AVEC ALTIÎEATION DU GOUT
éfaiit ouverie, si l'on plaçait de l'acide ciîiique réduit en poudre très fine sur le côté droit et antérieur de la langue, la saveur était faible et demandait un laps de temps très appréciable pour être sentie : du côté gauche, au contraire, la saveur était pénétrante et instantanée.
A dater du 20 janvier, les symptômes extérieurs de la paralysie faciale diminuèrent, et la différence dans la sensibilité gustative s'effaça progressivement. €e dernier phénomène sembla même disparaître un peu plus rapidement que les autres, car l'altération du goût n'était plus appréciable, quoiqu'il existât encore une légère déviation dans les traits de la face. Le 18 février 18^4, le malade sortit de l'hôpital parfaitement guéri.
OiîSERVATiON ly. — Louis Gauvin , âgé de trente-cinq ans, serrurier, entra, le 29 juin 18^3, à i'hôpiial de la Charité, salle Saint- Wichel, E!" 9. En octobre 18âl, après avoir été atteint depuis quelque temps de toux et de cracheiiient de sang, le malade fut pris d'un écoulement purulent peu abondant par l'oreille gauche. En mai 18/i2, la face du côté gauche, et l'œil en particulier, devinrent le siège de rougeur et d'une tuméfaction douloureuse accompagnée de frisson. Cet appareil de symptômes se termina par la rupture d'un abcès qui se fit jour par le conduit auditif externe. A dater de ce moment, l'écoulement par l'oreille fut très abondant, et un jour, au dire du malade, il sortit avec le pus un petites présentant deux dents et une petite tète ronde ; quand je me mouchais," ajoute-t-il, il me passait comme un vent par l'oreille. Le 3 mars 18i3, l'écoulement pijrulent par l'oreille gauche pe?'sistait toujours, mais il survint alors dans l'organe de l'ouïe des douleurs vives et profondes ; au bout de trois ou quatre jours elles s'apaisèrent et laissèrent à leur place une paralysie du mouvement dans tout le côté gauche de la face.
Tels sont les principaux symptômes que le malade éprouva dehors de l'hôpital ; lorsqu'il y entra, le 29 juin 18^3, on reconnut chez lui une affection tuberculeuse des poumons déjà assez avancée. Voici les phénomènes qu'on observait pour l'hémiplégie faciale dont
nous avons seulement à nous occuper ici : les traits sont considérablement déviés et la paralysie du mouvement est complète du côté gauche de la face; la sensibilité est conservée partout. Les paupières ne peuvent s'occlure ; la vision est intacte pour l'œil du côté paralysé, seulement il y a parfois un peu d'épophora. L'ouïe est tout à fait perdue à gauche et l'écoulement purulent existe toujours assez abondant. Les mouvements de ia langue sont libres, la luette n'est pas déviée ; il y a un peu de gêne pour la prononciation des labiales. La gustation odVe une différence remarquable du côté droit et du côté gauche de la langue. Quand on place à gauche du sulfate de quinine, par exemple , la saveur y est plus faible, et il faut un certain temps pour qu'elle soit perçue, tandis que du côté droit, le malade la reconnaît et l'apprécie instantanément. Ces observations faites par M. Rayer furent répétées souvent devant les personnes qui suivaient sa visite. La paralysie faciale fut attribuée à une lésion de la septième [;aire consécutive à une affection tuberculeuse du rocher. Pendant toute la durée du séjour du malade à l'hôpital , l'écoulement purulent de l'oreille ne discontinua pas; il ne survint non plus aucun changement dans les phénomènes relatifs à l'hémiplégie faciale , si ce n'est une petite tumeur allongée et douloureuse à la pression qui apparut au-devant du conduit auditif externe. Les symptômes de la phthisie pulmonaire marchaient toujours, et le 15 décembre 18i8 le malade succomba.
