‹ Leçons sur la messeChapitre 28 sur 80 · lOi'l. p. 1.".0. DisuoH, p. li'i · texte numérisé non relu

lOi'l. p. 1.".0. DisuoH, p. li'i

psallentium clamantes pev plateas Urbi's Kfjrie eleison ». Par ulrique chovi, on pourra entendre d'un côté les prêtres et de l'autre les fidèles qu'ils conduisent. Nous dirons dans un instant en quoi celte litanie est septîformis.

L'étonnant est que Rome ait adopté l'acclamation grecque Kyrie eleison. Car elle est grecque de langue et d'origine : on la signale à Jérusalem \ à Antioche et à Constantinople (saint Jean Chrysostome), elle se retrouve dans toutes les liturgies grecques 2, tandis qu'en Occident il n'y en a pas trace avant le vi'= siècle. Ce n'est pas, il s'en faut, le seul emprunt que Rome et l'Occident, entre le V* et le vii^ siècle, aient fait à l'Orient grec. Nous sommes enclins à y voir l'action de Byzance : ne serait-ce pas plutôt de Jérusalem que ces emprunts procéderaient? On oublie trop que Jérusalem restait pour l'Occident un pèlerinage : si Rome était par excellence la cité des martyrs, Jérusalem était « Terre Sainte ». Il suffit de lire les itinéraires des pèlerins du vi* siècle, comme Antonin de Plaisance et ses compagnons (vers 570), dont l'un a écrit le si curieux récit de voyage De locis sanctis que nous possédons, ou le Théodore (vers 530) à qui nous de-

1- Peregrinatio ad loca sancta, 24 (éd. Geyer, p. 7i) : « Diacono clicentc sinjjulorum nomina seaiper pisinni plurimi stant respondentes semper : K} rie clej son, quod dicinius nos : Miserere Domine. " Etheria traduit, preuve que la formule n'était pas en usage alors en Occident. De même dans la Collatio aj)ocrjplie de S. Augustin et de l'arien Pascentius (Arc. Epislul. Appcnd. xx, 15). — Le Kyrie eleison tient une place considérable dans la lilurgie de la fcte de

exaltation de la Croix (14 septembre), fête jérusalémite importée en occident au vn'= siècle. Vincent et Ahei., t. II, p. 232.

2. AviT. Epislul. m. Voyez F. E. BiUGnTMA.N, Liturgies Eailern and If'cslern. t. i;i8!K>;, p. 117 ctpassim.

vons un récit pareil De situ tenae sanctae. Combien rapportaient de leur pèlerinage des reliques des Lieux Saints, dont on retrouve la trace dans tout l'Occident ' !

Le pape saint Grégoire parle encore du Kyrie eleison dans une lettre adressée à l'évêque de Syracuse-, où il s'applique à montrer que les Romains ne le chantent pas comme les Grecs. Chez les Grecs, écrit-il, toute l'assemblée dit ensemble Kyrie eleison [... in Graeciis simul omnes dicunt), tandis que chez nous il est dit par les clercs et répondu ou repris par le peuple [apud nos autem a clericis dicitur et a populo respondelur). Saint Grégoire ajoute que tes Grecs disent seulement Kyrie eleison, tandis qu'à Rome on dit aussi Christe eleison, et on le dit autantdefoisqu'onaditA''î//7'ee/e/so/«.SaintGrégoire écrit encore : « Dans les messes quotidiennes, nous taisons certaines choses qui ont coutume d'être dites ; nous disons seulement Kyrie eleison et Christe eleison, pour nous attarder plus longtemps à ces paroles de supplication : In cotidianis inissis (notez l'emploi de missae au sens de messe) aliqua quae dici soient tacemus, tantunimodo Kyrie eleison et Christe eleison dicimus, ut in his deprecationis vocibus paulo diutius occupemur ». M^"" Duchesne entend que les formules Kyrie et Christe eleison étaient, sauf aux messes quotidiennes, donc aux messes stationales, accompagnées d'autres formules, qui constituaient une litanie véritable'. Ainsi, à la

1. t:t; qui est vraiscrnhlahlc de la lilursie est vrai de l'iconograpliie. Brkhikr, L'arl chrétien, p. 00 et 171-17-2.

i. jAriT, 1550.

» Voyez le Kyrie initial de la messe (vii'-vui' siècle) du Hlowe Mistal (éd. Warner), p. 1. Bisuop, p. 139.

messe d'ordination, dansleSacramentaire Gélasien, le pontife (après l'introït et la collecte, il est vrai) annonce au peuple qui il va ordonner : si personne de l'assistance n'a rien à articuler contre les ordinands, on procède à l'ordination qui s'ouvre par le chant du Kyrie eleison avec litanie : « Incipiunt omnes Kyrie eleison cum litania » (Wilson, p. 22;. Supposé que le Kyrie eleison ait été introduit à Rome vers l'an 500, la litanie proprement dite est une forme certainement plus ancienne. Le jour de la bataille qu'il livre à Maximin Daïa, le 1" mai 313, Licinius (qui n'est pas chrétien) fait chanter par son armée un chant dont Lactance nous a conservé le texte et qui est une véritable litanie :

Summe deus te rogamus.

Sancte deus te rogamus... ~

Summe sancte deus preces nostras exaudi, Brachia nostra ad te tendimus exaudi^...

La litanie est ainsi une prière par acclamations, La liturgie lui gardera ce caractère : dans le chant de la litanie, en effet, on répétait (au xii^ siècle encore) chaque invocation soit trois fois, soit cinq fois, soit sept fois -. VOrdo romanus XI (xii^ siècle), décrivant les processions des Rogations, énonce que, quand on arrive en face du Colysée, un sousdiacre commence la litanie septiforme [septCformis litania) et que les clercs qui suivent répètent l'invocation jusqu'à sept fois. Après l'arrêt à Santa-Maria

I. L.vcTANT. De morte pcrsec. 40, 0. Cf. Basil. Epislul. ccvii, i. i. Autant dans YOrdo d'Angilbert, abbé de Saiiit-Ri(iuier à la lia «lu Mil' siècle, publié par liisuor, p. 32a.

