‹ Lecons sur la physiologie et la pathologie du systeme nerveux (volume 2)Chapitre 22 sur 148 · TROISIEME LEÇON · texte numérisé non relu

TROISIEME LEÇON

13 mai 1856.

SOMMAIRE : Partie extra-crânienne du nerf facial. — Son influence sur le mouvement de la face. — Mouvements des paupières ; influence qu'exerce sur eux la section du nerf facial et du grand sympathique. — Mouvements des narines. — Effets de la paralysie des narines chez les chevaux. — Mouvements des lèvres et des joues. — Effets de leur paralysie sur la mastication et la préhension des aliments. — Influence de la section du facial sur les mouvements de l'oreille. — Résumé. — Expériences.

Messieurs,

Dans l'histoire du nerf facial que nous allons continuer aujourd'hui, nous étudierons successivement le rôle des rameaux qui naissent de ce nerf dans son trajet intra-crânien, et extra-crânien. De chacune de ces parties du facial émanent des filets qui ont des fonctions différentes. Les premiers, ceux qu'il donne pendant son trajet dans le canal spiroïde du temporal, sont tous, excepté un, en communication avec des ganglions ; nous laisserons là leur histoire, pour la reprendre plus tard comme une dépendance du nerf trisplanchnique au système duquel ils appartiennent suivant nous. Il n'en est plus de même des rameaux qu'il donne plus loin sur la face et qui offrent une distribution moins compliquée.

Le facial, considéré dans sa portion externe, terminale, est un nerf qui émerge à la partie postérieure de la face et va se distribuer presque exclusivement aux muscles peauciers de la face et de la tête, donnant le

mouvement aux parties extérieures des organes des sens.

Nous devrons donc examiner successivement l'influence des deux portions du nerf facial sur chacune des parties des différents organes des sens.

G'est le nerf facial qui donne le mouvement aux paupières, et lorsque les filets qui s'y distribuent ont été coupés ou paralysés d'une façon quelconque, les paupières sont immobiles, bien que leur sensibilité soit restée intacte.

Voici un lapin sur lequel nous avons tout à l'heure coupé le facial dans le crâne.

Vous pouvez voir que l'œil reste ouvert, les mouvements des paupières sont abolis du côté où a porté la section, du côté gauche. Si l'on vient à toucher le globe de l'œil à droite, on y provoque l'occlusion des paupières. Rien de semblable n'a lieu à gauche, où le globe de l'œil seul se déplace : l'animal a, en effet, conservé les mouvements du globe oculaire auxquels président des rameaux autres que ceux du moteur facial. L'œil gauche reste ici complètement à découvert, et, lorsque l'animal dormira, l'œil droit seul sera fermé. La même chose s'observe chez l'homme dans le cas de paralysie du nerf facial.

Par quel mécanisme l'œil reste-t-il ainsi ouvert? Deux muscles donnent le mouvement aux paupières : le muscle orbiculaire, qui ferme les paupières, et le muscle élévateur propre de la paupière supérieure qui, au contraire, découvre le globe de l'œil. L'état d'écartement permanent des paupières qui s'observe lorsque le rameau palpébral du facial est coupé, tient à la prédo-

minancc de l'action d'un de ces muscles. Dans ce cas, l'orbiculaire seul est paralysé; quant au releveur de la paupière supérieure, il conserve son action parce que son nerf, reconnaissant une autre origine que le facial, est resté intact.

Relativement aux paupières, la conséquence de la paralysie du facial est donc leur écartement permanent par suite du défaut d'action du seul muscle qui puisse en déterminer l'occlusion, du muscle orbiculaire.

Là se borne l'action du nerf facial sur l'œil ; aucune lésion consécutive de la nutrition ne se remarque après la section ou la paralysie spontanée de ce nerf.

Plus tard, quand nous envisagerons l'influence de la cinquième paire sur l'œil, nous verrons la paralysie de ce nerf être suivie au contraire d'une altération de nutrition, d'une lésion organique de la cornée et de la conjonctive. On avait pensé autrefois que cette lésion tenait à ce que, dans la paralysie de la cinquième paire, les paupières, ne se fermant plus sur le globe de l'œil, ne venaient plus en lubrifier la surface. L'absence de lésions de nutrition après la section du facial nous montre qu'il faut renoncer à cette explication des altérations de l'œil observées à la suite de la paralysie de la cinquième paire, quoique dans ces derniers temps on ait encore soutenu cette opinion que nous aurons à examiner plus loin. Je viens de vous dire que, dans la paralysie de la cinquième paire, les paupières ne recouvrent plus le globe de l'œil; il ne faudrait pas en conclure qu'elles ont perdu le pouvoir de se fermer. Dans ce cas, le muscle orbiculaire peut toujours se contracter; mais la sensibn

3i EFFETS DE LA PARALYSIE DU NERF FACIAL

lité de la conjonctive étant perdue, aucune sensation ne vient solliciter les contractions de Forbiculaire et il reste dans le relâchement.