Autopsie. — Les poumons présentaient de vastes cavernes ; tous les ganglions bronchiques et ceux (iu cou étaient considérablement engoigés de matière lubeiculeuse. î^'est à une altération de cette nature qu'était due la j-etite tumeur qui s'était développée au-devant du conduit auditif externe du côté gauche, etc. Je recherchai avec beaucoup de soin les altérations pathologiques relatives au nerf facial gauche. A l'ouverture du crâne , et après avoir soulevé le cerveau , on voyait, du côté gauche, sur la duremère qui recouvre la face externe et supérieure de ia base du rocher, une solution de continuité de forme arrondie, de deux centimètres de diamètre environ. On apercevait dans ce poiiit dé-
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nudé la substance osseuse du rocher ; la portion qui répondait à la partie supérieure de l'oreile moyenne était dure et nécrosée, tandis que plus bas, au niveau de l'hiatus de Fallope, l'os pétreux friable et infiltré de matière tuberculeuse ramollie, permettait au stylet de pénétrer à travers cette substance jusque dans la caisse du tympan. La partie correspondante du lobe moyen du cerveau participait à ces altérations ; on y voyait une perte de substance de la même grandeur, creusée en forme d'ulcération de 3 millimètres esiviron de profondeur, et offrant un fond jaunâtre et comme induré. Au pourtour de cette perte de substance du cerveau, les méninges cérébrales avaient contracté des adhérences avec les bords de la dure-mère pétreuse, et de cette façon le pus du foyer circonscrit s'écoulait par l'oreille moyenne. Le nerf de la septième paire (portion dure et portion molle) était altéré jusque vers son origine : à son entrée dans le conduit auditif interne, il présentait sur son trajet une j)eiite tumeur ovoïde blanchâtre, visible dans l'intérieur du crâne. Cette petite tumeur était due à de la matière tuberculeuse infdtrée au-dessous du névrilème. En suivant avec précaution le facial dans le canal spiroïde du rocher, il était gonflé, jaunâtre , et offrait la même dégénérescence tuberculeuse jusque vers son premier coude environ. Mais dans ce point, on perdait le nerf, et il disparaissait au milieu de la masse tuberculeuse ramollie qui, envahissant l'oreille moyenne, s'étendait au loin dans les cellules mastoïdiennes désorganisées et remplies de pus. D'après l'examen attentif delà pièce, tout porte à penser que c'élài'trlà le point de départ de l'affection, qui s'était ensuite propagée dans le crâne par l'hiatus de Fallope, et, vers l'origine du nerf, par le conduit auditif interne. Le facial, avons-nous dit, avait complètement disparu au milieu de ces altérations profondes : ce n'est que vers l'extrémité inférieure du canal de Fallope qu'on retrouvait le bout périphérique altéré et gonflé; de sorle que, dans toute sa portion pétreuse, le nerf facial était dégénéré ou désorganisé par la suppuration. Les branches du trijumeau, et le nerf lingual en particulier, furent examinés avec beaucoup de soin : on n'y découvrit aucune lésion.
Observation V. — Lagarde, âgé de trente-sept ans, tourneur, entra à l'Hôtel-Dieu, le 20 février 186^, salle Sainte-Agnès. Le 17 février, le malade, sans cause de lui connue et sans autre changement dans sa santé générale, ressentit une sorte d'engourdissement dans la langue, qui lui semblait plus grosse et plus lourde qu'à l'ordinaire. La parole ni la déglutition n'étaient pas gênées; mais le malade lui-même remarqua avec surprise qu'il ne percevait la saveur des aliments que du côté droit de la langue. «Pour m'assurer, dit-il, que je ne me trompais pas, je mis de la moutarde et du sel sur le côté gauche de ma langue; je les sentaisà peine, tandis qu'à droite cela m'emportait la langue. »
Le 18 février, les symptômes sont les mêmes, seulement l'œil gauche est pris d'un peu de larmoiement, et devient le siège d'une sorte de battement profond. Le malade dormit très bien pendant la nuit; mais en s'éveillant le matin (19 février), il vil que sa bouche était déviée. Les mêmes phénomènes persistaient du côté de la gustation ; il y eut un épistaxis dans lajour;iée. Le 20 février, le malade entra à l'hôpilal, et voici les symptômes qu'on observe à la visite du lendemain (21 février) : les traits de la face sont tirés à droite. Tout le mouvement est paralysé à gauche; le sentiment est conservé partout. L'œil gauche ne se ferme qu'imparfaitement ; le malade ne peut siffler et fume la pipe, comme on dit ; pendant la mastication, les aliments s'accumulent entre les dents et la joue gauche. La parole et la déglutition sont libres ; il n'y a pas de déviation de la luette ni de la langue. On essaye la sensibilité gustalive des deux côtés de la langue avec du sel et de l'alun : la sensation est inégale, et beaucoup plus prononcée à droite cju à gauche. L'état général du malade est du reste excellent ; il a bon appétit, dort bien, n'a pas de céphalalgie, etc. On ne remarque non plus aucune douleur ni aucune contusion sur le trajet ou à la sortie du nerf facial gauche. Dès le 23 février, tous les symptômes de la paralysie ci-dessus mentionnés s'amoindrirent et disparurent progressivement sous l'influence des vésicatoires. Le 16 mars, le malade sortit de L'Hôtel-Dieu complètement guéri de son hémiplégie faciale.
