SON EXTIRPATION
un critérium sûr, l'autopsie de la tête, qui uous moiîtrera clairement les racines nerveuses qui auront été détruites. Les pinces dont je fais usage ressemblent à des pinces à torsion pour les artères : seulement les mors, au lieu d'être tranchants, doivent être arrondis afin que le nerf puisse être serré solidement sans que, pour cela, sôii névrilème soit coupé.
J'ai expérimenté sur des chiens, des chats, des chevreaux et des lapins. Chez le chat, le lapin, le chevreau, l'extirpation du spinal est très facile, excepté sur le chien, où elle échoue presque toujours : cela tient à la densité du tissu cellulaire, qui, chez cet animal, unit le névrilème avec le périoste des os qui livrent passage aux nerf de la huitième paire. Cette circonstance particiilière fait que les branches du nerf spinal se cassent ordinairement sous les mors de la pince plutôt que de se laisser arracher. Cette extirpation des nerfs n'est pas un procédé nouveau qui soit spécial au spinal ; c'est une m.éthode nouvelle d'expérimentation que j'ai appliquée au facial, à l'hypoglosse et aux nerf crâniens en général. Je répète que, chez le chien, l'application de cette méthode offre beaucoup de difficultés.
J'ajouterai qu'on doit eii général préférer les animaux encore jeunes, et que les chats sont surtout favorables à ce genre d'expérimentation, à cause de leur nature criarde. On ne voit pas ordinairement survenir decompHcations graves à la suite de cette opération. Au bout de quatre à cinq jours les plaies du cou entrent en cicatrisation, et les animaux sont rendus à leur état normal, moins les spinaux qu'ils n'ont plus.
300 XERF SP1>"AL.
Ainsi. i:>ar mou procédé. j"ai pu atteindre le but : les uerfs spinaux ont été bien détruits, et les nerfs pneumogastriques ménagés : dès lors il m'a été permis de constater des phénomènes nouveaux, et d'observer toutes les phases des troubles fonctionnels qui suivent Tabation des nerfs dont je voulais étudier les usages.
Première expérience. — Le '25 octobre 18i*2. j"ai enlevé les dein: spinaux à un chat mâle adulte et bien portant.
La voix, devenue rauque après l'ablation d'un seul spinal, fut subitement abolie quand la destruction des deux spinaux fut opérée.
Le chat étant débarrassé de ses liens, et remis en liberté, voici ce qu'on observa :
Cet animal qui. avant l'expérience, était très remuant et très criard, se retira dans un coin où il resta calme pendant environ une heure, exécutant de temps en temps une sorte de mouvement de déglutition, mais sans proférer aucun miaulement.
Quand on pinçait la queue de l'animal pour lui an^acher des cris, il ouvrait les mâchoires, mais ne rendait qu'une espèce de souffle bref et entrecoupé par des inspirations. Si on prolongeait la douleur, le chat faisait des efforts pour s'échapper, rendait parfois une sorte de ràlement brusque et rapide. A l'état de repos, sa respiration ne paraissait nullement srènée : seulement, quand on forçait l'animal à se déplacer et à courir, il paraissait plus vite essoufflé, et avait de la tendance à s'arrêter.
Le lendemain, le chat était complètement remis des
EXPÉRIEN'CES. SOI
souffrances et de la frayeur de sou opération : il était redevenu gai et caressant comme avant, mais il cherchait peu à miauler. Cependant quand on lui présentait la nourriture avant de la lui donner, il essayait de l'atteindre en voulant pousser des miaulements de désir, comme font les chats en pareil cas; mais ces miaulements spontanés se réduisaient, comme ceux qu'on lui arrachait par la douleur, à un souffle expiratoire le plus ordinairement peu prolongé. Si alors on jetait à l'animal sou morceau de mou, il se précipitait d'abord sur lui avec voracité, mais bientôt son ardeur s'apaisait, et, mangeant plus lentement, l'animal s'arrêtait et relevait la tète à chaque mouvement de déglutition. Quand on troublait brusquement le chat à cet instaut. on déterminait quelquefois une espèce de toux ou d'éternument comme si des parcelles alimentaires tendaient à passer dans la trachée. La préhension des ahments hquides (lait) se faisait lentement, et la déglutition . quoique sensiblement gênée, paraissait plus facile dans ce cas que pour les ahments sohdes.
Les jours suivants, le chat ne présenta rien de particulier; les troubles légers de la déglutition, bien que toujours appréciables, surtout quand on dérangeait brusquement l'animal pendant son repas, devinrent par la suite un peu moins apparents.
Les phénomènes respiratoires, digestifs et circulatoires n'éprouvèrent pas la moindre atteinte. L'animal, d'une assez grande maigreur au moment de sou opération, engraissa rapidement sous l'influence d'une bonne nourriture.
