‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 251 sur 289 · CU S · texte numérisé non relu

CU S

O -H (M ceci es es es

<t Ifl (O t>

es es es es

co en cn es

En examinant main tenant ces tableaux, nous constatonsque la mort a eu lieu en présence d'une almosplièresouvent beaucoup plus riche en oxygène que l'air que nous respirons, puisquela proportion a été, dans un cas, de 77 pour 100 (exp. 24). Mais toujours nous rencontrons une proportion considérable d'acide carbonique.

Cette proportion semble fort variable ; il faut sans doute chercher une des raisons de ces différences dans la richesse inégale en oxygène des divers milieux. Chose singulière, il semble que, pour des animaux de même espèce, la proportion d'acide carbonique est d'autant plus grande qu'il y a moins d'oxygène. Chez les Rats, par exemple, quand il reste 48ou50pourl00 d'oxygène, onne trouveque 19 et 20 d'acide carbonique (exp. 8 et 9); au contraire, le chiffre extrême de 30 pour 100 d'acide carbonique coïncide avec 20 pour 100 seulement d'oxygène (exp. 7). Mais pour pouvoir établir solidement ce fait et en chercher les conséquences, il faudrait répéter un nombre considérable d'expériences, et tenir compte de la capacité des vases, de la température, etc.

Si nous comparions la composition de l'atmosphère où sont morts les Rats et les Souris d'une part, avec celle où périrent les Chats, nous trouvons dans la première moins d'acide carbonique (19 à 30) que dans la seconde (30 à 33). Un Lapin (exp. 18) a laissé la proportion remarquable de A3 pour 100.

Mettant maintenanten parallèle les résultats consignés dans nos deux tableaux, nous voyons que la composition de l'atmosphère mortelle a été sensiblement la même, soit qu'on ait laissé l'animal produire l'acide carbonique qui devait le tuer, soit qu'on ait introduit à l'avance de l'acide carbonique artificiellement préparé. Les expériences 24 et 25 sont surtout instructives sous ce rapport,

ATMOSPHERE SUROXTGÉNÉB . 521

La différence la plus remarquable que nous présentent nos tableaux est à coup sûr celle qui existe entre les animaux à sang chaud et les animaux à sang froid. Chez les premiers, la quantité d'acide carbonique n'est jamais descendue au dessous de 10, s'est élevée jusqu'à Zi3, et s'est maintenue d'ordinaire entre 25 et 30 pour 100 ; chez les Reptiles, au contraire, elle s'est abaissée jusqu'à 13 et n'a pas dépassé il.

Ainsi les Reptiles redoutent beaucoup plus que les Mammifères et les Oiseaux l'influence de l'acide carbonique. C'est là un résultat singulier, que ne pouvait guère faire prévoir ce qu'on sait et ce qu'on dit de la lenteur de leur respiration, de leur résistance à l'asphyxie, en un mot, de'leur infériorité respiratoire. Le fait est, cependant, et j'ai pu, dès que je l'ai eu constaté, lui trouver une application immédiate dans le domaine d'une autre science.

Certains paléontologistes, en effet, considérant que les Reptiles semblent être apparus "à la surface de la terre avant les Oiseaux et les Mammifères, ont cru pouvoir rapporter ce fait à la présence dans l'air, aux époques géologiques primitives, d'une plus grande quantité d'acide carbonique, compatible seulement avec l'existence d'animaux à respiration peu active. En admettant même, comme définitivement démontrée, cette antériorité des Reptiles, il est évident qu'il ne faudrait pas l'attribuer à la cause invoquée, puisqu'une quantité d'acide carbonique mortelle pour eux paraît à peine gêner la respiration d'un animal à sang chaud.

En résumé, Mammifères, Oiseaux, Reptiles, périssent dans une atmosphère qui contient plus d'oxygène que l'air ordinaire, lorsqu'elle est en même temps chargée d'une forte proportion d'acide carbonique.

Ceci pourrait s'expliquer de deux façons : ou bien l'acide

carbonique a tué directement les animaux, et cela se peut, puisque, nous l'avons vu, c'est un véritable poison; ou bien il a été cause indirecte de leur mort, en s'opposant à l'entrée de l'oxygène dans leur sang, et en les faisant ainsi périr d'asphyxie.

Cette dernière explication ne saurait être admise. En effet, Cl. Bernard a vu que la chair des animaux morts dans une atmosphère suroxygénée est d'un rose vif qui contraste singulièrement avec ce qu'on observe dans les asphyxies ordinaires. J'ai fréquemment observé le même fait, et constaté que cette couleur est due au sang, lequel est aussi rouge ou même plus rouge que le sang d'un animal vivant, respirant l'air en nature. Je vous ai déjà entretenu de ceci (voy. p. 140), et nous avons appris que la richesse en oxygène du sang était toujours en rapport avec sa rutilance ', il faut donc admettre que le sang d'un animal ainsi mort contient encore une quantité bien suffisante d'oxygène.

Dans l'asphyxie, au contraire, l'oxygène disparait du sang presque complètement. La mort dans une atmosphère suroxygénée n'est donc pas une asphyxie, mais un vérilable empoisonnement.