Observation VL — Brosou (Anihé), âgé de qnaraïUe-ciiKj ans, maçon. Le '2U mai 18/i3, à une heure, le malade fit une chute sur la tète, de la hauteur d'un premier étage. Il y eut pertede connaissance, plaie sur le côté gauche de la tète, et écoulement d'un peu de sang par l'oreille du même côté. Le malade, saigné aussitôt après sa chute, fut immédiatement transporté à l'hôpital, et il ne recouvra sa connaissance ciue le 25 mai, à six heures du matin. A la visite, on observâtes symptômes suivants : il y a paralysie du facial gauche, et le malade accuse une douleur vive dans le côté gauche de la tête: M. le professeur Volpeau diagnostiqua une fracture du rocher. L'état grave du malade m'empêcha de me livrer à un examen détaillé des syinptômes de l'hémiplégie faciale. Les jours suivants, sous l'influence d'un traitea^ient convenable, les accidents cérébraux avaient disparu, la plaie de la tête s'était cicatrisée et la céphalalgie dissipée ; mais la paralysie du facial persistait toujours avec la même intensité, et elle était complète. A gauche, le front ne se plissait plus, les paupières ne pouvaient s'occlure; les traits étaient entraînés à droite. La parole est assez libre, la luette n'est pas déviée. Pendant la mastication, les aliments s'accumulent entre la joue et les dents. La vue est conservée ; l'ouïe et l'odorat ne sont pas sensiblement altérés, mais il y a une inégalité remarquable pour la (justa^ tion dans les deux côtés de la langue et seulement vers la partie antérieure. Si l'on place sur cet organe de l'acide citrique ou tartrique en poudre, la saveur est promptement sentie avec son caractère acide du côté droit, tandis quà gauche la saveur, plus lentement perçue, est affaiblie et le malade n'en reconnaît pas exactement la nature. Malgré cette inégalité dans la faculté gustative, la surface de la langue offre partout le même aspect; elle est également humectée dans tous les points, et la sensibilité tactile y est aussi exquise h droite qu'à gauche. La paralysie faciale ne fut que peu amendée par l'emploi des vésicatoires et du galvanisme, et le 14 juin 18Zi3, le malade voulut sortir; il était parfaitement rétabli, quant à sa santé générale, mais non guéri de son hémiplégie faciale.
B., Syst. nerv, «- H. 3
Dans toutes les observations précédentes , il y avait les phénomènes extérieurs de la paralysie du facial très prononcés en même temps qu'il y avait des lésions caractérisant une paralysie des rameaux profonds de ce nerf.
Voici un autre cas dans lequel il y avait surtout , au contraire, prédominance des symptômes internes de la paralysie du facial, tandis que les symptôuies extérieurs étaient moins prononcés.
Si notre manière de voir est exacte, et si les phénomènes internes dépendent du nerf de Wrisberg, on pourrait comprendre à la rigueur que les phénomènes intérieurs existassent seuls en l'absence des phénomènes extérieurs. Ce sont là des résultats qu'on peut obtenir chez les animaux.
