‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux (volume 4)Chapitre 23 sur 86 · BRANCHE MAXILLAIRE SUPÉRIEURE · texte numérisé non relu

BRANCHE MAXILLAIRE SUPÉRIEURE

il en est séparé et se trouve à côté de lui dans la fosse plérjgoïde. Nous avons donc, sur un chien , enlevé Tarcade zygomatique j soulevé Tœil, suivi vers l'orbite le nerf maxillaire supérieur; et, arrivé sur le ganglion sphéno-palatin, nous l'avons arraché.

Avant d'enlever ce ganglion, nous avons vu que quand on le pinçait on ne provoquait pas de sensibilité bien évidente , tandis que quand on l'arracha on produisit une douleur très vive, ce qui est d'accord avec ce que nous avons vu des autres ganglions du grand sympathique. Nous avons ensuite observé ce chien , et n'avons rien vu qui parût se rattacher aux conséquences de l'opération. Aucun symptôme particulier ne s'est manifesté du côté de l'œil ; rien de précis du côté des narines où se distribue le nerf maxillaire supérieur. La sensibilité de la membrane muqueuse nasale paraissait aussi développée du côté où avait été enlevé le ganglion de Meckel, peut*ètre même l'étaitr-elle davantage?

Les filets qui émanent du ganglion de Meckel vont se distribuer à la membrane muqueuse du nez avec une branche delà cinquième paire. Examinant chez le chien le nerf naso*palatin qui va à la membrane muqueuse du nez, nous avons été très surpris de le trouver en apparence complètement insensible, tandis que la branche principale, la sous-orbitaire , nous offrait tous les ngnes d'une sensibilité vive. Cette insensibilité d'un rameau appartenant à lacinquième paire porterait à penser qu'elle renfermedesfiletsde sensibilité spéciale ; Magendie ayant prouvé que les nerfs de sensations spéciales sont complètement insensibles aux irritations mécaniques.

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Déjà autrefois, expérimentant sur la cinquième paire, il m'avait semblé que le nerf lingual , nerf de sensibilité générale et spéciale à la fois, était moins sensible que les rameaux superficiels de la cinquième paire. Cela . pourrait peut-être tenir aussi à cette double aptitude fonctionnelle.

En résumé, dans l'opération citée plus haut, nous avions donc remarqué que le ganglion sphéno-palatin, insensible quand on le pince, ne peut être arraché sans produire une vive douleur. Un autre fait nous avait surtout frappé, je veux pader de l'insensibilité d'un filet nerveux de la cinquième paire qui se rend à la muqueuse nasale.

Aujourd'hui nous avons répété sur le même animal cette expérience, de Tautre cêté, avec les mêmes résultats. Ce filet singulier a donc été coupé des deux côtés. En introduisant un stylet dans les narines on trouve que la membrane muqueuse nasale est toujours sensible ; d'ici aux prochaines leçons, nous observerons l'animal et tâcherons de voir si l'odorat a été modifié, et, dans le cas où il l'aurait été, quelle altération il aura subie.

Si les observations précédentes se vérifiaient, la cinquième paire se trouverait ainsi composée de trois parties : un nerf moteur, petite branche d'origine qui se rend tout entière dans le nerf maxillaire inférieur; des nerfs de sensibilité générale, et des nerfs de sensibilité spéciale qui présideraient à l'olfaction et à la gustation, n ne s'agira plus que de vérifier ces vues expérimentalement en analysant convenablement les faits; il faudra couper les branches que nous sommes disposé à r^ar-

BRAKCIIE MAXILLAIRH SUPÉRIEURE. 97

lier comme présidant à la sensibilité spéciale, et voir si après la section de ces branches Tolfactiou a été détruite ou troublée^

Sans insister aujourd'hui sur ce fait de savoir si la ciuquième paire préside ou ne préside pas, dans le nez, pour une certaine part à la sensibilité^ olfactive, question sur laquelle l'expérience doit prononcer, je me borne à vous poser la proposition que nous examinerons plus tard.

