‹ Leçons sur la pathologie comparée de l'inflammation faites à l'Institut Pasteur en avril et mai 1891Chapitre 4 sur 6 · Cellules fixes. — a, b, c. Cellules migratrices · texte numérisé non relu

Cellules fixes. — a, b, c. Cellules migratrices

nitrate d’argent; lavée aussitôt avec une solution de chlorure de sodium et de l’eau pure, la lésion se borna à un petit groupe de cellules épidermiques et conjonctives. Les cellules étoilées du tissu caudal, les plus rapprochées de l’endroit lésé, devinrent moins réfringentes, s’imbibèrent du liquide, ce qui rendit leur protoplasma vacuoleux, et raccourcirent

leurs prolongements (fig. 48). Deux cellules mobiles dans la partie voisine du tissu conjonctif dirigèrent leurs mouvements vers la partie opérée. Dans une anse vasculaire sous-jacente la circulation s’arrêta complètement. Trois quarts d’heure après l’application du nitrate, le nombre des cellules migratrices, dans la partie la plus proche de la lésion, augmenta un peu. Toutes ces cellules se déplacèrent vers l’endroit cautérisé (fig. 49).

Trois heures après le début de l’expérience, les cellules étoilées gardaient leur position respective, mais avaient repris leur réfringence normale et manifestaient à peine quelques changements de la forme des ramifications les plus minces. Le nombre des cellules migratrices augmenta encore, mais uniquement aux dépens du tissu conjonctif voisin^ parce que dans aucun vaisseau il ne survint point de troubles circulatoires et il ne se manifesta aucune trace de diapédèse. Deux heures plus tard (c’est-à-dire cinq heures après la cautérisation) l’eschare formée par l’épiderme nécrosé se détacha et découvrit une couche épidermique nouvelle, au-dessous de laquelle se trouvèrent un certain nombre de cellules migratrices, réunies en amas (fig. 50). D’autres cellules mobiles se dirigèrent toujours dans la même direction, tandis que les cellules fixes gardèrent leurs propriétés antérieures. La circulation de l’anse voisine se rétablit et pourtant la diapédèse fit complètement défaut, comme dès le début.

Le lendemain, la partie lésée se rétablit intégralement. Les cellules étoilées (fig. 51) acquirent leurs

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caractères normaux et présentèrent leurs prolonge¬

ra. 50.

Le même poiat, cinq heures après la cautérisation. Les mômes cellules Axes que dans les fig. 47, 48.

ments habituels en forme de bois de cerf. Les cellules migratrices, dont un certain nombre resta accumulé

l'inflammation.

sous l’épiderme régénéré, devinrent aussi rares dans le tissu conjonctif qu’à l’état normal.

Vu cette prompte restitution, le même endroit fut, vingt-quatre heures après la première expérience, de

nouveau cautérisé par le même procédé, mais d une façon plus intense. Aussitôt après, les cellules fixes manifestèrent les mêmes changements que la première fois : le corps de ces cellules devint plus gros, vacuoleux et moins réfringent, tandis que leurs prolongements se raccourcirent beaucoup. La circulation s’arrêta dans plusieurs anses voisines. Malgré l’in-

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tensité cle la lésion il ne se produisit de diapédèse qu’à un degré tout à fait insignifiant. Pendant cinq heures d’observation je n’ai vu qu’un seul leucocyte traverser les parois vasculaires. Cela n’empêcha cependant pas l’accumulation des cellules migratrices, dont un certain nombre se dirigea vers le point lésé.

Ces observations, répétées pendant plusieurs années avec le même résultat, démontrent clairement la possibilité d’une réaction inflammatoire chez des vertébrés, sans intervention du système vasculaire et aussi du système nerveux. Ce phénomène, purement cellulaire, pourrait donc être rangé à côté du processus réactif des Annélides.

Le tableau généalogique qui ressort des recherches sur les phénomènes réactionnels des invertébrés peut donc être complété par les faits qui s’observent chez les embryons et les jeunes états larvaires des- vertébrés. Ces faits nous prouvent qu’à l’origine la réaction de l’organisme contre des lésions a été essentiellement la même dans" les deux grands embranchements du règne animal. Mais, tandis que cet état de choses est resté stationnaire chez les invertébrés, il a cédé la place aux phénomènes beaucoup plus compliqués chez les vertébrés développés. Même chez les larves plus âgées des tritons et des axolotes, munies d’un plus grand nombre de vaisseaux sanguins de calibre suffisant pour le passage des leucocytes, la réaction inflammatoire se fait de la façon classique, tant de fois étudiée dans ces vingt-quatre dernières années. A la suite des mêmes lésions, il se produit d’abord une accélération, ensuite un ralentissement de la circula-

tion, suivi de la disposition périphérique des globules blancs, ainsi que de l’émigration de ces cellules et de leur mouvement vers le point lésé.

Les têtards des différents batraciens se prêtent surtout à l’étude de ces phénomènes ; quelques-uns, comme ceux du Bombinator ignens , se distinguent par des nageoires très grandes et suffisamment transparentes pour l’observation détaillée. Après avoir provoqué l’inflammation soit à l’aide du nitrate d’argent (appliqué en tout petits fragments) soit par une simple piqûre ou par n’importe quelle autre lésion, on peut poursuivre toute la série des phénomènes inflammatoires et régénératifs sur le têtard vivant, en l’examinant pendant plusieurs jours et même pendant plusieurs semaines de suite. C’est là un grand avantage de ces recherches sur celles faites avec le mésentère et même la langue de la grenouille. Veuton fixer n’importe quel stade, on n’a qu’à recourir à la méthode de M. Ranyier (1) et à laisser les têtards entiers dans l’alcool au tiers. Un séjour de quelques heures dans ce liquide suffit déjà pour permettre d’enlever l’épiderme à l’aide d’un pinceau, après quoi on ajoute à la queue détachée du tronc quelques gouttes d’une solution aqueuse de vésuvine. La coloration se fait au bout de quelques minutes, de sorte que la préparation, lavée avec de l’eau, peut être étudiée immédiatement dans ce liquide, sans avoir besoin d’être déshydratée et enfermée dans le baume.

La nageoire des têtards présente des différences ana-

(1) Traité technique cV histologie, 2e édition. 1889.

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tomiques très marquées par rapport à celle des jeunes larves de tritons ou d’axolotes. Les vaisseaux sanguins chez les premiers sont beaucoup plus nombreux et plus riches en ramifications. Par contre, les cellules migratrices, qui existent dans le tissu conjonctif normal, sont beaucoup moins nombreuses. Tous les éléments histologiques, cellules du tissu conjonctif aussi bien que globules rouges et blancs du sang, sont de moindres dimensions. Toutes ces particularités réunies présentent chez les têtards des conditions beaucoup plus favorables pour l’émigration leucocytaire. Celle-ci se fait aussi sur une grande échelle à la suite des différentes lésions que j’ai pratiquées, section de l’extrémité de la queue, introduction d’un corps étranger piquant ou cautérisation par le nitrate d’argent. Quelquefois, déjà un quart d’heure après l’opération, on peut surprendre le début de l’inflammation qui est accompagnée de dilatation vasculaire et d’une émigration considérable. Dans des cas où l’irritation se prolonge, comme après l’introduction d’une écharde, l’émigration inflammatoire peut être poursuivie pendant plusieurs jours de suite. Elle aboutit à une agglomération des leucocytes, à l’endroit lésé, infiniment plus grande que chez les jeunes larves des tritons ou des axolotes. La comparaison entre les phénomènes réactionnels chez ces urodèles et les têtards des batraciens démontre de la façon la plus nette l’augmentation de la réaction dans les cas où elle s’opère avec le concours du système vasculaire.

Il est très probable que les cellules migratrices du

l’inflammation.

tissu conjonctif se dirigent aussi vers l’endroit lésé; mais comme le nombre de ces éléments est excessivement restreint, leur rôle est sans importance à côté de celui des leucocytes émigrés en masse. Les cellules fixes du tissu conjonctif accusent les changements que nous avons observés chez les Tritons. Immédiatement après l’action irritative elles gonflent, deviennent moins réfringentes et vacuoleuses, tandis que leurs prolongements se raccourcissent et perdent beaucoup de ramifications. Mais peu de temps après les cellules se rétablissent complètement, conservant leur fixité et tous les autres caractères.

Les cellules migratrices, réunies à T endroit lésé chez les jeunes urodèles, ou les nombreux leucocytes émigrés vers le même endroit chez les têtards et les larves plus âgées des mêmes urodèles, accusent aussitôt leurs propriétés phagocytaires. Les grains de couleurs, introduits sur un corps étranger plus gros, ou déposé simplement par friction à l’endroit sectionné, ainsi que les grains des cellules pigmentaires mortifiées ou les autres débris cellulaires, sont avidement englobés par les phagocytes réunis.

Dans mon premier travail sur l’inflammation des amphibies ( Biolog . Centralbl. 1883) j’ai insisté sur le fait que les cellules fixes étoilées du tissu conjonctif présentent également des propriétés phagocytaires. On peut facilement observer sur des nageoires enflammées depuis plusieurs jours des cellules munies de prolongements ressemblant à des bois de cerf, par conséquent des éléments fixes caractéristiques, renfermant dans leur protoplasma des corps étrangers,

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comme des grains de carmin on des débris de globules rouges. De ces faits, que j'ai pu confirmer à plusieurs reprises, j'ai conclu que les cellules fixes étaient des phagocytes correspondant aux cellules migratrices. Eh bien, j’ai reconnu depuis que cette interprétation était inexacte. Malgré des tentatives nombreuses, je n'ai jamais réussi à constater l'englobement des corps étrangers par les prolongements protoplasmiques des cellules fixes. Les recherches dirigées vers ce point, et répétées pendant plusieurs années de suite, m'ont persuadé que les cellules fixes définitivement formées ne s’incorporent jamais des grains de carmin ou autres corps étrangers. Ceux qui se trouvent dans leur protoplasma ont été englôbés dans un état antérieur de développement, lorsque les cellules étaient encore phagocytes mobiles. Ces faits nous fournissent donc une preuve certaine du passage des cellules migratrices à l'état d'éléments fixes. Quoique ce résultat se trouve en désaccord avec l'opinion presque unanime des pathologistes, il est néanmoins parfaitement réel. Cependant il ne faut point conclure que toutes les cellules mobiles, réunies à l’endroit lésé, se transforment en cellules étoilées fixes. Un grand nombre de phagocytes ne subit point ce changement. Beaucoup d'entre ces cellules périssent et

Fig. 52. — Phagocytes, renfermant d’autres phagocytes. Nageoire d’un têtard de Bombinator.

l/ INFLAMMATION.

sont englobées par d’autres phagocytes, comme on peut le voir dans chaque cas quelques jours après le début de l’inflammation (fig. 52). Plusieurs de ces cellules mobiles pénètrent dans l’épiderme, et de là s’échappent à l’extérieur, trouvant certainement leur mort dans l’eau ambiante. D’autres encore passent dans les vaisseaux lymphatiques (PL I, fig. 1) et sont entraînées par le courant de la lymphe. Il reste pourtant un certain nombre de phagocytes à l’endroit de la lésion, malgré que la restitution soit déjà achevée. Dans les cas où la cause irritative persiste dans le tissu, comme par exemple les petits tubes en verre introduits dans Je tissu conjonctif des têtards, une quantité de leucocytes immigrés restent à l’endroit lésé, entourant le corps étranger quelquefois pendant des mois entiers.

Ce tableau de l’inflammation chez lè têtard peut être pris pour modèle du même processus chez d’autres vertébrés, sans excepter les mammifères et l’homme même.

Nous voilà donc arrivé au dernier terme de la complication de la réaction inflammatoire dans le règne animal. Avant d’examiner ce processus pathologique en détail, il serait important de jeter un coup d’œil rétrospectif sur l’évolution de ce phénomène important.

Puisque la cause principale de l’inflammation — les infections — doit être considérée comme une lutte entre deux êtres organisés, le parasite et son hôte, et que cette lutte amène des adaptations des deux côtés,

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on peut admettre que l’organisme a élaboré des moyens pour se défendre contre ses agresseurs. Si les êtres unicellulaires, chez lesquels le caractère de la lutte est plus évident, possèdent déjà des moyens de défense, il n’est point admissible que les organismes plus élevés en soient dépourvus.

Les végétaux, organismes passifs, se défendent par !a sécrétion de membranes résistantes et épaisses; pour pénétrer au travers de celles-ci le parasite doit prendre des mesures spéciales, c’est-à-dire sécréter des diastases dissolvant la cellulose ou percer la membrane par sa force de croissance. Contre un grand nombre de parasites, incapables de ces fonctions, la plante est donc bien défendue.

Les parasites qui ont pénétré dans la cellule végétale, ou les autres agents qui lèsent cette dernière, occasionnent la mort de la cellule. Mais si elle-même est incapable de se régénérer, d’autres cellules, restées intactes et même excitées par la cause irritative, se multiplient et comblent la brèche produite par la mort des cellules directement atteintes. Dans le monde végétal il y a donc lésion et nécrose primaires; il y a aussi régénération, souvent même au delà de la limite normale, mais il n’y a point d’inflammation.

L’état animal de quelques plantes inférieures, notamment le plasmode des myxomycètes, présente une exception à cette règle, parce qu’ici il s’agit d’un mode de vie lié à la locomotion et à la digestion intracellulaire. Cette dernière propriété, qui se manifeste par Fenglobement, la digestion, ou F excrétion

l’in FL AMM AT ION.

cle l’agent qui pourrait nuire, contribue à la protection de l’organisme. Si elle-même ne constitue pas encore la réaction inflammatoire, au moins elle représente sa source première.

L’inflammation apparaît seulement dans le règne animal et évolue lentement, commençant chez les êtres doués d’un mésoderme. Au début, elle ne se distingue point d’une simple digestion intracellulaire par des cellules mésodermiques mobiles et phagocytaires. Ainsi chez les éponges la fonction digestive et la fonction inflammatoire sont encore réunies. Mais dès que l’entoderme se sépare définitivement du mésoderme, les deux fonctions se divisent. L’entoderme prend le rôle exclusif d’un organe digestif, le mésoderme se réserve le rôle protecteur contre les agents nuisibles, en les digérant quand cela est possible. Les phagocytes mésodermiques conservent leur propriété de di gestion intracellulaire et l’exercent en se fusionnant en plasmodes, ou se réunissent pour former des capsules autour des parasites et autres corps étrangers. La réaction phagocytaire se manifeste par tous les phagocytes mésodermiques. Ce sont tantôt des cellules du tissu conjonctif, tantôt des éléments péritonéaux, tantôt des cellules du liquide périviscéral ou du sang qui jouent le rôle prédominant. Dans tous les cas, ce sont des phagocytes qui luttent contre l’agresseur en le dévorant, l’enveloppant et le digérant.

Il est tout à fait clair que l’inflammation des vertébrés, dans laquelle les phagocytes protecteurs sortent du système vasculaire pour se diriger vers l’agresseur, ne se distingue des phénomènes analogues des

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invertébrés qu’au point de vue purement quantitatif et doit être, par conséquent, considérée aussi comme une réaction de l’organisme contre l’agent morbide. La source essentielle, le primum movens cle /’ inflammation, consiste clone en une réaction phagocytaire de ï organisme animal. Tout le reste constitue des accessoires de ce phénomène et se résume en moyens pour faciliter l’accès des phagocytes vers l’endroit lésé.

Les phénomènes morbides proprement dits, comme la lésion ou la nécrose primaires, ainsi que les actes de réparation, consécutifs à l’inflammation, n’appartiennent pas à cette dernière, et ne doivent point être confondus avec elle.

Il est absolument indifférent, au point de vue de l’essence de la question, de discuter à partir de quel stade généalogique de la réaction phagocytaire on lui appliquera le nom (ï inflammation. On pourra limiter ce terme aux phénomènes accomplis avec le concours des vaisseaux, comme l’exigent MM. Stricker (1), Roser (2) et autres. Dans ce cas, la réaction phagocytaire des larves des Urodèles un peu âgées rentrera dans le cadre de l’inflammation, tandis que la même réaction des mêmes larves plus jeunes, où les phagocytes sont fournis par le tissu conjonctif, ne s’appellera plus inflammatoire. Ou bien, si on tient au sens étymologique du mot, on n’appliquera le terme « inflammation » qu’aux cas où la réaction phagocytaire est accompagnée par la chaleur, c’est-à-dire on le réser-

(1) Allgemeine Pathologie der Infectionskrankheiten , AVien, 1886,

(2) Entzündung und Heilung, Leipzig, 1886, p. 55.

l’inflammation.

vera exclusivement pour les animaux « à sang1 chaud » . L’essentiel sera, comme toujours, d’établir les relations naturelles des phénomènes et de reconstruire leur évolution généalogique.

La conclusion générale, à laquelle nous a conduit l’examen comparatif de la réaction phagocytaire, facilitera l’étude plus détaillée de l’inflammation des vertébrés.

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Sommaire. — Variétés clés leucocytes. — Provenance de ces formes. — Mobilité. — Propriétés phagocytaires. — État des microbes englobés. — Leur vitalité et leur virulence.

Sensibilité des leucocytes. ■ — Sensibilité tactile. — Chimiotaxie. — Recherches de M. Buchner. — Leucocytose. — Digestion intracellulaire. — Destruction des microbes surtout chez les animaux réfractaires. — Action vis-à-vis des spores résistantes.

Multiplication des leucocytes par division directe et indirecte. — Transformations progressives. — Fusion des lobes nucléaires.

Pour simplifier notre tâche, nous pouvons examiner séparément les diverses parties de la réaction inflammatoire des vertébrés et commencer par une étude des acteurs principaux de ce phénomène : les leucocytes.

Sous ce nom, on désigne les globules blancs du sang et de la lymphe, dont on distingue plusieurs variétés. D’abord on trouve des petits leucocytes avec un grand noyau rond et une quantité très petite de protoplasma qui forme une couche très mince autour du noyau. Ces cellules, (fig. 53, a) qu’on désigne souvent sous le nom de lymphocytes , parce qu’elles sont en grande

l’inflammation.

quantité fournies par les ganglions lymphatiques, se colorent facilement par toutes sortes de couleurs, notamment par les couleurs (F aniline, qui teintent le noyau d’une façon intense, tandis que le protoplasma ne se colore que faiblement. Les lymphocytes présentent tous les degrés de passage aux leucocytes les plus volumineux, munis d’un noyau unique, riche en suc nucléaire, et se colorant facilement avec les couleurs d’aniline. Cependant, le noyau de ces grands leucocytes se colore moins intensément que celui des lymphocytes , tandis que le protoplasma se colore de la même façon ou plutôt encore mieux.

Parmi ces leucocytes, qu’on désigne sous le nom de

Fig. 53. — Trois formes de leucocytes.

leucocytes mononucléaires , il y a des cellules avec un noyau rond ou ovale (fig. 53, à), mais parfois aussi un noyau en forme d’un rein ou d’une fève. Cette espèce de leucocytes a une grande ressemblance avec certains éléments fixes du tissu conjonctif, ainsi qu’avec des cellules endothéliales et des cellules de la pulpe splénique. On est donc souvent embarrassé, surtout lorsqu’on trouve ces leucocytes mononucléaires en dehors des vaisseaux, pour les distinguer des autres espèces de cellules mentionnées.

Les deux catégories suivantes de leucocytes sont au contraire très facilement reconnaissables au mi-

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lieu de toutes sortes d’éléments histologiques. Ce sontd’abord les leucocytes éosinophiles de M.Ehrlich, cellules munies d’un noyau le plus souvent lobé et en général de forme très variable, et renfermant dans le protoplasma des grosses granulations, qui ne se colorent pas par les couleurs d’aniline basiques (telles la fuchsine, violet de méthyle ou de gentiane, bleu de méthylène, vésuvine et autres), mais se colorent très bien par les couleurs d’aniline acides, surtout par l’éosine, qui les teint en rose foncé (pl. III

La quatrième variété de leucocytes, la plus importante au point de vue quantitatif et même qualitatif, est représentée par des cellules à noyau lobé ou composé de plusieurs portions, réunies par des filaments nucléaires souvent tellement minces (fig. 53, c) qu’on pourrait croire à une véritable pluralité des noyaux. En réalité, ces derniers sont quelquefois multiples, de sorte que le nom de leucocytes polynucléaires , qu’on leur donne, est pleinement justifié, et pourtant la grande majorité de ces cellules ne possèdent qu'un seul noyau divisé en plusieurs parties, réunies entre elles en un tout entier. Les formes de ces noyaux composés sont excessivement variables ; les plus fréquentes présentent une ressemblance avec une feuille de trèfle ou avec une framboise ; quelquefois aussi le noyau présente une forme annulaire. En dehors du noyau ces leucocytes possèdent encore une sphère d’attraction, composée de petits filaments achromatiques et renfermant un petit corps central chromatique. Cette particularité a été dernièrement décou-

l’inflammation.

verte par M. Flemming (1) dans les leucocytes des larves de la salamandre (pl. II, fig. 7).