Voici cette observation, que j'emprunte au mémoire de mon ami, M. le docteur Davaine :
Observation. — Dans le courant de l'année 1851, M. le docteur Davaine fut consulté par M. X. ., La singularité et l'obscurité du cas l'engagèrent à me montrer le malade. De sorte que j'ai pu constater avec M. Davaine les phénomènes dont je vais vous donner la relation.
Yoici d'abord une note qui a été rédigée et remise par le malade, M. X... :
J'ai trente-quatre ans, mon père est très sain ; ma mère jouissait aussi d'une bonne santé, mais elle était sujette à un rhume presque constant. A part l'affection dont je parlerai, je suis très bien portant et je n'ai jamais fait de grandes maladies; je n'en ai pas eu de syphihtiques;je n'ai eu que deux gononhées très béingoes, qui ont été facilement guéries avant 1838, époque où ma maladie actuelle s'est déclarée.
En avril 1838, à l'université de Saint-Pétersbourg, où je faisais mes études, un jour en discourant j'éprouvai tout à coup, et c'est encore le cas aujourd'hui, une difficulté à parler distinctement. Depuis lors j'ai toujours senti que le siège du mal était en arrière du nez, dans l'endroit où les fosses nasales s'ouvrent dans le pharynx. Si un doigt pouvait y pénétrer, je pourrais dire très facilement : C'est ici ! néanmoins je n'ai jamais senti la moindre douleur.
Voici les symptômes de mon mal : j'ai dit que le principal était de ne pouvoir parler distinctement. Ceci s'apphque surtout à de certaines lettres et combinaisons de syllabes; il m'est surtout difficile de prononcer l'L; cependant je parle tout à fait distinctement en commençant. Lorsque je parle beaucoup, je sens que les parties malades s'irritent, je crache beaucoup, et c{uand mon langage devient indistinct après avoir parlé quelque temps, je le rends de nouveau plus clair en expectorant, ne fût-ce qu'une fois. Plus ma maladie a empiré, moins j'ai eu de rhumes, lesquels étaient très fréquents autrefois ; il m'arrive rarement de me moucher, en revanche j'éternue bien fréquemment et violemment.
Je sens aussi souvent une espèce de paralysie de la langue, qui s'étend même quelquefois aux lèvres, de façon à ne pas pouvoir contenir l'eau quand je me gargarise ; en avalant les liquides, il en sort quelquefois par le nez, si je suis un peu penché en avant. J'ai aussi de la difficulté à avaler, mais ceci a surtout empiré depuis l'été de 1850; cela m'a fait contracter l'habitude de mâcher très soigneusement; mais souvent les plus petits morceaux, ^{ui ne m'empêchent nullement de respirer, s'arrêtent dans le gosier, et je bois alors de l'eau pour les faire descendre. Ce symptôme est fait pour impressionner l'imagination, et il est possible que j'avale mieux quand je n'y pense pas.
Il y a des époques, mais cela ne m'arrive qu'en me couchant et avant de m'endormir, où je sens le sang se porter à la tête. A moitié endormi, je m'éveille aussi quelquefois en sursaut ayant le sentiment que l'air manque, et il n'en est rien ; ceci ne date que de l'année 18/i9 ou 1850. Je souffre jusqu'à un certain degré de constipation, mais cela ne dure jamais plus de deux jours; c'est un
132 PARALYSIE PROPONDE
symptôme très variable. J'ai aussi quelquefois senti un rjiumatisnie dans un des pieds, du reste très peu douloureux et passager. J'avais avant ma maladie une voix de ténor forte et haute qui s'est perdue ; j'ai aussi souffert un peu des yeux plus ou moins depuis.
Je dois dire que tous ces symptômes sont très variables, et que souvent les uns empirent, tandis que d'autres disparaissent. Il y a aussi des époques où j'étais presque comme tout à fait rétabli, et elles ont duré quatre à six mois, mais alors même je n'aurais pu faire sans interruption une lecture à haute voix de trois à quatre pages ; il est vrai que dans un mauvais état de santé, je puis à peine lire distinctement cinq à six lignes. Aucun climat n'a influé sur mon état, et j'ai vécu à Pétersbourg, en Egypte, en Perse et en Portugal.