En un mot, ce chat était resté physiologiquement à peu près le même; il n'y avait d'anormal en lui que l'absence complète de la voix.
Ce chat, qui était très apprivoisé, sortait dehors et rentrait ordinairement ; mais le 28 décembre 18/i2, c'est-à-dire deux mois après l'opération, il fut perdu et ne revint plus, de sorte que cette expérience ne put être complétée par l'autopsie.
Deuxième expérience. — Le 12 janvier 18/io, je fis l'extirpation des deux spinaux sur un autre chat mâle adulte : j'obtins l'abohtion complète de la voix, avec des phénomènes semblables à ceux mentionnés dans l'expérience précédente.
Le 27 janvier, quinzième jour de l'expérience, je sacrifiai l'animal en lui faisant subir une expérience que je rapporterai ailleurs; et je constatai, d'une part, que les deux spinaux étaient bien exactement enlevés, et que, d'autre part, le poumon et l'estomac n'offraient pas la moindre apparence d'altération.
Depuis la publication de ces expériences, qui se trouvent consignées dans mon premier mémoire, j'ai opéré de même un grand nombre de chats, et toujours avec les mêmes phénomènes.iPlusieurs de ces animaux ont été conservés plusieurs mois. J'en ai même suivi un pendant deux ans ; il appartenait à une personne qui me l'avait confié pour lui enlever la voix : ses fonctions organiques étaient toujours restées intègres.
Troisième expérience. — Le 11 mars 18/i3, sur un gros surmulot mâle, j'ai extirpé les deux spinaux. Ces animaux, de même que les chats, sont assez difficiles à
expérimenter, à cause de leur indocilité et de la conformation , conique de leur museau , L\m. ne permet pas de les museler sûrement. J'emploie pour cela un procédé très certain : il consiste à passer au travers de la gueule de l'animal et derrière les dents canines un petit morceau de bois , comme un crayon , par exemple ; aussitôt on place en arrière de cette espèce de mors une ligature circulaire, qu'on serre modérément. L'animal ainsi pris ne peut plus se démuseler, parce que le crayon empêche la ligature de glisser, et que les dents retiennent le crayon. On a en même temps l'avantage de maintenir la gueule ouverte et de ne pas empêcher la formation des cris, ni la respiration de s'exercer librement.
Quand on irritait le surmulot avant l'opération, il poussait des cris excessivement aigus, qui sont particuliers aux animaux de sou espèce.
Aussitôt après l'ablation des deux spinaux il y eut aphonie, et les cris aigus furent remplacés par un grognement très bref.
Remis en liberté, l'animal fit pendant quelque temps des mouvements de déglutition ; il se tapit dans un coin de sa cage et répugnait au mouvement. Le lendemain on lui donnait du pain à manger. La déglutition paraissait sensiblement gênée, et quand le surmulot mangeait trop vite, il passait évidemment des aliments dans la trachée, à en juger par ses éternuments et par une sorte de toux rauque qui troublait momentanément la respiration. Après la cessation de ces accidents, l'animal recommençait à manger plus lentement qu'avant ;
oOhr NERF SPINAL.
il mâchait longtemps et suspendait la mastication au moment où la déglutition s'effectuait.
Les jours suivants , les mêmes phénomènes persistèrent toujours. A l'état de repos , l'animal était calme, respirait normalement et avalait assez bien; mais on provoquait facilement les désordres déjà indiqués dans la déglutition, si on le forçait à courir et à respirer fortement au moment où il mangeait.
Le 16 mars (cinquième jour de l'opération), l'animal fut sacrifié. Les spinaux étaient complètement enlevés. Les poumons étaient sains, excepté une partie du lobe supérieur du poumon droit, qui offrait une particularité remarquable. Extérieurement on apercevait de petites masses blanchâtres, de volume égal, disséminées dans cette portion du tissu pulmonaire. En ouvrant alors les canaux aériens du poumon avec précaution, je trouvai des miettes de pain mâché qui obstruaient les grosses bronches, et il me fut facile de constater que les petites taches blanches étaient formées par la même matière. L'estomac n'offrait pas d'altération, et contenait des aliments en partie digérés.
Quatrième expérience. — J'ai enlevé les spinaux à un très grand nombre de lapins jeunes ou adultes. Comme toutes ces expériences se ressemblent, quant aux résultats, je me bornerai à en rapporter une seule. Le 18 janvier 1843, sur un lapin adulte, l'ablation d'un seul spinal détermina laraucitéde la voix, qui fut abolie après l'extirpation des deux spinaux; si alors on pinçait fortement la queue de l'animal, il faisait entendre un sifflement expiratoire, clair et bref, successivement in-
terrompu et entrecoupé par des inspirations bruyantes et rauques. Parfois l'expiration était aphone et on entendait seulement le runcus inspiratoire. Pendant le repos, l'animal respirait normalement et avait conservé toute sa vivacité ; mais, si on le faisait courir, il paraissait assez vite essoufflé; la respiration s'accélérait, et on entendait quelquefois alors des inspirations bruyantes. Lorsque l'animal mangeait, la déglutition était sensiblement gênée. Si dans ce moment on forçait le lapin à se mouvoir, il produisait une sorte de toux rauque, comme si des corps étrangers passaient dans les voies respiratoires.
