‹ Leçons sur la physiologie du système nerveux (sensibilité) professées à la Faculté de médecine de ParisChapitre 2 sur 2 · IN SI XI KMK LEÇON · texte numérisé non relu

IN SI XI KMK LEÇON

part, l'étude des dégénérescences, succédant à une section transversale de cordons, nous montre qu'ils possèdent en outre des fibres centripètes ou sensitives et des libres commissurales qui remplissent vis-à-vis des parties grises des cornes antérieures le rôle des cordons postérieurs vis-à-vis des parties grises postérieures. C'est dans la partie postérieure des cordons antéro-latéraux, près de la substance grise des cornes postérieures et jusque au-dessus du niveau delà moelle, qu'existent ces libres centripètes se continuant jusqu'aux centres encéphaliques.

SEPTIÈMK LKCON

DU TOUCHER (suite)

Sensibilité des parties extracutanées: dents; poils; moustache du chat: poils de la chauve-souris. — Sensibilité des parties intracutanées : séreuses; os; moelle osseuse; cartilages; ligaments; tendons; muscles. — Sens musculaire. — Action de palper, de soupeser.— Réflexes tendineux.

Nous avons terminé l'étude des sensibilités spéciales du toucher, il nous reste à examiner la sensibilité des parties situées, pour ainsi dire, en dehors et en dedans de la peau.

Nous nous occuperons d'abord des appendices de l'épiderme : dents, poils.

Les poils et les dents constituent des tissus annexés à la peau et à la muqueuse, mais ne renferment pas de nerfs si ce n'est dans leurs parties centrales (pulpe dentaire) ou radiculaires (racines des poils). Nous savons que les dents sont sensibles à la température, mais elles perçoivent aussi la sensation des contacts : un errain de sable.

un fil sont appréciés par elles quant à la dimension et à

la résistance.

Les poils sont également dépourvus de nerfs et cependant nous sentons s'il sont touchés et mus dans le sens do leur direction ou à rebrousse poil.

Pourquoi donc ces phancres (comme les appelait de Blainville) sont-ils ainsi sensibles malgré qu'ils soient dépourvus d'éléments nerveux? C'est parce que, à leur base, existent des nerfs auxquels ils transmettent les vibrations éprouvées.

A la racine du poil, en effet, est un bulbe nerveux qui reçoit les moindres ébranlements communiqués, de sorte que cet organe est comparable au bâton d'un aveugle, au moyen duquel celui-ci peut juger de la nature et des obstacles du sol.

La même chose se produit pour les dents. De même qu'à travers l'épaisse semelle d'une chaussure on distinguera le choc produit par un corps ligneux ou par un corps métallique en même temps que la direction et, jusqu'à un certain point, la force de ce choc, de même à la pulpe dentaire, organe sensible, arriveront les impressions portées sur la dent (émail et ivoire), organe insensible.

Cette sensibilité des parties extérieures de la peau arrive chez certains animaux à un degré de délicatesse extrême.

A la base des longs poils de la moustache du chat, le microscope nous fait découvrir un bulbe en forme de massue à riche plexus nervoso-sanguin; la présence de ces nerfs fait du poil correspondant un véritable organe tactile tout particulier; en effet, si dans l'obscurité on place un chat au milieu d'une table recouverte d'objets fragiles, l'animal évitera tous les obstacles sans rien casser. Il est vrai que cet animal y voit pour peu que

DU TOUCHER (SUITE . IO.i

L'obscurité ne soit pas absolue, mais un observateur anglais a constaté que, même après avoir eu les yeux crevés, il se dirige aussi adroitement. Par contre, si on lui a coupé sa moustache, alors l'animal ne sait plus se guider et il renverse tout sur son passage. Le chat possède donc, pour ainsi dire, à sa lèvre supérieure, comme une série de bâtons d'aveugle, selon la comparaison faite ci-dessus.