LA MESSE DES CATÉCHUMÈNES. iil

Nova, on recommence la litanie comme devant, mais en répétant l'invocation seulement cinq fois (^wm^^^eformis litania). Après l'arrêt à Saint-Marc, ce n'est plus qu'une tn'formis litania. Enfin, quand ou a passé le Tibre et que l'on approche de Saint-Pierre, la litanie est reprise où chaque invocation n'est répétée qu'une fois isimplex litania).

On comprend après cela que VOrdo vomanus l dise que le Kyrie sera chanté autant de fois que le pontife le prescrit. Dans VOrdo de Saint-Amand on chante trois fois Kyrie, trois fois Christe, trois fois Kyrie encore, et ce nombre est invariable : il le restera. Les liturgistes du Moyen Age l'expliqueront comme uu hommage au Père, au Fils et au saint Esprit. Tout le reste de la litanie a disparu de la messe. Cependant, à la vigile de Pâques et à la vigile de la Pentecôte, la messe n'a pas d'introït, et à la place de rintro'ït on chante les litanies des saints, dont le Kyrie final se soude au Kyrie de la messe : indice qu'à toutes les autres messes stationales l'introït a supplanté la litanie primitive dont il ne subsiste que l'élément le moins ancien, le Kyrie.

Le Sacramentaire dit Gélasien, qui représente en substance l'usage romain du vn» siècle, connaît ce qu'il appelle antiphonani ad introitiiin, le mot antiphona désignant là le chant d'un psaume à antienne. Nous avons rencontré l'introït, on se le rappelle, dans VOrdo ronianus 1. En faisant du

chant de l'introït une création romaine du vi^ siècle, on est dans les limites du vraisemblable.

Ce siècle est celui où apparaît à Rome la Scola cantorum, qui est en même temps qu'une école de chantres l'atelier où se sont composées les mélodies grégoriennes, la cantilena romaine, comme on disait alors, et ce n'est certainement pas sans raison que la tradition (dès le viii« siècle) attribue au pape saint Grégoire une part si décisive dans la codification de l'Antiphonaire [Antipkonarius [missae]), aussi bien que du Sacramentaire. « Pour nous, écrivait Egbert, évêque d'York, peu après son élévation à ce siège (732), nous observons toujours le jeûne du premier mois dans la première semaine du carême, nous fondant sur l'autorité de notre maître le bienheureux Grégoire qui l'a ainsi réglé dans (l'exemplaire qu'il nous a transmis de) son Antiphonarius et de son Liber missalis par l'entremise de notre pédagogue le bienheureux Augustin '. » On possédait donc àCantorbéry, vers 732, un Antiphonaire de la messe que l'on disait avoir été apporté de Rome par Augustin, l'apôtre évêque envoyé en Angleterre par saint Grégoire. A la fin du vin* siècle, le pape Hadrien (772-795) consacra cette attribution par un prologue qui se lit en tête des Antiphonaires Grégoriens :

Gregorius praesul, meritis et noinine dignus, unde genus diicit summum conscendit honorem.

1 P L l. LXXXIX, p. 441. Celle iitlestation est la plus ancienne (lui atlribue l'Anliphonaire romain de la messe au pape saint Grégoire. Voyez Dom Momx, Les vcrilables origines du chant fjregorte>i(l890),p. 27-33. La Uiùse de Dom Morin n'a pas fait funammité

armi nous.

Renovavit monumenta patrum priorum. Tune composait hune libellunt musicae artis scolae cantorum anni circuli : Ad te levavi.

i< Grégoire évêque, digne par ses mérites de porter ce nom, a été élevé au souverain honneur dont sa famille descendait (le pape Félix III était son trisaïeul). lia rénové les monuments de la liturgie) des pères ses prédécesseurs. Il a composé ce livre de la musique de la Scola cantorum au cours de l'année : Ad te levavi >->. Les mots Ad te Domine] levavi sont les premiers mots de l'introït du premier dimanche de TAvent, sur lequel s'ouvrent les Antiphonaires Grégoriens.

Ce nom d'Antiphonaire leur est venu du fait que la majeure partie des pièces chantées à la messe étaient des psaumes à antienne : tel est. en effet, ou plutôt tel était à Rome vers l'an 700, le cas de l'introït, de l'offertoire, de la communion. Un psaume à antienne est un psaume que précède un texte cantiléné 'lequel est en principe un des versets du psaume même;, qui donne à tout le psaume son ton et qui lui sert de refrain. Chantée en tête du psaume, l'antienne est répétée à la fin du psaume, c'est-àdire après la doxologie : tel est l'usage actuel, qui remonte aux" siècle, sinon au ix*. Plus anciennement l'antienne était en outre reprise après chaque verset du psaume ou couple de versets. Cette forme antique de la psalmodie, que nous avons vue décrite par saint Augustin, s'est conservée à linvitatoire de Matines. Elle s'est conservée aussi bien dans le beau chant qui s'exécute à la procession du dimanche des Rameaux procession d'origine gallicane], où les en-

fants restés à l'intérieur de l'église, en souvenir des enfants de Jérusalem saluant le Sauveur de leurs acclamations, entonnent :

Glai'îa laiis et honor tibisit, Christe î-edemptor, cui puei-ile decns promp^it hosanna pium.