Nous savons que la cinquième paire lient sous sa dépendance certains phénomènes de nutrition. Vous l'avez vu pour la branche ophthalmique ; on peut le constater aussi pour les branches maxillaires supérieure et inférieure. La membrane muqueuse nasale est gonflée et rougeàtre. Nous constaterons cette apparence le jour où nous ferons l'autopsie de ce lapin. Je vous signalerai à ce propos une précaution à prendre dans les conclusions à tirer des expériences entreprises pour juger de Tin* fluence de la cinquième paire sur l'olfaction : il ne faudrait évidemment pas attendre, pour étudier les modifications de ce sens après la section du trijumeau, que les altérations de nutrition se fussent produites dans le nez. L'expérience ayant pour objet de rechercher si le sens olfactif est atteint primitivement, son altération, après que les désordres de nutrition sont survenus, n'établirait |ms plus son aptitude sensoriale que la cécité, après les altérations de l'œil consécutives a la section de la branche ophthalmique, n'établit une influence directe de cette branche sur la vision.

Passons maintenant k Texamen des usages dolabran^ chc maxillaire inférieure.

B,, Sy«t. hitiiv» — II. 7

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La branche maxillaire inférieure du -nerf trijumeau sort du trou maxillaire inférieur et vient se distribuer k la bouche. Ce nerf diffère des autres branches de la cinquième paire en ce qu'il n'est pas exclusivement sensitif. Lorsqu'au delà du ganglion de Casser , la cinquième paire s'est divisée en trois branches, la branche inférieure de cette trifucation, branche maxillaire înférieure, reçoit un filet d'origine distincte qui passe au* dessous du ganglion sans se confondre avec lui. Ce filet représente la partie motrice d'une paire nerveuse, dont le tronc principal du trijumeau renferme l'élément sensitif. Cette branche motrice n'abandonnant rien aux deux branches supérieures du trijumeau , le nerf maxillaire inférieur se trouve seul dans la cinquième paire repré* senter un nerf mixte.

Dans l'étude du nerf maxillaire inférieur, nous avons donc à considérer des phénomènes de sentiment et des phénomènes de mouvement.

Je vous ai déjà dit que la branche maxillaire inférieure donne la sensibilité aux parois de la bouche et le mouvement aux muscles de la mâchoire inférieure. Tandis que le facial donne le mouvement aux muscles superficiels, le nerf maxillaire inférieur préside au mouvement des muscles masticateurs profonds : masséters, mylo-hyoïdiens , ptérygoïdiens et crotaphytes.

Apr^ la section de la cinquième paire, on constate en effet, une paralysie des muscles de la mâchoire. Lorsque la lésion n'a été produite que d'un côté, cette paralysie n'empêche pas immédiatement l'animal de se nourrir : la mâchoire formant un seul os^ et les mouvements du

HKANCHi; MAXILLAIHL ISFIÏIlIHLlu;. 99

côté opposé éfaiit conservés, la mastication peut encore s'effectuer, (^pendant cette mastication est incomplète, l'animai se nounil mal. dépéril et maigrit.

FiG. ù (1).

Je dois vous signaler ïi ce propus un fait intéressant il noter, fait relatif ii l'accroissement des dents. Lasec-

(1) Portiun molrice de la cinquii'inf pnire rhti le cheval. — Fig. I. A, ponlon motrice de la cimiDitme paire qui embraitK en forme (le collier k Der( maxillaire lufOrleur; — A', brandie a u rien lo -temporale qnl est entourée par une anw provenant di- la portion motrice ; — 0*, aatre portiun du nerf auricalo-temporal provenant exclasitement de

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tioii des rameaux dentaires que fournit la cinquième paire, n'empêche pas les dents de pousser. Ou peut le constater sur les animaux chez les(|uels Taccroissemeut des dents est continuel, chez les lapins, par exemple.

