‹ Leçons sur la philosophie chimiqueChapitre 39 sur 43 · A FF I M TÉ · texte numérisé non relu

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ciilaire se présente à nous sous trois formes bien distinctes ; car elle peut s'exercer :

D'abord, entre les molécules du même corps : c'est la cohésion proprement dite, la cohésion des physiciens ;

Ensuite, entre des molécules plus ou moins semblables qui se mêlent en conservant les propriétés individuelles qui les caractérisent : c'est la force de dissolution ; c'est la force opposée à cette résistance des corps à se dissoudre, que l'on appelle souvent aussi, en Chimie, cohésion;

Enfin, entre des molécules dissemblables qui s'unissent étroitement et donnent un produit doué de propriétés qui lui sont propres : c'est l'affinité.

Vous remarquerez que la cohésion physique ne comporte aucune limite entre les molécules qu'elle réunit. Chaque cristal, chaque masse solide ou liquide homogène est susceptible de se grossir, de s'accroître par l'addition de nouvelles parties, et cet accroissement n'admet aucune borne.

Il n'en est pas tout à fait de même des dissolutions. Elles ne peuvent se fiiire au-dessus de certaines limites, au delà desquelles du reste on en varie indéfiniment les proportions. Ainsi, à l'eau sucrée ou salée on ne saurait ajouter du sucre ou du sel, si elle est déjà saturée; mais on peut y introduire de l'eau en grande quantité. Se fait-il, en tout cas, un mé-

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lange indéfini, ou bien est-ce une combinaison qui se délaye? C'est un point que je ne veux point discuter ici. Je puis dire en passant que je penclierais vers le dernier avis; cela d'ailleurs ne fait rien ici, car il reste toujours vrai qu'à une dissolution on peut ajouter beaucoup du véhicule qui a servi à la faire, sans altérer le composé.

Enfin s'agit-il de corps fortement antagonistes, comme un acide et une base, s'agit-il, en un mot, de corps qui s'unissent étroitement et sans conserver leurs propriétés, l'action moléculaire présente des limites précises et définies ; elle se fait par sauts très-distincts.

Faut-il voir là trois forces distinctes : la cohésion, la force de dissolution et l'affinité, ou bien la même force modifiée? Cette dernière opinion est la plus simple. N'est-ce pas aussi celle que conduit à adopter un examen attentif de la question?

La cohésion s'exerce entre des particules similaires; elle est faible et sans limite apparente. La force de dissolution s'exerce de préférence sur des \i2jL\AQ,\i\es analogues ; elle est plus forte que la cohésion, et si elle s'exerce d'une manière indéfinie, c'est seulement entre certaines limites. L'affinité s'exerce surtout entre des particules très-dissemhlables; elle est très-énergique, présente des limites tranchées et donne des produits toujours définis.

N'êtcs-vous pas surpris de voir la force accroître d'intensité, et ses effets devenir de plus en plus définis à mesure que les propriétés des molécules s'éloignent? Ainsi , prenez un bloc de cristal ; rien n'est plus facile que d'en séparer les particules similaires : il suffit d'un choc pour le rompre. Demande-t-on la séparation des deux silicates qui le constituent essentiellement, c'est chose plus délicate ; cependant une fusion tranquille peut la produire en partie. Voulez-vous isoler la silice des oxydes, il faut avoir recours à des réactions plus puissantes ; néanmoins les acides forts mettront la silice en liberté, en s'empailint des bases. Mais, si vous demandez la décomposition de la silice elle-même, s'il faut surmonter la force qui réunit l'oxygène et le silicium, alors il devient nécessaire de mettre en jeu tout ce que la Chimie a de plus énergique.

A ces principes se rattachent des généralités frappantes de vérité : tels sont ces deux résultats, bien connus, que les corps se combinent avec d'autant plus de force que leurs propriétés sont plus opposées, et qu'ils se dissolvent d'autant mieux qu'ils se ressemblent davantage. Par exemple, c'est avec les corps non métalliques que se combinent de préférence les métaux ; c'est par les alcalis que les acides sont attirés avec le plus de force, et ainsi de suite. S'agitil, au contraire, de trouver des dissolvants, il faut

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chercher les substances qui se rapproclient le plus (Je celles que l'on veut dissoudre. Avcz-vous des métaux à dissoudre, pour cela, prenez d'autres métaux : le mercure, par exemple, conviendra le plus souvent. Sont-ce des corps trës-oxydés, recourez, en général, aux dissolvants très-oxydés ; des corps trèshvdroffénés. ce sont ordinairement des dissolvants très-hydrogénés que vous devrez choisir. Une huile dissout facilement une graisse, une résine : eh bien, consultez la composition de ces corps, elle est toute semblable.

D'où l'on voit aisément que l'affinité de Barchusen se rapportait surtout à la force de dissolution, «qui jouit en effet de la propriété d'unir des corps qui se ressemblent, et de les unir souvent d'une manière presque inextricable.

Bref, et pour résumer, une seule attraction moléculaire pourrait fort bien suffire pour expliquer les variations que l'on observe dans les faits, puisqu'elle s'exercerait sur des particules, tantôt identiques, tantôt analogues, tantôt dissemblables. Si la forme des particules doit être prise en considération, leur action réciproque devrait varier dans le même sens que la dissemblance des particules, et c'est aussi ce qui a lieu. Laissons à l'expérience ultérieure le soin de préciser la nature de cette force, et de déterminer les lois de ses effets divers, si ces vues, qu'on

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ne peut aujourd'hui présenter que comme probables, se trouvent vérifiées par la suite.

Voilà les réflexions les plus générales que j'avais à vous présenter sur l'affinité, sur l'attraction chimique, considérée comme un fait dont on cherche à démêler les conséquences, sans prétendre remonter à la cause. 3Iais nous n'avons traité que la première partie de la question ; et pour reprendre la figure deBoërhaave, dans ce mariage des particules, nous avons examiné la convenance des conjoints ; nous avons cherché à deviner les qualités des enfants. Or les noces ne se passent pas en silence et sans appareil. Il y a mouvement, bruit, tumulte, comme le disait Boërhaave ; il y a, comme nous le disons aujourd'hui, souvent apparition de lumière, ordinairement production de chaleur, toujours, à ce qu'il paraît, dégagement d'électricité. En étudiant ces accidents passagers, on a cru pouvoir démêler la cause de l'aiïînité : c'est ce que nous discuterons dans notre prochaine séance, par laquelle je compte terminer ce cours.

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