Les leucocytes polynucléaires se distinguent d’autres globules blancs par Faction des couleurs d’aniline. Tandis que ces dernières colorent leur noyau très fortement, le protoplasma reste pour la plupart complètement incolore. Ce dernier renferme des granulations, quelquefois très abondantes (comme chez le lapin), qui ne se colorent que par un mélange des couleurs acides avec des couleurs basiques, de sorte qu’on désigne souvent ces leucocytes polynucléaires sous le nom de leucocytes neutrophiles .

Quoique la démonstration de la multiplicité des variétés des leucocytes ait été déjà fournie par Max Schultze (2), en 1865, les notions exactes sur ces différentes formes ne datent que des découvertes de M. Ehrlich (3). En examinant le nombre relatif des leucocytes dans le sang, on a pu voir facilement que les cellules neutrophiles sont de beaucoup les plus fréquentes. Ainsi elles seules représentent les trois quarts du nombre total des leucocytes, tandis que les autres variétés ne forment qu’un quart de ce nombre.

On a cru d’abord que ces variétés correspondent à la différence d’origine des leucocytes, et que les petites cellules ne proviennent que des ganglions lympha-

(1) Archiv für mikroskopische Anatomie, 1891, t. XXXVII, p. 249, pl. XIII et XIV.

(2) Archiv für mikroskop. Anat., 1863, t. I.

(3) Les mémoires précieux de M. Ehrlich ont été réunis dernière ment dans un volume : F arbenanaly tische Untersuchungen zur Histologie und Klinik des Blutes, Berlin, 1891.

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tiques, tandis que les autres leucocytes dériveraient de la moelle des os. On a donc voulu diviser ces cellules en deux groupes : lymphocytes et myélocytes . Cependant on a dû abandonner cette classification, d'abord parce que les petites cellules peuvent être fournies aussi par d'autres organes, comme la rate et la moelle des os, et encore parce que cette dernière ne peut être nullement envisagée comme l'unique productrice des myélocytes. Le résultat le mieux prouvé a été fourni par M. Ehrlich, qui montra que les leucocytes éosinophiles sont surtout produits par la moelle des os, de sorte que la fréquence anormale de ces cellules dans le sang peut indiquer une affection de cet organe, comme dans la leucémie ostéomyélique. Mais les leucocytes polynucléaires ordinaires, ou neutrophiles, se développent dans le sang même aux dépens des petites cellules, fournies par différents organes, fait sur lequel a surtout insisté M. Ousroff(I).

En examinant cette question de l’origine des leucocytes, il ne faut point oublier que ces cellules se trouvent déjà dans le sang des Cyclostomes, poissons inférieurs qui ne possèdent ni ganglions lymphatiques, ni moelle des os, ni rate, et chez lesquels les leucocytes dérivent des cellules méso dermiques de l'embryon et peut-être encore de l’endothélium des vaisseaux sanguins.

Gomme il a été prouvé par Lieberkuhn, les leucocytes sont des cellules mobiles, capables d'émettre des appendices protoplasmiques et de changer de

(1) Le sang comme tissu (en russe), Saint-Pétersbourg, 1890.

l’ inflammation.

place à la façon des amibes. Tous les leucocytes présentent cette propriété ; elle est moins développée chez les lymphocytes, qui sont les cellules les plus jeunes parmi les globules blancs. Cette même variété se distingue aussi par son incapacité d’englober des corps étrangers, c’est-à-dire de servir de phagocytes. On n’a jamais vu non plus les leucocytes éosinophiles jouer ce rôle, de sorte qu’il est très probable que leurs granulations, si caractéristiques (chez les reptiles et les oiseaux elles ont l’aspect de petits bâtonnets ou de cristaux), ne proviennent pas du dehors, mais sont élaborées par le corps des cellules mêmes. Par contre, les deux autres variétés de leucocytes, les leucocytes mononucléaires et les neutrophiles, se distinguent par des propriétés phagocytaires très prononcées. Même en dehors de l’organisme, ces cellules amiboïdes englobent très facilement un grand nombre de corps étrangers qu’on leur présente, et on les voit souvent littéralement bourrées de toute sorte de granulations. Ces cellules avalent, à la manière des amibes, non seulement des corps inactifs, comme les grains de carmin et d’autres substances insolubles ou peu solubles dans le liquide entourant les leucocytes, mais encore un grand nombre de corps vivants. Ainsi les leucocytes de la grenouille englobent des bacilles qui provoquent une septicémie chez ces batraciens et dont l’état vivant peut être facilement prouvé par la mobilité extrême de ces bactéries incluses dans des vacuoles nutritives des leucocytes (J). On arrive à la

(1) Voir Biologisches Centrcilblatt, 1883, p. 562.

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même conclusion, si on examine des leucocytes remplis de bactéries et introduits dans du bouillon ou autre liquide nutritif pour ces microbes, mais nuisibles aux leucocytes mêmes. Ainsi les bacilles charbonneux, englobés par les leucocytes du pigeon (animal peu sensible pour le charbon), poussent très bien dans le bouillon, en perçant le protoplasma cellulaire et en formant des filaments très développés (1), ce qui prouve que les bacilles ont été englobés encore vivants. Le même fait peut être prouvé aussi pour d’autres bactéries, par exemple pour le Vibrio Metchnikowii, englobé par des leucocytes des cobayes réfractaires et se développant dans l’exsudât même, extrait de l’organisme et placé dans des conditions défavorables pour la vie des cellules de l’animal (2). L’englobement constant d’une masse de bacilles delà tuberculose, du rouget des porcs et de la septicémie des souris par des leucocytes d’un grand nombre d’animaux, sensibles et réfractaires pour ces maladies, renforce encore la même conclusion.

Mais quoiqu’il soit parfaitement démontré que les leucocytes englobent des microbes vivants, il ne faut pas en conclure que ces cellules soient capables de dévorer indistinctement tous les microbes sans exception. Ainsi il y a un assez grand nombre de cas où les leucocytes d’animaux très sensibles à une espèce de bactéries n’englobent point ces microbes, bien que ceux-ci se trouvent en contact immédiat avec les cellules amiboïdes. C’est le cas pour les leu-

(1) Annales de l'Institut Pasteur , 1890, p. 80.

(2) Ibid., 1891, p. 471.

l’inflammation.

cocytes clés souris et des cobayes vis-à-vis de la bactéridie charbonneuse, ou les leucocytes des pigeons et des lapins vis-à-vis de la bactérie du choléra des poules, ou encore les leucocytes des cobayes sensibles par rapport au vibrion de la septicémie vibrionienne, etc.

Il y a donc une sorte de refus de la part des leucocytes à englober certains microbes nuisibles, comme il y a un refus du plasmode envers plusieurs substances; comme il y a aussi un refus des cellules ectodermiques des éponges pour laisser pénétrer les corps nuisibles. De ces faits on a conclu que les leucocytes en général n’étaient capables que d’englober des microbes déjà préalablement dépourvus de leur virulence, déduction qui est aussi peu fondée que celle qui prétend que les leucocytes ne peuvent s’incorporer que des microbes morts. D’abord il y a plusieurs maladies, comme la tuberculose, la lèpre, la septicémie des souris, le rouget des porcs, la gourme des chevaux, dans lesquelles la très grande majorité des microbes se trouvent dans l’intérieur des phagocytes en général et des leucocytes en particulier. Ce sont donc des bactéries pleinement virulentes qui ont été englobées par ces cellules. Mais même chez les animaux peu sensibles, comme les rats vis-àvis du bacille tuberculeux, les microbes sont facilement et totalement englobés par les phagocytes, ce qui n’empêche point que ces bacilles, englobés d’abord, inoculés ensuite à des animaux sensibles, comme le cobaye, ne leur donnent une tuberculose mortelle. Les bacilles étaient donc englobés à l’état

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virulent. Si on isole un phagocyte d’un animal, rempli de microbes vis-à-vis desquels cet animal est réfractaire, par exemple un leucocyte d’un pigeon réfractaire au charbon, et renfermant des bacilles charbonneux, et si on le sème dans du bouillon, on obtient une culture virulente pour les animaux sensibles.

Les leucocytes peuvent donc englober des microbes virulents, fait général, qui peut être démontré encore par un autre genre de preuves. Les deux catégories de leucocytes qui jouent un rôle phagocytaire, grands leucocytes mononucléaires et leucocytes neutrophiles, présentent une différence par rapport aux diverses espèces de microbes. Ainsi les leucocytes mononucléaires de l’homme n’englobent ni les streptocoques de l’érysipèle, ni les gonocoques, tandis que ces deux microbes sont facilement englobés par les leucocytes polynucléaires neutrophiles (1). Ce choix démontre que les microbes évités par les leucocytes mononucléaires ne sont point des corps inactifs, puisque dans ce cas ils seraient, comme les corps inactifs en général, englobés aussi par cette variété de globules blancs. D’un autre côté, les bacilles de la lèpre ne sont jamais englobés parles leucocytes polynuclénaires neutrophiles, et sont au contraire très facilement dévorés par les cellules mononucléaires (2).

Dans ces variations on peut facilement entrevoir une sensibilité différente des deux espèces de leucocytes

(1) Archives de Virchow, t. CVII, 1887, p. 227.

(2) Ibid., p. 228 et Sawtchenko, Ziegler’s Beitrage zur pathologis clien Anatomie, t. IX, 1890, p. 252.

l’inflammation.

vis-à-vis des microbes, sensibilité qui tient sans doute de la chimiotaxie.

Des recherches sur la phagocytose exercée par des cellules mobiles ont déjà fait prévoir une action à distance (1) sur le protoplasma des leucocytes. Mais c’est M. Leber (2) qui, en 1888, exposa pour la première fois d’une façon précise le rôle joué par la sensibilité chimiotactique des phagocytes. Dans ses expériences sur la kératite provoquée par une substance cristallisable, extraite des cultures de Staphyloccocus aureus , il a démontré que les leucocytes sont attirés à distance vers le point d’introduction de cette substance. Des petits tubes en verre, contenant cette dernière, et introduits dans la chambre antérieure de l’œil des lapins, se remplissaient d’une masse de leucocytes, bien que ces cellules, à cause de la disposition des tubes, fussent obligées de se mouvoir en sens inverse de la pesanteur.

Cette découverte importante est devenue le point de départ de toute une série de recherches, qui prouvèrent sans contradiction l’existence, chez les leucocytes, d’une propriété chimiotactique tout à fait comparable à celle des plasmodes et d’autres organismes inférieurs. D’abord M. Lubarsch (3) montra que les

(1) Untersuchungen uber die intrac ellulare Verdauung , dans les Arbeïten des Zool. Inst. Wien., 1883, t. V, p. 159.

(2) Fortschritte der Medicin, t. VI, 1888, p. 460. Voir aussi le grand travail de M. Leber, « Die Entstehung der Entzündung », publié à Leipzig, en mai 1891. Comme mon manuscrit était déjà rédigé à cette époque, je ne puis pas citer cette monographie aussi souvent que j’en aurais l’intention.

(3) Fortschritte d. Medicin , 1888, t. VI, n° 4 et Centralbl. f. Bakteriologie , t. VI, nos 18-20.

HUITIÈME LEÇON

leucocytes des grenouilles sont plus facilement attires par des bactéridies vivantes que par ces mêmes bacilles tués préalablement par la chaleur. M. Peckelharing (1) constata ensuite que les leucocytes du même animal sont beaucoup plus vivement attirés par les bacilles charbonneux que par une substance inactive, comme les filaments de coton. Beaucoup de faits d une haute importance ont été fournis par MM. Massart et Bordet (2) qui prouvèrent que les leucocytes de la grenouille sont attirés en grand nombre par les liquides de culture de divers microbes, notamment du Staphyloccocu.s pyogenes albus , ainsi que par le transsudât pleuro- péritonéal des grenouilles, empoisonnées par la bile de bœuf. Parmi les produits d’oxydation des substances albuminoïdes, examinées par les mêmes savants, la leucine seule a exercé une influence attractive envers les leucocytes de la grenouille, tandis que la créatine, la créatinine, l’allantoïne et d’autres encore n’ont provoqué aucune manifestation chimiotactique.

M. Gabritchevsky (3), dans un travail exécuté dans mon laboratoire, démontra que les leucocytes des mammifères, notamment des lapins, sont beaucoup plus sensibles aux excitations chimiques que ceux de la grenouille. Il prouva aussi que tandis que les cultures stérilisées ou vivantes de la plupart des bactéries pathogènes et saprophytes, ainsi que la papayotine,

(1) Semaine médicale, n° 22, 1889, p. 184.

(2) Recherches sur l' irritabilité des leucocytes, Journ. publ. p. la Soc. des Sc. me'd. et nat. de Bruxelles, 1890, 3 février.

(3) Annales de l'Institut Pasteur, 1890, p. 346.

l’ INFLAMMATION.

attirent vivement les leucocytes, les microbes les plus virulents, comme les bactéries du choléra des poules, l’acide lactique, les solutions à 10 p. 100 de sels de sodium et de potassium, l’alcool, le chloroforme, la glycérine, le jéquirity, la bile et la quinine repoussent au contraire les leucocytes. Plusieurs autres substances, comme l’eau, les solutions moyennes ou faibles de sels de sodium et de potassium, la peptone, la phloridzine, etc., se comportent vis-à-vis des leucocytes d’une façon indifférente.

M. Buchner (1), après avoir confirmé les données susmentionnées sur la propriété chimiotactique des leucocytes, a voulu préciser les substances, contenues dans les cultures des bactéries, qui provoquent cette sensibilité. Avec des protéines de différentes espèces (du bacille pyocyanique, typhique, subtilis, du Staphylococcies pyogenes aur eus et autres encore), M. Buchner et ses collaborateurs, MM. Lange et Rœmer, obtinrent une attraction très considérable des leucocytes du lapin. Le même effet a été provoqué par l’introduction de la caséine du gluten, ainsi que de quelques alcali-albumines d’origine animale. Les substances provenant de la décomposition des cellules bactériennes n’ont au contraire, à l'exception de la leucine, manifesté aucune influence attractive sur les leucocytes. M. Buchner se croit autorisé à conclure de ces faits que seul le contenu des bactéries, et non leurs produits sécrétés, provoque une action chimiotactique sur les leucocytes. Cependant il faut

(1) Berliner klinische Wochenschrift , 1890, n° 47.

HUITIÈME LEÇON

observer que M. Buchner est loin d’avoir démontré ces conclusions. Il est évident que parmi les produits bactériens, qui peuvent jouer un rôle dans la question de la chimiotaxie, ce sont surtout les produits toxiques dont il faut tenir compte. Or, ces produits se distinguent justement par la facilité avec laquelle ils adhèrent à des substances albuminoïdes et à d’autres encore, de sorte que pour le moment on est loin de pouvoir les isoler et étudier le rôle qui leur est dévolu. D’un autre côté les produits de décomposition plus avancée, comme rammoniaque et ses sels, le scatolet bien d’autres, ne présentent point une importance aussi grande dans la question de la sensibilité des leucocytes dans l’organisme animal, de sorte que de leur inertie chimiotactique on n’a aucun droit de tirer de graves conclusions. Et pourtant parmi ces substances il y a la leucine qui, comme l’ont démontré MM. Massart et Bordet et comme l’a confirmé M. Buchner lui-même, exerce une influence attractive sur les leucocytes.

La question soulevée par M. Buchner n’est point encore assez mûre pour être résolue dans l’état actuel de la chimie physiologique. On n’a donc pas le droit de s’appuyer sur la conclusion formulée par ce savant pour affirmer que la chimiotaxie des leucocytes ne peut être excitée que par des bactéries mortes ou lésées dont le contenu serait dissous dans le liquide qui le contient. Même dans le cas où la thèse de M. Buchner pourrait être démontrée, il faudrait tenir compte de ce que, dans tout milieu où se trouvent les bactéries, à côté de ces microbes vivants il y a un certain nombre de morts. Ces derniers, attirant les

l’inflammation.

leucocytes, les auraient mis par cela en contact avec des bactéries vivantes, ce qui aboutirait au même résultat que si les bactéries vivantes exerçaient elles-mêmes une provocation chimiotactique. Mais, même en dehors de ces réflexions1, il y a un nombre suffisant de faits bien constatés qui plaident contre fhypothèse supposée. Ainsi, outre l’attraction plus considérable des leucocytes, exercée par les bactéridies vivantes dans les expériences de M. Lubarsch, ce sont surtout les cas d’englobement des bactéries ainsi que d’autres parasites à l’état vivant, qui rejettent cette hypothèse.

Bien plus, les données apportées par M. Buchner même fournissent des arguments contre la supposition que les leucocytes ne sont point attirés par les bactéries en pleine activité. Dans ses expériences, exécutées avec M. Roemer, M. Buchner a réussi à provoquer une forte leucocytose générale du sang après des injections intraveineuses de protéines bactériennes, notamment de celle du bacille pyocyanique. Le nombre des globules blancs dans ces conditions a été sept fois plus grand qu’à l’état normal. Eh bien, la leucocytose est un fait extrêmement fréquent dans les maladies infectieuses en général. Si dans quelques-unes, comme par exemple dans la fièvre typhoïde de l’homme, on n’a pas toujours vu d’augmentation du nombre des leucocytes, on l’a bien observée dans la grande majorité des autres infections. Ainsi le charbon bactéridien chez les animaux qui en meurent (comme les cobayes, chevaux, bœufs et autres) s’accompagne d’une masse de bactéridies

HUITIÈME LEÇON

bien vivantes dans le sang, et provoque néanmoins une forte leucocytose, comme cela a été bien des fois constaté par plusieurs observateurs (1). D’après MM. v. Limbeck (2) et Pée (3) la leucocytose est constante dans l’érysipèle de l’homme. Elle se maintient pendant la période fébrile, accompagnée d’une abondance de streptocoques vivants, et cesse après la crise, lorsque l’organisme renferme une masse de ces microbes morts.

La marche parallèle de la leucocytose avec l’état le plus actif des bactéries résulte aussi des recherches de M. v. Limbeck sur la pneumonie fibrineuse de l’homme. Le tracé du nombre des globules blancs correspond exactement à celui de la température : la leucocytose tombe d’une façon critique dans les cas où la température baisse brusquement, tandis que dans les cas où la maladie aboutit à une lysis, l’augmentation des leucocytes ne disparaît que lentement.

Dans ses expériences sur les chiens, M. v. Limbeck a vu l’injection du Staphylococcus pyogenes aurais dans l’articulation du genou ctre presque immédiatement suivie par une très considérable leucocytose, à une période où il n’y avait encore aucun phénomène local.

Il y a donc toujours leucocytose, c’est-à-dire manifestation de la propriété chimiotactique, précisément dans la période de la plus grande prolifération

(1) Bollinger, Milzbrancl. 1872, pp. 2, 101.

(2) V. Limbeck, Klinisches und Experimentelles über die entzündliche Leucocytose, Prag, 1889.

(3) H. Pée, Enter suchung en über Leucocytose, Berlin, 1890., p. 13.

clés microbes, et, au contraire, diminution de la leucocytose au moment de la mort des bactéries pathogènes. line faut pas oublier non plus que, d’après les recherches antérieures de M. Buchner (1), les mêmes protéines des bactéries, qu’il considère comme résidant exclusivement dans l’intérieur de la cellule bactérienne, provoquent la fièvre, c’est-à-dire le phénomène qui accompagne la période de la prolifération et non celle de la mort des microbes pathogènes.

Gomme on l’a constaté pour le plasmode et plusieurs autres organismes inférieurs, les leucocytes aussi sont capables d’autres sensibilités que la chimiotaxie. Leur sensibilité tactile, qui leur sert à l’engiobement des corps étrangers, est développée à un très haut degré. Lorsque les leucocytes rencontrent une surface résistante, ils réagissent en se mettant en contact avec elle par leur plus large surface possible, comme l’ont formulé MM. Massart et Bordet. Grâce à cette propriété, les leucocytes peuvent pénétrer à travers les pores les plus fins et s’introduire dans la moelle du sureau et même dans les corps les plus compacts, comme l’os et l’ivoire.

Les différences physiques du milieu ambiant, telles que la variation de la température, de la pression, de la vitesse du mouvement du liquide et probablement bien d’autres encore, doivent être appréciées par les leucocytes. Il serait bien intéressant d’étudier ces propriétés physiotactiques des globules blancs d’une façon méthodique et précise.

(U Berliner klinische Wochenschrift , 1890, nu 30, p. 673.