Et le peuple qui, avec l'évêque et ses clercs, attend au seuil de l'église, devant la porte fermée, répond : Ghjia laus et honor... et le reste. Puis les enfants poursuivent : Israël es tu rex... et le reste. Et à chaque distique, le peuple répond : Gloria laus et honor.,. Ce chant est imité de la psalmodie des psaumes à antienne telle qu'elle s'exécutait avant le X* siècle, et, en fait, le chant de la procession des Rameaux porte sa date, puisqu'il est une composition d'un de nos plus grands évèques carolingiens, l'évêque d"Orléans Théodulfe (-f- 821).

Dans le Missel Romain, il ne reste au chant de l'offertoire et au chant de la communion que l'antienne [çerstts] : le psaume est tombé, qui était marqué encore dans les Antiphonaires du ix* siècle. Tel est l'usage à Rome à la fin du xii* siècle, usage décrit par Innocent III (II, 18). Cette disparition du psaume est due à une réaction de la messe privée sur la grand'messe ; elle est due à la disparition de l'offrande des fidèles, à la raréfaction des communiants; elle est due à ce travail de tassement que nous avons si souvent surpris déjà dans la liturgie de la messe passé le ix* siècle. Seule, l'antienne de l'introït conserve aujourd'hui encore, sinon son psaume, du moins le premier verset de son psaume. Prenons pour exemple l'introït de l'Epiphanie, tel qu'il se lit au Missel Romain.

Introitus.

Ecceadvenit dominator Dominus : et regnum in manu eius et potestas et imperiura.

Voilà l'antienne : cette courte phrase est empruntée au prophète Malachie pour quelques mots [Mal. III, 1), l'ensemble étant un centon de mots scripturaires. A la suite, le psaume :

Deus iudicium tuum régi da : et iustitiam tuam filio régis. Gloria Patri.

Puis, après le Gloria, on répète l'antienne : Ecce ad^enil... Nous avons là le premier verset du psaume Lxxi. et tout le psaume devait être primitivement chanté, mais on n'a conservé que le premier verset et le Gloria. Il est facile de faire la preuve que tout le psaume devait être chanté, car les applications qu'on peut en faire au mystère de l'adoration des mages sont surtout saisissables dans le corps du psaume.

'J (.oram Lllo procident Aetliiopes, et inimici eius terrain linge ni.

'" Heges Tharsis et insulue mimera afférent, reges Arubum et .'>af>a dona addaceni.

" Et adorabnnt eiim omnes regea terme, omnes gentes ser rient et.

'^ Et rivet, etdubiiur ei de diirn Arobiae, et adorol>tiitt de ipso semper. . .

Le psaume Deus iudicium tuum régi da a été choisi pour ces versets qui sont l'annonciation prophétique de l'adoration des mag-cs et des présents qu ils apportent au lils du roi des cieux; ces versets

avaient toute raison d'être-cliantés, et ils ne le sont plus.

Originairement donc le psaume formait le corps de l'introït. L'antienne est en règle générale un verset (sinon plusieurs) pris au psaume, quelquefois même le premier verset du psaume : on peut proposer comme exemple l'introït Ad te Dojyiine levavi du premier dimanche de l'Avent, où l'antienne est faite des deux premiers versets du psaume xxiv, et où le psaume commence à Vias tuas qui est son quatrième verset. A l'introït de la fête de sainte Lucie, le psaume (xLiv) commence à son premier verset Eructavit cor meunij l'antienne est faite du neuvième verset Dilexisti iustiliam .

Il est naturel que le texte des pièces chantées de la messe soit pris aux psaumes, qui constituent par excellence le recueil des chants de l'Église. L'antienne, cependant, est prise parfois à d'autres livres scripturaires : l'antienne Gaudete in Domino semper du troisième dimanche de l'Avent, qui est attachée au psaume lxxxiv, est prise à l'épître aux Philippiens ; l'antienne Nos auteni gloriari du jeudi saint, qui est attachée au psaume lxvi, est prise à l'épître aux Galates. D'autres antiennes d'introït sont prises à l'Exode, à Isaïe, à la Sagesse, à l'Ecclésiastique... Celle du mardi de la Pentecôte, ^cr/jo/^e iucundilatem, est prise au IV* livre (apocryphe) d'Esdras '. Il arrive

1. IV Esdr. II, 36-37. Ce même apocryphe a donne le verset alléluiatique Crastina die {IV Esdr. xvi, 53) de la vigile de Noël et le graduel Requiem ;ii, 3't-3o) de la messe des défunts. L'emprunt, à vrai dire, n'est pas textuel, et il constitue plutôt une réminiscence. I)a lait de cet « emprunt », il serait excessif de conclure que la composition de ces pièces de chant ne peut guère t-tre postérieure à la fin du iv« siècle, sous prétexte qu'après saint Ambroise le IV« livre

LA xMESSE DES CATECHUMEiNES. 117

que l'antienne soit moins un texte qu'un canton, telle l'antienne de l'introït de la messe de Pâques, qui est prise au psaume cxxxviii auquel elle est attachée, mais à des versets différents et sans lien, entrecoupés d'Alleluia étrangers au psaume :

Resurrexi et adhuc tecum sum (ix 18), Alléluia : posuisli super rae manum tuara (ix 5), Alléluia : mirabilis facta est scientia tua (ix 6;, Alléluia. Alléluia.

Le procédé du centon est parfois plus caractérisé encore. Certain introït en vient à ne plus tenir à l'Ecriture que par un mot ou deux : tel le Gaudeamus omnes de la messe de la Toussaint. On cite enfin, mais c'est un introït exceptionnel, l'introït Salve sancta païens, qui est emprunté au poète Sedulius (v^ siècle . On peut avancer que la règle est que l'antienne soit prise au psaume même de lintroït, et que ce psaume ait une application au mystère ou à la fête du jour'. Le psaume par sa signification mystique et morale importait plus que l'antienne, qui, elle, comptait moins pour son texte que pour sa mélodie.

