A. CLASSIFICATIONS ANATOMIQUES
la solidarité la plus étroite : il est impossible en effet qu'ils agissejit normalement Tun sans l'autre.
A cette distinction des propriétés nerveuses et à la constatation de leur influence réciproque se bornent à peu près les notions générales qu'il nous a été jusqu'ici possible d'acquérir, les faits qu'il nous a été possible de démontrer expérimentalement.
Nous devons n)aintenant faire l'histoire topographique des nerfs crâniens, qui présentent dans leur constitution , dans leur distribution et leur origine une complexité bien plus grande que les nerfs rachidiens. Vous avez vu, dans ces derniers, la paire nerveuse présenter une individualité complète et bien déflnie, due à la réunion de deux éléments anatomiquement et physiologiquement distincts. Dans les nerfs encéphaliques, cette association, qui fait une unité physiologique des deux éléments moteur et sensitif, existe encore, mais elle est beaucoup plus difiîcile à saisir.
Dans l'élude des nerfs crâniens, il pourrait paraître avantageux de commencer par ceux que leur simplicité rapproche le plus des nerfs rachidiens. Ce classement, qu'ont suivi Tiedemanu, Arnold, Bischoff, procède des nerfs qui partent de la partie postérieure de l'encéphale à ceux qui sortent de sa partie antérieure. Cet ordre, peut-être plus logique au point de vue anatomique, nous conduimil, dans l'examen des caractères physiologiques, à fractionner les fonctions nerveuses et à établir, pour les besoins de l'exposition systématique, des divisions qui nuiraient à la clarté des notions physiologicpies d'ensemble; c'est pour cette raison que nous suivrons une
DES NEEFS CRANIEffS. 5
autre marche, qui nous a paru plus commode pour grouper les phénomènes nerveux que nous avons à étudier. Les anatomistes ont proposé diverses classifications des nerfs crâniens. Willis les classa d'après l'ordre de succession des orifices de la dure-mère, par lesquels ils s'engagent d'avant en arrière pour sortir par la base du crâne. D'après celte base de classification, il distingua les nerfs de la manière suivante :
paire. . .
ncrts olfactifs.
— optiques.
— moieurs oculaires comoMlk
àr
— pathétiques.
— trijumeaux.
— moteurs oculaires externes.
— faciaux et acoustiques.
— glosso-pliaryngiejis,pneumo-gastriqiies et spfuaux ou accessoires de WilUr.
— grands tiypoglosses.
De plus, Willis admettait encore une dixième imire constituée par le nerf sous-occipital.
Une autre division anatoinique des nerfs crâniens, due à Sœmmerring et Vicq d'Azyr, les a groupés par paires dans Tordre suivant :
paire.
nerfs olfactifs.
nerfs optiques.
— moteurs oculaires communs.
— pathétiques.
— trijumeaux.
— moteurs oculaires externes.
— faciaux.
— auditifs ou acoustiques.
— glosso-pharyngiens.
— pneumo-gaslriques.
if
— spinaux ou accessoires de Willis.
•— grands hypoglosses.
6 PROPBIÉTËS COMMUNES
Ici chaque paire crânienne est due à l'ensemble de deux nerfs symétriques par rapport au plan médian ; on ne tient compte, dans sa composition , que de la configuration, et il ne faudrait pas Toir, dans ces douze paires anatomiques, des paires physiologiques telles que nous les avons comprises.
A notre point de vue, purement physiologique, l'individualité nerveuse est constituée par un élément sensitif pur (racine postérieure), un élément moteur pur (racine antérieure) , et enfin un élément sympathique agissant sur les organes de la vie nutritive, qu'on a encore appelé nerf trophique et que nous avons considéré comme uu élément moteur spécial, tenant surtout sous sa dépendance les phénomènes physico-chimiques de l'organisme. Nous aurons, par conséquent, à poursuivre d'après le même point de vue l'étude des nerfs de la tête ; seulement, la détermination de notre unité nerveuse deviendra plus difficile.