Spallanzani avait fait des expériences semblables sur la chauve-souris et, comme il avait pu constater que cet animal vole dans l'obscurité en évitant tous les obstacles (même après avoir eu les yeux crevés), il avait été ainsi conduit à admettre pour la chauve-souris l'existence d'un sixième sens. Mais l'anatomie exacte des poils, faite par Jobert, a fait voir que sur toute la surface du corps de ce cheiroptère, les poils même les plus lins sont pourvus d'un bulbe nerveux très développé, et que c'est grâce à eux que l'animal peut se diriger lorsqu'il se trouve dans l'obscurité ou qu'il a les yeux crevés. Voici sans doute comment :

On s'explique facilement comment un animal peut reconnaître si c'est à rebrousse poil ou dans le sens du pelage qu'on lui passe la main sur le dos. Que ce soit la main ouïe souffle du vent, il fera aussi bien la distinction de la direction. Or, pour la chauve-souris, c'est là ce qui se passe. Lorsqu'elle approche d'un obstacle, l'air, répercuté par cet obstacle, revient sur ses ailes et les impressionne dans une direction donnée ; l'animal sent qu'il va se heurter à quelque chose, et il modifie en conséquence la direction de son vol. C'est donc par des sortes d'échos oVair, perçus par les poils que la chauve-souris a l'exacte notion des obstacles qui l'entourent.

Si la sensibilité des parties extracutanées peut ainsi

atteindre une si grande délicatesse, il n'en est pas de même pour les parties situées en dedans de la peau, dans lesquelles, en effet, la sensibilité est généralement très obtuse.

Les membranes séreuses ne donnent aucune notion sur l'agent qui les excite ; si celui-ci est très violent, il produit uniquement une action douloureuse. — Dans l'hydrocèle, lorsqu'on veut modifier la surface de la tunique vaginale par une injection de teinture d'iode, afin d'empêcher le renouvellement de l'épanchement, l'action irritante du médicament n'est que peu ou pas sentie ; il n'y a qu'une injection trop froide ou trop chaude, capable d'impressionner douloureusement cette séreuse.

Vous n'êtes pas sans avoir entendu souvent se récrier les personnes du monde au récit d'une amputation, relativement aux souffrances qu'elles supposent être éprouvées par le patient au moment où « on arrive à l'os et où on le scie ». C'est là, en effet, une croyance très répandue que l'os est très sensible. Or, il n'en est rien, les os sont peu sensibles à l'état normal : le temps le plus sensible dans une amputation est la section de la peau, et si le chirurgien a profité de l'anesthésie pour circonscrire une manchette cutanée , le reste de l'opération s'effectuera sans grandes souffrances , à part les éclairs douloureux accompagnant la section des troncs nerveux. En effet, lorsqu'on scie l'os, il ne se produit guère qu'un phénomène d'ébranlement.

La moelle osseuse n'est pas très sensible à l'état normal, mais si l'os et surtout son périoste est enflammé (ostéo-myélite), on a affaire à un des types pathologiques les plus douloureux.

Les cartilages ne possèdent aucune sensibilité ; tandis que l'os reçoit des nerfs et peut devenir sensible à l'état

pathologique, le cartilage reste aussi insensible dans ce dernier état que dans L'état normal.

Les ligaments sont peu sensibles à la section et à la brûlure, mais ils paraissent posséder une certaine sensibilité à la traction et à la torsion. M. Sappey y a démontré la présence de nerfs, ce qui explique les douleurs observées dans l'entorse, quoique M. Richetles attribue, dans ce cas, aux tiraillements du périoste.

Les tendons sont insensibles à l'état normal et à l'état pathologique. C'est ce que montrent les diverses opérations de ténotomie, par exemple dans le redressement du pied-bot. Dans la section du tendon d'Achille, l'enfant ne crie que lorsqu'on entame sa peau. Dans des foyers suppures, on trouve des bouts de tendons macérés, exfoliés, et qu'on peut couper avec des ciseaux sans avoir plus de réaction qu'après la section d'un ongle.

Le muscle n'est pas très douloureux à la section et à la cautérisation. Sur une grenouille écorchée l'application d'un cautère ne produit aucun résultat. Mais si le tissu musculaire est peu sensible à la douleur, il possède un sens particulier dont l'existence a d'abord été entrevue par des raisonnements philosophiques et qui n'est bien connu que depuis quelque temps : le Sens musculaire

C'est un sens au même titre que les autres sens spéciaux , de contact, de pression, etc., que nous avons dernièrement examinés. Il nous donne la notion de l'état de contraction de nos muscles.