Le célébrant baise laulel en v arrivant. Au cours de la messe, il baisera l'autel à plusieurs reprises encore, chaque fois notamment qu'il se tournera vers

d'Esdrasn'<i plus eu de défenseur de son authenticité. Si on avait cte si atteritila la canonicité des textes du cliant,ces emprunts auraient été éliminés du CanUilorium romain.

\. Comme spécimen d'intMii moderne composé contre toutes les règles traditionnelles, on pourra voir celui de la IV-te de Notre-Dame des Sejit Douleurs : l'antienne est un texte de l'Évangile de saint Jean et, en gui-e de ps;iimie. on rli.inie ; MuHi'r. ccn' filnix luus. r.irit hsu», etc.

l'assistance (pour dire Dominus vohiscitm, Orote fratres, Benedicat vos. quand il donnera la paix au diacre, ou encore quand au canon les paroles prononcées font allusion à l'autel [Te îgitur^ Supplices te rogamiis . Ce baiser est un acte de religion, un salut à une chose sainte, car saint est Tautel, non seulement parce que le corps et le sang du Christ l'ont sanctifié de leur présence, mais aussi parce que des reliques de martyrs y sont encloses. Si dans VOctavius de Minucius Félix le païen Caecilius, passant devant une statue de Serapis, la salue en portant sa main à sa bouche et en y appliquant des lèvres un baiser, à combien meilleure raison le chrétien usera-t-il de ce geste pour les objets de sa piété? Le poète Prudence a écrit (Peristeph. ii, 517-520) :

Ipsq et senatus liimi?ia, quondam hiperci et flamines, apostolorum et martyrum exosculantur limina.

On voit si le geste est romain! Des sénateurs, cidevant revêtus de sacerdoces païens, ci-devant luperques et flamines, maintenant convertis, baisent le seuil des confessions des apôtres et des martyrs de Rome. L'autel de Dieu mérite aussi bien un tel hommage.

Dans VOrdo romanus I, dès que le Gloria inexcelsis propre à la messe pontificale est terminé, le pontife se tourne vers le peuple et dit : Pax vobis. L'Evangile nous montre le Sauveur ressuscité saluant ainsi ses disciples. L'évêque, qui éminemment figure le Christ glorieux, prononce les mêmes paroles : Pax

LA MESSE DES CATECHU5IENES. 119

vohis. Si le célébrant est un prêtre, il dit plus humblement : Dominiis vobiscurn, cette différence est marquée déjà dansl^^/r/o de Saint-Amand. Au livre deRuth, Booz saluant ses moissonneurs leur dit: Z)ominits vohisciim [Ruth, ii, 4) . Ce salut est évangélique aussi, témoin le Dominas teciim de l'Annonciation (Ltc. I, 28). On le traduira comme un souhait : le Seio-neur soit avec vous. On pourra y voir aussi une réminiscence de la promesse du Christ : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux » (Mat. xviii, 20j.

Le peuple répond : Et cum spiritu tuo, périphrase sémitique qui équivaut à dire : Et avec toi. « La grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit, frères », écrivait saint Paul Gai. vi, 18:.

Le peuple est debout et restera debout pendant toute la fonction. Prier assis serait une irrévérence. On ne s'assied pas, disait déjà TertuUien, en présence de quelqu'un qu'on révère et qu'on vénère, à plus forte raison en présence de Dieu De orat. 16/*. TertuUien veut que les chrétiens prient en levant les mains, pas trop haut, dit-il, mais avec mesure et sans affectation, « ne... sublimius elatis, sed temperale ne probe elatis » {ibid. 17). Ce geste, décrit déjà par saint Paul (/ Tim. ii, 8). est le gosle bien connu des orantes dans les monuments de l'art chrétien ancien, geste que la liturgie perpétue dans l'attitude qu'elle prescrit au célébrant pour les oraisons, la préface, le canon de la messe. Prier à genoux, fléchir le genou, est une attitude de pénitence : il était interdit par le concile de Nicéo (can. 20)

t. Cf. B*8ir.. De Spiritu mncto, 60.

de s'agenouiller le jour du Seigneur, jour de sainte allégresse, et pareillement les cinquante jours du temps pascal.

Dans la messe romaine, toute oraison est une conclusion. La secrète ou l'oraison Super ohlata termine Tofifrande des fidèles, à l'offertoire. L'oraison après la communion, qui porte dans le Sacramentaire Grégorien le nom d'oraison Ad complendum, termine la communion du célébrant et de l'assistance. L'analogie suggère que la collecte est aussi une conclusion, la conclusion de la litanie, le Gloria in excelsis quand il est dit) pouvant être considéré comme un prolongement de la litanie.

Le nom de collecte ne se rencontre pas dans YOrdo romanus /, qui dit simplement oratio; de même rO/'f^o de Saint- Amand; YOrdo romanus JII ap^^eWe la collecte /?/7/;2rt oratio. Ces trois documents repré-^ sentent l'authentique usage romain du viu^ siècle. Au contraire, dans VOrdo romanus II. qui représente l'usage romano-carolingien du ix> siècle, il est parlé de r« oratio prima quam collectant dicunt^^, ce qui donne à penser que le terme exact était en vérité oratio prima, et que le terme de collecte était adopté dès lors cependant dans le pays pour lequel a été rédigé YOrdo II. Le Sacramentaire Grégorien ne donne pas de nom spécial à la première oraison ad missam, fidèle en cela à l'usage attesté par VOrdo I.

