 8 juin 1918.