REMARQUE
Les données que nous avons communiquées jusqu'ici, ne sbnt déduites que de sommes de travail musculaire relativement peu considérables, et les légères variations de la proportion d'urée excrétée eu dehors'et pendant l'exercice, ne permettent pas encore de se prononcer définitivement sur la question de l'usure des substances azotées par la contraction musculaire. Il était à désirer que d'autres expériences fussent entreprises pour déterminer l'influence d'un mouvement plus prolongé et plus énergique. Cette condition a été réalisée par deux professeurs de Zurich, Fick et WisUcemcs qui, postérieurement à ces leçons, ont publié un mémoire très-intéressant sur Vorigine de la force musculaire (1). Les auteurs partent du théorème que la force extérieure engendrée par le muscle est la résultante mécanique de l'oxydation des matières combustibles contenues dans le muscle. Se ralliant à l'opinion de Voit, discutée précédemment, ils considèrent comme bien établi que l'azote provenant de la décomposition des matières protéiques quitte le corps presque uniquement par la voie des urines, et que par conséquent la quantité d'urée excrétée peut être regardée comme mesure de la décomposition des matières albuminoïdes. Comme ils n'ont d'ailleurs à s'occuper, dans cette recherche, que de la mesure des matières oxydées à un haut degré, c'est-àdire dont la chaleur de combustion est transformée directement en travail mécanique extérieur, ils croient pouvoir négliger la proportion d'azote déversé avec les excréments et provenant de décompositions moins énergiques, incapables de fournir une somme de travail mécanique appréciable. — Le problème que les auteurs se posent , est conçu en ces termes : Quelles sont les matières en particwlier dont la comlustion fournit le travail mîisculaire ? Et il est limité à cette question plus spéciale : La décomposition de Valbumine peut-elle seule fournir la force vive qui se manifeste comme travail musculaire, et la décomposition des matières non azotées, comme les corps gras, etc., ne peut-elle pas contribuer à la production de ce travail? — Afin de montrer plus clairement que la première de ces manières de voir n'est rien moins que probable,
(I) A. Fick et J. fVislicenm. IJber die Enlstchiing (Ici- Muskelkrafl. (VierleljahMsclir. il. Ziirch. Nnliirforsch Ges«llsch. J. X.).
les auteurs empruntent à la mécanique la comparaison suivante : « Supposons qu'un homme, ignorant le mécanisme des machines « à vapeur, fasse des recherches sur la source du travail d'une M locomotive. Il trouvera que l'objet de ses recherches est com- « posé en grande partie de métaux, de fer, d'acier, de laiton, etc. « Il n'y trouvera que très-peu de charbon. S'il raisonnait d'après « les principes de beaucoup de physiologistes par rapport au « muscle , il arriverait à la conclusion suivante : Puisque cet ap- « pareil producteur de travail est composé presque uniquement « de métaux , ce sont nécessairement les métaux qui par leur « combustion engendrent le travail. Pour nous, auxquels le vrai « mécanisme de la machine à vapeur est connu, l'erreur de cette « conclusion saute aux yeux. Nous savons que c'est la combustion « du charbon qui constitue la source de la force, bien que peu s'en « trouve dans la machine à chaque instant. De même il est pos- « siile que la force musculaire soit fournie par la combustion de « matières non-azotées , bien qu'il ne s'en trouve qu'une petite « quantité à chaque instant dans le tissu contractile » (1).
L'expérience de Fick et Wislicenus consista à faire, à jeun, l'ascension du Faulhorn (sommet des Alpes bernoises) et à déterminer l 'azote excrété par les reins avant , pendant et après l'ascension. Le travail musculaire réalisé en un temps donné ( huit heures ) se composant de plusieurs facteurs connus ( hauteur de la montagné, poids du corps, battements du cœur, nombre des respirations, etc.) , les auteurs déterminent une première somme exprimée en kilogrammètres et correspondant au travail extérieur. Calculant ensuite, d'après l'azote excrété par les reins, la quantité d'albumine ayant dû être décomposée pour fournir le chiffre trouvé d'azote , et déterminant en kilogrammètres l'équivalent mécaniqxie de la chaleur de combustion de cette quantité d'albumine , ils arrivent à une , seconde somme exprimée en kilogrammètres et correspondant à la décomposition de Valbimine pendant le travail. Rapprochant ces deux chiffres, ils font le raisonnement suivant: Si l'équivalent mécanique de la chaleur de combustion de l'albumine brûlée se trouve moindre que le travail extérieur produit pendant le même temps, il est démontré que ce n'est pas seulement la décomposition des matières albuminol'des qui peut fournir le travail musculaire.
H) Voy. Il Nuovo Ciinenl.0, iN" du 5 août )8G0, pag. 71. Analyse du mémoire des auleura cilés.
PREAIIÈRE LEÇON. 11
Les limites de cet ouvrage ne permettant pas de suivre les auteurs dans leurs calculs et de discuter la valeur de leurs chilfres, nous nous bornerons à extraire les chiffres représentant les quantités d'urée et d'azote déterminées pour la totalité des urines excrétées dans le cours de leur expérience, et à communiquer les résultats généraxix.
Les lettres F. et W. désignent les deux personnes soumises à l'expérience :
A. Urines nocturnes sécré-
tées avant le travail .
B. Urines &éQ,xé,iéG& pendant
le travail