SIXIEME LEÇON
22 mai 1857.
SOMMAIRE : Comparaison des phénomènes consécutifs à la section de la cinqirème et de la septième paire. — Portion intra-crànienne du nerf facial.— Difficultés de l'expérimentation sur cette partie. Constitution de la septième paire dans le conduit auditif interne. — Hypothèse sur le nerf facial, considéré comme une racine antérieure, formant une paire nerveuse avec le nerf de Wrisberg, qui constituerait la racine postérieure. — Cette hypothèse est inadmissible, physiologiquement et anatomiquement. — Le nerf de Wrisberg est une racine d'origine du grand sympathique. — De la paralysie du nerf facial. — Observations recueillies chez l'homme. — Paralysies faciales superficielles et paralysies faciales profondes.
Messieurs
Voici deux lapins que je vous ai déjà présentés plusieurs fois et que j'aurai à vous montrer encore pour que vous puissiez suivre sur eux les accidents qu'ont déterminés les opérations auxquelles ils ont été soumis.
Vous pouvez, sur celui-ci, auquel nous avons, il y a quelques jours, coupé devant vous la cinquième paire, voir que l'œil s'altère de plus en plus. La cornée, entre les lames de laquelle le pus est épanché en grande quantité offre aujourd'hui l'aspect d'une grande tache blanchâtre. Mais les altérations de nutrition ne se bornent pas à l'œil ; la lèvre supérieure et aussi la lèvre inférieure commencent à suppurer; la membrane muqueuse nasale est tuméfiée, rouge; les dents ayant perdu leurs rapports continuent a pousser en s'usant inégalement; elles offrent
PAU lit; INTRA-CRANIENNE DU FACIAL. iU7
la déformation que je vous signalais dans la dernière leçon.
Vous pouvez voir comparativement cet autre lapin sur lequel nous avons coupe le nerf facial : toute la moitié gauche de la face a perdu ses mouvements, cependant elle est toujours sensible. L'œil, bien qu'il reste constamment à découvert et que les paupières ne puissent plus l'occlure, offre une cornée toujours transparente et brillante.
La partie intra-crâuienne du facial qu'il nous reste à examiner, est d'une étude beaucoup plus difficile que celle de sa portion externe. Sa disposition anatomique est extrêmement compliquée, et la difficulté qu'on rencontre lorsqu'on veut l'attaquer, en vue de l'expérimentation physiologique, est telle que celle-ci a été jusqu'à ce jour presque impossible. Tout se réduit en effet à une question de procédé opératoire : quand on peut couper un nerf, on voit quelles sont ses propriétés, quelles sont ses fonctions; aussi les nerfs les plus faciles à couper ont-ils été les premiers étudiés. À la suite des indications de Ch. Bell, on expérimenta d'abord sur les branches du facial et de la cinquième paire : plus Lard Magendic opéra sur les racines rachidiennes, etc.
L'étude de la partie interne du facial offre des difficultés telles que les questions qui se rattachent à divers points de son histoire physiologique sont encore en litige. Une autre raison tend encore à jeter de l'obscurité sur les fonctions de cette partie du facial. En effet, elle n'est pas simple; plusieurs autres nerfs l'accompagnent dans ce trajet et viennent compliquer de leur influence propre