Mais il nous révèle l'origine du mot collecte. Le 2 février, à Rome, la fête de 1' Ypapanti [la. Purification), qui se célèbre à la basilique Libérienne, comporte une procession qui part de la basilique de Saint-Adrien pour se rendre à Sainte-Marie-Majeure. Le Sacramentaire Grégorien marque : Missa ad

sanctam Ma n'a m maiorein, et donne les trois oraisons de ladite messe la première, l'oraison Super oblatay l'oraison Ad coinplendum). En outre, il donne une oraison préalablement dite à Saint-Adrien : Oratio ad collectam ad sanctum Adrinnum. Le mercredi des cendres, où la station est à Sainte- Sabine, le rendez-vous est à Sainte-Anastasie. Collecta ad sanctam Anastasiam, et une oraison est dite à Sainte-Anastasie. Ainsi des quelques autres collectae du Sacramentaire Grégorien. Le mot collecta est donc synonyme de convocation, rendez-vous, rassemblement, et désigne le rassemblement des fidèles 'plebs collecta , d'où les fidèles partent en procession, à certains jours, pour la basilique où se célèbre la messe stationale.

6o//ec^fl^ participe passe, — saint Cyprien appelait son peuple assemblé collectant fraternitatem, — a donné le substantif co//ecï(7, doù oratio ad collectam \ qui s'est abrégé en collecta. La liturgie a bien souvent ainsi accepté des termes de formation populaire, dont le sens se fixe sans égard pour leur étymologie.

La prière liturgique, à Rome, revêt deux formes maîtresses, celle des préfaces et celle des oraisons, et sous ces deux formes elle constitue une littérature de sacramentaire qui remonte au v^ siècle et sans doute plus haut. Encore au temps du De catechizandis riidibus de saint Augustin (cest-à-dire en 400;, les formules de la liturgie ne sont pas toutes écrites et fixées. Augustin veut que l'on prie les

1. Dans la passion des martyrs d'Abilina. on voit que les ciiretieDS d'Afrique appellcni rollc-ta ce que les Grecs appellent synaxe, les Uomains station, l'assenibljc llturgii|iie. • Ego sum auctor in culus dopio coUcclae factae suni •. «lit un iU>< mariMN riu inre. P'usi'o Abitinem. It.

12e LEÇONS SUR LA ]\IESSE.

convertis, s'ils sont gens de lettres, d'être indulgents « aux évêques et ministres de FEglise qui invoquent Dieu avec des barbarismes et des solécismes, oa n'entendent pas bien les paroles qu'ils prononcent et coupent la phrase à contresens : non que ces fautes ne doivent pas être corrigées, si l'on veut que le peuple comprenne ce à quoi il répond Amen, mais il faut réfléchir, si on est lettré, que dans l'Église la henedictio es,\, dans le sentiment, tandis qu'au forum elle est dans les mots, et que la bona dictio d'un avocatn'est pas toujours une benedictio » De catech. rtid. 13). Jolie leçon, non sans une pointe de préciosité, à l'adresse des gens qui ont le goût difficile. Et, de plus, indication liturgique : il est des formules toutes faites que l'officiant prononce et qu'il convient qu'il ponctue intelligemment, il en est d'autres qu'il improvise et où l'on voudrait qu'il ne fît pas de fautes de latin de son cru.

La part laissée à l'improvisation du célébrant fut bientôt réduite à rien. Cette évolution se manifeste dans le canon 9 du concile de Carthage de 407, qui parle de formules approuvées en concile et obligatoires à tous, pour les preces, les pi-aefationes, les commendationes, les maniis l'mposi'tiones*.

A Rome, le Liber pojitificalis (t. I, p. 255) attribue au pape Gélase (492-496) la composition de praefationes et d'orationes. Le Sacramentaire dit Léonien, dont tant de formules se retrouvent dans le Sacramentaire Gélasien et dans le Grégorien, est un répertoire d'oraisons et de préfaces romaines d'un temps où oraisons et préfaces étaient laissées encore au

1. Rapprocher le canon 23 du concile de CarUiage de 30", qui se préoccupe des texlcs de prières suspectes qui circulent.

choix de rofficianl, sinon à son improvisation : pour Noël il donne le choix entre neuf messes, quatorze pour la fête de saint Laurent, vingt-huit pour la fête des saints Pierre et Paul, Sans doute, au temps où il fut compilé, n'cxistait-il pas encore de sacramentaire officiel et authentique. Mais le style des oraisons et des préfaces romaines était fixé déjà définitivement.

Elles ont pour première caractéristique que le célébrant ne les prononce jamais en son nom individuel, mais au nom de toute l'Église présente : Oremiis. Saint Cyprien exprimait cette règle déjà à propos de l'oraison dominicale : « Notre prière est publique et collective, disait-il, et quand nous prions, nous prions non pour un seul, mais pour tout le peuple, parce que tout le peuple que nous sommes ne fait qu'un..., c'est la loi de la prière » {De domin. orat. 8).

Seconde caractéristique : oraisons et préfaces s'adressent à Dieu considéré dans son éternité, dans sa toute-puissance, Deus, Deus noster, omnipotens Deus, omnipotens et misericors Deus, omnipotens sempiterne Deus, Dieu dans sa souveraineté, Do~ mine*. Par une exclusive singulière. Dieu dans les oraisons romaines (je ne dis pas : les préfaces) n'est jamais appelé Père, pas même dang les oraisons où le F'îls, son Fils, est mentionné^. Aucune oraison ne

1. Et cela rappelle une rëgio odiotée par le concile île Cartbaf^e fie 397, <]ui veut que, à l'aulel, ou s'adresse toujours au Père : • Cnm altnri amislilur, sernper ad l'atretn dirif/atiir oratio • (fanon 43;. Ki'LGKMT. Rusp, Ad Monim. u, •>. dcleud celle règle contre le soupf.'DU (l'ariaiiiBinc,

4. Le Sacrameutaire l.éonicn a t|uelqiies exceptions. Feltoe, p, 7(i tut, lii, i»5, 137, 1»2,

s'adresse au Fils (sauf quelques très rares exceptions) ^ aucune au saint Iisprit. Les oraisons romaines s'adressent toujours à Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, application du précepte évangélique qu'il faut demander au nom du Fils 2.

