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SOMMAIRE : Du nerf trijameao : saite.— Branche ophtbalmiqiie. — Sensibilité de la cornée et de la conjonctive; filets ciliaires directs et indirecls. — Expériences sur les nerfs ciliaires. — Observation de paralysie de la cinquième paire avec conservation de la sensibilité de la cornée. — De la photophobic. — Son siège. — Influence de la section de la cinquième paire sur la glande lacrymale et sur les glandes de Meibomius. — Branche maxillaire supérieure , exclusivement aensitive. — De l'influence de cette branche sur Tolfaction. — Arrachement du ganglion sphéno-palattn. — Sensibilité spéciale d*Qn filet émanant de la branche maxillaire supérieure. — Branche maxillaire hiférieuie, sen.sitive et motrice. — Accroissement des incisives chez le lapin après la section de ce nerf. — Les lapins chez lesquels on a coupé la cinquième paire meurent snrtotit de faim. — Ulcérations de la langue et des lè\Tes.— Influence de la cinquième paire sur les sécrétions salivaires.
Messieurs ,
Après avoir vu d'une manière générale quels sont les symptômes do la section de la cinquième paire, symptômes qu'on peut classer en immédiats et en consécutifs, il nous reste à entrer dans quelques détails relatifs à certaines particularités de paralysie de la cinquième paire, détails qui se rapportent aux altérations dont les organes des sens sont le siège. Nous ferons porter cet examen successivement sur les trois branches de la cinquième paire : la branche ophthalmique , la branche maxillaire supérieure et la branche maxillaire inférieure.
A propos de la branche ophthalmique, nous vous avons déjà longuement entretenus de l'altération de l'œil
BRANCHE OPHTHjaWUUE DU >KRI' TKUUHUl-. 85
qui suit la sectiou de la cinquième paire, nous n'y reviendrons pas; nous vous ra|)[ieilerons que tes premiers symptômes qui apparaissent sont une vascularisation de l'œil, un aspect tente de la coi-née, une altération de l'iris, avec constriction de la pupille et une plus gi-andr convexité de la cornée du cdl(> upéré. etc. (voy. R^. 3>.
Fk. 3 (1).
Lorsque la branche ophlhalini4|ue a été coupée en
masse, toute sensibiliti^ a disparu dans l'œil. Maïs en
(1) Altérationt d» l'ail aprè» la teclioH de la cinquième pairf. — Fig. f. oeil Doniul du cùtt noo ùpéri ; l'œil M brillant et Irts leiHiblt ; la prairièreupérienre étant soulevée, on ■perçollâpeine quelques val»- •eani gré\n en a; — b, représente la convexité normale ilc la cornée de Tcell sain.
Fig. II. (Hl malade, du c6léopéré;la cornée transparentclnsensible eu terne , la conjonctive foricmeni injectée , la pupille contractée, l'iilt décoloré et Oéiri ; un commrncemeni d'opacité se nionireau centre; — e, reprétentt la conTeiilé eiagérée de la cornée de Tnli npéré.
S6 If£RF TRUUMEÂU.
étudiant les paralysies partielles des divers rameaux de la branche ophthalmique, on peut voir qu'il en est qui sont doués de propriétés sensitives particulières.
La branche ophthalmique se distribue à Tceil après s'être divisée en trois rameaux :
Le rameau lacrymal, qui va à la glande lacrymale;
Les rameaux frontaux, à la peau du front ;
Le rameau nasal, au bout du nez.
Ce dernier fournit une racine au ganglion ophthalmique, après quoi des filets partent de ce ganglion pour aller à Tiris. Outre les fliets indirects que le rameau nasal envoie à Tœil en passant par le ganglion ophthalmique, il fournit encore à cet organe des filets ciliaires directs.
La sensibilité que l'œil reçoit par les filets qui lui viennent du ganglion ophthalmique se présente avec des caractères spéciaux, qui la différencient de la sensibilité qui lui arrive par des filets ciliaires directs venant du nerf nasal. L'iris parait recevoir les deux ordres de filets; les nerfs ciliaires, directs, donnent la sensibilité à la conjonc tive et à l'iris ; les filets indirects, ceux qui ont passé par le ganglion ophthalmique, donnent la sensibilité à la cornée transparente et à l'iris. On conçoit dès lors qu il puisse exister telle lésion qui entraîne l'insensibilité complète de toutl'œil moinslacornée transparente, et réciproquement que la cornée transparente devienne iusensiblo, toutes les autres parties de Tœil ayant conservé leur sensibilité.