Dans la moelle épinière, les racines antérieure et postérieure d'une même paire nerveuse se correspondent anatomiquement et entrent visiblement dans la constitution du môme nerf mixte. Dans la tête, les corrélations anatomiques des nerfe sont beaucoup plus complexes; mais, heureusement, nous avons donné, à propos des nerfs rachidiens, un caractère physiologique d'association des éléments d'une paire nerveuse qui deviendra ici très précieux pour nous diriger; nous voulons parler de la sensibilité récurrente qui associe toujours rôlément nerveux moleur à un élément sensitif déterminé. Nous rappellerons donc ici le principe que
AUX PAIRES aACHllUKNNtS bT CBANIENNES. 7
nous avons posé à pr()iH)s des paires rachiiliennes, à savoir : quun nerf moteur joue le rôle de racine antérieure par rapport à un nerfsensilif, toutes les fois qu'il reçoit de ce dernier sa sensibilité récurrente ; et </ue, réciproque^ ment y un nerf sensitif joue ^ par rapport à un nerf moteur^ le râle de racine postérieure toutes les fois qu'il lui fournit la sensibilité récurrente. Quant à r<'»léuienl sym« patbiquequiy émanant de la moelle épinière, entre encore dans la constitution de YumUa nerveuse, il nous serait difficile de dire, pour le moment, s'il est plus spécialement associé à Télémenl moteur d'une paire nerveuse qu'à son élément sensitif. Notons seulement que les mouvements réflexes auxquels les nerfs sympathiques donnent lieu peuvent avoir pour point de d<'»[)art, soit des sensations internes, soit des sensiUions externes, soit enfin des sensations spéciales.
Parmi les propriétés nouvelles que nous présentent les nerfs crâniens, nous devons surtout signaler celles qui appartiennent k un ordre nouveau do nerfs (}ui ne se rencontrent que dans Tencéphale; ce sont celles des nerfs spéciaux des sens, ou nerfs sensoriaux.
Relativement à la sensibilité des nerfs rachidiens, nous avons déjà longuement insisté, dans le semestre dernier, sur ce fait, que les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs intacts sont les uns et les autres sensibles ([uoiqu'à des d^rés divers; seulement, que Tun de ces éléments, le nerf sensitif, possède une sensibilité directe qu'il tient du centre nerveux et qui, après sa section, persiste dans son bout central, tandis que l'autre, le nerf moteur, possède une sensibilité récurrente^ qu'il tire du nerf sensitif et
8 PROPRIÉTÉS SPÉCIALLS
qui après sa section persiste dans son bout périphérique.
A la tête, les nerfs possèdent les mêmes propriétés et les mêmes caractères physiologiques qu'au rachis; cela nous permettra donc toujours de distinguer un nerf moteur d'avec un nerf sensitif . Toutefois les nerfs des sens spéciaux, ou nerfs sensoriels, présententdes propriétés tout à fait différentes. Pendant très longtemps on avait cru que les nerfs, chargés de percevoir les impressions les plus délicates, devaient être doués d'une sensibilité exquise! Magendie, le premier, a montré qu'il n'en était pas ainsi, et que le nerf optique, le nerf acoustique, le nerf olfactif, pouvaient être déchirés , contus, sans provoquer les moindres signes de douleur. Mais l'excitation de ces nerfs développe cependant des mouvements réflexes qui ne sont plus, dans ce cas, seulemeutle résultat d'une sensibilité inconsciente, mais celui d'une sensibilité subjective, analogue aux propriétés du nerf sensitif sur lequel on expérimente. En effet, la contusion, l'irritation du nerf optique déterminent, même dans l'obscurité, des sensations lumineuses et la contraction de la pupille comme sous l'influence de la lumière extérieure elle-même.
Ici le nerf sensoriel se comporte, pour la direction de son action, comme un nerf sensitif, car le pincement du bout central du nerf optique détermine la contraction de la pupille chez l'animal rendu aveugle par cette section, tandis que le pincement du bout nerveux périphérique ne produit rien. De même aussi, l'irritation du nerf acoustique détermine des sensations auditives subjectives.
Il est des nerfs spéciaux qui sont, en quelque soile, in-