Cependant, quelquefois il y a, comme nous le verrons à propos des sections de la cinquième paire, un clignement sympathique qui se fait dans l'œil du côté où la cinquième paire a été coupée en même temps que du côté opposé. Il y a d'autres cas dans lesquels ce clignement sympathique a également lieu et nous avons à ce sujet observé un fait singulier que voici :

(Exp. 10 août 1842). — Sur un lapin de forte taille, on constata qu'en irritant la conjonctive on produisait des mouvements dans l'oreille du même côté ; qu'en irritant l'oreille, on produisait des mouvements dans la paupière du même côté. Après la section de la cinquième paire, lorsque l'oreille était encore sensible par les filets du plexus cervical et que l'œil était insensible, on observait encore cette occlusion des paupières lorsque l'on venait à pincer l'oreille. La réciproque aurait-elle lieu et la même réaction se produirait-elle sur les mouvements de l'oreille rendue insensible en laissant l'œil sensible?

Ainsi, le symptôme d'immobilité des paupières qui survient dans les deux cas de paralysie du facial et de la cinquième paire se traduit dans deux états pathologiques distincts et reconnaissant des causes prochaines bien différentes.

Le lapin sur lequel nous venons de constater les effets immédiats de la paralysie du facial sur l'œil sera conservé, et vous verrez son œil dans la prochaine leçon tel qu'il est aujourd'hui : sur lui, vous pourrez

constater l'absence de lésion consécutive que je vous ai signalée.

Le nerf facial qui donne le mouvement au muscle orbiculaire, et la cinquième paire qui donne le sentiment à l'organe de la vision et à ses annexes, sontils les seuls nerfs qui agissent sur l'ouverture palpébrale?

Non, messieurs, il est encore un nerf qui peut avoir une action sur les muscles orbiculaires : ce nerf est un filet du grand sympathique. Depuis longtemps on avait vu que la section du grand sympathique dans la région cervicale entraînait des désordres du côté de l'œil. Mais l'attention des physiologistes s'était portée sur les phénomènes survenus du côté de la pupille; j'ai fait remarquer que ce nerf exerce aussi une influence sur les mouvements des paupières.

Exp. — Sur ce lapin, auquel on vient d'enlever le ganglion cervical supérieur du grand sympathique, vous pouver voir que du côté où a été faite cette ablation, l'ouverture palpébrale est rétrécie. Le muscle orbiculaire est dans un état de contraction permanente qui n'est pas du tout la paralysie. Quand on touche le globe de l'œil, ce muscle orbiculaire se contracte et le recouvre : il a donc conservé ses mouvements, sa spontanéité, mais son relâchement n'est pas complet. C'est quand nous étudierons le grand sympathique qu'il y aura lieu de nous arrêter à l'examen du phénomène qui se produit dans ce cas; nous devons actuellement nous borner à vous signaler ce fait. Quant au facial, nous devons donc nous arrêter à cette conclusion, que sa section ne produit pas

d'autres effets sur l'œil que ceux de la paralysie du muscle orbiculaire des paupières.

Au nez, le facial est le nerf moteur des narines.

Nous pouvons voir sur le lapin auquel nous avons, avant la leçon, coupé le facial à gauche dans le crâne, que les mouvements des narines ne s'exécutent plus que du côté droit. La section du nerf facial amène donc, du côté correspondant, la paralysie des muscles qui meuvent les narines.

Lorsque l'animal a des narines rigides, la section du facial n'a pas une influence marquée sur les phénomènes respiratoires, mais il est des conditions dans lesquelles il n'en est plus ainsi. Chez les chevaux, les narines, très-mobiles, sont molles; on voit, quand ils inspirent, les naseaux se dilater et se rétrécir dans les mouvements expiratoires. Lorsque chez ces animaux on coupe un nerf facial, la dilatation de la narine correspondante n'est plus possible; bien plus, dans les mouvements d'inspiration, la dilatation de la poitrine produit un appel d'air qui aplatit la narine devenue flasque et en détermine l'occlusion. Lorsqu'on a coupé les deux nerfs faciaux, la respiration par les naseaux est devenue impossible. Resterait la ressource de respirer par la bouche; mais les chevaux ne le peuvent pas. Chez eux, en effet, le larynx remonte assez haut pour venir se mettre en rapport avec l'ouverture postérieure des fosses nasales. Il en résulte qu'à la suite de la section des deux nerfs faciaux, les chevaux périssent asphyxiés par suite de l'impossibilité où ils se trouvent de dilater leurs narines,

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