‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux (volume 5)Chapitre 83 sur 116 · TREIZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIEME LEÇON

SOMMAIRE : Animaux chez lesquels les pneumogastriques avaient été coupés. — Autopsies. — Influence de la section des pneumogastriques sur les mouvements du cœur. — Le nombre des pulsations cardiaques est considérablement augmenté. — Expériences. — La galvanisation du pneumogastrique arrête les mouvements du cœur. — Expériences. — Effets de la section du pneumogastrique sur la respiration et sur les contractions du cœur chez les animaux à sang froid. — Influence de la température sur les mouvements du cœur chez les animaux à sang froid. — Les nerfs pneumogastriques sontils la voie de transmission des actions nerveuses au cœur et au poumon. — Expériences. — Section des pneumogastriques dans le crâne.

Messieurs,

Dans la dernière séance, nous avons, devant vous, coupé les nerfs pneumogastriques sur un chien et sur un lapin : le chien est encore vivant ; le lapin a rapidement succombé aux suites de cette opération.

Vous avez été témoins des accidents qui ont suivi immédiatement ces opérations : le nombre des mouvements respiratoires est tombé à un chiffre très bas, tandis que leur amplitude est devenue plus considérable.

Le lapin est mort très vite, en trois ou quatre heures. Nous avons déjà trouvé chez lui l'altération des poumons que je vous ai signalée ; seulement elle était moins prononcée que chez les animaux qui succombent au bout de vingt-quatre heures.

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Un autre lapin a été opéré hier et a survécu cinq ou six heures. Voici ses poumons : ils sont altérés par un é}»anchement sanguin ; les bords en sont emphysémateux. Comme le précédent, ce lapin n'a pas survécu assez longtemps à la section des pneumogastriques pour qu'on puisse rencontrer chez lui cette lésion pulmonaire au plus haut degré.

La rapidité avec laquelle ces animaux ont succombé tient en grande partie à la température élevée dont nous souffrons depuis quelques jours. Dans ces conditions, l'asphyxie est plus rapide ; la respiration doit être accélérée, et son ralentissement ajoute en pareille cireontance aux causes de la mort.

Le contraire s'observe chez les chiens âgés qui ne meurent pas par asphyxie. Celui-ci, que nous avons opéré devant vous il y a deux jours, a très bien survécu^, il a maintenant sept respirations par minute. Il se trouve, en raison de son âge, dans des conditions telles que les lésions pulmonaires seront faibles ou même nulles ; au lieu d'avancer sa fin, la chaleur fera qu'il succombera plus lentement.

Cette influence des conditions dans lesquelles se fait l'opération est curieuse, en ce qu'elle suffit pour intervertir l'ordre des phénomènes. Dans ce cas , nous voyons agir chez les lapins une cause de mort accidentelle en vertu de laquelle ils périssent d'autant plus vite que la température est plus élevée, tandis que le contraire a lieu chez les chiens adultes, qui, ayant subi la même opération ^ succombant par un mécanisme différent.

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Voici uiî pigeon auquel nous avons avant-hier, après la leçon , coupé les nerfs pneumogastriques ; il ne mourra pas asphyxié non plus ; vous pouvez voir qu'il est encore très vivace.

Chossat a signalé, chez les animaux qui meurent d'inanition, qu'à l'agonie, à mesure qu'ils sont plus près de succomber, ils vont se refroidissant , et qu'on peut prolonger leur existence en les réchauffant. Chez les chiens auxquels on a coupé les pneumogastriques, la température s'abaisse aussi. Nous verrons que les animaux auxquels on a coupé ces nerfs meurent comme les animaux qu'on fait périr par inanition.

Messieurs , d'après l'impossibilité où l'on se trouvait d'expliquer la mort consécutive à la section des pneumogastriques par une lésion des poumons, on en a recherché la cause dans d'autres Organes, et on a pensé que les modifications qui survenaient alors dans les mouvements du Cœur pourraient suffire à en rendre compte. I

Lorsque ensuite on se demande quelles sont les modifications des mouvements du cœur, on se trouve en présence d'un fait singulier qui semble renverser les notions les mieux acquises. S'il existe deux phénomènes physiologiques qui offrent entre eux une relation constante, ce sont le pouls et la respiration envisagés au point de vue de leur fréquence. La chaleur, la^fièvre, toutes les influences qui accélèrent le pouls, rendent aussi les respirations plus fréquentes. Or, après la section du pneumogastrique, nous voyons une perturbation qui porte sur ces deux phénomènes , et qui les

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affecte précisément en sens inverse. La respiration devient alors plus rare ; le pouls augmente de fréquence; si le chiffre des mouvements respiratoires diminue de moitié, celui des pulsations cardiaques double. Outre cette influence qu'exerce la section des pneumogastriques sur le nombre des contractions du cœur, elle en exerce une autre fort remarquable sur la pression dans le système circulatoire. Nous vous avons déjà parlé de cette moditication dans la première partie de ce cours; il nous restera cependant à vous présenter quelques considérations relatives aux actions qui règlent alors ces phénomènes.

Mais avant, je dois appeler votre attention sur un autre fait extrêmement singulier :

La régularité du pouls s'observe normalement chez beaucoup d'espèces animales , chez l'homme , chez le cheval , par exemple. Il n'en est pas de même chez d'autres ; le chien offre normalement une grande irrégularité du pouls. Lorsque nous avons d'abord observé ce phénomène, nous supposions que l'émotion que pouvait produire chez ces animaux l'examen dont ils étaient l'objet, était la cause de cette irrégularité. Mais, depuis, nous avons constaté la même chose chez des chiens bien apprivoisés et très tranquilles. Or, après la section du pneumogastrique chez les chiens, leur pouls devient parfaitement réguher. Je vous signale ce fait tel que je l'ai observé, sans savoir à quelle cause rattacher l'irrégularité qu'offre naturellement le pouls chez ces animaux.

Ce changement dans le rhythme du cœur ne peut

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certainement pas être une cause de mort ; les mouvements de Forgane sont régularisés et accélérés. La pression cardiaque du sang dans l'appareil circulatoire diminue ; mais cette diminution ne saurait expliquer la mort. Ce n'est que lorsque celle-ci est imminente que toutes les fonctions subissent une dépression qui présage la cessation des actes vitaux, et l'on voit alors les battements du cœur se ralentir et perdre de leur énergie.

Voici des expériences relatives aux troubles qui surviennent dans les conditions physiques de la circulation après la section des pneumogastriques.

Exp. — Sur un très gros lapin, on fit la section des nt^rfs vagues dans la région du cou.

Avant l'opération, l'animal étant fixé sur la table, on comptait cent vingt respirations et cent soixante pulsations par minute.

L'hémodynamomètre placé sur la carotide donnait une pression de quatre-vingt-dix millimètres.

Pendant que l'hémodynamomètre était appliqué, on coupa le nerf vague du côté droit et rien ne fut changé notablement, pendant deux minutes environ qu'on observa l'instrument. Mais l'animal fit des mouvements violents; l'artère se cassa et une certaine quantité de sang rutilant s'écoula. Après cette hémorrhagie l'animal était très faible et tomba en syncope. Cependant il revint et on appliqua de nouveau l'hémodynamomètre à l'artère du côté gauche. L'instrument ne donna alors qu'une pression de /lO millimètres, ce qui prouvait que la pression avait considérablement diminué sous l'influence de cette saignée artérielle.

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