HUITIÈME LEÇON

A ttirés à distance grâce à leur chimiotaxie, les leucocytes s’approchent des microbes et d’autres corps qu’ils englobent en se servant de leur sensibilité tactile. Une fois dans l’intérieur des leucocytes, ces corps subissent une influence de la part de ces cellules. On a déjà vu depuis longtemps que les globules rouges, englobés par les leucocytes, se dissolvent pour une part, laissant un résidu pigmentaire. D’un autre côté on peut facilement suivre les changements subis par des globules de pus dans l’intérieur des leucocytes. Ces globules se colorent de plus en plus mal et finissent par se transformer en granulations éparses, qui se dissolvent en partie. Ces changements sont dus au contenu du leucocyte et doivent être interprétés comme un acte de digestion intracellulaire. Lapreuve de cette conclusion est fournie par la découverte de diastases dans le corps des leucocytes. Ainsi, M. Rossbach (1) a constaté l’existence d’un ferment amylytique dans les leucocytes de différents organes, notamment dans ceux des tonsilles. M. Leber (2) a trouvé que le pus d’un hypopion, totalement privé de microbes et renfermant de la fibrine coagulée, digère cette dernière à la température de 2o° ; le même pus liquéfie également la gélatine. Cette propriété digestive peut être détruite par un chauffage préalable, ce qui prouve que la diastase des leucocytes est, comme les autres diastases, attaquable par les températures élevées.

La digestion des substances albuminoïdes par les

(1) Deut. mecl. Woch. 1890, p. 389.

(2) Die Entstehung cler Entzündung, p. 508.

leucocytes peut être très bien démontrée par l’observation clés changements graduels des fibres musculaires, englobés par les leucocytes dans les cas d’atrophie aiguë du tissu musculaire. Ce phénomène digestif explique à lui seul la présence de, la peptone dans les leucocytes, tant de fois démontrée par M. Hofmeister, sans qu’il soit besoin de recourir à l’hypothèse de ce savant, d’une absorption par ces cellules des peptones préparés dans le canal intestinal.

En ce qui concerne les conditions dans lesquelles s’opère cette digestion intracellulaire, nos connaissances sont encore très incomplètes. Dans un grand nombre d’expériences que j’ai faites avec des grains de tournesol bleus absorbés par des leucocytes, je n’ai vu que dans des cas exceptionnels la couleur bleue se changer en rouge (1 ). Il parait donc que la digestion se fait par les leucocytes dans un milieu neutre ou alcalin, comme c’est le cas pour les phagocytes des spongilles.

Ce ne sont pas seulement les débris du tissu musculaire ou des globules du sang qui sont digérés par les leucocytes. Les microbes englobés subissent éga-

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1889, p. 29. M. Netchaeff (Archives de Virchow , t. CXXV, 1891, p. 448) pense que dans les cas où j’ai accepté le changement de coloration de tournesol bleu en rouge, il ne s’agissait en effet que d’une illusion optique, ce qui lui est arrivé en observant les grains de tournesol dans l'intérieur des leucocytes. Mes recherches, poursuivies depuis plusieurs années, ne me laissent pas une ombre de doute sur la réalité du changement de coloration du tournesol. Je dois ajouter ici qu’en général la critique de mes travaux sur la digestion intracellulaire, faite par M. Netchaeff, démontre que cet observateur n’a jamais examiné les cas les plus classiques de ce phénomène, notamment la digestion des Protozoaires.

HUITIÈME LEÇON

lement ce sort, au moins dans un grand nombre de cas. C’est surtout chez les animaux réfractaires qu’on peut le plus facilement observer ces phénomènes de digestion des bactéries dans l’intérieur des leucocytes. Ainsi rien n’est plus instructif que les changements des streptocoques de l’érysipèle dans les leucocytes des rats blancs. Les bactéries englobées se fusionnent en masses irrégulières, qui se colorent d’une façon incomplète, et rappellent au plus haut degré les phénomènes de digestion des bactéries sulfureuses dans le corps des Stentors, dont il a été question dans le second chapitre. Les bactéridies charbonneuses sont également digérées par les leucocytes d’un grand nombre d’animaux réfractaires. Les globules blancs des grenouilles, au lieu de présenter un milieu favorable pour le développement des bacilles charbonneux, comme l’a prétendu d’abord M- Koch (1) et soutenu ensuite M. Petruschky (2), non seulement empêchent la croissance et la vie, mais tuent et digèrent ces bactéries. Toutes les phases de cette digestion correspondent exactement aux phénomènes de la digestion des bacilles saprophytes par des amibes. Comme chez ces dernières (v. le chapitre II), un grand nombre de bacilles englobés se colorent fortement par une vieille solution aqueuse de vésuvine, qui colore aussi (comme l’a également démontré M. Ehuno-Hofer) d’autres corps en voie de digestion dans les amibes. Après une période où les bactéridies englobées prennent facile-

(1) Beitrügezur Biologie der Pflcinzen, publiés par M. Coiin, 1876, t. II, p. 300.

(2) Zeitschrift für Hygiene , 1889, t. VII, p. 73.

l’inflammation.

ment la coloration foncée (fl g. 54, 55) il en survient une autre, dans laquelle elles ne se colorent qu’en partie et finissent par ne point prendre de coloration. A la fin on n’aperçoit dans le leucocyte que la membrane de la bactéridie, qui est la partie la plus résistante; mais elle finit aussi par disparaître au bout d’un temps plus ou moins long. La digestion des bactéridies englobées se fait beaucoup plus vite dans les leucocytes des mammifères naturellement réfractaires, comme le chien et la poule, ou vaccinés contre le charbon, comme le lapin, ainsi qu’il suit des recherches de M. Hess (1) et des miennes propres (2).

La digestion de bien d’autres

microbes peut être facilement suivie dans le corps des leucocytes.

Souvent on voit des vacuoles se

Fig. 54. — Une bactéridie colorée par la vésuvine, dans l’intérieur

d’un leucocyte de la former autour des bactéries englo-

grenouille. Les deux 0

figures représentent bées, COmilie 011 en Voit dans le prodeux états de raouve- t 1 2 3

ment de la même cel- toplasma des protozoaires et des

myxomycètes en train de digérer leur nourriture. J’ai pu observer les changements des spirilles de la fièvre récurrente dans les leucocytes des singes (3), ainsi que la digestion des vi-

(1) Archives de Virchow , 1887, t. CIX, p. 365.

(2) Archives de Virchow, 1884, t. XCVII, p. 502.

(3) Ibid., 1887, t. CIX, p. 176.

HUITIÈME LEÇON

loi

brions cle la septicémie vibrionnienne dans ceux des cobayes réfractaires, des streptococques de l’érysipèle dans les leucocytes de l'homme (1), etc. La façon dont s’accomplit cet acte destructeur et digcs-

Fig. 55. — Quatre leucocytes cle la grenouille, renfermant des bactéridies vivantes (incolores) et tuées (colorées).

tif ne peut être encore précisée pour le moment. On ne sait pas même si la substance qui tue les microbes est une diastase digestive ou autre chose. Le fait que les ferments des animaux supérieurs, comme la pepsine et la trypsine, ne tuent point les bactéries, ne

(1) Archives de Virchow, t. CVII, p. 209.

l’inflammation.

prouve pas qu’il n’y aurait pas d’autres ferments capables d’exercer une action bactéricide.

Quelques auteurs ont contesté en général la propriété digestive des leucocytes. M. Schaefer (1) émet cette opinion, après avoir observé cfue les substances albuminoïdes, ainsi que la graisse et les grains d’amidon, n’éprouvaient aucun changement dans les leucocytes des Tritons. Mais, comme ses observations ont été exécutées avec des leucocytes retirés de l’organisme et introduits dans une solution physiologique de chlorure de sodium, elles ne peuvent réfuter les faits acquis observés sur l’animal vivant. Tout dernièrement M. Netchaeff a voulu combattre la digestion intracellulaire des bactéries par les leucocytes, mais nous avons déjà mentionné le manque d’arguments fournis par cet auteur.

Il est donc incontestable que les leucocytes digèrent en général et digèrent les microbes en particulier, sans cependant qu’il s’ensuive nécessairement que ces cellules tuent et digèrent tous les microbes englobés. Dans certaines maladies, les leucocytes englobent une quantité de bactéries, telles que les bacilles de la tuberculose ou ceux du rouget des porcs et de la septicémie des souris, en digèrent même un certain nombre, et pourtant il en reste encore assez pour résister aux leucocytes, se multiplier dans ces cellules et envahir l’organisme entier.

Mais dans plusieurs cas, où les leucocytes sont impuissants pour tuer le microbe, ils l’empêchent pour-

(1) British medical Journal, n° 1134, 1882, p. 573.

HUITIÈME LEÇON

tant de croître ainsi que d’exercer son action nuisible. Les meilleurs exemples nous sont fournis par les spores des bactéries, en leur qualité de germes excessivement résistants. Les spores de la bactéridie sont facilement englobés par les leucocytes de beaucoup d’espèces animales, et entre autres par ceux des animaux réfractaires, comme la grenouille et la poule. Eh bien, malgré que ces spores poussent facilement dans le plasma lymphatique de ces espèces, elles sont incapables de germer et de croître dans le corps des leucocytes mêmes. Conservant leur vitalité ainsi que leur virulence pendant un temps souvent très long, les spores ne peuvent cependant exercer leur influence nuisible, empêchées qu’elles sont par les leucocytes vivants. Une fois pourtant que ces cellules ont subi un affaiblissement considérable, comme c’est le cas chez des poules refroidies ou chez les grenouilles réchauffées artificiellement, les spores germent dans l’intérieur des leucocytes morts ou affaiblis, et envahissent l’organisme entier (1). Ces expériences répétées plusieurs fois par M. Trapeznikoff (2) dans mon laboratoire, démontrent de la façon la plus évidente le rôle important et salutaire des leucocytes, dans les cas où ces cellules sont incapables de tuer la spore, et où les liquides de l’organisme sont complètement impuissants à protéger l’animal envahi.

On s’est beaucoup occupé de la question de la mul-

(1) Voir le travail de M. Wagner, Annales de l’Institut Pasteur, 1890, p. 570.

(2) Ibid. 1891, p. 362.

l’inflammation.

tiplication des leucocytes. Leurs formes polynucléaires, avec leur noyau fragmenté, n’ont qu’à diviser leur protoplasma pour produire deux leucocytes nouveaux. Ce phénomène a été décrit par M. Ranvier(I) et observé par plusieurs autres obsêrvateurs, surtout par M. Arnold (2). Malgré les réserves qu’on fit longtemps, àla suite de la découverte d’une division karyokinétique ou indirecte, qu’on supposa généralement répandue, on finit par accepter la division simple ou directe des leucocytes polynucléaires. Mais, après s’être assuré de la réalité de ce phénomène, on alla si loin, qu’on nia complètement la propriété des leucocytes de se diviser autrement que par une voie directe. Toutes les observations d’une division karyokinétique des leucocytes, à partir de ce] les de M. Péremechko et Koultchitsky (3), furent donc déclarées douteuses. Eh bien, les leucocytes sont pourtant capables de se diviser par voie indirecte, avec mitose, ou karyokinèse, comme on l'a prouvé plusieurs fois. M. Flemming (4) a observé ce phénomène à différentes reprises et il l’a confirmé encore tout dernièrement pour les leucocytes de la salamandre. M. Spronck (5) a pu constater la division mitotique des leucocytes dans le sang même du lapin, et a trouvé qu’à peu près 2 p. 1000 de ces cellules se trouvent chez l’animal normal en voie de division indirecte. Je me range complètement à cette opinion,

(1) Traité d’histologie technique , 2e édition, 1889, p. 137.

(2) Archiv für mikroskopische Anatomie, 1888, p. 270.

(3) Centralblàtt f. medic. Wissenschaften.

(4) Archiv f. mikrosk. Anatomie, t. XXXVII, 1891, p. 249.

(5) Nederlandsch Tijdscrift voor Geneeskunde, 1889, 29 mars.

HUITIÈME LEÇON

loa

puisque j’ai vu sur les préparations du DrMusKATBLUTH, faites dans mon laboratoire à Odessa, la division mitotique indiscutable des leucocytes du lapin. Moimême j’ai observé à plusieurs reprises le même phénomène chez les cellules migratrices des larves d’axolote. Seulement, dans tous les cas cités, il s’agit de grands leucocytes mononucléaires, les polynucléaires

Fig. 56. — Une cellule migratrice de la nageoire d’une larve d'axolote;

en division karyokiuétique.

se multipliant par division directe. Chez les larves des axoiotes blancs on peut poursuivre sur le vivant (en étudiant la nageoire caudale) toutes les phases de la division karyokinétique des leucocytes émigrés des vaisseaux et la transformation des nouvelles cellules en éléments mobiles (fig. 56).

On a également nié la propriété des leucocytes de subir des transformations progressives. La mort si fréquente de ces cellules dans les exsudais a suscité l’idée que les leucocytes sont en général des éléments voués inévitablement à la mort et par cela incapables

de devenir cellules d’un tissu quelconque. On a même voulu voir dans la forme multiple du noyau des leucocytes polynucléaires un signe évident d’une fin prochaine. Sous l'influence de ces doctrines on est arrivé à nier la faculté des leucocytes de se transformer en cellules fixes du tissu conjonctif et même en cellules épithélioïdes ou géantes. On est tombé juste dans l’extrême opposé de la théorie soutenue autrefois par Cohnheim et surtout par M. Ziegler (1). Tout d’abord cet observateur faisait dériver les cellules des granulations, ainsi que les éléments épithélioïdes et géants des tubercules, exclusivement des leucocytes mononucléaires, puis il a fini par abandonner sa thèse et par se ranger du côté des adversaires de ses premières opinions, qui croient le leucocyte incapable de donner n’importe quel autre élément cellulaire. Au Congrès international de Berlin, tenu en 1890, M. Ziegler (2), se basant surtout sur les recherches de M. Nikiforoff, exécutées dans son laboratoire à Fribourg, déclara formellement que « les leucocytes ne prennent aucune part active à la néoformation des tissus. » MM. Marchand (3) et Grawitz (4) s’associèrent à cette opinion, s’appuyant sur leurs propres observations. Les leucocytes, émigrés lors de l’inflammation, ne se transformeraient point en cellules des granulations, mais périraient dans l’exsudât et seraient résorbés par les

(1) Ueber die pathologische Bindegevjebsneubildung , 1875.

(2) Centralblatt fïir al/gemeine Pathologie , 1890, nos 18 et 19, p. 575.

(3) Ibid. p. 577.

(4) Ibid. p. 578.

HUITIÈME LEÇON

canaux lymphatiques ou dévorés par les cellules amiboïdes, provenant des éléments fixes du tissu conjonctif. M. Ribbert (1) soutient une opinion analogue.

Les recherches de M. Nikiforoff (2), sur lesquelles s’appuie Ziegler, ont été faites avec les granulations du tissu sous-cutané des chiens, provoquées par l’introduction de tubes à drainage. Quoiqu’il affirme dans ses conclusions que, dans la néoformation des tissus, les leucocytes ne prennent aucune part active, pas plus que les globules rouges ou la fibrine, et qu’il déclare que cette production est exclusivement due à la prolifération des cellules des tissus (p. 415), pourtant il avoue lui-même qu’il n’a pu fournir de preuves suffisantes de ce que « les cellules provenant des vaisseaux sanguins soient incapables d’un développement ultérieur et d’une transformation en cellules épithélioïdes et en fibroblastes ». « D’après ce que j’ai observé — ajoute M. Nikiforoff — je penche cependant plutôt vers l’opinion que, dans les granulations, les leucocytes mononucléaires se transforment à la suite d’une fragmentation du noyau en formes polynucléaires et sont finalement englobés par les phagocytes (p. 421). » On voit bien que le ton de cette phrase est beaucoup moins affirmatif que celui de la première conclusion, et que celui de la formule de M. Ziegler. Lorsqu’on consulte les observations mêmes de M. Nikiforoff, on voit facilement qu’elles ne prouvent nullement sa thèse principale, la non-

(1) Contralblatt fur allgemeine pathologie, 1890, n° 21, p. 665.

(2) Beitrüge zur pathologischen Anatomie de Ziegler, t. \ III, 1890, p. 400.

participation des leucocytes à la néoformation granuleuse. L’apparition des cellules des granulations à une époque où les éléments fixes sont en voie de prolifération ne fournit aucune preuve contre le rôle des leucocytes. Un autre argument de M. Nikiforoff — la division mitotique — n’appuie aucunement sa

th èse, puisqu’on sait bien à présent que les leucocytes sont sûrement capables de se diviser par voie indirecte.

Il est tout naturel que les données de M. Nikiforoff manquent de netteté et de précision.

Son objet d’étude, les granulations du tissu sous-cutané des chiens, ne permet point de se former une notion suffisante du phénomène.

Pour aboutir à un ré¬

Fig. 57. — Passage entre les cellules mobiles et les cellules fixes. Nageoire d’un têtard de Ranci cigilis.

sultat, il faut s’adresser à un objet sur lequel on puisse de jour en jour poursuivre la marche des phénomènes. Eh bien, si Ton choisit la nageoire des têtards de Patraciens, lésée d’une façon quelconque, et si on l’examine ensuite pendant plusieurs jours et même pendant plusieurs semaines sur le vivant, comme je l’ai fait dans mes expériences, on constate facilement que chez ces animaux les cellules polynu-

HUITIEME LEÇON

cléaires se transforment d’abord en mononucléaires par l’effet d’une fusion des noyaux, et ensuite en vé-

Fig. 58. — Point enflammé de la nageoire d’une larve de Bombinator igneus

huit jours après la cautérisation.

ri tables cellules étoilées fixes du tissu conjonctif (fig. 57). Pour mieux encore s’assurer de ce fait, il

l/ INFLAMMATION.

convient de produire la lésion avec un instrument chargé de grains de carmin. Ces derniers, englobés par les leucocytes émigrés, restent dans l’intérieur des cellules conjonctives, dont la nature est facilement révélée par les appendices caractéristiques en forme de bois du cerf (fig. 58).

L’opinion, acceptée au Congrès de Berlin, ne peut donc pas être soutenue. Ce n’est point la nouvelle thèse de M. Ziegler, mais bien son ancienne manière de voir de 1875 et 1876, qui est juste. Quoique mes observations directes ne portent que sur des amphibies, pourtant elles concordent parfaitement avec les faits constatés chez les vertébrés supérieurs par tous les observateurs, sans excepter M. Nikiforoff lui-même. Seul ement, chez les mammifères, onn’apoint de preuves de ce que les leucocytes polynucléaires se transformeraient en mononucléaires. Tandis que ces derniers deviennent sûrement des cellules épithélioïdes granuleuses et géantes, les polynucléaires semblent dépourvus de cette propriété.

Enfaveurde la thèse queje soutiens, je puis ci ter encore les dernières communications de M.Flemming (1) qui, lui aussi, a vu dans les branchies des larves des salamandres les noyaux lobés ou multiples des cellules migratrices se fusionner en un seul noyau arrondi , En ce qui concerne les mammifères, je n’ai qu’à invoquer le fait de la formation des cellules épithélioïdes et géantes aux dépens des leucocy tes mononucléaires dans l’intérieur des vaisseaux chez les lapins, aux-

(1) Archiv f. mikrosk. Anat., 4 891, t. XXXVII, p. 277.

HUITIÈME LEÇON

quels on a inoculé dans les veines les bacilles tuberculeux. Ce fait, décrit par M. Yersin (1), a été observé plusieurs fois par moi-même (2). M. Tchistowitch (3), dans un travail exécuté dans mon laboratoire, a également observé tous les états transitoires entre les véritables leucocytes mononucléaires et les cellules épithélioïdes et géantes dans les alvéoles pulmonaires des lapins.

En résumant cet aperçu de nos connaissances actuelles des leucocytes, nous devons conclure que les deux variétés de ces cellules qui jouent le rôle principal dans F inflammation — les leucocytes [mononucléaires et les neutrophiles, — sont des éléments doués d’une sensibilité chimiotactique et physiotactique très considérable, capables de mouvements amiboïdes et aptes à englober et à digérer différents corps étrangers, notamment beaucoup de microbes vivants. Chez les amphibies au moins, les leucocytes polynucléaires peuvent se transformer en mononucléaires et devenir cellules fixes du tissu conjonctif. Chez les vertébrés, en général, les leucocytes mononucléaires sont capables de se transformer en cellules épithélioïdes et géantes.

Tout ce qui a été dit au sujet des leucocytes s’applique aux cellules migratrices diverses.

(1) Annales cle l'Institut Pasteur, 188S, p. 257.

(2) Archives de Virchow, 1888, juillet, p. 88.

(3) Annales de l'Institut Pasteur, 1889, juillet, p. 347 et PI. VI, %. 5 et 7.

NEUVIÈME EEÇON

Sommaire. — Endothélium des vaisseaux. — Développement primaire aux dépens des cellules mobiles. — Développement des capillaires. — Contractilité des cellules endothéliales. — Cellules étoilées. — Phagocytose des cellules endothéliales.

Cellules fixes du tissu conjonctif. — Clasmatocytes de R an vie r. — Cellules d’Ehrlich.

Passage actif des leucocytes dans la diapédèse. — Expériences avec la quinine (Binz, Disselhorst). — « Itio in partes ». — Dilatation des vaisseaux. — Théorie de l’influence du tissu environnant. — - Influence du système nerveux. — Chimiotaxie négative des leucocytes dans les infections graves.