Troisième caractéristique : oraisons et préfaces romaines ont un style à elles. Laissons de côté les préfaces, que nous retrouverons, et ne considérons que les collectes. Elles ont toutes le même dessin : 1° Dieu est invoqué; 2° le plus souvent ce vocatif s'accompagne d'un rappel du mystère du jour, ou d'un rappel des martyrs dont c'est le natale, ou de la mention d'un attribut de Dieu ; 3° vient la demande que l'on adresse à Dieu en connexion avec ce mystère, ce natale, cet attribut; 4° la clausule finale. Prenons comme modèle la collecte de la première messe de Noël : ^

Deus, qui hanc sacratissimara nocteni veri luminis fecisti inlustralione clarescere, da quaesumus, ut cuius lucis mysteria in terra cognovimus, eius quoque gaudiis in caelo perfruamur. Qui tecura.

1. Le Sacramciilaire Grégorien ne donne la clausule Qui vivis et régnas qu'à quatre oraisons : la collecte du premier dim. de l'Avent (Excita), celle du mercredi des Quatre-Temps de l'Avent (Festina), celle du vendredi (Excita), celle du quatrième dimanche (Excita), \YiLSo.\', p. 113, 1)4, 115. Le Sacranienlaire Gélasien n'a que la troisième de ces quatre collectes et elle lui donne la clausule Per. Le Sacramentaire Léonien ne connaît pas la clausule : qui vivis et régnas, qui est, peut-on penser, une clausule gallicane. La liturgie gallicane, en elTet, avait nombre d'oraisons qui s'adressaient à notre Seigneur : voyez notamment le Sacramentaire d'Autun [Missale gothicum, vii« siècle), où l'on en trouve de très belles, comme le Post nomina de la fête de l'Invention de la sainte croix. La vieille règle romaine s'est prêtée plus tard à nombre d'exceptions, dont la plus remarquable est celle de la collecte et de la postcommunion de la fête du Corpus Christi.

2. lOA. XIV, 13 et XVI, 23. Voyez Oi'tat. III, 11 (p. 99) : ■< ... (jui Deum patrem per Filium eius ante aram rogaverit. •

LA MESSE DES CATÉCHUMÈNES. l-iô

0 Dieu (c'est l'invocation, et tout de suite le rappel du mystère de la nativité , O Dieu qui avez éclairé cette nuit sacrée de la clarté de la lumière véritable (souvenir du texte de l'Evangile : La clarté de Dieu brilla autour des bergers), donnez-nous, nous vous le demandons (voici la pétition), ^«e de cette lumière (Je suis la lumière du monde) dont nous apprenons sur terre à connaître les mystères, nous puissions un Jour dans le ciel goûter aussi les Joies (et la finale se .rattache à cette mention de la lumière qui est le Christ), qui vit et règne avec vous... Cette oraison de Noël, qui estau Missel Romain, est aussi bien dans le Sacramentaire Grégorien et dans le Gélasien : elle est un modèle achevé de collecte romaine.

Que Ton compare ces collectes romaines à celles de la liturgie gallicane, par exemple aux diverses collectiones (c'est le nom gallican des oraisons) du Sacramentaire d'Autun vu* siècle), on jugera incontinent de la sobre beauté du style romain. Voici pour Noël la collectio post precem du Sacramentaire d'Autun, et remarquez tout de suite qu'elle s'adresse au Christ :

Eraudi, Domine, familiam tibi dicatara et in tuae Eoclesiae gremio in hac liodierna sollemnitate nativitatis tuae congregatam ut laudes tuas exponat. Tribue captivisredemptionem, caecis visum, peccantibus remissionem, quia tu venisti ut salvos facias nos. Aspice de caelo sancto tuo, et inlumina populum tuum quorum animus in te plena devotione confidit, salvator mundi. Qui vivis.

Cette prolixe oraison de Noël pourrait (sauf un mot) être une oraison pour tous les temps. Où est

l'unité de composition des collectes romaines? Leur langue châtiée"? Leur cohésion logique? La régularité de leurs coupes? Leur scrupule à appliquer le ciirsiisP Leur hrevitas et ce que (d'une expression qui est prise à l'une d'elles on pourrait appeler leur parcimonioe studium, le souci d'épargner les mots? Assurément, il est dans le Sacramentaire Grégorien (et de là dans le Missel Romain) nombre de collectes (et plus encore de secrètes et de postcommunions) d'un relief médiocre, d'une concision exténuée. Mais je crois que, faute d'être avertis et faute d'attention, nous, ne prenons pas garde à la beauté de sentiment et de doctrine si aisée à reconnaître en tant de ces médailles de frappe romaine. Une collecte comme celle du jeudi de la semaine delà passion n'est-elle pas révélatrice delà piété romaine?

Praesta, quaesumus, omnipotens Deu?:, ut dignîtas conditionis humanae per immoderantiam sauciata, inedicinalis parcimoniae studio reformetur i. Per.

La dignité de la condition humaine, l'horreur de l'excès, la vertu médicinale de l'abstinence, en tout cela une piété grave et comme empreinte de stoïcisme. Autre exemple, dans la collecte pour la fête des saints martyrs Vitus, Modestus, Crescentia (15 juin) :

Da Ecclesiae luae, quaesumus Domine, sanctis martyribus tuis Vito Modesto atque Crescentia intercedentibus, superbe non sapere, sed tibi placita huniilitate proficere, ut prava despiciens quaecumque recta sunt libéra exerceat carilate. Per-.

