‹ Leçons sur la pathologie comparée de l'inflammation, Faites à l'Institut Pasteur in 1891Chapitre 3 sur 9 · SEP T I È M E L E Ç 0 N · texte numérisé non relu

SEP T I È M E L E Ç 0 N

les nageoires caudales des larves d’Urodèles (triions et axolotcs) et des têtards de Batraciens qui fournissent de beaucoup le meilleur matériel pour l’étude de l’inflammation chez les vertébrés.

Arrêtons-nous d’abord sur les Urodèles ; nous avons

Fig. 47. — Point enflammé d’un embryon d’Axolote.

d’autant plus le droit de faire ainsi que ces animaux forment le groupe inférieur des amphibies.

Chez l’embryon d’axolote (je me suis servi toujours de la race blanche, comme plus commode pour les recherches sur l’inflammation) le rudiment de la nageoire est complètement dépourvu de vaisseaux sanguins et lymphatiques. Il est composé, en dehors de l’épiderme, d’une couche de cellules mésodermiques qui se di visent de très bonne heure en deux catégories : cellules fixes, avec des prolongements qui se ramilicnl et présentent alors la forme de bois de

cerf, et cellules mobiles avec des appendices mobiles plus gros, point ou peu ramifiés. Quoique les cellules fixes forment la majorité des éléments de ce tissu conjonctif, les cellules migratrices se rencontrent pourtant en assez grand nombre (fig. 46).

Des embryons d’axolotc de dix à quinze jours de développement, débarrassés des enveloppes de l’œuf, vivent facilement dans l’aquarium et peuvent déjà servir pour les expériences sur l’inflammation. Si on touche un bord de la nageoire d’un embryon pareil (préalablement curarisé) avec un tout petit fragment de nitrate d’argent, qu’on éloigne aussitôt avec un courant d’eau salée, on obtient une petite brûlure très limitée. On peut se servir également d’une aiguille chargée d’une poudre de carmin ou d’indigo, avec laquelle on produit à la nageoire une faible lésion. Par les deux procédés on tue d’abord un certain nombre de cellules et on découvre une partie de la nageoire qui s’imbibe d’une certaine quantité d’eau. Sous l’influence de ce liquide, les cellules voisines sont immédiatement affectées, ce qui s’aperçoit par l’aspect moins réfringent etvacuolisé de ces éléments, surtout des cellules étoilées. Peu de temps après l’opération on peut voir déjà un certain nombre de cellules migratrices se diriger vers le point lésé, tandis que l’épiderme se plie et recouvre la plaie. Le lendemain, on voit, à l’endroit de la lésion, s’accumuler une quantité notable, quoique peu abondante, de cellules mobiles du tissu conjonctif qui englobent les grains de couleurs appliqués sur la plaie ou les débris de cellules détruites (fig. 47). Parmi ces cellules

SEPTIÈME LEÇON

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agglomérées, on en trouve quelques-unes en voie de division karyokinétique. Ce phénomène est cependant trop rare pour qu’on puisse y chercher la provenance de beaucoup de cellules au point lésé. Du reste, cette hypothèse serait superflue, puisque l’observation directe prouve suffisamment le fait de l’accumulation des cellules mobiles à l’endroit de l’opération. Les cellules étoilées, qu’on peut suivre de jour en jour sur le même animal, se comportent d’une façon purement passive. Les phénomènes de division karyokinétique, qu’on observe parmi elles, ne se distinguent en rien de ce qui se passe dans d’autres points de la nageoire. Les vaisseaux sanguins ne jouent aucun rôle dans les phénomènes consécutifs à la lésion. Présents sous forme de grands troncs caudaux, ils manquent complètement dans la nageoire ou ne font leur apparition que sous forme de petits tubes sans circulation.

Il se produit donc chez l’embryon d’un vertébré un phénomène réactif de la part des cellules mobiles du tissu conjonctif seules, sans aucune intervention des vaisseaux ou des globules blancs du sang. L’analogie avec la réaction qui suit les lésions et que nous avons vues chez les méduses et les larves d’échinodermes est incontestable, puisque dans les deux cas il s agit d’une accumulation de phagocytes du tissu conjonctif autour de l’endroit lésé.

Des phénomènes du môme genre s’observent aussi chez les jeunes larves d’axolotes possédant des vaisseaux sanguins de la nageoire, ainsi que chez les larves des tritons, également munies d’anses vascu-

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laires. Les premiers vaisseaux de ces larves étant, trop petits pour faire passer par leur paroi les grands leucocytes gênés dans leurs mouvements par des globules rouges très volumineux, l’émigration ne se fait jamais ou presque jamais. On assiste donc à

Fig. 48. — Partie de la nageoire caudale d’une larve de Triton, un quart d'heure après 1 application du nitrate d’argent.

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