Ce sens a été conçu et entrevu par Ch. Bell, qui outre qu'il était physiologiste, avait aussi étudié la physiognemomie : dans un livre peut-être plus connu des gens du monde et des artistes que des physiologistes, il a étudié et admiré la main, et fait la remarque qu'il doit exister un sens spécial par lequel nous avons conscience des

mouvements délicats effectués par la main et les doigts, et que sans ce sens, ces mouvements ne pourraient être mesurés, qu'en un mot il faut un point de départ de régularisation des actes moteurs.

C'est doncàCh. Bell qu'on doit pour ainsi dire l'invention du sens musculaire. L'idée en a été plus tard développée par Gerdy, qui, tout en ayant eu le tort de multiplier les sensibilités spéciales, a du moins le mérite d'avoir démontré par le raisonnement l'existence du sens musculaire.

Plusieurs auteurs ont été ses adversaires, et parmi eux, Trousseau, qui l'a vivement combattu en prétendant qu'il était bien inutile d'admettre un pareil sens et que nous avons conscience de nos mouvements par les tiraillements qui se produisent à la surface de la peau ou même dans les parties profondes, lors des actes de flexion ou d'extension, qu'ainsi la mise en jeu de la sensibilité générale de la peau suffisait à tout expliquer.

Mais l'interprétation de Trousseau ne peut être aujourd'hui acceptée en présence des faits cliniques.

On peut observer, en effet, chez des hystériques une anesthésie complète de la peau des membres inférieurs : ni piqûre, ni impression de chaleur n'est ressentie, et cependant la malade marche les yeux fermés, elle a conscience de sa contraction musculaire, des déplacements qu'elle effectue et de la résistance du sol. Chez elle une seule chose est conservée, c'est le sens musculaire.

Les expériences de Cl. Bernard sont encore plus démonstratives. L'illustre physiologiste coupe sur des oiseaux tous les nerfs cutanés des membres postérieurs : Tanimal conserve néanmoins, malgré cette destruction de tous les nerfs sensibles de la peau, l'assurance de sa marche, c'est-à-dire la sensibilité de ses muscles, il peut

régler l'état de leur contraction : il en a gardé la conscience. C'est là la première moitié de l'expérience. Cl. Bernard coupe ensuite les racines postérieures : les nerfs de sensibilité cutanée et de sensibilité musculaire se trouvent ainsi détruits en même temps. Les racines antérieures continuent à distribuer aux membres leurs filets nerveux moteurs intacts, et cependant les mouvements deviennent incoordonnés, il y a une sorte d'ivresse des muscles , les centres n'ont pas conscience des mouvements effectués.

Ainsi, quand on supprime la sensibilité cutanée, la conscience musculaire est conservée, et quand on supprime les racines postérieures, elle n'existe plus. Ces racines doivent donc contenir les conducteurs du sens musculaire.

Voici encore une autre expérience.

Une grenouille écorchée nagera dans l'eau avec des mouvements parfaitement coordonnnés et réglés : son sens musculaire est donc conservé alors qu'elle a perdu toute espèce de sensibilité cutanée.

Le sens musculaire doit, par conséquent, être incontestablement distingué comme un sens spécial, indépendant des autres sens, et dont la disparition est suivie de l'incoordination des mouvements. Les ataxiques que vous voyez parles rues ou dans les hôpitaux, jetant violemment leurs jambes de côtés divers, et n'accomplissant un pas qu'à la condition de tenir les yeux fixés sur leurs membres inférieurs, vous en présentent un exemple frappant.

Mais le cas des ataxiques en général est assez complexe; Duchenne (de Boulogne) cite parmi eux des cas plus purs.

Tandis que certains ataxiques marchent très bien à la condition de surveiller les déplacements de leurs membres, il est d'autres malades qui, même en regardant

leurs jambes, ne peuvent réaliser que des mouvements brusques, exagérés et incoordonnés.