Lorsque la sensibilité disparaît chez un animal soumis à une intoxication ou à une cause de mort quelconque. Fa cinquième paire parait être atteinte la dernière. Mais, chose singulière, qui je crois n'f^vait pas été sigualée avant
BRANCHB OPHTHALMIQUE. 87
moi, c est que, dans cette abolition des propriétés sen«* sitives de la cinquième paire, la cornée et la conjonctive ne perdent pas leur sensibilité en même temps, mais suc* cessivement et dans un ordre qui varie avec la cause qui produit la mort.
Ainsi, dans la mort par la strychnine, la conjonctive reste sensible après que la cornée est devenue insensible.
Dans la mort par section du bulbe rachidien, la cornée reste encore sensible après que la conjonctive est devenue insensible.
Évidemment, cette sensibilité de la cornée a un caractère spécial. Étant interne à THÔtel-Dieu , j*ai observé un cas dans lequel elle était conservée. Le sujet de cette observation était une femme offrant d'un seul côté une paralysie complète de la cinquième paire, paralysie sans altérations de nutrition. Tout Tœil était insensible à l'exception de la cornée transparente.
Je ne connais de cet remarquable phénomène que ce seul exemple chez Thomme, qu'on trouvera rapporté dans la thèse de M. le D' Demeaux (18/iâ).
Souvent j'ai fait chez des chiens l'ablation du ganglion ophlhalmique. La cornée transparente devient alors insensible. D'autres désordres de nutrition s'observent encore, ainsi qu'on va le voir.
Eœp. (29 mars 18i8). — Sur un chien adulte, j'ai mis les nerfs de l'œil à découvert. Le procédé eonsista à fendre en dehors la peau de l'orbite, et à diviser le muscle crotaphyte jusqu'au-devant de l' veille, à enlever par deux traits de scie 1 arcade zygomatique; à réséquer Tapophyse coronoide de la mâchoire, puis disséquer les
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nerfs eu élanrhant le saug qui s'écoulait en alxindance.
Après avoir isolé le nerf optique^ je constatai que les nerfs ciliaires qui rampent dans le tissu cellulaire environnant le nerf optique sont sensibles. Car après avoir dépouillé le nerf optique des nerfs ciliaires, il était complètement insensible.
Eu coupant les nerfs ciliaires, j'ai constaté les phénomènes suivants du côté de Piris : ayant d'abord coupé seulement les (ilets ciliaires situés sur le côté externe du nerf optique, j'ai vu la pupille paralysée seulement en dehors ; de sorte que la pupille se contractant après, sous l'influence de la lumière, elle se resserrait partout excepté en dehors, ce qui lui donnait alors une forme allongée transversalement. Chez les animaux qui ont la pupille disposée en long ou en travers, cela tiendrait-il à ce que les nerfs ciliaires ne se distribuent pas aux points de l'iris qui servent de commissure à la pupille?
Après avoir coupé les nerfsciliairestout autour du nerf optique, la pupille était largement dilatée et immobile.
Après la section des nerfs ciliaires, je vis la cornée devenir subitement insensible et il me sembla aussi qu'elle devint aussitôt terne et sèche, comme cela a lieu après la section de la cinquième paire. D'où il résulterait que ces nerfs ciliaires ont une influence directe sur l'état de la cornée transparente.
L'animal guérit de cette opération, mais son œil fondit complètement, ce qui tient sans doute à la fois à la destruction des vaisseaux et à celle des nerfs.
Eœp. — Le 31 mars 18/i8, sur uu lapin bien portant, j'ai, par le même procédé, mis le nerf optique à dé-
NERFS CILIAIRKS. 89
couvert. Il me parut également sensible au pincement lorsqu'il était entouré des nerfs ciliaires.
Je TÎs de même que la cornée transparente reçoit sti sensibilité des nerfs ciliaires ; car, après avoir dénudé Tœil de la conjonctive tout autour de la cornée transparente, celle-ci était restée toujours sensible ; et elle ne perdit sa sensibilité que lorsque les nerfs ciliaires eurent été coupés.
