DE L'INSTINCT ET DE LINTELLIGÉHCE. «U
la plupart des nôtres. Chez les Singes, la ressemblance des raisonnements avec les nôtres est manifestement bien plus grande encore, surtout chez les Singes anthropomorphes. F. Cuvier a observé, dans la ménagerie du Muséum, un Orang-Outan, dont la sagacité émerveillait les visiteurs. Si' on lui enlevait la chaise qui lui servait à ouvrir la porte de sa cage, il allait immédiatement en chercher une autre. Dans ses jours d'humeur, il secouait son arbre avec rage pour effrayer ceux qui en approchaient ; et, volontaire comme un enfant gâté, il se heurtait la tète sur les dalles de sa cage, lorsqu'on lui refusait ce qui avait excité sa convoitise.
Chez certains animaux on observe des rêves : ainsi le Perroquet, pendant son sommeil, prononce des mots entrecoupés; le Chien de chasse croit encore, en dormant, poursuivre du gibier et lance des éclats de voix nuancés suivant le gibier qu'il croit poursuivre. Rappelez-vous pour ce dernier fait les vers de Lucrèce :
Venantumque canes in molli saepe qujele Jactant crura tamen subito, vocesque repente Mittunt et crebras redducunt naribus auras, Ut vestigia siteneant inventa ferarum.
Chez plusieurs sortes d'animaux, on trouve, à des degrés divers, la faculté d'imitation, faculté qui tient à la fois de l'instinct et de l'intelligence, et qui est si développée chez le Singe, parmi les Mammifères; chez le Perroquet, parmi les Oiseaux.
Enfin, puis-je oublier dans cette rapide esquisse les sentiments et les penchants dont bien des auteurs ont doué les animaux? Je ne cherche même pas des exemples, car tous vous avez été témoins de ces attachements singulière-
ment louchants que les animaux manifestent non-seulement pour leur maître, mais aussi parfois pour d'autres animaux. De plus, chez les animaux supérieurs, les divers individus d'une espèce diffèrent certainement les uns des autres par ces tendances cérébrales particulières qui constituent le caractère. Ces tendances se dégagent surtout et deviennent bien reconnaissantes chez les animaux domestiques.
Grâce à leur mémoire et à leurs autres facultés intellectuelles, les animaux sont susceptibles d'une certaine éducation. On peut ainsi les amener à accomplir divers actes qu'ils n'auraient jamais effectués deux-mômes: on peut surtout développer certains de leurs instincts, et les modifier assez, pour les tourner au profit de l'Homme. Et, chose digne d'attention ! les perfectionnements ainsi obtenus dans une suite de générations finissent par devenir héréditaires, et par faire partie des qualités de la race. C'est ce qu'on voit bien nettement, par exemple, chez les Chiens de chasse. Il est certain, d'ailleurs, que cette hérédité des modifications de l'instinct et de l'intelligence n'est pas un privilège appartenant exclusivement aux animaux. Qui ne sait que des faits plus ou moins analogues, et dont quel- ' ques-uns sont bien plus remarquables encore, se retrouvent dans l'histoire psychologique de l'Homme? Que de sentiments, naturels aujourd'hui chez l'Homme civilisé, ne sont que des résultats d'une éducation continuée de générations en générations, pendant de longs siècles !
C. V intelligence des animaux est-elle la même que celle de V Homme? — Ainsi, les animaux ont de l'intelligence; mais cette intelligence des animaux est-elle la même que celle de l'Homme? Faut-il admettre avec Willis et Buffon,