Le sens musculaire est donc en réalité plus complexe. Les malades dont nous venons de parler ne doivent pas posséder la sensation de L'influx nerveux moteur ou, en d'autres termes, la sensation de l'innervation des muscles. Aussi, dans certains ouvrages, le mot sens de V innervation musculaire ou motrice est employé comme synonyme de sens musculaire et de sens de l'activité musculaire1.

* Wundt interprète «ainsi le sens musculaire : « Le siège des sensations du mouvement, dit-il, ne paraît pas être dans les muscles euxmêmes , mais bien dans les cellules nerveuses motrices (de la substance grise antérieure de Taxe spinal) , parce que nous n'avons pas seulement les sensations d'un mouvement réellement exécuté, mais même celle d'un mouvement simplement voulu ; la sensation du mouvement paraît donc liée directement à l'innervation motrice. » Aussi Wundt lui donne-t-il le nom de sensation d'innervation. Cependant, il est probable que cette sensation, à laquelle nous sommes redevables de sentir le degré de contraction de nos muscles (sens de l'activité musculaire, Gerdy). est la même qui préside au sentiment de fatigue qui se produit à là suite des exercices modérés, mais très longtemps continués et qu'elle a pour siège les fibres contractés. Le sentiment de fatigue qui se développe après un violent effort semble au contraire résider principalement dans les tendons (Sappey).

Bernhardt pense, comme J. Millier, Ludwig, Bernstein, que le sens t musculaire se réduit à la faculté d'apprécier exactement l'intensité de j l'excitation qui part de l'encéphale pour aller provoquer le mouvement J voulu. Déterminant la contraction des muscles par la faradisation . il remarqua qu'il devenait plus difficile au sujet en expérience de reconnaître la différence des poids qu'il soulevait, différence qu'il appréciait très bien lorsque la contraction se faisait sous l'influence de la volonté. Bernhardt en conclut que le sens de la force est une fonction psychique; mais il reconnaît que les impressions sensitives nées de parties molles qui avoisinent les muscles contribuent puissamment à compléter la notion fournie par les centres volitifs. Le sens musculaire proprement dit n'existerait donc pas pour lui. C'est à un point de vue semblable que Trousseau a également nié l'existence du sens musculaire, rapportant tout à la sensibilité des parties molles déplacées par le mouvement. D'autre part , Charles Richet ayant étudié avec soin plusieurs amputés, a observé relativement aux phénomènes connus sous le nom d'itlusion des amputés (voyez Extérioration des sensations) que. pendant les premiers jours qui suivent l'opération , les malades accusaient une sensation bizarre d'activité musculaire; il leur semblait, par exemj>le . avoir

La notion du sens musculaire rend compte d'une foule de phénomènes journaliers.

La marche s'explique par l'association du sens musculaire avec les différentes sensibilités spéciales étudiées dans les dernières leçons.

Dans l'obscurité, l'action de palper nous fait reconnaître la forme d'un objet. Mais pour que cette notion soit alors acquise, il y a eu combinaison du sens du toucher avec le sens musculaire. En effet, le toucher, par les impressions qu'ont subies successivement les pulpes des doigts, nous a appris, par exemple, la forme des deux extrémités d'un objet allongé, et le sens musculaire en nous donnant la notion du déplacement de la main pour aller passer d'un point de l'objet à un autre point, c'est-à-dire la notion de l'effort de contraction accompli à cet effet, nous a fait connaître quel a été le chemin parcouru par la main d'un bout à l'autre bout et par suite la dimension de l'objet; l'action de contact nous a donné l'appréciation des délicatesses de la forme et le sens musculaire par l'appréciation du déplacement de la main a complété la notion de l'ensemble.

C'est ainsi que pour reconnaître l'effigie d'une pièce de monnaie il est nécessaire de promener sur elle la pulpe du doigt.

L'action de palper résulte donc à la fois de l'action du sens de toucher et de relie du sens musculaire, comme l'action de soupeser résulte de l'association du sens musculaire avec le sens de pression.

L'essence de certains actes réside dans le sens musculaire.

des crampes dans les orteils qui se fléchissaient brusquement, ou bien ils croyaient sentir leur pied absent se porter en bas, en haut, en dehors. Le fait est des plus importants à noter, car il vient à l'appui de la théorie qui admet l'existence de nerfs spécialement consacrés à la sensibilité musculaire. (Kiiss et Duval.)

