ALTÉRATION DES POUMONS
D'autre part, des travaux entrepris sur le môme sujet nous montrent que cette altération peut-être fort légère, qu'elle peut même manquer complètement. Dans leurs expériences sur le pneumo-gastrique, de Blainville et Provençal n'ont trouvé aucune altération anatoinique dans les poumons d'animaux qu'ils avaient fait périr en leur coupant les pneumo-gastriques. Ils en avaient conclu que ces animaux mouraient, non par l'appareil respiratoire, mais par l'appareil digestif; qu'ils mouraient de faim.
Les expériences de de Blainville et Provençal montrent seulement que l'altération du poumon n'est pas constante, qu'elle peut manquer complètement, sans que les animaux survivent pour cela à l'opération; que par conséquent l'opinion qui veut trouver dans cette altération pulmonaire la cause de la mort par section des nerfs pneumo-gastriques est une opinion erronée.
Enfin cette lésion du poumon n'existe pas chez les oiseaux, bien que, chez eux, comme chez les mammifères, la section des pneumo-gastriques soit mortelle. Répétant à mon tour l'expérience, qui consiste à couper les nerfs pneumo-gastriques dans la région du cou, et à suivre les perturbations fonctionnelles ou anatomiques qui en sont la conséquence, je suis arrivé à des résultats variables. Toujours ou presque toujours (j'aurai à revenir sur cette restriction), les animaux ont succombé dans un temps qui a varié de quelques heures à trois ou quatre jours. Mais tantôt j'ai rencontré les lésions pulmonaires signalées par Legallois, tantôt les poumons étaient complètement exempts de cette infiltration san-
guine signalée. Je me suis dès lors attaché à chercher, dans les conditions de l'expérience, la raison de cette divergence des résultats, et je crois l'avoir trouvée.
Cette carnification du poumon se montre plus spécialement chez les jeunes animaux, chez ceux qui sont en même temps plus petits, comme les lapins, ou les cochons d'Inde. Un lapin jeune, auquel on a coupé les pneumo-gastriques, meurt généralement avant vingtquatre heures; or, si on le sacrifie une heure après l'opération, on trouve déjà de la congestion; un peu plus tard, un épanchement sanguin se fait; les poumons sont alors marbrés par le sang ; l'animal périt plus tard réellement asphyxié.
Mais cette asphyxie n'est qu'accidentelle, il y a en effet des animaux qui ne l'éprouvent pas et qui n'en meurent pas moins. J'ai vu des chiens survivre trois ou quatre jours à l'opération sans présenter de signes d'asphyxie et conservant les poumons sains et le sang artériel parfaitement rouge.
Lorsqu'on a coupé les pneumo-gastriques à un animal, la mort qui survient n'est donc pas nécessairement la conséquence de l'asphyxie.
M. Traube, de Berlin, a expérimenté sur des lapins pour tâcher de saisir la cause de l'altération que présentent chez eux les poumons. lia cru remarquer que, chez eux, l'altération des poumons était due à l'introduction, dans les bronches, des liquides sécrétés dans la bouche ou remontant de l'estomac dans l'œsophage paralysé. La présence de ces liquides dans les bronches expliquerait, suivant cet auteur, l'asphyxie et les altéra-