Après les leucocytes, ce sont les vaisseaux et leur endothélium qui jouent le rôle le plus important dans rinflammation. D’après les recherches embryologiques modernes, exécutées sur les embryons des poissons (1), ce sont les cellules mobiles de la surface du sac vitellin qui forment les premières cellules endothéliales des vaisseaux. Il n’est donc point étonnant que les éléments endothéliaux aient conservé encore plusieurs traits de mobilité, attestant leur origine.

(I) Voir H. Ziegler, Die Entstehung des Blutes der Wirbelthiere. Feriburg i. B. , 1889.

l’inflammation.

Ce sont surtout les prolongements protoplasmiques des cellules endothéliales des vaisseaux lors de la formation de nouveaux capillaires, qui ont attiré l’attention des observateurs. Sur la paroi vasculaire apparaissent des bourgeons coniques, çonstitués par le protoplasma; il se produit ainsi un prolongement qui s’allonge lentement, présentant des signes d’un mouvement protoplasmique peu actif. Ces appendices se rencontrent souvent entre eux et forment des anses, d’abord solides, puis qui se creusent en la cavité vasculaire. Plusieurs observateurs, comme MM. Stricker (1), Goloubew (2), Ivlebs (3) et Severini (4), ont constaté un certain degré de contractilité de la paroi endothéliale des capillaires, ce qui prouve encore plus le caractère mobile de ces cellules. Cette propriété doit jouer sûrement un rôle important dans la formation des orifices pendant l’inflammation, comme le pense M. Klebs (5) et comme je l’ai supposé dans mes premiers travaux sur Y inflammation (6). Ces orifices ne sont nullement préformés, comme l’a admis autrefois M. Arnold, en établissant sa théorie des stomates, mais se forment au moment de la réaction inflammatoire même, comme il a observé (7) en fondant sa

(1) Moleschott, Untersuchungen zur Naturlehre, t. X.

(2) Archiv fïir mikroskopische Anatomie , 1868.

(3) Allgemeine Pathologie , t. II, 1889, p. 384.

(4) La contrat tilità dei capillari, 1881.

(5) Voir aussi Leydig qui, dans son opuscule : Z elle und Gewebe, 1883, p. 17, a exprimé son opinion que « parfois les petites pores peuvent se dilater en grands orifices pour permettre le passage des globules du sang ».

(6) Biologisches Centralblatt, 1883, p. 564.

(7) Archives de Virchow , t. LXII, 1875, p. 487.

NEUVIÈME LEÇON. 165

théorie des stigmates (fig. 59). Quoique M. Arnold ne fasse aucune allusion au sujet de la contractilité des cellules endothéliales, il admet (1) pourtant que « les espaces qui se trouvent entre ces éléments, changent suivant les conditions de la tension et de la diffusion, de sorte que la position respective des cellules endothéliales est, très variable ». Il considère ces espaces entre les cellules comme remplis d’une substance liquide ou visqueuse. Ces pores entre les éléments en¬

dothéliaux qui s’ouvrent pour laisser passer les globules et le liquide du sang, et qui se ferment après ce passage, pourraient être plus justement comparées avec les pores de l’ectoderme des éponges qui s’ouvrent et se ferment pour le passage des corpuscules suspendus dans l’eau ambiante. Dans les deux cas il s’agit de cellules contractiles, dont les mouvements peuvent être secondés par des cellules voisines (cellules fusiformes des éponges et cellules contractiles de la gaine endothéliale).

La contractilité des cellules endothéliales des vais-

(1) Archives de Vischow., t. XLVI, 1876, p. 104.

seaux sanguins peut être encore démontrée dans les cas où ces éléments quittant la paroi vasculaire pénètrent, à l’aide de leurs mouvements amiboïdes, dans la cavité des vaisseaux. Des faits de ce genre s’observent à la suite de l’injection des bacilles tuberculeux dans le système sanguin des lapins. Quelque temps après cette injection, on trouve des vaisseaux composés dans certains endroits uniquement d’une membrane adventice, tandis que les cellules endothéliales se sont entièrement déplacées. Les faits de ce genre sont surtout fréquents dans les capillaires du foie, dont l’endothélium ne donne point de contours typiques après l’imprégnation par le nitrate d’argent, comme cela a été constaté par Eberth et plusieurs autres observateurs. Les cellules endothéliales des capillaires hépatiques se détachent facilement de la paroi adventice, et apparaissent sous forme de cellules étoilées, munies de prolongements très variables. Décrites pour la première fois par M. Ivupffer (1), ces cellules, en raison de leur forme extérieure et de leurs appendices allongés, ont été considérées d’abord comme des éléments nerveux. Mais bientôt on dut s’assurer qu’elles appartiennent plutôt au tissu endothélial (2), et qu’elles se distinguent par leur propriété d’englober différentes granulations. Souvent, surtout chez les grenouilles, on trouve dans leur contenu des masses de pigment rougeâtre. Les grains de matières colorantes, injectées dans le système sanguin, sont

(1) Archiv f. mikrosk. Ancit., t. XII, p. 353.

(2) Asch, Ueb. d. Ablagerung von Fett u. Pigment in den Sternzellen d. Leber. Bonn, 1884.

NEUVIÈME LEÇON

aussi facilement englobés par ces mêmes cellules, comme l’ont démontré M. Ponfick (1) et plusieurs autres observateurs.

Les cellules étoilées, ainsi que d’autres éléments de l’endothélium vasculaire, sont capables aussi d’euglober différents microbes pathogènes et saprophytes, parvenus dans le sang. C’est le cas pour les bacilles lépreux, qu’on a retrouvés dans le protoplasma des cellules endothéliales des vaisseaux sanguins quelquefois réunis par groupes. Leur nombre est souvent tellement grand que la surface du noyau est complètement recouverte par ces microbes. Cette découverte a été faite par MM. Neisser (2) et Toulon (3), qui constatèrent que certaines cellules endothéliales remplies de bacilles se détachent de la paroi et se trouvent libres dans la cavité vasculaire. M. Wyssokowitch (4) trouva depuis que beaucoup de microbes , injectés dans le sang des lapins, se retrouvent aussi en partie dans les cellules endothéliales du foie. On peut très bien observer ce phénomème quelque temps après l’introduction des bacilles tuberculeux dans la veine de l’oreille des lapins : une grande partie des bacilles injectés se retrouvent dans les cellules endothéliales, notamment dans celles du foie. Le même fait s’observe aussi dans le cours de l’infection naturelle. Les cellules endothéliales du foie des personnes, mortes à la suite

(1) Archives de Virchow , t. XLVIII, 1869, p. 1.

(2) Archives de Virchow , t. LXXXIV, 1881.

(3) Fortschritte d. Medicin, 1886, n° 2,p.48 (. Archives de Virchow , t. CIV, 1886, p. 381).

(4) Zeitschrift fur Hygiene , 1886, t. I, p. 1. Voir aussi le journal « Wratch », 1891, n° 44, p. 991.

de rimpaludisme, sont remplies de parasites malariques. L’exemple peut-être le plus frappant est celui du bacille du rouget des porcs envahissant l’organisme des pigeons. L’endothélium des vaisseaux sanguins,

surtout clans le foie de ces oiseaux, renferme souvent

des masses énormes de ces microbes qui remplissent presque tout le contenu de ces cellules (fig. 60).

Comme le bacille du rouget des porcs (de même que celui de la lèpre) est immobile, sa présence dans le protoplasma des cellules endothéliales ne peut être expliquée que par un englobement actif de la part de ces éléments.

J'ai insisté sur ces détails parce que le fait de la contractilité et des propriétés phagocytaires des cellules endothéliales des vaisseaux présente une importance très grande dans la question de l’inflammation. D’autres espèces d’éléments endothéliaux présentent les mêmes qualités.

Ainsi, les cellules de l’endothélium lymphatique sont encore plus souvent le siège des bacilles lépreux que celles des vaisseaux sanguins. M. Ran-

Fig. 60. — Une veine du foie de pigeon, dont les cellules endothéliales renferment des bacilles du rouget des porcs.

NEUVIÈME LEÇON

vier (1) a prouvé, depuis longtemps, que les cellules endothéliales de l’épiploon enflammé du cobaye sont en état d’englober les corps étrangers (myéline, vermillon), injectés dans la cavité péritonéale. Tout récemment, observant les phénomènes inflammatoires de l’épiploon (2), il a pu constater la contractilité des cellules endothéliales de cet organe.

Dans son mémoire sur la régénération et l’inflammation des ganglions lymphatiques, M. Ribbert (3) insiste souvent sur la contractilité des cellules endothéliales de ces organes.

Les éléments cellulaires du tissu conjonctif jouent certainement quelque rôle dans l’inflammation, quoique celui-ci soit évidemment beaucoup moins important et constant qu’on ne l’a supposé autrefois, et aussi moins actif que le rôle joué par les leucocytes et les cellules endothéliales des vaisseaux sanguins. Encore faut-il observer qu’il est extrêmement difficile de se faire une idée exacte du concours des cellules conjonctives dans le processus inflammatoire. L’observation directe de la queue des têtards et des larves d’Urodèles ne nous a permis d’accepter qu’une modification de forme et des ramifications des cellules fixes d’une durée passagère, modification qui doit être envisagée comme le résultat immédiat de la lésion. Gela prouve donc que la réaction inflammatoire tout à fait typique peut se manifester sans une participation importante des cellules fixes du tissu conjonctif.

(1) Leçons sur le système nerveux, 1878, t. I, p. 304.

(2) Comptes rendus de l'Acad. d. Sciences, 20 avril 1891, p. 842.

(3) Beitraye zur patholog. Anatomie de Ziegler, t. VI, 1889, p. 205.

l’inflammation.

Ces dernières se multiplient dans un organe enflammé et fournissent de nouvelles cellules servant à remplacer les éléments détruits par la cause nocive. Voilà pourquoi on trouve dans une période plus ou moins avancée de l’inflammation des figpres karyokinétiques dans les cellules conjonctives.

Tout récemment M. Ranvier (1) a attiré l’attention sur une espèce de cellules du tissu conjonctif qui correspondent aux « cellules plasmiques » (Plasmazellen) de Waldeyer, et qu’il a désignées sous le nom de Clasmatocytes [ PL II, fig. 8). Ces derniers apparaissent sous forme d’éléments très volumineux, ramifiés et granuleux, provenant des leucocytes ou cellules migratrices grossies et devenues immobiles. Lors de l’inflammation, d’après M. Ranvier, les clasmatocytes reprennent leur mobilité ancienne, se multiplient abondamment et contribuent à la formation des cellules du pus. Les clasmatocytes ne formeraient donc qu’un élément passager du tissu conjonctif et serviraient de réserve leucocytaire pour le cas d’une inflammation. Abondantes dans le tissu péritonéal des tritons, des grenouilles et des lapins, ces cellules ne se trouvent point dans l’état larvaire des amphibies.

Certains autres éléments du tissu conjonctif doivent aussi jouer quelque rôle dans les phénomènes inflammatoires. Ainsi les cellules basophiles, ou « Mastzellen» d’EHRLicH (Pl. III, fig. 3), sont souvent nombreuses dans les produits inflammatoires, quoiqu’on ne soit point encore en état d’expliquer leur présence

(1) Comptes rendus de VAcad. d. Sciences, 27 avril 1891, p. 922.

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dans ces endroits. Quelques particularités de la coloration de leurs granulations semblent indiquer que ces cellules jouent un rôle de purificateurs des produits de F inflammation. Peut-être les grains qui remplissent leur contenu ne sont-ils que les produits excrétés par d’autres cellules?

Après avoir envisagé les éléments principaux qui participent à la réaction inflammatoire, on pourrait se demander comment ils agissent dans ce processus. Il n’est point nécessaire d’insister longuement sur l’activité des mouvements des leucocytes lors de leur migration à travers la paroi vasculaire. Malgré tous les efforts de Cohnheim, secondés par le désir général de réduire le plus vite possible les phénomènes vitaux à leurs causes mécaniques, on a dû reconnaître presque à l’unanimité (Thoma, v. Recklinghausen, Lavdovsky et autres) que l’émigration se fait à l’aide de la mobilité amiboïde des leucocytes. Ce résultat s’impose lorsqu’on compare la facilité avec laquelle se produit le passage des leucocytes à travers les parois vasculaires, avec la diapédèse purement passive des globules rouges . Ces derniers restent souvent indéfiniment accolés à la paroi ou bien se déchirent en pièces, au lieu de passer au dehors des vaisseaux. Même M. Bering (1), qui le premier a posé la thèse de la filtration des leucocytes lors de F inflammation, accepte le concours des mouvements amiboïdes de ces cellules. Seulement il attribue à ces mouvements

(1) Sitzung s berichte der k. Akcidemie dev Wiss. in Wien t. LVII, sect. II, 1868, p. 170.

l’inflammation.

un rôle tout à fait secondaire, tandis qu’en réalité ils sont des plus importants. Pour faire filtrer les leucocytes il faudrait d’après lui que le sang continue à circuler ou qu’il subisse une certaine pression. Or, il est facile d’observer l’émigration complète des leucocytes après la cessation totale clés mouvements du cœur chez les têtards curarisés jusqu’à la mort,

comme cela arrive parfois au cours des expériences (fig. 60).

Dans l'acte même du passage des leucocytes à travers les parois vasculaires , il

Fig. 61. — Diapédèse d’un leucocyte au travers délà reCOll-

de la paroi d’un capillaire, dans lequel le sang «

est immobile. naître une cer¬

taine influence chimiotactique ou physio tactique.

En n’admettant qu’un simple effet de sensibilité tactile, comme le font MM. Massart et Bordet (1), on ne saurait expliquer le fait que les leucocytes restent dans l’intérieur des vaisseaux dans les cas où ces derniers sont suffisamment dilatés, et où en même temps se trouvent dans le voisinage des substances qui exercent une action repoussante sur les leucocytes. Depuis longtemps il a été constaté par M. Binz que le mésentère de la grenouille, arrosé avec des solutions de quinine, ne présente point de diapédèse des glo-

(1) Journal publié par la Soc. r. d. sciences médicales et naturelles de Bruxelles, 1890, V.

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bules blancs. Comme la quinine esl un poison du protoplasma, on en a conclu que les leucocytes sont paralysés par cette substance et, pour cette raison, ne peuvent point traverser la paroi vasculaire. M. Disselhorst (1), répétant ces mêmes expériences, confirma le fait de l’absence de la diapédèse des leucocytes, mais constata en même temps, avec étonnement, que les leucocytes n’étaient point paralysés dans leurs mouvements. Retirés des vaisseaux, ils manifestèrent leur mobilité amiboïde ordinaire. Pour expliquer ces faits, M. Disselhobst invoqua le concours de la paroi vasculaire comme indispensable pour le passage des leucocytes. Or, comme, d’après son avis, la quinine agit justement sur la paroi vasculaire, celle-ci empêcherait la diapédèse de s’accomplir. Dans ses réflexions, M. Disselhorst ne tint point compte de la propriété chimiotactique des leucocytes, qui alors n’était pas encore acceptée. Par contre, si on admet cette fonction, on devra expliquer l’influence de la quinine par une chimiotaxie négative des leucocytes, qui, quoique parfaitement mobiles, ne se dirigent point vers l’endroit arrosé par cette substance. Les leucocytes ont dû par conséquent apprécier la présence de la quinine lors de leur séjour dans l’intérieur des vaisseaux.

La même explication peut servir dans les cas où les leucocytes, en présence de microbes d’une virulence excessive, ne traversent point la paroi vasculaire, malgré la dilatation des vaisseaux. Ainsi dans les mala-

(1) Archives de Virchow , 1888, juillet, t. CXIII, p. 108.

l’inflammation.

clies infectieuses les plus rapidement mortelles, comme le choléra des poules, la septicémie vibrionienne des cobayes et des pigeons et bien d’autres encore, il ne se fait presque point d’émigration vers l’organe envahi. Il se produit pourtant une inflammation considérable avec hyperémie et exsudation séreuse, même hémorragique, et malgré toutes ces conditions si favorables, la diapédèse n’a point lieu. Ce phénomène peut être expliqué par une chimiotaxie négative, manifestée par les leucocytes intra-vasculaires, ce qui est d’autant plus admissible que, mis en contact direct avec les leucocytes, les microbes des maladies citées ne sont point englobés par ces cellules. L’action chimiotactique dans l’intérieur des vaisseaux doit être nécessairement acceptée en vue de la leucocytose, provoquée par la résorption, de beaucoup de produits microbiens.

En paralysant non la mobilité, mais la sensibilité des leucocytes avec la paraldéhyde et le chloroforme, MM. Massart et Bordet ont pu complètement suspendre la diapédèse.

Il est très probable que dans l’acte de l’émigration, en dehors de la sensibilité tactile et chimiotactique des leucocytes différentes autres sensibilités peuvent jouer un rôle. Dans des lésions qui ne sont accompagnées que d’une très faible nécrose des cellules et où, par conséquent, on ne peut supposer une attraction chimiotactique considérable, c’est probablement le changement physique du milieu (différence de la tension, etc.) qui peut exercer une influence attractive sur les leucocytes.

NEUVIÈME LEÇON

La diapédèse des leucocytes est ordinairement précédée par la distribution périphérique de ces cellules dans le vaisseau dilaté. Ce phénomène, qu’on a désigné sous le nom de « itio in partes » (Samuel) est généralement considéré comme le plus mécanique de tous les actes de l’inflammation. On a voulu l’expliquer d’abord par les mouvements des globules blancs sphériques comparés aux mouvements rapides des hématies aplaties ; mais ensuite on s’est arrêté à l’explication proposée par M. Chklarewsky (1) dans un travail exécuté dans le laboratoire de M. Helmholz. Le principe de cette explication est dans le fait, constaté par Mach et Bondi, que les corpuscules insolubles suspendus dans un liquide augmentent la densité du mélange. Or, comme dans un vaisseau les globules ne circulent que dans la partie axiale de la veine-fluide, tandis que la partie périphérique n’est composée que de liquide, la densité de ce dernier doit être moins grande que celle de la partie centrale. Comme les leucocytes ont un poids spécifique moins considérable que les hématies, ce sont eux qui sont repoussés du courant axial plus dense dans la partie périphérique d’une moindre densité.

Quoique au fond la distribution périphérique des leucocytes doit dépendre d’un phénomène purement mécanique, puisque les globules blancs, anesthésiés par le chloroforme dans les expériences de MM. Massart et Bordet, se dirigent vers la périphérie des vaisseaux, l’explication généralement adoptée ne peut

(1) Archives cle Physiologie générale do Pflueger, t. I.

l’inflammation.

point être admise. On sait, depuis Gohnheim, et le fait a été confirmé entre autres par M. Chklarewsky luimême, que la distribution périphérique, ainsi que Fémigration, s’opèrent aussi bien quand les leucocytes ont préalablement absorbé des grains de vermillion. Or, ces leucocytes renferment un sel de mercure, qui doit les rendre non seulement beaucoup plus lourds qu’ils n’étaient auparavant, mais certainement aussi plus lourds que les hématies. Et pourtant les hématies restent dans la partie axiale, tandis que les leucocytes appesantis passent à la périphérie.

M. Hering a surtout invoqué la viscosité des leucocytes pour expliquer leur adhésion à la paroi vasculaire. Cette théorie a du reste trouvé peu de partisans, parce que les leucocytes ne sont point visqueux et ne s’accolent pas par suite de leur consistance, mais uniquement à l’aide de leurs propriétés amiboïdes. Pour se faire une idée de l’absence de la viscosité du protoplasma nu, on n’a qu’à toucher les grands plasmodes des myxomycètes, tel que celui de la Spumaria alba .

Si on pouvait admettre que le traitement par le chloroforme, tel qu’il a été pratiqué par MM. Massart et Bordet, ne supprime pas la sensibilité des leucocytes d’une façon complète, on pourrait peutêtre attribuer leur accumulation, dans la zone périphérique des vaisseaux dilatés, par le reste de cette sensibilité qui leur permettrait d’apprécier la différence du milieu extérieur. Or, les leucocytes se dirigent vers les endroits les plus calmes, dans lesquels ils peuvent étaler leurs prolongements protoplasmiques.

NEUVIÈME LEÇON

La paroi vasculaire, à la suite de la contractilité de ses cellules endothéliales, peut sans doute faciliter le passage des leucocytes, quoique ces derniers soient bien capables de traverser des membranes non contractiles, comme par exemple le tissu épithélial des vertébrés (Stoehr) ou des ascidies. Mais la contractilité des cellules endothéliales doit jouer plutôt un rôle dans le passage des globules rouges et des parties liquides du sang, surtout dans les cas où, comme dans les maladies infectieuses ci-dessus citées, les leucocytes restent dans le sang, à la suite d’une chimiotaxie négative, tandis que le plasma et les hématies traversent la paroi vasculaire.