Les jours suivants, les mêmes phénomènes persistèrent ; l'animal au repos ne paraissait pas souffrant et respirait hbrement ; quand on le laissait manger tranquillement, la déglutition, quoique un peu gênée, s'opérait assez facilement; mais quand le lapin était subitement dérangé, on voyait constamment apparaître les troubles respiratoires momentanés déjà indiqués plus haut.
Le 29 janvier (onzième jour de l'expérience) l'animal fut sacrifié.
Autopsie : Les deux spinaux étaient détruits en totalité. Les poumons exempts d'ecchymoses et d'altérations dans la plus grande partie de leur étendue, présentaient un peu de rougeur et d'hépatisation dans leurs lobes supérieurs. Le tissu pulmonaire incisé dans ce point offrait une coupe comme marbrée par des portions vertes qui n'étaient autre chose que de l'herbe mâchée renfermée dans les tubes bronchiques. Lacolo-
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ration très verte de l'herbe contenue dans les grosses bronches indiquait que l'introduction en était assez récente, tandis que celle située dans les petites bronches était déjà en partie décolorée , et y séjournait évidemment depuis plusieurs jours. L'estomac, qui était sain, contenait une grande quantité d'aliments.
Le nombre de lapins à qui j'ai extirpé les deux spinaux est très considérable. Ils vécurent bien après cette opération, excepté dans les cas où il se formait des pneumonies par suite de l'introduction de l'herbe dans les bronches.
Cette première série d'expériences prouve que les modifications fonctionnelles qui surviennent après l'ablation complète des deux spinaux portent spécialement sur les organes vocaux et respiratoires. Nous constatons, en outre, que ces phénomènes se manifestent spécialement dans les fonctions de relation. En effet :
1» Chez l'animal agissant, il y a aphonie, une certaine gêne de la déglutition, la brièveté de l'expiration quand l'animal veut crier , l'essoufflement dans les grands mouvements ou les efforts, et parfois irrégularité dans la démarche, etc.
2° Chez l'animal en repos, toutes les fonctions organiques, respiratoires, digestives, circulatoires, s'accomplissent, au contraire, avec la plus grande régularité, et il serait impossible de s'apercevoir, sous ce rapport, que les animaux sont privés d'une influence nerveuse quelconque.
Il faut remarquer aussi que l'ensemble de ces phénomènes, qui caractérise la paralysie des nerfs spinaux,
se distingue par une foule de points de la paralysie qui suit la section des deux nerfs vagues. On pourra encore mieux saisir cette différence dans le tableau comparatif suivant :
Phénomènes propres à la paralysie des deux spinaux.
i° La voix est abolie ;
2° La respiration n'est pas troubkk% le nombre des respirations n'est pas cliangé ;
o" Le nombre des battements de cœur et celui des pulsations artérielles restent les mêmes;
II" La dii;cstion slomacaie n'est pas dérangée, et les sécrélions gastriques s'accomplissent bien;
5" La survie des animaux est constante et indéfinie.
Phénomènes propres à la paralysie des deux nerfs vagues.
i" La voix est abolie;
2° La respiration est modifiée, et le nond)re (les inspirations est constamment diminué ;
3" Les battements de cœur sont considérablement accélérés, et le nombre des pulsations artérielles est considérablement augmenté;
U" La digestion stomacale est généralement troublée, ainsi que les sécrétions gastriques;
5° La mort des animaux est constante et ariive en général au plus tard apri>s trois ou quatre jours.
Il résulte de la comparaison précédente qu'il n'y a qu'un seul caractère qui soit comnmn à la paralysie des spinaux et à celle des pneumogastriques , c'est l'aphonie ou l'abolition de la voix. En analysant actuellement le mécanisme de cette aphonie, nous voyons qu'il est essentiellement différent dans la paralysie des spinaux ou dans celle des nerfs vagues.
Ce phénomène est indubilablement la conséquence d'une paralysie survenue dans les mouvements du larynx. Mais un fait fort singulier, qui devra d'abord ffxer notre attention, c'est que la paralysie du larynx ipii suit l'ablation des spinaux est totalement dilîV'rente de celle qu'on produit ordinairement par la section des pneumogastriques ou des nerfs laryngés.
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