1. Cette oraison du Missel Romain est déjà dans le Sacramentaire Grégorien, le Gélasicn, et le Lconicn.

2. Missel Romain et Sacr. Gélasien (manque au Grégorien;. Le Léo-

On reproche aux collectes romaines de contenir trop peu de la moelle biblique ou évangélique. On peut leur faire un grief aussi d'être en tout d'une doctrine plutôt rudimentaire, ce qui s'explique sans doute en partie par le fait qu'elles doivent pouvoir être prononcées en présence des catéchumènes. Elles sacrifient à l'antithèse, à l'abstraction. L'émotion leur manque. Mais à ces défauts aussi tient leur caractère romain, qui est ordre, raison, clarté, dignité, impassibilité ^ .

Elles s'achèvent uniformément par le rappel du divin médiateur, « toujours vivant et prêt à interpeller pour nous » Heb. vu, 25 . per Dominttm nostrum lesiim Christum, qui règne avec Dieu dans l'éternité, ^e/- omnia saecula saeculorum, expression biblique -. Le peuple répond Amen, acclamation d'origine biblique aussi^.

La messe romaine telle que la décrit l'Orofo romaniis /n'a qu'une collecte. Le Sacramentaire Grégorien est établi sur la même règle. Au xiii* siècle, la messe du pape y reste fidèle, fût-ce aux stations des fériés de carême : nous le savons grâce à \Ordo romanus X/II {n. 20^, qui est un cérémonial du pape

nien Feltme, p.-i7) a un texte un peu différent, et rien des saints Vitus etc.

1. Lire, à l'appui, les quelques lignes suivantes prises à nne préface du Sacramentaire Léonien (Ff.ltok, p. 130 : • Vere dignum.qui ciim summa sis ratiu nosque rationales effeceris, tertum estettanto nos a tua parlicipatione discedi^re quantum ab acquitatis tramite ilc\ iamus. it tantum in tua simililudine perniancTe <)uanluin non divetlimur al) ordinc veritatis. fer ».

i. P». Lxxxni, h. Rom. xvi, i'.Gal. i, îi. Ueb. xni, S»... Saint Irénée en siKnalc l'emploi liluigiqui', Ilfwr. i, t : . Sur l'cucliaristie nous disons : Kt; to-j; aîcivo; twv aloV/wv ". Terinllien rapporte que dans les jeux de gladiateurs les spcclateurs acrlainaient en criant : Ei; aiôjva; àn'alûvo;. De siicclacul. •!:'>.

.«. Deut. xxvii, !.•;*;. es. Rom. ix, 5; xi. .'>6; xv. .'^3; xvi. «, ÏT, etc.

Grégoire X (1271-1276). Il est vrai que ce même cérémonial spécifie que les prêtres de la Curie romaine ont, eux, en sus de l'oraison du jour, quatre oraisons à dire à ces messes des fériés de carême (oraison A cunctis, oraison Pro vivis et defunctis, oraison Pro papa, etc.). La multiplication des oraisons répond sans doute à la restriction de la multiplication des messes privées : elle a pour fin de permettre à un prêtre d'introduire dans la messe du jour des intentions secondaires. Et cette multiplication des oraisons est signalée déjà au temps de Grégoire VII [Micrologus 4), comme contraire à Vordo romain qui ne veut qu'une oraison, comme il ne veut qu'un introït, qu'une épître, qu'un évangile : « Sed hoc iam pauci observant y), ajoute Bernold de Constance, sévère à cette innovation. Autour de lui, on attache déjà du prix à ce que le nombre des oraisons soit impair, 3, 5, 7 [ibid.]. Innocent III (II, 27) mentionne cette observance, sans l'adopter ni la repousser.

L'usage romain donnait à la messe des catéchumènes deux leçons, l'une des épîtres, l'autre de l'Évangile. Cette règle est attestée au v'^ siècle par le pape saint Léon, que l'on voit dans ses sermons rappeler souvent soit la leçon apostolique, — « ... Auribus nO' stris lectio apostolicae praedicationisinsonuitdicens : Ecce niinc teinpus acceptum » [Sermo xl, 2), — soit laleçonévangélique, — nDîcit quidern dominas lesus discipulis suis, siciit eunngelica lectione recitalum est : Si diliger-etis me... » [Sermo lxxvii, 5). En Afrique, au début du v" siècle, saint Augustin nous

a appris que la messe avait deux leçons, l'une de l'Apôtre, l'autre de l'Evangile (sans parler du psaume), et exceptionnellement une leçon préalable prise aux prophètes.

Rome a-t-elle anciennement donné trois leçons à la messe des catéchumènes, la première tirée des prophètes, la seconde des épîtres, la troisième de l'Evangile? Cet usage est l'usage wisigothique et gallican, sans doute, mais à tant faire que de se laisser guider par l'analogie, l'usage de l'Afrique serait un bon indice que Rome n'avait qu'exceptionnellement une leçon prise aux Prophètes. Le jour de l'Epiphanie, Rome lisait, au lieu et place de l'épître, la prophétie d'Isaïe annonciatrice de la conversion des Gentils et de la venue à Jérusalem des dromadaires de Madian et d'Epha, de l'or et de l'encens de Saba : le graduel de l'Antiphonaire Grégorien se raccorde à ce texte d'Isaïe. Rencontre curieuse, saint Augustin en Afrique lisait aussi cette prophétie à la messe de l'Epiphanie.