Quoique les leucocytes parviennent à émigrer meme dans les cas où les veinules sont normales ou à peine dilatées (comme dans la diapédèse à l’état normal chez les têtards, observée pour la première fois par M. Recklinghausen), il est cependant incontestable que la dilatation des vaisseaux avec ralentissement du courant sanguin présente une condition très favorable à la diapédèse. Cette dilatation, si constante dans l’inflammation des vertébrés, est un phénomène compliqué, attribuable à l’action combinée de plusieurs facteurs. Cohnheim (1), qui l’attribuait exclusivement à Faction de la paroi vasculaire même, chercha à prouver sa thèse à l’aide de l’expérience suivante : après avoir étalé la langue d’une grenouille sur une plaque de liège, il coupa tout ce qui la réunissait au corps, sauf l’artère et la veine. Croyant

(I) Gesammelte Abhctndlungen, 1885, p. 423.

l’inflammation.

avoir éliminé ainsi toute influence nerveuse, Cohnheim appliqua une excitation quelconque et vit s’établir l’inflammation comme d’habitude. Il ne voulut point admettre l’influence des appareils nerveux siégeant dans les parois vasculaires mêmes, et pourtant il est bien probable que ces appareils jouent un rôle.

Dans la production de l’hypérémie inflammatoire on attribue une influence considérable aux tissus dont l’état de tension retentit sur des capillaires. Cette opinion, émise par Ivuss, fut, dans ces dernières années, soutenue par M. Landerer (d), qui a entrepris toute une série d’expériences pour démontrer que la tension des tissus pendant l’inflammation es! de beaucoup moindre qu’à l’état normal. Les capillaires, entourés de ces tissus enflammés, ne pouvant plus supporter à eux seuls la pression du sang, cèdent à ce dernier et par conséquent se dilatent. Cette dilatation a pour effet immédiat l’accélération du mouvement du sang qui afflue en abondance dans la masse des capillaires élargis. Mais, au bout d’une certaine période, à mesure que les tissus environnants perdent de plus en plus de leur élasticité, le courant sanguin se ralentit et acquiert ainsi la marche si caractéristique de la circulation inflammatoire.

Cette théorie a également le défaut de ne point tenir compte des influences nerveuses, dont le rôle a été beaucoup étudié ces dernières années. Pour démontrer cette influence d’une façon la plus marquée,

(1) Ueber die Gewebsspannung , 1884 et Zur Lehre von der Entzündunf] , Leipzig, 1885.

NEUVIÈME LEÇON

M. Samuel (1) a fait l’expérience suivante. Après avoir sectionné le nerf sympathique d’un côté sur un lapin, il sectionne les deux nerfs auriculaires de l’autre côté sur le même animal. La paralysie des vaso-moteurs produit d’abord la congestion de l’oreille du côté du sympathique sectionné et a pour conséquence indirecte un certain degré d’anémie de l’oreille du côté opposé. Cette anémie devient encore beaucoup plus considérable à la suite de la section des nerfs sensitifs à cause de l’impossibilité d’une action réflexe sur le sympathique non sectionné. Lorsqu’on traite les deux oreilles avec de l’eau chaude (à 54°), pour produire une inflammation, on obtient des résultats tout à fait différents. L’oreille du côté du sympathique sectionné devient très hyperémiée et l’inflammation qui se produit en elle est très considérable. Du côté opposé, où l’oreille anesthésiée ne manifeste aucune hyperémie, au lieu d’inflammation il s’établit une stase qui se termine par la gangrène. Cette expérience démontre l’influence de l’appareil nerveux dans la réaction inflammatoire et prouve en même temps le rôle salutaire de cette dernière. Du côté où l’inflammation, à la suite de la paralysie des vaso-moteurs, est exagérée, il survient une guérison prompte et définitive, tandis que du côté anémique, dans lequel l’inflammation ne peut s’établir à la suite de la section des nerfs sensitifs, les phénomènes morbides prennent une gravité exceptionnelle.

Chez les lapins, auxquels M. Samuel n’a sectionné

(1) Archives de Virchow , 1890, t. CXXI, p. 396.

l’inflammation.

que les nerfs sensitifs (auricularis major et minor) d’un seul côté, les conséquences étaient beaucoup moins graves. Chez les lapins adultes, opérés de cette façon, et traités ensuite avec de l’eau à 54°, l’inflammation suivit sa marche habituelle ef ce n’est que chez les jeunes animaux opérés et traités de la même façon, qu’il put observer un ralentissement dans la réaction inflammatoire, suivie d’une guérison retardée.

M.R oger (1) a fait des expériences analogues ; seulement, au lieu de produire l’inflammation avec de l’eau chaude, il se servit de cultures du streptocoque de l’érysipèle. Il inocula ces bactéries sous la peau des deux oreilles d’un lapin, dont les nerfs sensitifs ont été sectionnés d’un coté. Tandis que dans l’oreille de ce côté l’érysipèle dure très longtemps et aboutit à une guérison très tardive, accompagnée d’une mutilation de l’organe, dans l’oreille du côté opposé (dont les nerfs auriculaires ont été laissés intacts), l’érysipèle suit sa marche habituelle.

Le résultat a été tout opposé dans le cas lorsque M. Roger (2) inocula l’érysipèle à des lapins, auxquels il sectionnanonles nerfs sensitifs, mais le sympathique d’un seul côté. La paralysie des vaso-moteurs occasionna une hyperémie considérable qui produisit une influence favorable sur la marche de l’érysipèle, comparativement à l’autre oreille, dont le sympathique a été conservé intact. L’inflammation débuta beaucoup plus tôt et fut suivie d’une guérison prompte du côté énervé, tandis que, du côté opposé, elle se

(1) Comptes rendus de la Société de biologie, 1890, n° 34, p. 646.

(2) Comptes rendus de la Soc. de biol., 1890, n° 16, p. 222.

NEUVIÈME LEÇON. 181

traîna beaucoup plus longtemps, quoiqu’elle finît par se guérir aussi.

Ces expériences confirment les données de plusieurs autres observateurs tels que Snellen, K. Danilewsky et autres, qui avaient constaté une amélioration dans la marche de Y inflammation, à la suite de la section de la partie cervicale du nerf sympathique. M. Samuel, s’appuyant sur le fait que la section de ce nerf d’un côté influence aussi l’oreille du côté opposé, en provoquant son anémie, a modifié l’expérience de la façon suivante. Au lieu de produire l’inflammation des deux oreilles du même lapin, il la produit à deux lapins différents, dont un a subi la section du nerf sympathique d’un seul côté, tandis que l’autre animal a été laissé intact. Chez le lapin opéré, l’inflammation a été provoquée du côté énervé par l’application de l’eau chaude à 54°. Dans ces conditions, l’inflammation a suivi la marche la plus bénigne, non chez le lapin opéré, mais chez le témoin, dont le nerf sympathique a été laissé intact et qui a été traité de la même façon par de l’eau chaude.

Toutes ces expériences démontrent une certaine influence du système nerveux sur l’inflammation, mais prouvent en même temps que cette influence ne sert qu’à accélérer ou à ralentir la marche du phénomène pathologique. Ce rôle ne doit nullement être amoindri, mais on devrait aussi se garder d’exagérer son influence. En le mettant trop en relief, on pourrait méconnaître le jeu véritable des différents agents qui, par leur concours, produisent la réaction inflammatoire.

l’inflammation.

MM. Charrin et Gley (1) ont démontré que des injections de 20 centimètres cubes de produits solubles du bacille pyocyanique dans le sang de lapin empêchent la dilatation des vaisseaux par voie réflexe. Ainsi par exemple, après une pareille injection, ces auteurs ont « observé que la vaso-dilàtation ainsi produite est plus lente à survenir, beaucoup moins intense et d’une moindre durée » (p. 734), que sans injection intraveineuse des produits microbiens. Dans une note ultérieure, MM. Charrin et Gley (2) fournissent la preuve que cette influence empêchant la dilatation vasculaire est due exclusivement aux produits volatiles des cultures pyocyaniques, sans être propre aux produits non volatiles, solubles et insolubles dans l’alcool.

Ces observateurs expliquent les faits qu'ils ont constatés par une diminution de l’ excitabilité des appareils vaso-dilatateurs, sous l’influence de ces produits volatils. D'après leur avis, les sécrétions microbiennes diminuent la dilatation vasculaire , empêchent la diapédèse et favorisent par cela l’infection. Ils cherchent même à appliquer cette conclusion à la théorie de l’immunité, d’après laquelle la vaccination amènerait un renforcement de l’appareil nerveux, commandant la dilatation des vaisseaux et la diapédèse.

MM. Charrin et Gamaleïa (3) ont de même empê-

(1) Archives de physiologie , 1890, n° 4, p. 724.

(2) Ibid., 1891,n0 1 p. 146.

(3) Centralblatt für Allgemeine Pathologie , t. I, 1890, nos 18, 19,

NEUVIÈME LEÇON

ché la dilatation des vaisseaux avec des vaccins ou des produits du microbe de la septicémie vibrionuienne , ainsi qu’avec de simples injections d’eau salée à 5-10 pour cent.

Afin de résoudre la question et de savoir si les mêmes phénomènes se produisent dans le cours naturel de l’infection (pendant laquelle on ne peut point supposer un passage brusque de 20 centimètres cubes de produits microbiens dans le sang), il aurait fallu expérimenter avec des animaux inoculés par les microbes en question. Or, voici ce qui se passe en réalité dans ces conditions. Un peu de culture pyocyanique sur gélose, introduite sous la peau d’un lapin neuf et d’un autre lapin, vacciné contre la maladie du pus bleu, produit une inflammation beaucoup plus considérable chez le premier que chez le second. Les produits pyocyaniques n’empêchent point dans ces conditions ni la dilatation vasculaire, ni la chaleur locale, ni l’exsudation séreuse de se produire, et pourtant la diapédèse est moindre que chez le lapin vacciné, chez lequel la dilatation des vaisseaux et la chaleur sont beaucoup moins prononcées. La différence est encore plus frappante, lorsque l’on compare les phénomènes qui suivent l’inoculation du vibrion de la septicémie vibrionienne ( Vibrio Metchnikowii ) sous la peau de l’oreille des cobayes sensibles et des cobayes rendus réfractaires à l’aide de vaccinations. Chez les premiers, la rougeur, la chaleur et la tumeur sont beaucoup plus considérables que chez les seconds et pourtant la diapé dèse est presque nulle chez les cobayes sensibles

l’inflammation.

et au contraire très prononcée chez les vaccinés.

Ces faits nous prouvent d’abord que les microbes employés ne gênent point la dilatation vasculaire chez les animaux sensibles (contrairement à la conclusion de MM. Charrin et Gley), et démontrent ensuite que la diapédèse peut faire défaut ou se développer en un faible degré malgré la dilatation considérable des vaisseaux. Il s’ensuit que la diapédèse est surtout commandée par la sensibilité des leucocytes eux-mêmes. S’il y a sensibilité positive, les leucocytes émigrent, malgré la faible dilatation des vaisseaux ; si la sensibilité est négative, la diapédèse ne se produit pas, malgré l’état dilaté des vaisseaux sanguins. Pour s’assurer du degré de la dilatation de ces derniers, on n’a qu’à inoculer un microbe provoquant une sensibilité positive considérable. Si on inocule à un cobaye, sous la peau de l’oreille, un peu de bacilles tuberculeux, et à un autre un peu de vibrions de la septicémie vibrionienne, dans le même endroit, on verra une très faible dilatation et une très grande diapédèse chez le premier, et une dilatation considérable et une diapédèse presque nulle chez le second.

Comme argument indirect contre l’interprétation des faits de MM. Charria et Gley, je dois invoquer encore les données suivantes.

Dans les infections les plus aiguës, dans lesquelles la diapédèse ne se fait point ou est presque nulle, la présence des leucocytes ne gêne pas du tout la vie et la multiplication des bactéries, parce que, en raison d’une chimiotaxie négative, les leucocytes n’englo-

NEUVIÈME LEÇON

bent point ces microbes. Il serait clone tout à fait superflu d’empêcher la diapédèse dans ces conditions. Si donc, au lieu d’inoculer un de ces microbes mortels (comme le bacille du choléra des poules à des oiseaux et à des lapins, et le vibrion de la septicémie aviaire aux cobayes et pigeons, etc.) dans le tissu souscutané, on l'introduit directement dans le sang, le résultat sera toujours le même. Les animaux mourront au bout d’un temps très court et il ne se produira point de phagocytose dans les cas où les bactéries sont dans le voisinage immédiat des leucocytes dans le sang et la rate, ni dans les cas où elles sont loin de ces cellules, retenues dans l’intérieur des vaisseaux.

La sensibilité des leucocytes joue donc un rôle tout à fait prépondérant dans les maladies inflammatoires, ce qui n’empêche point que la sensibilité des cellules endothéliales, ainsi que la sensibilité nerveuse et d’autres fonctions encore contribuent aussi à la production de la réaction inflammatoire chez les vertébrés (1).

(1) Voir maleçon surlG Immunité »danslo Britishmedical Journal, du 31 janvier 1891. Après la rédaction de ce chapitre, MM. Massart et Bor.det, dans une étude sur le rôle de la chimiotaxie des leucocytes dans les infections ( Annales de l’Institut Pasteur, 1891, p. 417), ont développé les mêmes idées. Ils considèrent, d’après leurs propres expériences, que l’absence de la diapédèse dans certaines infections est due non à une paralysie des centres vaso-dilatateurs, mais bien à la chimiotaxie négative des leucocytes. A la suite de ce travail, il s’engagea une polémique entre MM. Charrin et Gley d’un côté et MM. Massart et Bordet de l’autre ( Comptes rendus de la Soc. de Biologie , 1891, pp. 705-710, voir aussi M. Bouchard dans les Comptes rendus de V Acad. d. Sc., 1891, pp. 524-529). Sans entrer dans les détails de cette discussion, on peut formuler comme résultat général

l’inflammation.

que ce n’est point la paralysie vaso-dilatatrice, mais bien la chimiotaxie négative qui est la véritable cause du manque des leucocytes à l’endroit envahi par les microbes dans certaines infections graves. MM. O. Hertwig ( Physiologische Grundlage der Tuberculinwirkung . Iéna, 1891) et Buchner (. Münchener medicinische Wochenschrift , 1891) se sont également prononcés dans le même sens.

DIXIÈME LEÇON

Sommaire. — Inflammations chroniques. — Tuberculose, comme type d’une inflammation chronique. — Rôle phagocytaire des cellules tuberculeuses. — Destruction des bacilles tuberculeux par les phagocytes. — Résistance du Meriones vis-à-vis du virus tuberculeux. — Lèpre.

Après avoir terminé cet aperçu sur les acteurs principaux contribuant à l’inflammation des vertébrés, il faut se demander si leur rôle respectif reste le même dans tous les cas de réaction inflammatoire. Dans les inflammations aiguës en général il se produit une dilatation vasculaire, un état actif de l endothelium vasculaire et une exsudation avec diapédèse, c’est-àdire trois actes qui ont pour conséquence un afflux considérable des phagocytes vers l’endroit lésé.

Se fait-il la même chose dans les inflammations chroniques? On a souvent exprimé l’idée que, dans l’inflammation aiguë c’étaient surtout les phénomènes vasculaires avec la diapédèse qui étaient en jeu, tandis que dans l’inflammation chronique le rôle principal devait être attribué aux phénomènes locaux des

tissus sans un concours notable de la part des éléments sanguins et vasculaires.

Les inflammations chroniques, comme les inflammations aiguës, sont dues aux différentes causes d’ordre chimique, physique et surtout biologique. Occasionnées tantôt par une action lente d’une substance nuisible quelconque, comme le plomb, le phosphore ou l’alcool, tantôt par une action prolongée de la chaleur ou autres facteurs physiques nuisibles , elles sont le plus souvent dues à une influence immédiate des microbes et de leurs produits toxiques.

Prenons comme exemple d’une inflammation chronique celle qui aboutit à la formation de tubercules dans la tuberculose bacillaire ou dans un autre granulome quelconque. Ce choix s’explique non seulement par la grande importance du tubercule au point de vue pathologique, mais encore par ceci que, dans sa formation, un rôle prépondérant est attribué justement aux éléments fixes des tissus. D’après la théorie de M. Baumgarten (1), acceptée par la plupart des pathologistes, les cellules phagocytaires en général et les leucocytes en particulier ne jouent aucun ou presque aucun rôle dans la formation du véritable tubercule. Ce dernier est considéré comme le produit d’une prolifération des éléments fixes locaux, provoquée par le voisinage du bacille tuberculeux. Ainsi, d’après cette théorie, le tubercule pulmonaire se développe surtout aux dépens des cellules épithéliales des alvéoles, le tubercule hépatique aux dépens des cellules hépati-

(1) Tuberkel und Tuberkulose, Berlin, 1885 (Extrait du Zeitschrift fur k Unis che Medicin).

DIXIÈME LEÇON

que s et épithéliales des canaux biliaires, le tubercule rénal se forme à la suite de la prolifération des cellules épithéliales des canalicules, etc. Le tissu conjonctif contribue aussi à la formation du tubercule par ses éléments fixes et endothéliaux. Les leucocytes ne joueraient, d’après cette théorie, qu’un rôle purement secondaire et n’interviendraient que tardivement dans la marche de la tuberculose.

Pour cette théorie, la tuberculose ne serait donc point une véritable inflammation, ou bien l’inflammation chronique évoluerait tout à fait ou presque indépendamment des phagocytes en général et des leucocytes en particulier.

Pour accélérer les phénomènes de la formation des tubercules, on peut injecter les bacilles de la tuberculose aviaire dans les veines des lapins, animaux, comme on sait, très sensibles à cette bactérie. Au bout de quelques jours, il se produit déjà des tubercules microscopiques qui peuvent servir de type pour ce genre de formations.

Si nous examinons le foie, nous verrons que les cellules tuberculeuses, épithélioïdes et géantes, se forment uniquement aux dépens des éléments phagocytaires, c’est-à-dire des grands leucocytes mononucléaires et des cellules étoilées de Kupffer, de provenance endothéliale. Jamais une seule cellule hépatique ou épithéliale ne contribue à la formation du tubercule. Il est vrai que quelquefois on trouve des noyaux de ces éléments en voie de division karyokinétique, mais cette prolifération ne se trouve en aucun rapport direct avec la formation du tubercule, et

l'inflammation.

ne sert qu’à régénérer les éléments propres du tissu hépatique.

Le tubercule hépatique, se développant aux dépens des cellules phagocytaires d’origine mésodermique, se forme à la suite non d’une multiplication, mais d’une agglomération de ces éléments. Les phagocytes se réunissent en amas, qui constituent le tubercule primitif. Dans l’intérieur de ces phagocytes tuberculeux se trouvent des bacilles englobés par les cellules amiboïdes. Les cellules épithélioïdes se fusionnent à plusieurs pour engendrer des cellules géantes, tandis qu’un grand nombre de leucocytes mononucléaires et de lymphocytes augmentent le nombre d’éléments constituant le tubercule. Si les lymphocytes mêmes ne sont encore point des phagocytes, ils le deviennent bientôt, après s’être transformés en cellules épithélioïdes.

Le tubercule hépatique n’est donc point un produit d’origine mixte, comme le prétend la théorie de M. Baumgarten, mais bien un produit purement mésodermique, constitué par des cellules amiboïdes et phagocytaires. Le développement du tubercule pulmonaire confirme cette manière de voir. Se formant aux dépens des cellules endothéliales des vaisseaux sanguins, avec le concours des leucocytes, les tubercules pulmonaires sont le produit, non d’une prolifération de ces cellules, mais de leur agglomération à l’aide de mouvements amiboïdes. Les cellules de ces tubercules englobent aussi les bacilles tuberculeux, manifestant ainsi leurs propriétés phagocytaires. Dans les cas où les « cellules à poussière » ( Staubzellen des

DIXIÈME LEÇON

Allemands) contribuent à la formation des tubercules, nous avons affaire aussi à des éléments phagocytaires, dérivés des leucocytes mononucléaires (1).

Les tubercules de la rate et des ganglions lymphatiques se développent également à la suite d’une réunion des grands phagocytes de ces organes, phagocytes munis d’un seul grand noyau. Les mêmes néoplasies des cobayes et des spermophiles, produites par le bacille tuberculeux aviaire ou humain, confirment toujours la même règle : le tubercule est compose' dune réunion cle phagocytes d’ origine mésodermique , qui affluent vers les endroits ou se trouvent les bacilles , et les englobent. Les phagocytes restent sous forme de cellules épithélioïdes ou se transforment en cellules géantes. Ces dernières peuvent se développer d’une façon différente, qui aboutit toujours à la formation de grandes masses protoplasmiques renfermant plusieurs noyaux. Tantôt ces derniers se reproduisent par une sorte de bourgeonnement, comme chez les spermophiles ; tantôt, ce qui est le cas le plus fréquent, les noyaux multiples dérivent des cellules fusionnées en plasmodes. Peut-être même la multiplication des noyaux se fait quelquefois aussi par voie karyokinétique, ce qui du reste n’a jamais encore été constaté d’une façon suffisante.

La participation des leucocytes dans la production

(1) Voir le travail de M. Tchistowitch, fait dans mon laboratoire, dans les Annales de l’Inst. Pasteur , 1889, p. 337.

