SON INFLUENCE SUR LES MOUVEMENTS DU COEUR
faire une opinion complète d'après cette seule épreuve.
Les effets de la galvanisation des vagues sont aussi faciles à constater sur des grenouilles ; c'est sur ces animaux qu'ils ont été le plus souvent observés. Sous l'influence de cette excitation des pneumogastriques, le cœur s'arrête. Pour faire l'expérience, on peut ouvrir le canal vertébral ou couper la tête de l'animal, de manière à mettre à nu l'origine des pneumogastriques sur laquelle on applique ensuite l'excitation.
Nous mettons ici préalablement à nu le cœur d'une grenouille, en ouvrant sur les parois thoraciques une fenêtre assez petite pour ne pas livrer passage aux poumons. Nous coupons la tête de l'animal, ce qui n'empêche pas le cœur de continuer à battre ; puis, nous galvaniserons la moelle allongée mise à nu. La galvanisation n'arrêterait pas le cœur si nous avions enlevé la moelle allongée sur cette grenouille, et galvanisé seulement la moelle épinière. Cette expérience prouve encore que ce n'est pas par l'intermédiaire de la moelle qu'agit le pneumogastrique pour arrêter le cœur.
Voici notre grenouille dont le cœur bat ; elle a été décapitée et la moelle allongée mise à nu. Nous galvanisons la moelle dans le point d'origine des vagues; immédiatement le cœur s'arrête. On peut voir en même temps qu'il est dilaté : il s'est arrêté dans la diastole. Bientôt les mouvements recommencent.
Voyant l'arrêt du cœur succéder à la galvanisation du pneumogastrique dans la région du cou, on a cru pouvoir admettre que le cœur recevait deux ordres de nerfs : les uns, venant du grand sympathique, destinés
à le faire mouvoir ; les autres, venant du pneumogastrique, n'agissant que pour l'arrêter.
On doit renoncer à expliquer tous les mouvements du cœur, en les attribuant directement à une influence nerveuse centrale ; le cœur bat, en efl'et, indépendamment du système nerveux central , lorsque, arraché de la poitrine d'un animal vivant, il continue à battre sur une table. Nous avons vu encore le cœur continuer à battre pendant un temps assez long, lorsque, empoisonnant des animaux avec du curare, nous avions anéanti les actes du système nerveux moteur.
En galvanisant le pneumogastrique chez divers animaux, nous avons obtenu des résultats différents. Ainsi, nous n'avons pas vu l'arrêt du cœur chez les oiseaux, et , d'une manière générale, ce résultat nous a paru d'autant moins sensible que nous nous sommes adressé à des animaux plus élevés dans l'échelle, ou mieux à des animaux offrant une plus grande activité des phénomènes vitaux. Cela tiendrait-il à ce que chez les animaux il faudrait, suivant leur nature, employer des doses différentes d'électricité pour produire les mêmes effets; or, soit que nous ayons expérimenté sur des animaux inférieurs ou des animaux élevés, nous avons toujours fait usage de la même machine électrique.
Lorsqu'on coupe les pneumogastriques ou qu'on les paralyse, loin d'arrêter les mouvements du cœur, ainsi que vous le savez, leur nombre augmente d'une façon notable; ce nombre est souvent doublé.
Cette influence de la section du pneumogastrique sur l'augmentation des mouvements du cœur se re-
trouve-t-elle chez tous les animaux? Observe-t-on chez les animaux à sang froid l'augmentation du nombre des pulsations cardiaques et la diminution du nombre des mouYcments respiratoires que nous avons vus chez les animaux à sang chaud ?
M. le docteur Armand Moreau a fait récemment ici, à ce sujet, quelques expériences sur des grenouilles. Il résulterait de ses observations que la section des pneumogastriques est sans influence sur le nombre des pulsations, qui reste le même après l'opération qu'avant celle-ci. M. Moreau a également trouvé que le nombre des mouvements respiratoires restait le même. Ces phénomènes, s'ils se confirmaient, constitueraient-ils des différences assez tranchées pour caractériser l'action du pneumogastrique chez les deux classes d'animaux à sang chaud et à sang froid? — C'est une question intéressante à poursuivre.
D'autres recherches nous montrent une influence différente de ceUe du système nerveux central, qui a sur le nombre des battements du cœur une action bien plus marquée chez les animaux à sang froid que chez les animaux à sang chaud. Voici à ce sujet les résultats d'expériences qu'a faites ici M. le docteur CaUiburcès. M. CaUiburcès, partant de l'influence connue de la température sur les pulsations cardiaques chez les animaux à sang chaud, a recherché quelle était cette influence chez les animaux à sang froid, chez les grenouilles. Chez les animaux à sang chaud, le froid diminue le nombre des battements ducœur; la chaleurles augmente. La même chose a lieu, mais d'une façon bien plus mar-
quée, chez les animaux à sang froid. Chez ces derniers, l'action de la température est bien plus prononcée que celles des nerfs, taudis que le contraire paraît avoir Heu pour les animaux à sang chaud.
M. CaUiburcès se proposa, dans le principe, d'étudier l'influence de la chaleur sur la vitesse de la circulation, et, dans ce but, répéta des expériences de M. Poiseuille. Après avoir plongé dans de l'eau chaude l'une des extrémités postérieures d'une grenouille, il examinait au microscope la membrane natatoire de l'autre patte, et il remarqua que l'influence du calorique appliqué sur l'autre patte accélérait toujours la circulation capillaire, mais que la fréquence des battements de cœur augmentait en même temps d'une manière si notable, qu'elle ne paraissait plus être en proportion avec la vitesse de la circulation. Voici les résultats de ces expériences préliminaires qui indiquent en efiet que la fréquence des mouvements du cœur est liée à la modification thermique que la chaleur apporte au sang.