11 nous serait, par exemple, impossible de tracer quelques mots dans l'obscurité si nous n'avions pas conscience du déplacement correspondant aux caractères figurés dans l'espace. — Autre exemple, vulgaire, mais explicite :

La facilité que nous avons de faire le nœud de notre cravate sans avoir besoin de nous regarder dans un miroir nous la devons au sens musculaire et si vous voulez tirer tout le parti possible de cette petite expérience vulgaire, vous remarquerez, dans ce cas, l'influence de l'habitude acquise par le sens, car lorsqu'il s'agit de faire le nœud de cravate à une autre personne, il nous faut, pour y bien réussir, après nous être placé derrière elle, passer les bras autour de son cou dans la situation où nos mains se trouvent placées quand nous voulons faire le nœud sur nous-mêmes.

Le muscle est sensible aux tractions les plus légères effectuées par l'intermédiaire de son tendon. On observe à la suite de ces tiraillements des phénomènes réflexes de contraction.

Ces phénomènes s'observent surtout pour le triceps crural.

Sur la jambe d'une personne assise, le genou à demi fléchi, donnez avec le bord cubital de la main un coup brusque sur le tendon rotulien du triceps, la jambe immédiatement se redressera, la personne fut-elle même plongée dans le sommeil. On a appelé ce phénomène : réflexe tendineux, le mot n'est peut-être pas heureux, car c'est le muscle qui est le point de départ de l'excitation sensible provoquant le réflexe de la contraction.

Ce phénomène a été étudié avec soin dans ces derniers temps par le professeur Charcot, qui a fait de ses varia-

tions un symptôme important dans certaines maladies nerveuses.

Si la sensibilité est exagérée comme dans le commencement de l'amyotrophie spéciale caractérisée par une dégénérescence du muscle, il y a exagération du réflexe dit tendineux.

Au contraire, chez les ataxiques où la sensibilité musculaire a disparu, le réflexe musculaire par l'intermédiaire du tendon disparaît également1.

1 Le réflexe dit tendineux peut être obtenu sur différents muscles. En frappant le tendon d'Achille , pendant que la jambe est en relâchement , on obtient un léger mouvement d'abaissement de la plante du pied , dû ;"i la contraction du triceps sural. Des effets analogues peuvent être provoqués aux membres supérieurs, lorsqu'on percute, soit le tendon du triceps, soit celui du biceps et des autres muscles du bras, le bras étant soutenu à demi fléchi dans le premier cas, et la main dans une position intermédiaire à la pronation et à la supination dans le second cas. Sous l'influence de certains états pathologiques , le réflexe tendineux peut se produire sur des muscles qui n'en présentent pas de traces à l'état normal, par suite de leur disposition défavorable à l'excitation de leur tendon. M. le D1' Petitclerc s'est livré, sur ce sujet, à des recherches intéressantes pour la seméiologie des maladies spinales. Il a vu que le phénomène dit du genou manque, ainsi que le phénomène du pied, dans tous les cas de tabès dorsalis confirmés. L'absence de ce signe a une grande valeur au point de vue du, diagnostic, à une époque où les symptômes du tabès n'ont point encore fait leur apparition. Elle indique une dégénérescence des cordons postérieurs s'étendant jusque dans la région lombaire. Le phénomène du genou peut exister au début de l'ataxie si les parties de la moelle correspondant à l'origine du nerf crural sont intactes. Aussi n'y a-t-il pas lieu de porter le diagnostic de tabès dorsalis d'après le fait seul de l'absence de ce phénomène; on ne pourra le 1 porter sûrement que s'il y a déjà des douleurs lancinantes. Dans le groupe d'affections désigné sous le nom de polyomyélites antérieures aiguës ou chroniques (paralysie infantile, atrophie musculaire progressive, spinale, primitive, et autres affections de même genre caractérisées par la lésion des cornes antérieures de la substance grise de la moelle), on a noté l'atténuation, suivie plus tard de l'abolition des réflexes tendi- -* neux. Dans les affections cérébrales suivies de dégénérescence des cordons antéro-latéraux de la moelle, cette dégénérescence s'annonce par l'exaltation des réflexes tendineux et plus tard par la contracture. Cette exaltation des réflexes tendineux, dans ce cas, indique que le membre paralysé ne recouvrera pas l'intégrité de ses mouvements. Elle a été notée dans la pachyméningite cervicale hypertrophique et dans certaines