J'ai remarqué qu'un gros rhume me rétablissait pour quatre à six semaines au moins. Telle a été aussi l'influence de grands voyages. J'étais parfaitement bien portant aussi longtemps qu'ils duraient, et l'effet s'en faisait sentir encore six semaines à deux mois après. J'ai été une fois violemment amoureux, et en conséquence tout à fait bien portant pendant plus d'une année. En général, quandj'ai mené une vie agitée et mondaine, je me suis mieux porté, tandis qu'une vie retirée a empiré mon mal. Je m'en suis surtout aperçu pendant une année de deuil. J'ai aussi observé que mon état empirait considérablement en été et plus particulièrement dans les pays méridionaux, par exemple à Lisbonne et à Naples ; mais à part cela et malgré une observation constante, je n'ai jamais pu découvrir les causes qui me font parler distinctement aujourd'hui, indistinctement demain et qui produisent même des variations d'un moment à l'autre.
Je dirai maintenant ce que j'ai fait en treize ans pour me guérir.
4838. Commencement delà maladie. Cautère au bras. Amélioration instantanée, mais qui n'a duré qu'autant que le cautère.
1839. Unpeu d'iode, mais comme essai seulement. Bains d'eau salée et chaude à Ischl. Aucun effet.
A Vienne, se déclare mon mal syphilitique, et l'on me fait faire la cure complète de mercure par voie de frottement. Pas d'effet.
18i0. A Berlin, quatre semaines de salsepareille; puis, en été, deux mois de cure d'eau froide. Même état,
A Paris, on me louche les parties malades avec la pierre infernale, deux fois par semaine, pendant quatre mois. Je me porte tout à fait bien, mais alissi longtemps seulement que dure cette opération. Gilet de flanelle pendant huit mois.
18/tl. Cure d'eau froide pendant cinq mois. Je me rends ensuite à Naples où jepasse deux ans et demi.
18^1.2. Cure de rob Laffecteur, quarante jours, avec diète exactement sévère. Bains d'hchia; puis voyage de cinq mois en Orient, pendant lequel je me porte parfaitement bien.
Depuis lors jusqu'en 18^i9, je n'ai rien fait pour ma santé ; mais je me suis en général assez bien porté, et j'ai même pu me croire quelquefois tout à fait rétabli, car c'est dans cette période que tombent de fréquents et longs voyages, de même que la passion amoureuse dont j'ai parlé.
1849. Blonmal étant attribué en partie àma fausse circulation du sang, je pris en été des bains et des eaux sulfureuses en Russie, mais à une source d'une efficacité médiocre.
1850. A Naples. Bains artificiels de soufre et eaux sulfureuses Castellamare.
1851. Liq. cup. amm. de Kœchlin.
Pendant un séjour de deux ans à Naples, on m'a appliqué tous les quatre mois quelques sangsues à l'anus, et j'ai pris de temps en temps de la poudre de soufre avec de la crème de tartre pour agir contre la constipation.
On le voit, pour M. X..,, la maladie a eu longtenips son siège au voile du palais, dans le pharynx, et les accidents qu'elle produisait consistaient principalement dans le nasonnement, dans la difficulté d'avaler et quelquefois de lire pendant un certain nombre de minutes d'une manière soutenue. D'un autre côté, on remarquera que cette affection nerveuse, quoique dis-
îS/l paralysie profonde
paraissant quelquefois presque complètement sous l'influence de rhumes ou d'excitations physiques et morales, a été regardée comme grave par des médecins successivement consultés, les uns ayant conseillé l'application d'un cautère, d'autres un traitement antisyphilitique, d'autres des verres d'eau minérale de diverse nature. Quant à l'expression de la face qui frappait tout d'abord, c'était l'immobilité de la figure et la large ouverture de ses yeux. En engageant le malade à froncer les sourcils et à contracter les muscles du front, il ne pouvait le faire que d'une manière très incomplète ; en lui disant de mouvoir les ailes du nez, cela lui était à peu près impossible ; en lui demandant de siffler, il avançait les lèvres et ne pouvait produire qu'un son faible et nasonné, l'orifice de la bouche restant assez largement entr'ouvert. Enfin, ayant engagé M. X... à essayer de grimacer, on était de plus en plus frappé du peu de mobilité des traits de la face.
