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MAMMIFÈRES ET OISEAUX

Si nous nous demandons d'abord quelle peut être l'influence de la taille, ou plutôt quel est le rapport entre la taille et le nombre des respirations, nous constatons au premier coup d'œil que ce rapport existe, et qu'on a raison de dire que les animaux respirent d'autant plus vite qu'ils sont plus petits. Chez les Mammifères, le Rhinocéros (6 resp. par minute), l'Ours (10 resp.), comparés au Coati (60 resp.), à l'Écureuil (70 resp.); chez les Oiseaux, le Flamant (8 resp.), comparé à la Colombe (30 resp.) , en présentent des preuves suffisantes.

Mais il n'est pas difficile de voir que la taille n'est pas la seule condition, ni même la plus importante dont il faille tenir compte.

L'Antilope Guib (25 resp.) est certainement plus grosse que le Chacal (17 resp.)-, le Bœuf (15 à 18 resp.) plus gros que le Jaguar (11 resp.); et le Lapin olservé (55 resp.) pesait plus que le Chat (2Zt resp.).

Certains types paraissant donc, à taille égale, respirer plus fréquemment que certains autres : d'une manière générale, les Mammifères carnassiers respirent plus lentement que les Mammifères herbivores, et surtout que les Rongeurs.

Mais si nous passons à l'analyse des groupes naturels, l'influence de la taille reprend sa prédominance. Citons, par exemple, chez les Mammifères: le Lion (10 resp.), la Panthère(18 resp.), et le Chat (24 resp.) ; le Chien (15 resp.), le Chacal (17 resp.), le Renard de Tunisie ('2li resp.), et le Renard de Perse, très-petit animal (28 resp.) ; le Dromadaire (10 à 11 resp.), et le Lama (18 à 20 resp.) ; la Biche (13 resp.), l'Antilope Guib, plus petite (25 resp.). Chez les Oiseaux : le Condor (6 resp.), et le Vautour Caracara (15 resp.); le Marabout du Bengale (h resp.), le Marabout

de Java (6 resp.), le Flamant (8 resp.), l'Aigrette (11 resp.), et le Combattant (26 resp.); etc.

Ainsi, dans un même groupe naturel, la respiration est d'autant plus fréquente chez les diverses espèces que la taille est plus petite; mais entre les différents groupes, la taille ne permet plus de rien préjuger. Certains groupes respirent, à taille égale, plus rapidement que d'autres, et le plus saisissant exemple est celui des Mammifères rongeurs comparés aux carnassiers.

Les Poissons, dont nous allons maintenant nous occuper, nous présentent des faits analogues. Mais ici, les comparaisons sont très-difficiles à faire, d'une part, à cause de l'influence considérable de la température extérieure, d'autre part, à cause des grandes différences de taille que peuvent présenter les animaux d'une même espèce, quoique devant être déjà considérés comme des animaux adultes. Cependant je puis vous citer en exemple le groupe des Anguilles, dont la respiration paraît singulièrement lente, car une Anguille pesant 13 grammes, examinée simultanément avec un Goujon de 11 grammes, respirait 28 fois, tandis que le goujon respirait 60 fois par minute. Le groupe des Syngnathes et des Hippocampes est dans le même cas, puisque ces poissons, de fort petite taille, donnaient les nombres 3/i et 33, tandis que des Plies donnaient 61, des Rougets 60, des Raies 50.

Chez les individus d'une même espèce, le nombre des respirations est dans un rapport très-manifeste a\ec la taille. Un Congre de 1 mètre de longueur respirait 10 fois, et un autre* de moitié moins long, respirait 25 fois par minute; un Chien de mer, de grande taille, respirait 17 fois, et un autre* plus petit, 29 fois; tandis qu'une petite Carpe pesant 120 grammes respirait 8 fois, une autre, plus petite encore,

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pesant 37 grammes, respirait 35 fois, et une troisième de ler,3, 92 fois par minute.

Or, on sait que, chez les animaux à sang chaud, la consommation d'oxygène est, d'une manière générale, en rapport inverse avec la taille, c'est-à-dire d'autant plus considérable, pour un poids donné d'animal, que celui-ci est plus petit. On a pu, vous le savez, trouver une explication de cette différence dans la déperdition de chaleur à laquelle sont inégalement soumis les animaux de volumes inégaux; les plus petits présentant beaucoup plus de surface doivent, dit-on, se refroidir plus vite, et, pour conserver la môme température, il leur faut, par conséquent, introduire dans leur corps une plus grande quantité du gaz comburant et calorifiant. Nous reviendrons, dans une prochaine leçon, sur la véritable interprétation de cette explication. Quoi qu'il en soit, la consommation d'oxygène doit être, chez des animaux semblablement constitués, en rapport avec le nombre des mouvements respiratoires : on s'explique donc, chez les animaux à sang chaud, la plus grande rapidité respiratoire présentée par ceux de petite taille.

Mais chez les Poissons, où la température propre est sensiblement égale à celle du milieu ambiant, cette explication est en défaut, et l'on ne peut comprendre à priori pourquoi entre deux petites Carpes, dont les volumes sont comme neuf est à un, les mouvements respiratoires sont comme onze est à un. La rapidité des mouvements généraux, entraînant une consommation plus grande d'oxygène, ne paraît nullement susceptible d'expliquer ces différences énormes.

Le fait n'en est, à cause de cette inconnue, que plus intéressant à signaler.