Un fait singulier s'est manifesté relativement à la pupille. Sous rinflueuce de l'opération, sans doute k cause de la lésion des rameaux de la cinquième paire, la pupille s'était resserrée. Mais, au moment de la section des nerfs ciliaires, elle ne se dilata point comme cela avait eu lieu chez le chien, de telle sorte que, après la section des nerfs ciliaires, la pupille était fortement dilatée chez le chien, tandis qu'elle était restée fortement contractée chez le lapin.
Nous noterons en passant que ces animaux présentent des différences analogues lorsqu'on vient à couper chez eux la cinquième paire. Plus tard , nous i*eviendrons sur ce sujet quand nous nous occuperons s)>écialement du ganglion ophthalmique. Sur un autre lapin j'ai pincé le ganglion ophthalmique qui ne possédait pas de sensibilité, tandis (|ue les nerfs ciliaires ({ui en émanaient étaient sensibles. Cette sensibilité parait devoir s'expliquer par la jonction après le ganglion des filets ciliaires directs, venant de la cinquième (mire, avec les filets ciliaires indirects.
Maintenant, messieurs, ces considérations, ainsi que tes expériences qui précèdent, m'amènent à vous entre-
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tenir d'une question qui se rattache à la. sensibilité de l'œil; je veux parler de la photôphobie.
On sait combien ce symptôme est fréquent dans les inflammations de l'œil, particulièrement dans les altérations de la cornée, de l'iris ; la pbotophobie n'existe pas lorsque la conjonctive seule est malade. D'où vient la photophobie? La sensation douloureuse est-elle due à l'action de la lumière sur l'iris^ sur la rétine, ou sur les nerfs de la cinquième paire qui ont traversé le ganglion ophthalmique?
Cette question a déjà préoccupé les physiologistes, et quelques épreuves ont été tentées dans le but de la résoudre.
Magendie avait déjà montré que la rétine est insensible. Des opérations chirurgicales ont montré que la section du nerf optique chez l'homme n'est pas non plus douloureuse.
D'autres raisons portaient encore à penser que la photophobie n'avait pas son origine dans la rétine. En effet, on avait rencontré œ symptôme chez des malades porteurs de taches de la cornée qui ne leur permettaient pas de voir ; ainsi des amaurotiques qui étaient pris d'opbthalmie éprouvaient alors de la photophobie. Depuis longtemps j'avais été amené par mes expériences àcon* sidérer dans mes cours la photophobie comme n'existant pas dans la rétine, mais dans les parties de l'œil qui re^ çoivent les nerfs ciliaires indirects. M. Castorani, que j'avais l'année dernière engagé à élucider ce sujet par des expériences directes, a repris la question. Ses expériences sont arrivées aux mêmes résultats et ont montré que
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chez un animal auquel on a préalablement coupé le nerf optique* une plaie de la cornée détermine de la photo* phobie. Cesonilà des phénomènes extrêmement curieux et qui semblent prouver que les nerfs qui se sont associés avec le grand sympathique, ont reçu de cette association des qualités particulières.
On avait d'un autre côté signale déjà la sensibilité de ririspour la lumière. M. Brown-Séquard avait montré qu'après la section du nerf optique, l'iris C/Onserve encore la propriété de se contracter sous Tinfluence de la lu*mièreet de se relâcher dans Tobscurité. Son expérience consiste à enlever les deux yeux d'une anguille ou d'une grenouille, et à les placer séparément sur des éponges humides pour éviter une perte trop rapide des propriétés de tissus par la dessiccation. L'un de ces yeux restant à la lumière, et Tautre étant placé dans une boite fermée, on constatait bientôt, en les comparant, que la pupiHe était contractée seulement dans l'œil qui était resté exposé à la lumière. On changeait ensuite ces yeux de place, laissant à la lumière celui qui avait d'abord été enfermé et plaçant dans la botte celui qui avait été exposé à la lumière. La pupille se contractait sur le premier et se dilatait sur le dernier; le phénomène était renouvelé parle renversement des conditions. L'iris parait donc jouir d'une sensibilité à la lumière indépendante de celle de la rétine. Or la cornée reçoit les nerfs de la même source que Tiris : c'est donc dans les filets ciliaires indirects de la cinquième paire qu'il faudrait, suivant nous, localiser le symptôme de la pbotopbobie.
%2 NERF TRUUMEAU.
Quant aux modifications organiques que la sectioa Ae la cinquième paire apporte dans Tœil, nous avcas cité à propos des expériences leurs principales particularitéSy sur lesquelles nous ne nous étendrons pas davantage parce que ce sont des phénomènes bien connus. M. Schiff a publié sur ce sujet un travail très complet.