Ayant été conduit de la sorte à examiner avec soin les divers phénomènes de l'affection de ce malade, voici ce qui fut observé :
M. X... parle en nasonnant, comme on l'observe pour une division ou une destruction du voile du palais. Lorsqu'il lit à haute voix, les premières phrases sont distinctes, les suivantes s'affaiblissent de plus en plus, en même temps que le nasonnement augmente et la lecture finit par une sorte d'épuisement. Lorsqu'il essaye de faire une gamme, le son s'éteint bientôt en se perdant dans les narines ; il en est de même lorsqu'il siffle; mais si, dans ce cas, le malade se pince le nez.
le nasonnement cesse, et le son peut être soutenu pendant un certain temps avec un degré de force propor lionne au peu d'énergie des lèvres ; une semblable épreuve aurait sans doute produit le même effet sur la voix, si l'occlusion complète des narines ne la rendait naturellement nasillarde.
Quant à la prononciation des lettres, le nasonnement ne permet pas, en général, de bien juger de leur netteté; l'L etl'R sont surtout mal articulés : aussi les mots où il entre plusieurs de ces linguales, Londres Tp3iY exemple, sont quelquefois inintelligibles.
A la paresse de la déglutition s'ajoute une difficulté d'expulser les mucosités qui se forment dans l'arrièregorge; pour les en extraire et cracher, le malade jette fortement la tête en avant.
Par l'inspection des parties, on constate que le voile du palais tombe directement en bas, sans former la voûte qu'on lui connaît; la luette n'est point déviée. Dans le bâillement ou dans les efforts pour faire agir le voile du palais, cet organe reste dans une immobilité absolue ; mais les piliers se tendent et se contractent d'une manière bien évidente, sans cependant se porter en dedans aussi fortement que chez un homme sain.
La langue est très mobile et se porte avec facilité entre les arcades dentaires et les joues de chaque côté. Le malade la sort droite hors de la bouche sans pouvoir la porter très en avant. Hors de cette cavité, il peut lui faire exécuter divers mouvements, mais il ne peut la recourber en haut. Quelque effort qu'il fasse, la pointe de cet organe n'arrive jamais à recouvrir la lèvre supé-
rieure; lorsqu'il essaye de faire ce mouvement, la lèvre inférieure vient au secours de la langue dentelle soulève la pointe, néanmoins celle-ci ne peut atteindre que le bord libre de la lèvre supérieure.
Bien que les joues, les paupières, etc., puissent se mouvoir sous l'influence de la volonté, ces parties ne remplissent qu'imparfaitement leurs fonctions. La physionomie est sérieuse, les lèvres font une saillie très prononcée en avant et restent habituellement un peu entrouvertes ; les joues sont amincies et semblent , lorsqu'on les touche, n'être formées que par la peau. Les aliments séjournent en partie entre elles et les arcades dentaires ; pour les en retirer le malade se sert habituellement de la langue ou d'un cure-dent et quelquefois du doigt. M. X... ne peut nullement élargir les ailes du nez, il leur connnunique seulement un léger mouvement en bas. Les paupières se ferment naturellement mais avec peu d'énergie. On les ouvre sans éprouver la moindre résistance pendant que le malades'efForce de les contracter fortement; même dans ce moment, lorsqu'on soulève la paupière supérieure et qu'on la laisse retomber, elle s'arrête pour ainsi dire en chemin et ne recouvre pas complètement l'œil. Il y a, sous ce rapport, une différence entre les deux côtés. Les paupières de l'œil droit ont encore moins d'énergie que celles de l'œil gauche, et le malade ne peut les fermer en maintenant celles-ci ouvertes.
