TISSUS DE NATURES DIFFÉRENTES
Le cœur se comporte à peu près comme les muscles, eL donne parfois même une consommation plus grande d'oxygène, ce qu'il ne faudrait pas rapporter au sang qui reste adhérent à ses fragments, car la rate qui en contient certes davantage, n'occupe dans notre liste qu'un rang inférieur.
On peut remarquer encore que la hiérarchie relative à l'exhalation de l'acide carbonique ne correspond pas à celle de l'absorption oxygénée, et qu'il ne paraît y avoir aucun rapport entre ces deux termes de l'échange gazeux, envisagés pour un même tissu : nous reviendrons tout à l'heure sur les conséquences de ce fait qui est très-général. Je crois inutile de multiplier des citations d'expériences qui ne seraient, sauf des différences de détails, qu'une répétition de ce qui vient d'être dit.
Mais la consommation différente d'oxygène par des tissus différents peut être mise en évidence par des expériences d'un autre ordre, faites dans des conditions qui se rapprochent davantage de la respiration, normale des tissus.
Du sang artériel de chien est détîbriné au contact de l'air, et, par conséquent, fortement chargé d'oxygène. Parties égales de ce sang sont alors transvasées clans des éprouvettes renversées sur la cuve à mercure. Une de ces éprouvettes est laissée intacte, comme témoin ; dans chacune des autres est introduite une même quantité de différents tissus frais, enlevés au même chien qu'on a tué par hémorrhagie, et coupés en petits morceaux. Après un certain temps de conlact, le sang est recueilli, et l'oxygène qu'il contient encore en est extrait, puis analysé par la méthode de Cl. Bernard, dont il sera question dans une prochaine leçon, c'est-à-dire par le déplacement à l'aide du l'oxyde de carbone.
48 RESPIRATION DES ï ISSUS.
Voici les résultats d'une expérience faite dans ces conditions :
La quantité de sang employé était de 50 grammes; celle des tissus (muscle et rate), de kQ grammes pour chacun. Après h heures de contact, le sang dans lequel baigne le muscle est beaucoup plus noir que celui où plongent les morceaux de rate, lequel est moins rouge que le sang resté comme témoin. Une certaine quantité de ces mêmes sangs est extraite, agitée avec de l'oxyde de carbone, et l'on trouve, en définitive, que
o co2
Les 60 cent. cub. de sang où a séjourné le muscle dégagent 3,6 0,4
— — la rate 7,3 0,9
— restés comme témoin 10,7 0,5
Il est donc évident que le muscle, à poids égal, a consommé dans le même temps beaucoup plus d'oxygène que ne l'a fait la rate ; je ne dis rien de l'acide carbonique, la méthode de Claude Bernard ne donnant de résultats certains que pour la proportion de l'oxygène.
2° Echanges gazeux de tissus semblables en présence d'atmosphères de compositions différentes.
Spallanzani a démontré par plusieurs exemples que plus le milieu ambiant est riche en oxygène, plus un même tissu absorbe de ce gaz.
Ainsi (1), tandis qu'une même quantité de chair d'écrevisse avait absorbé dans un certain espace d'air 10 d'ow gène, et exhalé 5 d'acide carbonique, la même quantité dans le même volume d'oxygène pur a pris 32 d'oxygène et perdu 9 de CO2.
J'ai, en maintes occasions, vérifié l'exactitude de ce fait, et
(1) XIX, t. 1, p. 123. —Voyez, en outre, t. il, p, 26, à9, et plusieurs antres passages.