Quel est le mécanisme de cet empoisonnement? Il est fort simple, et Claude Bernard l'a depuis longtemps indiqué : l'acide carbonique de l'atmosphère, en proportion trop considérable, s'est opposé à la sortie de l'acide carbonique du sang, et l'animal est mort empoisonné par l'acide carbonique formé par ses tissus, absolument comme il serait mort empoisonné par l'acide urique si l'on eût enlevé se deux reins. Pour que l'acide carbonique du sang puisse s'échapper, il faut évidemment que la pression de la part de l'acide carbonique de l'atmosphère soit moindre que la force qui tend à le rejeter, que sa tension dans le sang, comme

CAUSES DE LA MORT DANS l/AIR CONFINÉ. 523

on dit en Allemagne. Quand la pression .extérieure devient égale à la tension intérieure, cet, acide reste nécessairement dans le sang, et agit alors comme une substance toxique. Pappelezrvoqs l'expérience dont je vous ai parlé (voy. p. 161), et dans laquelle un Oiseau, qui se mourait dans une atmosphère suroxygénée, a été soudain soulagé par quelques coups de piston de la machine pneumatique.

Nous comprenons maintenant une des raisons pour lesquelles les animaux à sang froid redoutent plus que les animaux à sang chaud l'influence de l'acide carbonique. La température élevée du corps chez ces derniers, est une des forces qui tendent à chasser au dehors l'acide carbonique du sang; chez les autres, au contraire, le sang est à la température de l'air, et toute modification dans la température agit en même temps sur la pression extérieure et sur la tension intérieure de l'acide carbonique. J'aurais désiré, mais je n'ai pu le faire, .soumettre celte explication à la sanction de l'expérience, en étudiant les résultats de la mort d'un Mammifère hibernant dans une atmosphère suroxygénée.

Les recherches que nous venons de faire nous permettent maintenant de répondre à la .question que nous nous sommes posée : dans J'asphyxie en vase clos, et, d'une manière générale, dans l'asphyxie (car dans la strangulation ou la noyade, le vase clos c'est le poumon), à quelle altération de l'atmosphère est due la mort : à l'oxygène disparu, à l'acide carbonique accumulé?

Nous répondrons, pour les animaux à sang chaud et dans les circonstances ordinaires : à l'oxygène disparu. La proportion de 11 à 14 pour 100, qui est la proportion ordinaire de l'acide carbonique, ne permet pas de croire que ce gaz joue un rôle véritablement actif, Nous avons vu, en effet, que pour déterminer la mort, l'atmosphère devait en con-

tenir de 20 à 30 pour 100 ; et dans notre dernier tableau se trouve relatée une expérience (n° 1h) dans laquelle un animal a respiré pendant plusieurs heures, sans trouble apparent, dans une atmosphère qui contenait au début 10 pour 100 d'acide carbonique. Son action, par conséquent, sans devoir être complètement négligée, est incontestablement secondaire. Elle doit prendre cependant plus d'importance dans certains cas inexpliqués, où la proportion s'élève à 10 ou même 18 pour 100 (Ier tableau, expérience 1, 6,16, 20). Enfin il est une circonstance où elle paraît prépondérante.

Reportez-vous aux expériences 22 et 23 du premier tableau (page 510). Les rats dont il est question sont morts dans une atmosphère contenant encore 12 et là pour 100 d'oxygène, avec seulement 6 ou 6,5 d'acide carbonique. Évidemment, ce n'est pas l'épuisement de l'oxygène qui les a tués. Or, ces animaux étaient soumis à l'influence d'une température élevée (de 30 à 38 degrés) . Celle-ci augmentait considérablement la pression de l'acide carbonique contenu dans l'air, et cet acide a pu tuer les animaux qui sont morts ainsi, absolument comme s'ils avaient été placés dans une atmosphère très-riche à la fois en oxygène et en acide carbonique.

Ce que je viens de dire des animaux à sang chaud soumis à une température trop élevée, je le dirai également des animaux à sang froid, dans les circonstances ordinaires de température. Maintenus en vases clos, ils ne périssent pas parce qu'ils ont épuisé tout l'oxygène : voyez plutôt la Couleuvre de Valentin, qui avait laissé 11,70 pour 100 d'oxygène, et ma Grenouille (1er tableau, exp. à'), qui en a laissé 6. Ils périssent par l'influence de l'acide carbonique; l'air où la grenouille est morte en contenait 13 pour 100, et nous avons vu périr un animal de la même espèce dans une atmosphère où se trouvaient, à côté de 8û pour 100

CAUSES DË LA MORT DANS L'ATR CONFtNÉ. 525

d'oxygène, seulement 13,7 d'acide carbonique (2° tableau, exp. 23). Mais quand la température ambiante est très-basse, la pression extérieure de l'acide carbonique diminue, les tissus de l'animal, vraisemblablement, le redoutent moins, et le Reptile peut alors épuiser à peu près tout l'oxygène de l'air (1er tableau, exp. Ù5).

En résumé, la mort dans l'air confiné est déterminée, sauf des circonstances exceptionnelles : chez les animaux à sang chaud, par la privation d'oxygène ; chez les animaux à sang froid, par la présence en excès de l'acide carbonique.

Page 1