Lorsque chez ces animaux, on coupe la cinquième paire d'un seul côte, les dents incisives correspondantes ne sont plus en rapport; elles ne s'usent plus les unes sur les autres. Cette altération des rapports entre les dents tient à ce qu'après la section de la cinquième paire, la destruction de sa petite racine motrice a pam- Ivsê les muscles masticateurs d'un côté.

La mâchoire étant déviée et attirée du côté sain, la dent incisive supérieure du côté sain frotte seule sur l'incisive inférieure du côté paralysé. Mais alors l'incisive supérieure du côté opéré et l'incisive inférieure du côlé sain portant à vide continuent à s'accroître. Au bout de cinq ou six jours on peut déjà reconnaître que ces dents sont plus longues (voy. fig. 5).

la portion sensilivc du maxillaire inr<h*icur, el envoyant un flict auastomolique S à la corde du tympan 1 ; — S', autre filet allant du maxillairo inrérieur à la corde du tympan 1 ; ~ D, rameau buccal du maxillaire ir.fc^rieur venant en plus grande partie de la portion motrice du nerf; — CP, filet moteur pour îe muscle crotapbylc ; — V, filet moteur pour le voile du ])alais; — U. rameau moteur pour le ptt^rygotdien ; — Z, braucheo phtbalmique de la cinquième paire ;— U, branche maxillaire «iipéricure de la cinquU'me paire ; — X , nerf Mngtial ; — V, nerf deiiiiiixî inférieur.

Fig, 11. Même nerf que précédemmml vu par la face externe ; — C'Mf filets mëssetériens et croUpbytes venant de la portion motrice du maxillaire inférieur et auxquels se mêlent cependant quelques libres venant de la portion sensitive.du nerf; — D, brandie ophlbalmiquc ; — !•:, nerf maxillaire supérieur; — F, nerf dcnlaire; — U, nerf lingual; A , portion de la branche auriculo-tempoi*aIe.

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L'accpoissement des dents est donc indépendant de Tinfluence nerveuse.

Il est très probable que c'est là un fait général , car, chez le fœtus, le développement des organes se fait alors qu'ils ne sont pas encore pourvus de nerfs : l'influence nerveuse ne paraît, en effet, intervenir dans les phénomènes de nutrition que comme moyen d'harmonisation ficénérale.

Ije lapin que nous avons montre tout à l'heure périra dansquelquesjours.il ne mourra pas pcir l'opération même de la section de la cinquième paire; il mouiTa rie] faim. Â l'autopsie, on trouvera dans l'estomac peu d'aHments, beaucoup moins que dans les conditions nor<maies : on pourrait peut-être prolonger sou existence eu hii injectant dans Testomac des aliments suffisamment divisés ou dissous^ du bouillon, par exemple.

Cette imperfection de la mastication doit reconnaître deux causes: d'une part, l'animal se sert moins bien de ses dents molaires, dont le contact ne se fait plus que par une portion restreinte de leur surface triturante ; ensuite, l'action des incisives est singulièrement amoindrie par ce déplacement latéral qui ne permet qu'à deux dents de se mettre en rapport.

Chez un chien ces inconvénients seraient moins prononces, les mouvements de diduction des mâchoires prenant une part beaucoup moins lai^e dans la mastication des carnivores. Toutefois, le rapprochement des dents se fait assez faiblement du côté paralysé pour qu'on puisse, en mettant le doigt entre les deux m&choires du côté lésé, sentir qu'il n'est serré que légèrement.

IQS K£9P truumëau.

toiique au lieu dé couper la cinquième paire d'un côté neulement on la coupe des deux cô^, ranioial ue peut plus ni mâcher, ui avaler. Alors il meurt de faim; la boudie reste béante et la mâchoire inférieure pendante.