M. AV. Afanasieff, dans une étude sur le développement du tubercule pulmonaire du lapin, inoculé avec des bacilles de la tuberculose humaine, étude faite dans mon laboratoire, a prouvé que dans ce cas aussi le tubercule est un produit purement phagocytaire.

l’inflammation.

du tubercule est un fait bien assuré; seulement, ces leucocytes appartiennent à la catégorie des mononucléaires. Les polynucléaires englobent très facilement les bacilles tuberculeux, mais périssent au bout d’un temps très court, et deviennent, avec leur contenu microbien, la proie de différents phagocytes mononucléaires qu’on peut désigner sous le nom générique de macrophages. Ces derniers résistent beaucoup mieux aux bacilles tuberculeux et parviennent même quelquefois à les détruire. Ainsi j’ai pu constater une dégénérescence très caractéristique des bacilles tuberculeux d’origine humaine et aviaire dans les cellules épithélioïdes et surtout dans les cellules géantes des spermophiles, animaux qui, en général, résistent assez bien à la tuberculose (1). Les bacilles, évidemment sous l’influence des cellules citées, deviennent plus gros et perdent peu à peu leur propriété de fixer la coloration. Le plus souvent, c’est d’abord la partie centrale qui se décolore, quelquefois c’est au contraire la partie périphérique qui perd sa coloration. Ensuite le bacille se transforme en un corps jaunâtre, en forme de saucisson, dans l'intérieur duquel on voit un canal très mince. Les bacilles ainsi déformés se réunissent en une masse qui prend l’aspect caractéristique d'un

(1) Voir mon article dans les Archives de Virchow , 1888, t. CXIII, p. 63. Les données sur la tuberculose des spermophiles, réunies dans ce travail, se rapportent au bacille de la tuberculose aviâire. Les expériences ultérieures m’ont démontré que le spermophile est plus sensible vis-à-vis de la tuberculose humaine, malgré quoi il en détruit un certain nombre par le même mode de transformation en corps jaunes. Au Congrès de Londres, M. Bardach a communiqué des faits prouvant la grande sensibilité du spermophile pour le virus de la tuberculose humaine, dont il s’est servi dans ses expériences.

DIXIÈME LEÇON

morceau d’ambre, et frappent l’attention par leur coloration brunâtre. Toutes ces transformations ne s observent jamais ni dans les cultures où il y a pourtant beaucoup de bacilles morts , ni en dehors des cellules tuberculeuses. Elles doivent être par conséquent considérées comme le résultat d’une action phagocytaire de ces cellules et rappellent les phénomènes dégénératifs que nous avons décrits dans les kystes des grégarines et dans les larves des nématodes, entourés par des phagocytes du lombric. Dans tous ces cas, il s’agit de sécrétions anormales de la part des parasites, réagissant à l’influence des phagocytes qui les renferment ou les entourent.

Des transformations des bacilles, tout à fait semblables à celles que je viens de décrire ont été constatées aussi dans les cellules géantes des lapins, et très rarement dans celles des cobayes. Par contre, je n’ai jamais été en état de retrouver ce mode de destruction des bacilles ni chez les bovidés (dans la pommelière), ni chez l’homme. Et cependant, dans ces cas, la résistance de l’organisme est souvent très marquée. Depuis longtemps on a observé la calcification des tubercules comme moyen de guérison de la tuberculose de l’homme. Afin de donner une idée plus exacte de ce phénomène de réaction, je puis citer le cas de la résistance vis-à-vis du virus tuberculeux de l’organisme de la gerbille d’Algérie ( Meriones Shaivi). Ce rongeur, qui n’est pas absolument réfractaire à la tuberculose, supporte cette maladie beaucoup mieux qu’un grand nombre de ses congénères. Des Meriones, inoculés sous la peau et même dans l’œil avec une

l’inflammation.

culture du bacille de la tuberculose humaine, résistent pendant de longs mois à cette infection.

Lorsqu’on sacrifie des Meriones inoculés depuis six à huit mois, on trouve un grand nombre de tubercules dans les organes abdominaux, les poumons et les ganglions. Et cependant ces 'tubercules ne présentent pas, dans la majorité des cas, de phénomènes

de nécrose et de caséification. Le tissu tuberculeux, composé de cellules bien vivantes, renferme des bacilles, dont la grande majorité présente une dégénérescence très remarquable, qui mérite d’être décrite d’une façon plus détaillée.

C’est la rate de la gerhille qui présente le champ de bataille le plus important. Cet organe est parsemé de petits tubercules, composés de cellules épithélioïdes et géantes non nécrosées. Les cellules tuberculeuses renferment un petit nombre de bacilles tuberculeux ordinaires, tandis que les cellules géantes contiennent des corps calcaires très caractéristiques (fig. 62). Examinés directement sous le microscope, ils se présentent daus la majorité des cas sous forme de corps en 8, très réfringents. Quelquefois leur forme est simplement arrondie ou irrégulière. Sous l’influence d’acides, le sel calcaire (phosphate de chaux)

Fig. 62. — Tubercule avec un corps calcaire de la gerbille.

DIXIÈME LEÇON

se dissout, laissant une série plus ou moins nombreuse de couches concentriques assez minces (fig. 63).

Ces corps calcaires ont la plus grande ressemblance avec les formations décrites par Schueppel (1) dans les ganglions scrofuleux, et retrouvées par plusieurs auteurs dans beaucoup de cas de tuberculose ganglionnaire (2) de l’homme (fig. 64, 65). Mais, tandis que chez ce dernier l’origine des corps calcaires striés est encore complètement obscure, chez la gerbille elle

Fig. 63. — Ce même corps calcaire , traité par un acide dilué.

Fig. 64. — Tubercule scrofuleux avec un corps calcaire de l'homme (d’après Schuppel).

Fig. 65. — Un corps calcaire d’un ganglion mésentérique de l’homme (d’après Ziegler).

peut être révélée avec une grande facilité. L’examen des préparations étalées ou des coupes colorées par le procédé de la double coloration ( Gram ou Ziehl) , démontrent aussitôt que les corps calcaires témoignent d’un état de dégénérescence des bacilles tuberculeux dans l’intérieur des cellules géantes du rongeur. Dans les jeunes stades, les bacilles se colorent à la façon normale et ne présentent en général rien de particulier. Mais à côté on rencontre d’autres cellules géantes

(1) Untersuehungen über Lymphdrüsen-Tuberkulose. Tübingen, 1871, p. 104 et pi. I, fig. 3, 4.

(2) Ziegler, Lehrbuch cl. path. Anatomie , 6e édition, 1890, t. II, p. 98, fig. 50.

l’inflammation.

(Tab. III, fig. 4), dont les bacilles ( a ) sont revêtus d’une couche assez épaisse d’une substance amorphe et incolore (b). Cette sécrétion devient de plus en plus abondante, de sorte que les bacilles se montrent entourés de plusieurs couches concentriques. Souvent ces microbes conservent encore leur coloration caractéristique par le violet de gentiane ou la fuchsine, mais plus souvent encore ils la perdent définitivement en prenant la coloration supplémentaire (fig. 5). Quelquefois, on rencontre dans le centre d’un corps calcaire un bacille divisé en deux, et dont une moitié conserve encore la coloration primaire, tandis que l’autre l’a déjà perdue (fig. 6). Par une série de transformations intermédiaires, on aboutit à des bacilles décolorés, dont les traces sont encore représentées par un contour très marqué (fig. 7). Mais finalement les bacilles ne se distinguent en rien de la substance environnante (fig. 8) et finissent par disparaître complètement (fig. 9). Ce dernier stade, qui est de beaucoup le plus fréquent, nous présente des corps calcaires stratifiés.

Tandis que les couches sont imprégnées de phosphate de chaux, les membranes qui résistent à faction des acides faibles sont composées d’une substance identique à celle qui constitue l’enveloppe du bacille tuberculeux. Comme cette dernière, elles sont dissoutes par les acides concentrés, ne sont point attaquées par les alcalis et ne donnent pas de coloration rouge avec le réactif de Millon.

On doit admettre, d’après l’ensemble de ces faits, que les couches concentriques sont des sécrétions du

DIXIÈME LEÇON

bacille tuberculeux tout à fait analogues à ces cuticules stratifiées et multiples que nous avons signalées chez les grégarines et les nématodes, gênés par les phagocytes du lombric (p. 83). Dans le cas de la gerbille nous avons donc une production de plusieurs enveloppes par le bacille qui se défend contre la cellule géante, dans laquelle il réside. Par contre, il est très probable que le phosphate de chaux est déposé par la cellule géante même, dans sa réaction contre le bacille.

La lutte des deux organismes vivants — le bacille tuberculeux et la cellule géante de la gerbille — se poursuit donc à l’aide de sécrétions. Le bacille se défend par la sécrétion des membranes cuticulaires, et probablement aussi par la production de toxines, tandis que la cellule géante sécrète un dépôt calcaire à l’aide duquel elle emmuraille le bacille, et finit par le tuer dans un très grand nombre de cas. La cellule géante produit probablement aussi des liquides digestifs lui servant à attaquer et à digérer le bacille.

Le dépôt du phosphate de chaux exige un milieu alcalin dans l’intérieur de la cellule géante, ce qui peut être démontré par des réactifs divers. Ainsi l’alizarine sulfacide, réactif si sensible, donne une coloration violette prononcée, accusant ainsi la réaction alcaline du contenu de la cellule géante et du corps calcaire d’origine bacillaire. La coloration très foncée par l’hématoxyline (fig. 8) confirme le même fait.

Les conditions précises de cette lutte entre le microbe et le phagocyte présentent un intérêt de la plus haute importance; elles feront l’objet d’une étude

l’inflammation.

expérimentale particulière. Ici nous n’insisterons que sur la conclusion que les cellules géantes, si caractéristiques pour la tuberculose en général, présentent véritablement une forme spéciale de phagocytes très actifs dans leur lutte contre les microbes. Ce résultat a été confirmé par la découverte de M. Soudakewitch (1 ), d’une propriété des cellules géantes du lupus de digérer les fibres élastiques de la peau. 11 faut donc une activité très grande pour attaquer des corps aussi résistants que les bacilles tuberculeux et les fibres élastiques. Sous ce rapport, les cellules géantes du tubercule peuvent être comparées aux ostoclastes, cellules géantes qui accomplissent la résorption de l’os.

Contre la théorie de M. Weigert (2), acceptée par M. Koch (3) et quelques autres pathologistes, d’après laquelle la cellule géante des tubercules présenterait un état de nécrose partielle, qui empêcherait la division du protoplasma, on peut objecter, outre les faits déjà cités d’une résistance remarquable de ces cellules, leur propriété de se diviser en cellules plus petites. Le fait que cette division n’est point accompagnée d’une transformation karyokinétique des noyaux ne peut nullement surprendre, puisque dans ce cas les noyaux sont déjà multiples dès l’origine, et qu’il ne s’agit plus que de diviser le corps protoplasmique de la cellule.

(1) Archives de Virchow, 1889, t. CXV, p. 264.

(2) Deutsche med. Wochenschr., 1885 et Fortschritte d. Medicin, 1888, p. 809.

(3) Deutsche med. Woch., 1891, n° 3, p. 102.

DIXIÈME LEÇON

Si on accepte l’opinion, émise par plusieurs auteurs, et dernièrement encore exprimée par M. Chun (1), que la fragmentation du noyau, augmentant la surface nucléaire, peut servir à activer les phénomènes de nutrition intracellulaire, on comprendra facilement l’utilité que pourrait présenter l’augmentation du nombre des noyaux dans des cellules qui digèrent des corps résistants. Il ne faut pas perdre de vue que pendant la digestion intracellulaire de tant d’animaux invertébrés, il se forme souvent des plasmodes, et que ces memes fusions cellulaires sont très fréquentes dans les cas de réaction phagocytaire des éponges, méduses, échinodermes , mollusques, daphnies et autres.

Les cellules tuberculeuses, éléments de réaction de l’organisme contre les microbes, périssent souvent elles-mêmes sous l’influence des bacilles, et fournissent alors des masses nécrosées et caséeuses si caractéristiques. Pour une part, cette transformation tient probablement à ce que les tubercules, ne renfermant point de vaisseaux sanguins, sont incomplètement alimentés, ce qui diminue la vitalité et l’activité des phagocytes. Dans les cas où à l’aide des injections de tuberculine, il se produit une inflammation considérable, M. Ivoch a observé une amélioration de l’état des cobayes, et beaucoup d’observateurs ont constaté des améliorations temporaires chez l’homme. Probablement il intervient ici une influence de l’inflammation provoquée sur les cellules tuberculeuses,

(1) Physik. ôkon. Gesellschaft zu Kônigsberg, 3 avril 1890.

l’inflammation.

qui s’alimentent mieux, deviennent plus actives, et présentent par conséquent une résistance plus considérable vis-à-vis des bacilles.

L’exemple d’inflammation chronique, choisi pour élucider la question de ce phénomène, nous a montré qu’il s’agit ici d’une réaction des éléments phagocytaires d’origine mésodermique. Si la prépondérance des macrophages semble indiquer l’absence des éléments leucocytaires, il ne faut point oublier que parmi les macrophages des tubercules il se trouve un grand nombre de leucocytes mononucléaires, dont la fréquence dans le sang des phtisiques a été déjà constatée par M. Ehruch (1).

La lèpre, autre affection chronique qui se rattache à la tuberculose, doit être incontestablement considérée aussi comme une lutte de la part des phagocytes mésodermiques contre l’invasion du bacille spécifique, lutte qui se prolonge pendant de longues années. Quoiqu’on ne connaisse pas encore d’une façon définitive l’origine des macrophages, connus sous le nom de cellules lépreuses, il est pourtant très probable qu’ils dérivent des cellules endothéliales et conjonctives, aussi bien que des leucocytes mononucléaires. Ces cellules se réunissent pour produire des granulomes, et fonctionnent en qualité de phagocytes, détruisant les bacilles dans leur intérieur.

Les recherches antérieures de MM. Neisser (2) et

(1) Charité- Annalen, XII, 1887, et Farbenanalytische Untersuchungen, etc., 1891, I, p. 124.

(2) Archives de Virchow, 1881, t.LXXXIV , p. 520.

DIXIÈME LEÇON

Këbner (1), ainsi que les travaux récents de MM. Soudakewitch (2) et Sawtchenko (3) ne laissent aucun doute sur ce caractère général de la pathologie cellulaire de la lèpre. Ayant eu plusieurs fois occasion d’étudier la lèpre cutanée ainsi que celle du foie (entre autres sur des préparations de M. Muscatblüth faites dans mon ancien laboratoire d’Odessa), je puis confirmer ce fait que les cellules lépreuses, dans ces cas, présentaient tous les caractères des phagocytes mésodermiques. Dans le foie ce sont surtout les cellules du type endothélial qui englobent les bacilles lépreux, présentant dans leur intérieur une quantité extraordinaire de vacuoles. Cette « dégénérescence » vacuolaire, si on l’envisage dans son rapport avec les phénomènes de lutte phagocytaire, doit être considérée plutôt comme une sécrétion abondante de liquides digestifs, semblable à ce que nous trouvons chez les protozoaires en période de digestion intracellulaire. Dans l’intérieur des cellules lépreuses en général et de celles de la peau en particulier, on trouve souvent des quantités énormes de bacilles détruits, ce qui prouve le rôle thérapeutique des phagocytes. Si MM. Boinet et Borel (4) n’ont pu réussir à constater ce rôle, cela prouve seulement qu’ils ont eu affaire à des cas particuliers ou, ce qui est plus probable, que leurs observations sont restées incomplètes.

Parmi les affections tuberculeuses, il s’en trouve une

(1) Arch. de Virchow , 1882, t. LXXXVIII, p. 299.

(2) Beitrâge zur pathol . Anatomie de Ziegler, t. II, fasc. 1.

(3) Ibid., t. IX, p. 241.

(4) Comptes rendus de la Société de Biologie, 1890, p. 38.

l’ inflammation.

qui présente pour nous un intérêt tout particulier : C’est la tuberculose des reins de chien et des poumons de chats, produite par des nématodes, et étudiée dernièrement par MM. Ebstein et Nicolaier (1). 11 s’agit de la formation de véritables tubercules, composés par des cellules épithélioïdes seules (chien) ou associées avec des cellules géantes (chat), et développés autour des larves de nématodes. Les tubercules des chiens renfermaient chacun une larve vivante, entourée par des masses de cellules tuberculeuses. Nous avons donc ici un exemple d’une agglomération de phagocytes autour d’un animal sûrement vivant. Ce cas nous présente une analogie frappante avec l’observation (relatée dans la cinquième leçon) d’une réunion de phagocytes autour des larves vivantes de Rhabditis chez le lombric. Il nous montre encore une fois qu’une agglomération de cellules amihoïdes peut être provoquée par des organismes vivants, et n'exige nullement la présence de matières mortes ou extraites des cadavres de parasites. Malheureusement, ces cas de tuberculose zooparasitaire ne sont pas encore suffisamment étudiés, et on ne connaît rien de précis sur la provenance et le développement des éléments tuberculeux.

Ainsi que l’a démontré M. Brault (2), il y a une grande analogie entre ce qui se passe dans les inflammations chroniques, provoquées par le bacille tuberculeux, et les processus connus sous le nom de cirrhose hypertrophique . Dans les deux cas il s’agit d une

(1) Archives de Virchow, 1889, t. CXVIII, p. 432, pl. xm, xiv.

(2) Archives générales de médecine, 1888, p. 47.

DIXIÈME LEÇON

réaction clu tissu conjonctif, ou plutôt des éléments mésodermiques en général, réaction qui se prolonge pendant de longues périodes.

Même si l’on considère comme établi que ces cirrhoses sont produites en dernière instance par des poisons chimiques, tels que le plomb, l’alcool et autres, l’analogie des processus pathologiques peut être maintenue. Seulement, dans les cas d’inflammations chroniques infectieuses, les phagocytes se dirigent vers les parasites, tandis que dans les cirrhoses ces cellules attaqueraient surtout les éléments affaiblis par l’action des poisons. Le résultat peut donc être tout à fait différent, parce que dans un cas les phagocytes détruisent les microbes, et dans l’autre ils éliminent les cellules propres de l’organisme. Ce dernier cas rapproche ces inflammations chroniques des phénomènes d’atrophie, qui doivent être traités séparément.

ONZIÈME LEÇON

Sommaire. — Inflammations séreuses. - — Deux groupes de ces inflammations. — Théorie du pouvoir bactéricide des humeurs et l’exsudation séreuse. — Propriété antitoxique du sérum et les inflammations séreuses.

Dans les inflammations chroniques, comme dans les inflammations aiguës manifestant la forme purulente, fibrineuse ou catarrhale, nous retrouvons toujours, comme élément fondamental, une action phagocytaire très prononcée. Ce n’est que dans les inflammations séreuses que les phagocytes se trouvent en quantité trop faible pour que leur rôle puisse être considéré comme prépondérant. Mais jusqu’à présent, on ne connaît ces inflammations séreuses que d’une manière fort incomplète.

Autant qu’on en peut juger d’après les expériences sur les animaux, l’inflammation séreuse présente des formes diverses. D’abord, il y a des inflammations séreuses qui revêtent ce caractère par suite d’une sensibilité négative des leucocytes. Ces derniers n’émigrent pas, ne se dirigent point vers l’endroit

l’inflammation.

menacé et ne contribuent pas, par conséquent, à laformation cle l’exsudât. Mais puisque les parois vasculaires réagissent, elles font passer par leurs pores le liquide qui constitue l’exsudât séreux, presque entièrement privé de leucocytes. Cet exsudât renferme une quantité souvent très considérable demicèobes pathogènes qui se multiplient abondamment sans entraves. L’organisme animal, privé ainsi de sa défense phagocytaire, devient aussitôt la proie du microbe. Dans cette catégorie d’inflammations séreuses rentrent les maladies les plus aiguës et les plus mortelles, comme par exemple la septicémie vibrionienne des oiseaux et des cobayes, le charbon chez les petits rongeurs, souris et cobayes, et quelques autres infections encore. Dans la septicémie mentionnée, le vibrion libre pullule dans l’exsudât séreux presque complètement dépourvu de leucocytes. Dans l’exsudât séreux des animaux charbonneux, la bactéridie ne se trouve cependant qu’en faible quantité, et pourtant cet exsudât se réunit à l’endroit infecté ou dans son voisinage.

Dans un autre groupe d’inflammations séreuses d’origine microbienne, les bactéries ne se trouvent point dans l’exsudât séreux qui se forme dans les endroits plus ou moins éloignés du nid des microbes. La pleurésie séreuse qui accompagne souvent la diphtérie chez les cobayes ne présente point, comme l’ont démontré MM. Roux et Yersin (1), de microbes dans la sérosité, ceux-ci restant localisés sur le point de l’inoculation. Dans dix cas d’inflammations sé-

(1) Annales cle V Institut Pasteur, 1888, p. 635 et autres.