Les Mollusques Céphalopodes nous fournissent encore quelques faits curieux. Nous trouvons d'abord, entre le

Poulpe, la Seiche et le Calmar, des nombres remarquablement différents (28, 55, 65) de respirations dans une minute.

Mais le Poulpe est un animal sédentaire, immobile d'ordinaire dans le creux d'un rocher ; la Seiche, loujours suspendue en pleine eau, ne s'appuie guère sur les fonds élevés que pour s'endormir, et ses allures sont plus vives et plus rapides que celles du Poulpe ; enfin le Calmar ne prend jamais de repos : sans cesse il nage, avançant et reculant sur place, sans relâche. Chez ces animaux , la résistance vitale est très-différente : ils ont, comme on dit, la vie très-inégalement dure. Le Calmar est d'une délicatesse extrême ; il périt presque aussitôt qu'on le lire de l'eau et ne peut que difficilement être transporté ; le Poulpe, au contraire, est trèsrésistant, et les aquariums parisiens s'en procurent aisément; la Seiche est intermédiaire entre les deux. Si l'on tranche la tête à un individu de chacune de ces trois espèces , on voit que la contractilité musculaire, par exemple, dure beaucoup plus longtemps chez le Poulpe que chez la Seiche, chez celle-ci que chez le Calmar. Je regrette de n'avoir pas été en situation d'examiner ces animaux au point de vue de la respiration des tissus. Même il paraît probable que les tissus du Calmar consomment plus d'oxygène que ceux du Poulpe, d'où résulte la nécessité d'une respiration plus rapide.

Je ne veux pas étendre davantage ces considérations; je me borne à vous faire remarquer brièvement que pour les Poissons comme pour les Reptiles et les animaux hibernants, le nombre des mouvements respiratoires augmente avec la température. 11 eût été curieux de suivre ce fait dans ses détails, et d'établir la courbe des mouvements respiratoires en prenant les nombres pour ordonnées et les tem-

DIFFÉÎUiNClîS DANS LA VENTILATION PULMONAIRE. UOÏ

pératures pour abscisses ; mais le temps m'a fait défaut.

Il serait très-important d'adjoindre aux observations cidessus rapportées d'autres observations sur le nombre normal des battements du cœur; mais ici les difficultés redoublent, pour des raisons tellement évidentes qu'il serait puéril d'insister sur elles.

Un autre élément plus important encore à connaître pour l'interprétation physiologique de ces faits, ce serait la quantité d'air qui entre dans les poumons et qui en sort à chaque respiration. En effet, si le Lapin, même à taille égale, respire beaucoup plus fréquemment que le Chien, il n'en est pas moins vrai que le Chien consomme, comme je vous l'ai déjà dit d'après Regnault et Reiset (1), notablement plus d'oxygène par kilogramme et par heure (delgr,l à lgr,38) que le Lapin (de 0sr,79 à 0gr,98). Il est donc extrêmement probable que ce dernier n'introduit dans ses poumons, à chaque inspiration, qu'une quantité d'air extrêmement petite, de telle sorte qu'en un même temps, malgré la fréquence de ses respirations, il a peut-être passé dans ses poumons moins d'air que dans les poumons d'un Chat ou d'un petit Chien. Au>este, les tracés obtenus avec les animaux mis sous cloche déposent dans le même sens ; il suffit de comparer les tracés 1 et 2 (fig. 95, page 385), pour être persuadé que la respiration du Lapin est à la fois beaucoup plus rapide et beaucoup moins ample que celle du Chien.

Il faudrait, pour résoudre directement cette question, appliquer aux animaux l'ingénieuse méthode que Gréhant ( I ) a employée chez l'homme. Ce ne serait certainement pas sans des difficultés dont il convient de laisser à l'inventeur l'honneur de triompher.

(1) xxvni. ;

(2) ccvi.

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602 t>Ù NOMBRE DES MOUVEMENTS RESPIRATOIRES.

La connaissance de la capacité des poumons chez divers animaux, que permellrail, du reste, d'estimer en même temps là méthode de Gréhant, pourrait nous donner une idée des valeurs réciproques de ce renouvellement de Pair chez ces animaux, car il est probable que le volume de l'air inspiré dans une respiration régulière est dans un rapport direct et a peu près constant avec la capacité des poumons. Si donc nous trouvions un procédé d'application facile et qui pût fournir des chiffres sensiblement proportionnels à cette capacité même, nous aurions beaucoup avancé la solution de notre problème, et nous pourrions, en tout état de cause, rencontrer des faits intéressants. Or, ce procédé est fort simple, et bien qu'incapable de donner des résultats précis, il peut fournir, par voie de comparaison, des indications fort utiles.

Prenons les poumons d'un mammifère, d'un Lapin, soigneusement enlevés du corps ; insufflons-les jusqu'à ce que l'air qui y est contenu soit soumis à une certaine pression, pression peu considérable ; répétons la même opération avec les poumons d'un Chat de même taille que nous insufflons jusqu'à la même pression. Il est évident qu'il y a, entre les quantités d'air contenues sous pression dans ces poumons et la capacité régulière de ceux-ci à l'état normal, un certain rapport : en telle sorte que si les poumons du Chat contiennent, dans ces conditions, plus d'air que les poumons du Lapin, nous serons autorisé à conclure que, dans l'état normal, une différence de même ordre existe : nous n'aurons donc pas la valeur exacte, mais la valeur relative ; nous aurons, pour rappeler une comparaison que je vous ai déjà faite, une courbe semblable à la courbe qui exprimerait la réalité des phénomènes.

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