paralysies générales, mais à L'état passager, les lésions des cordons latéraux qui se sont produites dans ces cas ne tardant pas à s'étendre sur les cordons postérieurs et arrivant ainsi à faire cesser ce phénomène. La sclérose latérale symétrique primitive (paralysie spasmodique, sclérose latérale amyotrophique) s'annonce par une exaltation des réflexes tendineux et une parésie progressive, suivie bientôt de contracture prédominante des muscles extenseurs, circonstance qui donne aux malades atteints de cette affection leur démarche raide caractéristique, contrastant avec celle des ataxiques, et qui différencie également cette affection des dégénérescences secondaires de la moelle dans lesquelles la contracture porte de préférence sur les fléchisseurs. Dans la sclérose en plaques disséminées, quelque temps après l'apparition de la maladie, il se manifeste de l'exagération des réflexes tendineux, suivie dans une seconde période de contracture et de tremblement. Toutefois l'exaltation des réflexes tendineux et la contracture spasmodique n'existent pas dans la région des nerfs dont les racines postérieures auraient été atteintes par une plaque de sclérose. Dans certains cas, l'exagération des réflexes tendineux et la contracture forment, pour ainsi dire, à un moment donné, tout le tableau clinique de la sclérose en plaques (formes frustes). Dans les myélites diffuses aiguës ou chroniques, où l'on rencontre à l'autopsie des lésions fort variables, les réffexes tendineux se comportent différemment, suivant que les cordons latéraux seuls sont atteints ou que les cordons postérieurs le sont dans la région lombaire; en un mot, une lésion des cordons latéraux produit, comme partout ailleurs, l'exaltation des réflexes tendineux, et une lésion de la moelle lombaire, intéressant l'arc de ces réflexes , produit leur abolition. Dans l'hystérie , les recherches de M. Gharcot l'ont conduit à reconnaître que l'exagération des réflexes tendineux existe, alors que les membres semblent être dans un état de flaccidité prononcée, et précède de plusieurs jours, même de plusieurs semaines, de plusieurs mois, le développement de la contracture hystérique , dont elle n'est en quelque sorte que le prodrome. Dans la chorée* dans l'éclampsie, d'après M. A. Berger, les réflexes tendineux seraient exagérés. Chez plusieurs choréiques, M. Petitclerc les a trouvés exagérés. D'après les mêmes observations , il n'y aurait pas d'exagération des réflexes tendineux dans la paralysie agitante. M. Petitclerc a recherché les réflexes tendineux dans le cours de la fièvre typhoïde. Dans beaucoup de cas, il a trouvé l'existence normale du phénomène du genou, mais souvent il était plutôt diminué qu'augmenté. Dans quelques cas, rares il est vrai, il a constaté son abolition complète coïncidant avec une énorme exagération de l'irritabilité mécanique et directe du muscle. Au premier rang des causes de l'abolition du phénomène du genou, M. Petitclerc croit pouvoir placer l'hyperthermie, sous l'influence de laquelle les muscles subissent une modification particulière dans leur structure, désignée sous le nom d'état moiré. Il en a été de même pour la variole. Enfin l'abolition des réflexes tendineux a été constatée dans la paraplégie diphthéritique.

De l'étude de M. Petitclerc, sur les réflexes tendineux, dont sont ici résumés analytiquement les principaux résultats, il ressort une application que l'on ne saurait négliger désormais au diagnostic et au pronostic

des affections spinales. Étant donné le fait de leur abolition dans le cas de lésion des cordons postérieurs ou de la substance grise antérieure de la moelle, et celui de leur exagération dans le cas de lésion primitive ou secondaire des cordons antéro-latéraux, notamment des faisceaux pyramidaux, la recherche de ces signes doit être précieuse dans l'examen de tout malade atteint d'une affection que l'on soupçonne avoir une origine médullaire. (Voy. Petitclerc. Thèse de Paris, 1880.)

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