Du côté des organes des sens, on ne constate ricii de particulier. L'ouïe n'est point altérée, la vue est bonne, l'odorat et le goût paraîtraient également intacts quoi-
que sous ce rapport Tappréciation soit difficile. En effet, l'on n'a point ici pour terme de comparaison, comme dans raffectiou bornée à un seul côté de la face, l'impression normale du côté resté sain. Un simple affaiblissement, survenu lentement dans la perception des odeurs et des saveurs, pourrait être difficilement apprécié par le malade; j'en dirai autant de la sensibilité cutanée de la face qui parait normale. Les muscles masticateurs qui reçoivent l'influence nerveuse de la braucbe motrice de la cinquième paire, ont conservé toute leur éuersie. Du reste, chez M. X.... dont Tesprit est cultivé, les fonctions intellectuelles s'exécutent très librement. Il n"y a aucun indice de paralysie, soit dans les membres inférieurs, soit dans les membres supérieurs, soit dans tous les autres organes qui dépendent de la moelle épinière. Les fonctions de la circulation, de la respiration, s'exécutent avec une grande régularité.
De sorte qu'en résumé, le médecin ne peut constater chez lui qu'une paralysie incomplète des deux côtés de la face, du pharynx , du voile du palais et de la langue.
Cette paralysie est accompagnée en outre par le peu d'irritabilité des muscles de la face et du voile du palais, sous l'excitation électro-magnétique.
Le reste de l'observation est consacré à des détails sur le traitement par rélectro-magnétisme, traitement qui resta sans effet.
On voit donc chez ce malade les symptômes de la septième paire intéressant les branches profondes et les
branches superficielles. L'examen de la face leva les doutes que pouvait laisser à cet égard la lecture des renseignements fournis par le malade, renseignements qui émanent évidemment d'un sujet hypochondriaque.
Le Mémoire de M. Davaine , auquel nous avons emprunté cette observation contient quelques autres exemples de paralysie faciale intéressant les branches profondes du nerf. Les symptômes qui traduisent cette lésion sont une gêne de la déglutition, du nasonnement, la chute du voile du palais avec courbure de la luette. Romberg a surtout insisté sur ce dernier signe dont il cite plusieurs exemples. Enfin il y a, dans la paralysie profonde du facial, imperfection de la prononciation des lettres linguales et paralysie partielle de la langue.
On a expliqué cette paralysie de la langue par le défaut d'action des muscles digastrique, stylo-hyoïdien et longitudinal superficiel. Par l'action du digastrique, l'os hyoïde se trouve soulevé et avec lui la base de la langue ; le stylo-hyoïdien porte l'os hyoïde en haut et un peu en arrière, ce qui fait qu'il soulève la base delà langue et rétrécit l'isthme du gosier; le muscle longitudinal superficiel, raccourcissant la langue, en ramène la pointe en haut et en arrière.
La paralysie des rameaux de la septième paire qui animent ces muscles, rendra donc incomplets ou impossibles : 1° le mouvement d'élévation de la base de la langue et le rétrécissement de l'isthme du gosier ; 2" le mouvement d'élévation de la pointe de la langue. Ces mouvements sont plus ou moins nécessaires pour porter
la langue hors de la bouche, pour articuler les lettres gutturales et les lettres linguales.
Les phénomènes intérieurs qui ont été observés à la suite de la paralysie profonde du nerf facial sont donc relatifs : 1° à l'altération du goût; 2" à la déviation de la luette ; 3° à la déviation de la langue ; û-° à la difficulté de la déglutition et de la parole ; 5" à l'altération de l'ouïe.
En résumé, nous pensons avoir établi qu'on doit distinguer deux sortes de paralysies de la septième paire : l'une que nous appellerons extérieure , tantôt double, tantôt simple, et qui dépend d'une altération du facial proprement dit; — l'autre, que nous appellerons intérieure, qui affecte certains mouvements profonds des organes des sens, et qui dépendrait, suivant nous, d'une lésion du nerf intermédiaire de Wrisberg. Les expériences que nous aurons à vous rapporter dans la prochaine leçon établiront physiologiquement cette distinction.
Enfin, on pourrait encore admettre une paralysie partielle de la septième paire lorsque la lésion, n'atteint que certains filets hmités du nerf. Cette lésion ne peut guère être que le résultat de causes traumatiques qui ont agi directement sur le nerf facial, soit chez l'homme, soit chez les animaux où ces paralysies s'observent le plus souvent. M. Goubaux en a cité un certain nombre de cas observés sur les chevaux.