ONZIÈME LEÇON

reuses qui accompagnaient les phlegmons ou autres affections suppuratives, le liquide de l’œdème inflammatoire, examiné par M. Zimmermann (1), ne renfermait jamais de microbes. On peut se demander si cette transsudation de liquides représente un phénomène réactionnel de la part de l’organisme et, si elle en est un, quel avantage peut retirer de cette réaction l’organisme envahi?

En examinant cette question, il faut penser d’abord à une influence microbicide du liquide transsudé, qui débarrasserait l’ organisme de ses agresseurs. Or, bien au contraire, l’œdème inflammatoire fournit un liquide très favorable à la vie de toutes sortes de bactéries. Quoique la sérosité charbonneuse ne renferme d’habitude que peu de microbes, elle peut cependant leur servir de milieu nutritif. Même chez les animaux qui résistent au charbon, les spores de la bactéridie, introduites dans l’œdème charbonneux développé après une première inoculation, germent et donnent une nouvelle génération de bacilles (2). La faible quantité de ces microbes dans la sérosité ne prouve donc nullement que ce liquide soit bactéricide.

La tuberculose humaine est aussi souvent accompagnée d’une pleurésie séreuse, dans laquelle on ne trouve pas de bacilles. Et cependant ce n’est pas parce qu’ils ont été tués par le liquide qu’ils sont absents. Ils ne se trouvaient point dans le liquide dès le début, car, s’ils avaient été présents, ils auraient

(1) Münchener medicinische Wochenschrift , 1889, n° 9, p. 141.

(2) Voir pour les rats, Annales de l'inst. Pasteur, 1890, p. 201.

l’inflammation.

certainement attiré les leucocytes, qui sont influencés d’une façon tout à fait positive par le bacille tuberculeux. Pour la diphtérie, le doute sur l’absence initiale des bacilles dans l’exsudât séreux n’est point non plus possible, attendu que ce microbe reste toujours localisé à l’endroit de l’inoculation.1 Dans les dix cas de M. Zimmermann, déjà mentionnés, il s’agissait d’affections provoquées par le streptocoque pyogène et le staphylocoque, c’est-à-dire par deux microbes visà-vis desquels, comme l’a prouvé M. Stern (1), le liquide exsudatif de l’homme est absolument impuissant, comme moyen bactéricide. Et pourtant l’exsudât séreux, recueilli par M. Zimmermann, ne renfermait jamais de microbes.

Cette analyse des faits connus ne nous autorise point à admettre que l’inflammation séreuse soit un moyen employé par l’organisme pour détruire les microbes pathogènes. Les résultats obtenus au sujet de la propriété bactéricide des humeurs en général ne font que confirmer cette conclusion.

Malgré tout ce qui a été entrepris pour démontrer le rôle actif de cette propriété dans la destruction des microbes et la production de l’immunité, il faut reconnaître que ce facteur ne présente aucune importance à ce point de vue. Plus on a étudié le pouvoir bactéricide du sérum, plus on a dû se convaincre qu’il n’a aucun rapport, ni avec les phénomènes qui se passent dans l’organisme, ni avec l’immunité. M. Behring, un des principaux initiateurs de la théo-

(1) Zeitschrift für klinische Medicin , t. XVIII, 1890, p. 62.

ONZIÈME LEÇON

rie bactéricide des humeurs, après avoir fait un gi and nombie de îecherches personnelles sur le sujet, a fini pai douter que 1 action bactéricide du sang privé de ses éléments cellulaires soit réellement la cause de himmunité (1). Les nombreuses expériences qu’il a faites avec M. Nissen (2) ont démontré que la propriété bactéricide du sérum ne coexiste que dans quelques cas isolés avec bimmunité naturelle ou acquise. Parmi ces cas, les deux plus marqués concernent l’action du sérum des rats vis-à-vis de la bactéridie, et de celui des cobayes vaccinés contre le Vibrio Metchnikowii.

Quoique les faits découverts par MM. Behring et Nissen soient parfaitement exacts, et que le sérum des rats soit réellement souvent bactéricide pour Je bacille charbonneux, ainsi que le sérum des cobayes vaccinés bactéricide pour le Vibrio Metchnikowii , néanmoins, même dans ces exemples, la propriété bactéricide, si manifeste in vitro , ne s’exerce pas dans l’organisme animal.

Ainsi qu’il a été prouvé par M. Hankin (3), M. E. Roux et moi-même (4), la propriété bactéricide vis-àvis du bacille charbonneux en dehors de l’organisme existe pour le sérum des rats, qui eux-mêmes ne sont nullement réfractaires au charbon. D’un autre côté, les virgules du Vibrio Metchnikowii peuvent être facilement détruites, in vitro , parle sérum des cobayes

(1) Deutsche medicin. Wochenschr., 1891, p. 655, n° 19.

(2) Zeitschrift fur Hygiene, t. VIII, 1890, p. 424.

(3) Centrcilblatt fur Bactériologie, 1891, p. 378.

(4) Annales de l’Inst. Pasteur , 1891, p. 479.

vaccinés, et ne le sont pas dans l’organisme même de ces animaux. Inoculés sous la peau ou dans l’œil des cobayes réfractaires, ces vibrions vivent pendant une période assez longue et finissent par s’adapter à la vie dans le sérum préparé des animaux (1).

L’impossibilité de conclure des résultats obtenus avec le sérum préparé in vitro aux phénomènes qui se passent dans l’organisme vivant, découle des travaux antérieurs faits par M. Lubarsch (2) et moimême (3). Les expériences récentes de MM. Buchner, Ibener et Roeder (4) ont également prouvé que la propriété bactéricide du sérum, très manifeste lorsque l’on introduit, à la façon ordinaire, le sérum et les microbes dans des tubes à essai, devient beaucoup plus faible quand on introduit dans le même sérum ces mêmes microbes enveloppés dans du papier à filtrer.

L’ensemble des faits analysés nous prouve donc que l’exsudation d’un liquide séreux inflammatoire ne peut être nullement considérée comme un moyen naturel servant à détruire les microbes pathogènes, ce rôle appartenant essentiellement aux phagocytes. Mais, puisque ce sont les produits toxiques des microbes qui entrent en jeu dans l’infection, il se pourrait encore que l’exsudation séreuse serve à atténuer ou à modifier l’action de ces produits.

La découverte remarquable faite par MM. Behring et Kitasato (5), d’une propriété antitoxique de l’or-

(1) Ibid., p. 465.

(2) Centralblcitt f. Bactériologie, 1839.

(3) Archives de Virchow, 1888, t. CXIV, p. 472.

(4) Münchener medic. Wochenschr ., 1891, nos 32 et 33.

(5) Deutsche medic. Wochenschr., 1890, p. 1113.

ONZIÈME LEÇON

ganisme réfractaire, semble plaider en faveur de cette hypothèse. Ils ont constaté — et le fait a été confirmé par MM. Vaillard, Tizzoni et Cattani — que le sérum des lapins vaccinés contre le tétanos détruit des quantités considérables de toxine tétanique. M. Behring (1) a observé des faits analogues, quoique moins bien démontrés, dans la diphtérie; MM. Klemperer (2) ont également admis une propriété toxinicide pour le sang et le sérum des lapins vaccinés contre la pneumonie, et de l’homme ayant supporté la crise pneumonique.

Peut-être donc que l’exsudât séreux, incapable de tueries microbes, sert à détruire les toxines? La présence de la toxine diphtérique, constatée par M. Behring dans l’épanchement pleurétique des cobayes infectés, semblerait confirmer cette supposition. Mais chez l’homme, où la diphtérie se termine souvent par la guérison, on ne voit pas d’exsudation séreuse se produire.

La pneumonie fibrineuse (si on a le droit d’envisager cette maladie comme aboutissant à la production d’une antitoxine, ce qui ne peut pas encore être admis comme prouvé, malgré l’assertion de MM. Klemperer) nous présenterait encore un exemple où la destruction de la toxine ne serait point liée à une inflammation séreuse.

Le tétanos, maladie toxique par excellence et précisément celle dont la vaccination amène la production d’antitoxine en plus grande abondance, se dis-

(1) Deutsche meclic. Wochenschr ., 1890, p. 1145.

(2) Décliner klin. Wochenschr., 1891, nos 34 et 35.

l’inflammation.

tingue précisément par l’absence d’exsudation séreuse. D’après une communication verbale de M. Vaillard, qui aune grande expérience pour tout ce qui concerne le tétanos, chez les animaux tétaniques, aussi bien que chez ceux qui subissent l’immunisation avec le sérum des vaccinés, les phénomènes d’inflammation séreuse font constamment défaut.

D’un autre côté la tuberculose, qui est si souvent accompagnée d’exsudations séreuses, doit être rangée dans le type des maladies les moins toxiques (la preuve est fournie entre autres par le cobaye, animal si sensible à la tuberculose, malgré son insensibilité si remarquable vis-à-vis de la tuberculine).

Un autre exemple nous est présenté par le Vibrio Metchnikowii. Les cobayes sensibles et vaccinés contre ce microbe réagissent toujours contre son introduction, par une sécrétion séreuse très abondante, et pourtant il s’agit ici d’un cas où il ne se produit point d’antitoxine. Cette dernière conclusion est basée sur le fait que les animaux vaccinés contre l’infection par le microbe présentent, pour la toxine vibrionienne, une sensibilité qui n’est point compatible avec l’existence d’une antitoxine.

L’ensemble des faits connus ne corrobore donc pas l’hypothèse que l’inflammation séreuse soit une réaction salutaire de l’organisme, dirigée spécialement dans le but de la transformation de la toxine en antitoxine. Cependant il faut tenir compte de ce que nos connaissances sur la production des antitoxines ne font que débuter; la question posée ne pourra être résolue que lorsqu’on aura approfondi le problème.

ONZIÈME LEÇON

Il nous reste à citer une dernière hypothèse. Si l’exsudation séreuse ne peut être mise en rapport avec la production des antitoxines, peut-être sert-elle à diluer les toxines, et à les rendre ainsi moins actives.

Si nous nous plaçons au point de vue de la pathologie comparée, nous devrons constater que l’inflammation séreuse est de date beaucoup plus récente, au point de vue généalogique, que l’inflammation accompagnée d’une réaction leucocytaire. Tous les invertébrés, chez lesquels nous avons vu T accumulation des phagocytes autour de corps étrangers, ne nous présentent aucune trace d’une inflammation séreuse et cela non seulement chez les êtres dépourvus de liquide sanguin (comme les éponges, les cœlentérés ou les larves d’échinodermes), mais aussi chez ceux qui possèdent un système circulatoire. Même chez les amphibies, où la réaction phagocytaire est si prononcée, elle s’accomplit sans exsudation liquide tant soit peu marquée. Ce n’est que dans des cas tout à fait exceptionnels que j’ai observé une faible accumulation du liquide dans les foyers inflammatoires de la nageoire des têtards et des larves d’urodèles.

De quelque côté qu’on envisage l’inflammation séreuse, elle se présente toujours comme un phénomène d’un ordre beaucoup moins important que l’inflammation par excellence, c’est-à-dire celle qui est accompagnée d’une accumulation des phagocytes dans le foyer enflammé.

DOUZIÈME LEÇON

Sommaire. — Application des faits acquis à la critique des théories de l’attraction nutritive et de la lésion de la paroi vasculaire. — Expériences de Cohnheim avec la langue de la grenouille. — Causes inflammatoires, introduites dans le sang. — • Réaction chez les invertébrés, comme argument contre la théorie de Cohnheim.

Lutte de l’organisme contre les agents extérieurs. — Rôle de la digestion intracellulaire. — Phagocytes. — Hemitis. — Exemples : fièvre récurrente, maladie des Daphnies. — Tuberculose. — Essence de l’inflammation.

Sensibilité des phagocytes. — Sa marche progressive. — Sensibilité des cellules endothéliales. — Définition de l’inflammation. — L’inflammation n’est point la régénération. — L’inflammation ne consiste point en résorption.

Objections formulées contre la théorie biologique de l’inflammation. — Vitalisme. — Téléologie. — Absence des phagocytes dans les endroits menacés.

Imperfection de la réaction inflammatoire. — Intervention active de l’homme. — Pathologie comparée.

Après avoir passé en revue les phénomènes principaux de la réaction inflammatoire dans la série animale, nous pouvons nous poser la question de savoir jusqu’à quel point les faits de cette réaction sont d’accord avec les différentes théories mentionnées dans le premier chapitre.

Il serait inutile d’insister longuement sur l’impossibilité d’expliquer ces faits d’après la théorie de la

l’inflammation.

nutrition, qui exige un afflux considérable des matières nutritives vers l’endroit enflammé et une prolifération anormale des éléments locaux. D’après M. Virchow (1) l’inflammation cofnmence à partir du moment où se manifestent des troubles nutritifs. Ces troubles consistent en une propriété « d’attirer, c’està-dire d’absorber directement et de modifier suivant les circonstances de grandes quantités de substances nutritives ». Il s’agit ici d’une nutrition surabondante des cellules de l’organe enflammé aux dépens de la partie liquide du sang. Envisageant les choses à ce point de vue, M. Virchow considère les phénomènes inflammatoires les plus caractéristiques non comme une réaction salutaire, mais comme un processus dont le côté essentiel serait représenté « par son caractère aigu et surtout par son danger » pour l’organisme (/. c., p. 399).

D’après la théorie de Samuel et de Cohnheim, l’essence de l’inflammation consisterait en une lésion moléculaire de la paroi vasculaire. Modifiée sous l’influence d’une cause nuisible quelconque, cette paroi perdrait sa propriété de retenir les éléments du sang, qui passeraient au dehors d’une façon tout à fait passive, pour se diriger vers l’endroit de la plus faible résistance. L’inflammation ne serait donc nullement une réaction de l’organisme contre les agents extérieurs, mais simplement une lésion primaire des vaisseaux sanguins. Une expérience de Cohnheim explique sa manière de voir d’une façon très claire. Si

(1) Cellular pathologie, 4e édit., 1871, p. 475.

DOUZIÈME LEÇON

à l’aide d’une ligature on supprime la circulation du sang dans la langue d’une grenouille pendant quarante-huit heures, et si après on délie la langue, la circulation se rétablit, mais avec tous les signes d’une circulation inflammatoire, c’est-à-dire avec la disposition périphérique des leucocytes, suivie de la diapédèse. Ce fait serait, d’après Cohnheim, une conséquence directe de la lésion de la paroi vasculaire à la suite de son anémie prolongée. « Je considère comme indiscutable — ajoute Cohnheim (1) — que la cause de l’inflammation dans ce cas doit être cherchée dans les vaisseaux mêmes ; tout ce qui se passe en dehors des vaisseaux produit l’impression de changements trop secondaires, pour qu’on puisse les retenir en vue d’une explication. » Et pourtant il doit se passer, en dehors des vaisseaux, des phénomènes très importants. Les tissus périphériques, privés de leur alimentation et de leur protection par le sang, doivent devenir le siège d’une agression de la part des microbes si abondants dans la cavité buccale. Les tissus eux-mêmes, ou quelques-uns d’entre eux, doivent en même temps subir des p hénomènes dégénératifs, de sorte que tout cela peut fournir une excitation périphérique suffisante pour attirer une réaction inflammatoire. L’exemple choisi par Cohnheim fait bien saisir sa théorie, sans cependant en fournir la preuve.

Pour produire une lésion vasculaire pour ainsi dire centrale, indépendante de la lésion d’autres organes,

(1) Die embolischen Processe, 1873, p. 51.

l'inflammation.

situés à la périphérie, il y a un moyen bien simple, qui consiste à introduire la cause irritative dans l’intérieur des vaisseaux eux-mêmes. Dans le même ouvrage de Cohnheim « sur les embolies », il rapporte des expériences destinées à produire des abcès emboliques. Dans ce but il injecta dans les artères des grenouilles une multitude de substances qui auraient dû produire une inflammation considérable, comme des globules de mercure, des cantharides pulvérisées, des particules de viande pourrie, mais tout cela en vain. Jamais ces substances, qui introduites sous la peau provoquent une forte réaction, n’ont produit aucune inflammation. Et pourtant si cette dernière n’est qu’une altération des parois vasculaires, comment expliquer l’absence de cette altération dans les cas où l’influence irritative est directe.

A côté de l’expérience de Cohnheim, on peut citer encore beaucoup d’autres faits qui donnent le même résultat. Souvent, lorsque les microbes pathogènes se trouvent dans le sang, ces provocateurs si puissants de l’inflammation n’aboutissent à aucun phénomène exsudatif. Dans la fièvre récurrente le sang est rempli d’une quantité énorme de spirilles, qui par leurs mouvements en hélice ainsi que probablement par leurs toxines agissent directement sur la paroi vasculaire. D’après la théorie de Cohnheim ces parois devraient inévitablement s’altérer et faire passer les éléments du sang en dehors des vaisseaux. Et pourtant dans le cours de la fièvre récurrente, où le corps du malade est « enflammé » au plus haut degré, il ne se produit point d’inflammation dans les organes.

DOUZIÈME LEÇON

Beaucoup d’autres microbes , comme la bactéridie charbonneuse, provoquent une inflammation intense lorsqu’on les inocule sous la peau, et n’occasionnent pourtant aucune inflammation, dans le sens de Cohnheim, lorsqu’ils se trouvent dans le sang. Les mêmes phénomènes s’observent après l’injection du bacille tuberculeux dans le sang, tandis que ce même bacille, introduit en dehors des vaisseaux, provoque inévitablement une inflammation exsudative.

Outre ces faits qui ne s’expliquent point par la théorie de la lésion primaire des parois vasculaires, toute la pathologie comparée de l’inflammation plaide contre la conception de Cohnheim. Les phénomènes réactionnaires des invertébrés démontrent que l’infiltration dans la série évolutive précède les phénomènes vasculaires, et que les leucocy tes, au lieu d’être filtrés d’une façon passive, se dirigent vers l’endroit lésé, guidés par leur sensibilité et à l’aide de leurs mouvements amiboïdes.

Mais si les théories de M. Virchow et de Cohnheim ne peuvent être acceptées dans l’état actuel de nos connaissances, fant-il pour cela abandonner tout espoir de concevoir les phénomènes inflammatoires, et se contenter de leur simple description, comme le font la plupart des pathologistes modernes?

L’étude de l’inflammation, au point de vue de la pathologie comparée, nous prouve d’abord que ce phénomène est essentiellement réactionnel. L’organisme, menacé par une cause nuisible quelconque, se défend par les moyens qu’il tient à sa disposition. Puisque, comme nous avons vu, même les êtres unicellulaires

l’inflammation.

les plus inférieurs ne se comportent point d’une manière passive vis-à-vis des agents morbides, mais luttent contre eux, comment les organismes les plus développés, comme l’homme et les mammifères, n’agiraient-ils pas de même? Il y a donc une lutte incontestable de l’organisme envahi contre l’agent morbide ; mais en quoi consiste- 1- elle? Comme le démontre l’évolution de l’inflammation, c’est justement ce phénomène qui est le moyen de défense le plus répandu dans le monde animal, et à la fois le plus actif.

Le primum movens de la réaction inflammatoire est une action digestive du protoplasma vis-à-vis de l’agent nuisible. Cette action, propre à l’organisme entier ou presque entier des protozoaires, appartient à toute la masse plasmodique des myxomycètes, mais, à partir des éponges, se concentre dans le mésoderme. Les cellules phagocytaires de cette couche s’approchent, englobent et détruisent l’agent nuisible dans les cas où l’organisme envahi reste victorieux. Cette réaction phagocytaire, lente d’abord, puisque le seul moyen pour les phagocytes d’approcher de l’agent nuisible consiste en leurs mouvements amiboïdes, s’accélère beaucoup avec l’apparition d’un système sanguin et vasculaire. A Laide du courant sanguin l’organisme peut à chaque moment donné expédier vers l’endroit menacé un nombre considérable de phagocytes pour arrêter le mal. Lorsque la circulation se fait en partie dans un système de lacunes, l’afflux des phagocytes s’opère sans dispositions spéciales. Mais lorsque ces défenseurs de l’organisme se trouvent dans des vaisseaux clos, ils ne peuvent atteindre leur

DOUZIÈME LEÇON

but qu’à l’aide d’une adaptation spéciale, qui est la diapédèse à travers les parois.