La glande lacrymale parait , après la section de la cinquième paire, sécréter moins. Au contraire, les glandes de Meibomius sembleraient fournir une sécrétion plus abondante.
Nous aurons ultérieurement à revenir sur les nerfs qui président à la sécrétion des glandes de Foi^ane de la vision, à propos des fonctions du grand sympathique de la tête en général , et de celle du ganglion ophtbalmique en particulier.
Nous allons continuer Thistoire physiologique des auti'es branches de la cinquième paire, par la branche maxillaire supérieure.
Comme la branche ophtbalmique, la branche maxillaire supérieure est exclusivement seusitivo.
Chez rhomme la branche maxillaire supérieure sort du crâne par le trou maxillaire supérieur ou grand rond, traverse la fosse ptéry go-maxillaire et vient, s'épanouissant sur la face, donner la sensibilité à la lèvre sup(^neure et à la narine.
Cette branche porte sur son trajet un ganglion, le ganglion de Meckel ou ganglion sphéno-palatin. Ce ganglion, qui appartient au système du grand sympathique communique avec la septième paire.
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Chez certains animaux, le lapin, le chien, le cheval, le trou grand rond n'existe réellement pas ou plutAt il n'existe qu'en dehors du crâne. Les hranches maxillaires supérieures et inférieures sortent de la base du crâne par un même trou, le trou ovale, et c'cîst à la sortie de cette ouverture que la branche maxillaire supérieure se dirige en avant dans une sorte de virole osseuse qui représenterait le trou grand rond.
Je n'insisterai pas ici sur la propriété qu'aja branche maxillaire supérieure de donner la sensibilité aux ti^iments des parties auxquelles elle se distribue, non plus que sur la sensibilité qu'elle Fournit aux dents par ses filets dentaires; sensibilité (|ue nous examinerons tout à l'heure en parlant de la branche maxillaire inférieure. La branche maxillaire supérieure donne encore la sensibilité générale à la membrane muqueuse du nez. Quand nous examinons ce lapin chez lequel la cinquième paire a été coupée, nous voyons qu'on peut, sans qu'il témoigne la moindre douleur, lui introduire un instrument dans les narines. La section de la cinquième paire a donc aboli la sensibilité, non-seulement dans les parties superficielles, mais encore dans les parties profondes de la face.
En parlant de rinfluencc que pouvait exercer la section de la cinquième paire sur les organes des sens, je vous ai signalé une influence indirecte, secondaire, sur les phénomènes de la vision qui sont consécutivement rendus impossibles par suite de Taltération de certains milieux de l'œil. Ce qui se passe du côté de l'organe de l'odorat présente-t-il quelque analc^ie avec les phéno-
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mènes que je vous rappelle? Quelle ioflueDce peut awir la cinquième paire sur l'olfaction?
C'est là une question sur laquelle on a beaucoup dm* cuté. On a été porté par analogie à penser que la branche maxillaire supérieure donnait la sensibilité générale à la membrane muqueuse nasale, et que la sensibilité spéciale en rapport avec la perception des odeurs était due au nerf olfactif. Pour vérifier Texactitude de cette vue, à laquelle il est naturel de s'arrêter d'abord, il était nécessaire de faire des expériences ; or, la pratique de cas expériences et surtout l'appréciation des phénomènes produits offrait de sérieuses difficultés. Ici encore des faits de deux ordres pouvaient conduire à là connaissance de la vérité : des expériences physiologiques et des observations pathologiques. Nous verrons, à propos de L'olfac^ tion, ce qu'ont donné les unes et les autres; toutefois je dois vous faire remarquer d'avance quelle importance relative prenlwDt ici les observations faites sur l'homme, et combien elle peuvent fournir de renseignements plus nets dans une question aussi délicate que celle de ia perception des odeurs.
Nous avons, messieurs, essayé il y a deux, jours d'en* lever chez un chien le ganglion de Meckel, ganglion du grand sympathique qui affecte des rapports assez intéressants avec la branche maxillaire supérieure.
Nous voulions voir si cette ablation était possible ; et si, à la suite de l'opération, quelques phénomène^ nouveaux ne pouvaient pas être observés.
L'expérience ne fut pas fort difficile. Chez l'homme, ce ganglion est collé au nerf lui-même; chez le chien,