Vous Yoyez donc que la section de la cinquième paire amène des désordres du mouvement qui sont limités à ht màchoh^ ; voilà tout pour ce qui concerne son influence motrice.

Mais, outre cela/ le nerf maxillaire inférieur^est aussi un nerf de sentiment. C'est lui qui donne la sensibilité aux joues, à la bouche, à certaines parties de l'oreille. Il fournit des anastomoses au facial par une branche aurieuio-*temporale. La section du nerf maxillaire inférieur est suivie d'une paralysie du sentiment, nonseulement dans les parties profondes, mais encore dans les parties superficielles ; c'est ce qu'il est facile de constater sur ce lapin. Ijbl sensibilité a disparu dans la muqueuse comme dans la peau des joues; nous pouvons aussi sans causer de douleur à l'animal pincer la langue du côté paralysé.

Les effets de la paralysie de la branche maxillaire infé* rieure ou de sa section ne paraissent pas se borner à ces lésions du mouvement et de la sensibilité : nous trouvons sur les lèvres et la langue des altérations consécutives qui peuvent porter à penser qu'il y a en même temps des altérations de nutrition. La muqueuse des lèvres est quelquefois rouge, gonflée ; elle est, aux lèvres supérieure et inférieure, le siège d'ulcérations; le bout de la langue présente aussi une ulcération. Toutefois, avant de se prononcer sur la nature de ces ulcérations, il convient

«B\NCHE MAXriXAIBE (NPÉHIECKE. 103

ilese demaucler li elles sont lu oonst^uetice d'une altcratiûii de nutrition, ou si elles sont dues simplement aux niorsuresquese ferait l'animal f|iii a perdulasensibilitt^ Je crois que cette dernière supposition est plus fondée, parce que les altérations que je vous signale, et que vous y^i __a.|tri«mciij..

pouvez encore \oii' sur ce lapin . se montrent dès le lendemain de l'opération et siègent prt^cisi'ment dans les parties qui sont expost'-es ii l'action des dents fûg. 5, fifi.l).

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Pour compléter l'histoire de la branche maxillaire inférieure, il me resterait k vous jparler de son influence sur le sens du goût.

Cette influence est ici incontestable : elle s'exerce sur la partie antérieure de la langue. Elle est due au nerf lingual, qui donne à cette partie à la fois la sensibilité générale et la sensibilité spéciale. Ces deux sensibilités disparaissent après la section du lingual.

Nous reviendrons sur les phénomènes de la gustation lorsque nous aurons à examiner Taclion des autres nerfs du goût; qu'il nous suffise devons indiquer aujourd'hui que, dans certaines parties de la langue, elle est d'une manière absolue sous la dépendance du nerf lingual.

Quant aux altérations de nutrition qui, consécutivement à la section de la cinquième paire , se remarquent dans l'oreille moyenne, on pense qu'elles peuvent amener quelques troubles secondaires de l'audition ; mais primitivement on n'aperçoit rien d'appréciable. Ijbl cinquième paire a aussi une influence sur les sécrétions de la face et particulièrement sur la sécrétion salivaiiv. Nous verrons qu'après la section de ce nerf, les excita-

la lèvre inférieure ; 3** une autre sur le bout de la langue et sur le côté correspondant ù la paralysie du sentiment.

Fig, if. Dents incisives normales de lapin ; elles se correspondent exactement et sont taillées carrément.

Fig. TU. Dents incisives de lapin, le septième jour après la section de la cinquième paire ; les dents 6et6'sccorrespondentseulespendant la mastication, les dents a, a' ne se correspondant plus, ne s'usent pas et s'allongent, d'où il résulte que la coupe des dents , au lieu de former une ligne transversale, forme une ligne oblique de haut en bas et de droite à gaurlie quand la cinquième paire a été coupée à droite, et oblique de haut en bas et de gauche à droite quand la cinquième paire a été coupée à gauche.

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