Une fois arrivé à ce résultat que l’inflammation des animaux supérieurs est une réaction salutaire de l’organisme et que la diapédèse, avec tout ce qui l’accompagne, fait partie de cette réaction, plusieurs particularités des phénomènes inflammatoires deviennent simples et claires. Depuis longtemps on a été frappé par la forme lobée et polymorphe du noyau des globules de pus. Cette forme particulière est propre aux leucocytes polynucléaires, qui représentent la grande majorité (75 p. 100) de la quantité totale des globules blancs. Comme on avait observé qu’un grand nombre de globules de pus périssent dans l’exsudât, on a associé ce fait avec la forme bizarre du noyau : on a dit et on continue jusqu’à ce jour à affirmer que les leucocytes polynucléaires sont des cellules prédestinées à la mort, incapables d’une activité consi dérable. Au contraire, les leucocytes sont justement les cellules des plus actives de l’organisme. La forme de leur noyau s’explique beaucoup mieux par une adaptation spéciale au passage à travers la paroi vasculaire. Lorsqu’on observe la diapédèse, on est frappé par la difficulté que présente le passage du noyau. Une fois que ce dernier se trouve en dehors du vaisseau, le reste du protoplasma traverse la paroi presque d’un seul coup. Il est évident qu’un noyau fragmenté en plusieurs lobes doit traverser la paroi beaucoup plus facilement qu’un grand noyau entier. Voilà pourquoi les leucocytes polynucléaires se trouvent dans le pus en plus grande quan-

l’inflammation.

tité que les mononucléaires et voilà aussi pourquoi la forme lobée du noyau, absente chez les invertébrés (sauf chez quelques Céphalopodes), ne se trouve que chez les leucocytes adaptés à la diapédèse.

Les faits qui ont démontré l’impossibilité de recourir à la théorie de Cohnheim s’expliquent facilement à l’aide de la théorie que nous défendons ici. Si l’agent irritant se trouve en dehors des vaisseaux, il provoque l’inflammation typique, accompagnée de diapédèse; si le meme agent réside dans l’intérieur des vaisseaux, il ne se produit point de diapédèse, mais les leucocytes luttent contre le microbe dans le sang même. Prenons comme premier exemple la fièvre récurrente, dans laquelle les spirilles agissent certainement sur la paroi vasculaire, sans provoquer la diapédèse. Mais les leucocytes augmentent en nombre; il se produit la leucocytose qui aboutit à une lutte, dont la fin est marquée par l’englobement des spirilles par les leucocytes. Nous avons donc un cas d’inflammation non accompagné de diapédèse ; la lutte entre les phagocytes et les spirilles se passe dans le sang même. Quoiqu’il ne se fasse point d’inflammation diapédésique, la fièvre récurrente est pourtant accompagnée d’une chaleur violente et d’autres phénomènes qui indiquent que nous avons affaire à une maladie inflammatoire. Ce serait donc un cas d’une inflammation du sang même, une sorte de « hémitis », comme l’avait pensé autrefois Piorry. Le même phénomène est général pour les cas de lutte chez les animaux, chez lesquels le système sanguin et la cavité générale du corps sont réunis. Gomme nous l’avons vu au sujet

DOUZIÈME LEÇON

de la maladie des Daphnies (provoquée par le Monospora), il se produit souvent autour des spores de ce parasite une réunion considérable de leucocytes, et cette réunion se fait justement dans la cavité sanguine.

Prenons encore comme exemple la tuberculose. Inoculés sous la peau, les bacilles tuberculeux provoquent une inflammation, accompagnée d’une diapédèse considérable. Si au contraire nous inoculons les mêmes bacilles directement dans le sang, il n’y aura point de diapédèse, mais les phagocytes se réuniront autour des bacilles dans l’intérieur des vaisseaux et formeront des tubercules intravasculaires. On ne dira donc pas que dans le premier cas (inoculation extravasculaire) il y a inflammation, et dans le second (inoculation intravasculaire) il n’y en a point; on le dira d’autant moins que dans les deux il se forme les mêmes tubercules. Voilà encore un exemple d’une inflammation du sang même.

Tous ces cas d'inflammation intravasculaire sans diapédèse, ainsi que les phénomènes inflammatoires chez les jeunes larves des Axolotes et des Tritons (où ce sont les cellules migratrices qui se réunissent à l’endroit lésé), enfin toute la série des manifestations réactionnelles chez tant d’invertébrés, nous prouvent clairement que X élément essentiel et primordial dune inflammation typique consiste en mie réaction des johagocytes contre l'agent nuisible. Si ce dernier se trouve dans la cavité générale, remplie de sang, les phagocytes se réuniront dans la cavité générale ; si l’agent nuisible parvient dans l’intérieur des vais-

l’inflammation.

seaux, comme dans la fièvre récurrente ou dans la tuberculose intra-vasculaire, les phagocytes se réuniront dans le sang même; si, au contraire, Y agent nuisible se trouve en dehors de la' cavité sanguine ou en dehors des vaisseaux, il y aura émigration des phagocytes vers fendroit menacé, émigration sans diapédèse (invertébrés, jeunes larves des urodèles), ou avec diapédèse (vertébrés).

Pour que la réaction phagocytaire s’accomplisse, il faut d’abord que ces cellules soient excitées d’une façon positive. La sensibilité négative peut servir encore de moyen de défense à un organisme mobile, comme le plasmode des myxomycètes, qui s’éloigne de la cause nuisible. Dans les cas où cette dernière pénètre dans l’organisme, une sensibilité négative des phagocytes laissera le champ de bataille au parasite, ce qui entraînera la mort de l’organisme envahi, comme cela arrive assez souvent. Yoilà pourquoi, dans la série de ces êtres, nous voyons une évolution progressive de la sensibilité positive des leucocytes. Chez les Daphnies on est frappé par la grande quantité de maladies dans lesquelles la phagocytose fait complètement ou presque entièrement défaut. Chez les amphibies la chimiotaxie positive est déjà très manifeste et pourtant, comme l’a démontré M. Gabritchewsky, chez les lapins elle est de beaucoup supérieure. Et encore chez les rongeurs, comme chez les petits animaux de laboratoire en général, on observe un certain nombre de maladies foudroyantes, telles que le choléra des poules, choléra des porcs, la septicémie vibrionienne aviaire, dans lesquelles sou-

DOUZIÈME LEÇON. 225

vent la phagocytose fait complètement défaut. Chez l’homme et les mammifères supérieurs, des maladies pareilles sont déjà infiniment moins fréquentes.

Mais à côté des phagocytes mobiles dirigés par leur sensibilité, il y a encore des phagocytes fixes, développés surtout chez les vertébrés et représentés notamment par les cellules endothéliales des vaisseaux. Puisque ces cellules sont contractiles et phagocytaires, il est tout naturel de supposer qu elles sont également sensibles. Le phénomène si remarquable de l’attraction réciproque des appendices protoplasmiques des capillaires en voie de formation, qui se rencontrent pour former une anse vasculaire, s’expliquerait très facilement à l’aide de la chimiotaxie des éléments endothéliaux. La même explication peut servir aussi pour les cas où, comme dans beaucoup de néoplasies, le pannus ophtalmique, etc., les vaisseaux pénètrent facilement et poussent abondamment dans le tissu affecté. Cette croissance vasculaire dériverait d’une chimiotaxie ou quelque autre sensibilité positive, tandis que l’absence des vaisseaux dans les granulomes, tels que le tubercule, la lèpre, l’actinomycose, s’expliquerait par une sensibilité négative. Le concours des cellules endothéliales dans le processus inflammatoire, en tant qu’il provient de leur contractilité, serait également dirigé par une sensibilité de ces éléments.

En dernier lieu, il surviendrait encore une autre sensibilité, celle des éléments nerveux qui s’associent à l’appareil phagocytaire et vasculaire pour faciliter la réaction contre les agents nuisibles.

L?INFLAMMAT10N.

V inffammation doit donc être envisagée dans son ensemble comme une réaction phagocytaire de l organisme contre les agents irritatifs , réaction qui tantôt s accomplit par les phagocytes mobiles seuls , tantôt avec le concours des phagocytes vasculaires ou celui du système nerveux.

La théorie, exposée dans ces quelques lignes, pourrait être désignée sous le nom de théorie biologique ou comparée de l’inflammation, puisqu’elle est fondée sur l’étude des phénomènes de la vie cellulaire, examinés au point de vue delà pathologie comparée.

Il est avant tout nécessaire de souligner ce fait, que les phénomènes essentiels de l’inflammation présentent réellement une lutte des phagocytes contre l’agent irritatif. Comme nous avons vu les leucocytes pouvoir se transformer en cellules fixes, on pourrait croire que leur réunion considérable ne se ferait que dans ce but. Cette supposition doit être cependant rejetée par le fait que, chez les vertébrés supérieurs, les leucocytes polynucléaires, les plus nombreux parmi les leucocytes, jouant un rôle dans l’inflammation, ne contribuent point à la formation des granulations. Dans le développement de ces dernières, à côté des cellules endothéliales et probablement conjonctives, il n’y a que les leucocytes mononucléaires qui prennent une part active. Or, ces leucocytes se forment directement aux dépens des lymphocytes nombreux qui affluent vers les endroits où se fait la régénération.

Mais peut-être que les leucocytes réunis dans les foyers inflammatoires ne serviraient qu’à la résorp-

DOUZIÈME LEÇON. 227

tion des cellules mortes et des cadavres de microbes? On les a si souvent désignés comme de simples « balayeurs » de l’organisme. Nous avons déjà vu que cette supposition n’est point justifiée et que les leucocytes englobent les parasites vivants, vers lesquels ils se dirigent dès le début de l’infection. Quoique directes, ces preuves peuvent ne pas paraître suffisantes, mais on peut les corroborer.

Si l’essence de la réaction leucocytaire dans l’inflammation se résume en une résorption des parties solides, des cas de résorptions très abondantes et en même temps rapides devraient manifester un caractère inflammatoire bien prononcé. Or, cela n’est pas le cas. La métamorphose des Batraciens est accompagnée d’une résorption des organes larvaires — queue et branchies — qui s’accomplit très rapidement, en peu de jours, à l’aide des phagocytes, englobant tous les tissus dans leur protoplasma. Et pourtant il ne se fait point d’inflammation dans ce cas, les phagocytes des tissus mêmes suffisant pour en résorber les éléments. La résorption est évidemment beaucoup plus facile que la lutte avec les parasites et exige une action des phagocytes beaucoup moins considérable.

Chez les mammifères, les véritables balayeurs, c’està-dire les phagocytes accomplissant la résorption, sont des macrophages en général et des leucocytes mononucléaires en particulier. Or, ces cellules jouent un rôle important surtout dans les inflammations chroniques, comme la tuberculose, tandis que, dans les affections aiguës ce sont notamment les micro-

l’inflammation.

phages, ou leucocytes polynucléaires neutrophiles, qui prennent part à la lutte. Dans l’érysipèle, par exemple, ce sont les leucocytes polynucléaires seuls qui englobent les streptocoques, tandis que les macrophages ne le font jamais. Ces derniers au contraire accomplissent toute la résorption et englobent surtout les microphages, dont beaucoup périssent dans la lutte et doivent eux-mêmes être résorbés. Si l’émigration inflammatoire a uniquement une fonction de résorption, ce serait un véritable non-sens que de la faire aboutir à la formation du pus, c’est-à-dire d’une masse de leucocytes, dont un grand nombre meurt et doit lui-même être résorbé. Il est tout naturel d’admettre au contraire que l’émigration est un acte réactionnel de l’organisme dans la lutte, pendant laquelle un grand nombre de lutteurs principaux, de microphages, périssent sur le champ de bataille. La résorption survient ensuite et est accomplie par un autre genre de phagocytes.

Dans mon premier exposé de la théorie biologique de l’inflammation que j’ai fait il y a huit ans (1), j’ai émis l'idée que cette réaction s’accomplit à l’aide d’un lien vivant entre « les cellules du tissu conjonctif, les éléments de la paroi endothéliale et les leucocytes, qui forment une chaîne entière jouant le rôle principal dans l’inflammation telle qu’elle se produit chez les vertébrés ». Les cellules du tissu conjonctif, atteintes les premières, transmettraient l’action à la paroi vasculaire, dont les cellules se contractent, facili—

(1) Biologisches Centralblcitt, 1883, p. 564.

DOUZIÈME LEÇON

tant le passage des globules blancs. A ce moment on n’avait le droit d’admettre qu’une sensibilité tactile de ces différents éléments cellulaires, bien que certains faits, comme l'émigration à grandes distances des cellules sexuelles des hydropolypes (1), fissent déjà pressentir l'existence de la chimiotaxie. Depuis, cette chimiotaxie a été prouvée d’une façon tout à fait positive.

On a souvent trouvé trop de vitalisme dans cette théorie biologique. Pour ne citer que l’opinion la plus franchement exposée, je me bornerai à celle de M. Fr venu el (2) : « La théorie des phagocytes — dit-il — présume des capacités étonnantes du protoplasma des leucocytes, auquel on attribue presque des sensations propres, des pensées et des actes, une sorte de perception psychique. » La sensibilité des phagocytes n’est point une hypothèse qu’on peut admettre ou rejeter d’après ses propres goûts, mais bien un fait bien établi qui ne doit nullement être ignoré, comme le faitM. Fraenkel. Quant aux propriétés de penser et de vouloir que M. Fraenkel me reproche d’admettre, on voit bien qu’il n’en est point question. Si la sensibilité des leucocytes ainsi que de différents organismes unicellulaires végétaux et animaux représente le premier pas d’une longue série de phénomènes qui finissent par revêtir un caractère psychique, cela n’est nullement étonnant. Les phénomènes psychiques n’ont rien de tout à fait spécifique et se sont développés comme une sorte de complication d’actes très sim-

(1) Voir AVeismann, Die Entstehung der Sexualzellen bel Hydromedusen, Iena, 1883.

(2) Grundriss der Bac ter ienkn ride, Berlin, 1890, 3e édit., p. 203.

pies, que nous présentent les organismes inférieurs et les cellules de différents animaux. Les savants qui ont étudié ces questions de plus près, comme MM. Herbert Spencer, Romanes et autres, le savent bien. Le péché de vitalisme et d’animisme qu’on prête injustement à la théorie des phagocytes doit être plutôt reproché à mes adversaires qui, eux, soutiennent que les actes psychiques des animaux supérieurs présentent quelque chose d’absolument différent des phénomènes plus simples propres aux êtres inférieurs.

On tombe dans la même erreur lorsqu’on attribue un caractère téléologique à la théorie qui considère l’inflammation comme une réaction de l’organisme contre les agents irritants. Toute cette théorie est basée sur la loi de l’évolution, d’après laquelle les caractères, utiles à l’organisme, se conservent par la sélection, tandis que les caractères nuisibles sont éliminés. Les animaux inférieurs, chez lesquels les cellules mobiles se dirigeaient au-devant de l’ennemi, l’englobaient et le détruisaient, survécurent, tandis que d’autres, chez lesquels les phagocytes ne fonctionnaient point, devaient nécessairement périr. A la suite d’une sélection naturelle semblable, les caractères utiles et entre autres ceux qui servent à la réaction inflammatoire se sont fixés et transmis, sans intervention quelconque d’un but prédestiné d’avance, comme cela devait se faire au point de vue téléologique.

Mais, dit-on — et cette objection a été formulée plusieurs fois (1) — si la réaction phagocytaire s’est

(1) Voir pour exemple M. Baumgarten, Berliner klin. Wochenschr., 1884 et M. Burdon-Sanderson, British medical Journal , 1891, p. 1085.

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développée pour protéger l’organisme contre le danger, comment se fait-il que c’est justement dans les cas où l’organisme est le plus menacé, que les phagocytes refusent d’accomplir leur rôle? Ici encore l’objection provient d’une connaissance incomplète des principes de la théorie. Justement parce que la défense des phagocytes se développe suivant la loi de la sélection naturelle et non à la suite d’un but prédestiné d’avance, il est, tout naturel qu’il se rencontre des cas où les phagocytes n’accomplissent pas leur fonction, ce qui amène la plus grande menace et la mort de l’organisme. Dans la nature réelle il se trouve des caractères variables, tantôt utiles, tantôt nuisibles à l’organisme. Les premiers amènent la survivance, les seconds la mort. Si par exemple nous considérons deux organismes : l’un, dont les phagocytes sont facilement repoussés par le microbe, et un autre, dont les phagocytes manifestent au contraire une sensibilité positive, qui amènera une phagocytose abondante, le premier deviendra bientôt la proie du parasite, sera éliminé par la sélection naturelle, tandis que le second résistera à l’infection, survivra et donnera une progéniture douée des mêmes propriétés phagocytaires. Il est évident que dans ces conditions l’activité des phagocytes augmentera, soutenue par la sélection.

Mais la force curatrice de la nature, dont la réaction inflammatoire constitue l’élément le plus important, n’est point encore une adaptation parfaite. La fréquence des maladies et des cas de morts prématurées le prouve suffisamment. L’appareil phagocytaire n’a pas encore atteint son dernier stade de développement et

se trouve en voie de perfection. Trop souvent les phagocytes fuient T ennemi ou détruisent les éléments de l’organisme duquel ils font partie (comme dans les scléroses). C’est cette imperfection cfui a depuis longtemps rendu nécessaire l’intervention active de l’homme, non satisfait de la fonction de sa force curatrice naturelle.

La défense de l’organisme contre les agents nuisibles, concentrée dans l’appareil phagocytaire et le système nerveux somatique, s’étendit sur l’appareil nerveux psychique. Aux cellules nerveuses qui dirigent les contractions et la dilatation des vaisseaux, s’associèrent les cellules qui produisent la pensée et les actes volontaires. Comme fonction de ces cellules psychiques,, il se développa toute une science ayant pour but la défense de l’organisme contre les agents nuisibles. Elle inventa des méthodes pour activer l’inflammation curatrice, comme dans beaucoup de cas de lésions artificielles facilitant la réaction inflammatoire. L’application d’agents excitant l'inflammation, tels que le jequirity, le virus de la blennorrhée, la tuberculine et la cantharidine présente une continuation consciente des mesures de défense élaborées inconsciemment par la série des êtres dans leur lutte pour l’existence.

Mais, comme l’appareil réactionnel inconscient, les forces curatrices de la nature, avec leurs phagocytes, ne sont point parfaites, l’appareil réactionnel conscient, la science médicale , n’est pas parfaite non plus. Pour atteindre son but définitif elle doit puiser des connaissances dans toutes les branches scientifiques

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moins compliquées et entre autres dans la biologie qui étudie les organismes et leur évolution naturelle.

Ce n’est pas seulement l'étude de l’inflammation qui peut trouver avantage à se placer à un point de vue de pathologie comparée. Les autres problèmes de la science médicale peuvent également tirer profit par la même méthode comparative. Dans l’étude de la fièvre on devrait commencer par l’examen de la production de la chaleur par les organismes inférieurs et chercher à saisir les premiers pas de cette production chez les vertébrés, tels que les reptiles, afin de surprendre les premières manifestations de la réaction fébrile. Puisque plusieurs de ces phénomènes se sont développés dans les temps géologiques antérieurs, il faudrait encore se faire une idée des conditions dans lesquelles ont vécu les premiers animaux dits à sang chaud.

Dans la troisième grande question pathologique, celle des tumeurs, la pathologie comparée peut rendre des services incontestables. Comme beaucoup d’organismes inférieurs, plantes et animaux, sont sujets à la formation des tumeurs, on peut plus facilement constater le rôle des parasites dans leur étiologie et rejeter la théorie des aberrations dans les feuillets de l’embryon.

La question des atrophies, qui se rattache si intimement à celle des inflammations chroniques, doit être également envisagée au point de vue de la pathologie comparée. C’est encore un chapitre de la pathologie dans lequel les phénomènes phagocytaires jouent un rôle tout à fait prépondérant.

l’inflammation.

Mais si d’un côté la science médicale a tant de choses à puiser à la biologie, dont elle ne constitue qu’une partie, ce service ne doit nullement être gratuit. La biologie générale elle-mêrîie peut tirer de grands avantages en embrassant dans le cadre de ses études les phénomènes morbides, étudiés par la pathologie. Trop souvent la biologie éprouve des difficultés dans l’étude des processus de l’évolution, parce que ces phénomènes se présentent à elle sous une forme déjà achevée. Ainsi pour analyser de plus près l’acte de la sélection naturelle, les phénomènes trop équilibrés qui se rencontrent dans la nature ne fournissent point de matériel favorable. Pour mettre en lumière le jeu de cette loi générale, il faut étudier les phénomènes moins stables, les appareils moins parfaits, en un mot les phénomènes dans lesquels la sélection naturelle peut être observée tous les jours. Or, ce sont justement les phénomènes morbides avec les réactions qui les provoquent, la lutte entre l’organisme et ses agresseurs, qui présentent la meilleure occasion pour une étude suivie de la marche de la sélection naturelle. Dans cette lutte il y a tous les jours des survivants, élus par la sélection, et des morts, éliminés par ce même facteur. D’un côté, ce sont les organismes vainqueurs élus et des parasites détruits éliminés, d’un autre ce sont les organismes vaincus éliminés, et des parasites triomphants élus.

Je termine donc par où j’ai commencé. La pathologie générale doit être réunie à la zoologie ou plutôt à la biologie, pour en faire une branche, la pathologie comparée . Cette science est presque tout entière encore

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à construire et pourtant elle peut déjà rendre des services à la médecine. Facilitant F analyse des phénomènes réactionnels, elle indique les éléments qui doivent être surtout protégés et renforcés dans la lutte de l'organisme contre ses ennemis, et contribue ainsi à la solution d’un des plus grands problèmes de F humanité.

EXPLICATION DES PLANCHES

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