Exceptionnellement donc une leçon prophétique était substituée à la leçon apostolique. Quand une messe fut donnée aux fériés de carême, cette exception fut posée comme leur règle : toutes les fériés de cart'me, en effet (nous ne parlons pas des trois derniers jours de la semaine sainte), ont en guise d'épître une leçon tirée des prophètes, choisie souvent de telle sorte qu'elle annonce l'évangile du jour, et cette coordination de la prophétie à l'évangile est très ingénieusement cherchée'.

1. On exceptera le samedi des QualreTemps de Can-me, et aussi Itien les saniedis des autres Quatre-Teinps de l'année, dont les cinij leçons prophétiques précèdent la lecture de l'épître et la lec-

L'usage d'iatercaler le chant d'un psaume entre la leçon apostolique et la leçon évangélique est un usage liturgique dont témoigne saint Augustin pour l'Afrique de son temps : v. Legenti respondentes cantaviinus... », dit-il dans un de ses sermons [Enarr. in ps. XL, 1). Le lecteur lit le psaume, l'assistance chante le répons (qui est un verset de refrain pris dans le psaume), étant bien compris que la lecture du lecteur est à sa manière un chant aussi. Il devait en être de même à Rome. Saint Léon, dans un de ses sermons [Sermo m de natali îpsiiis, 1), parle du psaume qui vient d'être chanté, « Davidicuin psalmurn... consona voce cantavimus ». Le chant des psaumes fut à Rome longtemps réservé aux diacres, office qui leur fut enlevé par le pape saint Grégoire '.

Ce qui est aujourd'hui appelé graduel a dû êtpe originairement un psaume à répons. En fait, dans l'Antiphonaire Grégorien, le graduel se compose de deux phrases mélodiques, dont la première porte le nom de responso?iuin, c'est le répons proprement dit, et dont la seconde porte le nom de versus, c'est tout ce qui reste du psaume. On exécutait le gra-

ture de l'évangile. Le samedi saint, (.ma douze leçons prophétiques Le samedi veille de la Pentecôte, six leçons prophétiques. Ces multiples leçons appaitiennent à la vigile, non à la messe proprement Dccnr.sxE, Origines, p. 223. — L'origine du lectionnaire romain est un sujet que je ne puis qu'indiquer. Le Moyen Age en a (ait honneur a saint Jérôme sur la loi de textes apocryphes. Voyez S. Beissf.l Eatslehung der Perikopen des rômischen Messbuches (1907 .

1. Concile de 595. P. L. t. LXXVH, p. 1335 : > Conslituo ut in hac »ede sacri altaris ministri cantare non debeant, solumque eoaugelicae lectionis ofliciuui inter luissarum sollemnia exsolvaut... »

LA MESSE DES CATÉCHUMÈNES. 13i

duel ainsi : le chantre disait la phrase de répons en solo, et elle était reprise à l'unisson par le chœur, puis le chantre disait le verset. Ainsi le décrit VOrdo romanus IL C'était tout, et ce tout est évidemment un résidu. A certaines solennités, eu effet, l'Antiplionaire Grégorien prévoit plusieurs versets : ainsi le graduel de la messe de Pâques, qui au Missel Romain n'a que son répons {Haec dies) et un verset [Confiie/nini), compte dans l'Antiphonaire Grégorien ce même répons, ce même verset, puis six autres versets. Vraisemblablement, après chaque verset, il devait y avoir reprise du répons.

A la différence des psaumes à antienne (introït, offertoire, communion) qui sont exécutés parla Scola cantorum, le psaume à répons ou graduel, chanté en solo par un chantre (primitivement par un diacre), estchanté par lui du haut de l'ambon; cette particularité explique que saint Augustin puisse considérer le psaume du graduel comme une leçon. Elle explique aussi le nom de graduel, qui s'entend du fait que le graduel était chanté sur legradus ou ambon. Le terme de graduel, gradalis, est employé par la rubrique liminaire du Sacramentaire Grégorien ; Raban Maur au IX* siècle, semble dire que ce terme est rare encore, « liesponsorium istud quidam gradale vocant » [De cl. instit. i, 33), le terme traditionnel étant responsorium.

A la différence encore des psaumes à antienne de l'introït, de l'offertoire, de la communion, le psaume à répons du graduel n'était pas chanté pour accompagner une péripétie comme l'entrée du pontife, l'offrande des iidèles, la distribution de la communion : il était chanté pour être écouté, comme la le-

çon est écoutée pour elle-même. Le graduel, en cela, était un chant à part de tous les autres : il était une leçon qui, parce qu'elle était prise au psautier, s'était revêtue d'une cantilène, d'une cantilène d'abord infiniment simple et plus apparentée à une déclamation qu'à une mélodie, d'une cantilène qui s'était ensuite ornée, d'une cantilène qui a finalement étouffé le psaume, si bien que depuis le VIII® siècle le graduel intéresse seulement pour sa mélodie.

Le graduel se suffisait à lui-même. L'Alleluia qui le suit est un chant indépendant du psaume à répons qu'était le graduel. Nous avons accoutumé, disait saint Augustin, de chanter Alléluia à un temps fixé (de l'année liturgique), à des jours fixés, et c'est une tradition antique de l'Église : « Quod nohis cantare certo tempoj^e sollemniter moris est, secundum Ecclesiae antiquam tradilionem » ^ . Le temps fixé dont parle saint Augustin est le temps pascal. A Rome, l'usage était plus strict : dans la première moitié du v® siècle encore, on ne chantait Alléluia que le jour même de Pâques, si bien que c'était un dicton romain : Daigne Dieu me donner d'entendre et de chanter Alléluia! Nous connaissons cette particularité romaine grâce à l'historien Sozomène, qu'elle a vivement frappé (vu, 19). L'usage changea ensuite : T Alléluia se chantait tout le temps pascal à Rome au début du vi** siècle- : saint Grégoire un

Page 1