SANG
Avant l'expérience.
Sérum limpide, alcalin, contenant des traces de sucre.
Pendant toute la durée de la galvanisation, l'urine et le sang conservèrent les mêmes caractères. Le lendemain, le sang comme l'urine étaient dépourvus de sucre,
EXPÉRIENCES. /jS?
d'où il résuite queia galvanisation du pneumogastrique dans les conditions précitées n'a pas produit l'apparition du sucre dans les urines et l'aurait même fait disparaître du sang. On a conservé ce chien: les jours suivants, peu à peu il se remit à manger et revint à son état normal, ce qui prouve que les nerfs galvanisés avaient pu reprendre leurs fonctions, car l'animal serait mort, si les pneumogastriques avaient été coupés ou altérés d'une façon équivalente.
Le 28 avril, l'animal était à peu près revenu à son état normal et il servit plus tard à d'autres expériences.
Exp.Ç2o avril 18/i9). — Sur un gros lapin, on mit à découvert les deux nerfs vagues, on les souleva à l'aide d'un fil placé sous eux et on les galvanisa avec un courant faible pendant quelques instants.
Avant l'expérience, les urines étaient troubles, blanchâtres, alcalines, ne contenaient pas de sucre.
Quelques heures plus tard, les urines étaient toujours claires, elles étaient moins alcalines et renfermaient du sucre d'une manière très nette, quoiqu'on petite quantité.
Le soir, neuf heures après la galvanisation, les urines étaient troubles, alcalines et paraissaient contenir encore des traces de sucre.
Le 2/i avril, le fil étant toujours resté autour des vagues fut retiré avec une certaine difficulté.
Dès ce moment, l'animal parut avoir la respiration gênée et il mourut la nuit suivante avec tous les symptômes de la section des nerfs vagues.
Les poumons étaient ecchymoses. Le foie donnait une
hoS ^■ERF PNEUMOGASTRIQUE.
décoction jaunâtre, limpide, qui ne contenait aucune trace de sucre.
Exp. (16 novembre 1852). — Sur une chienne en pleine digestion et bien portante, on fit la section des pneumogastriques dans la région moyenne du cou et on galvanisa les deux bouts supérieurs préalablement liés ensemble. La galvanisation dura environ une demiheure, mais elle était interrompue et on agissait alternativement sur chacun des deux nerfs. L'animal vomit abondamment; les yeux devinrent saillants. Dans les premiers instants de la galvanisation, la pupille se resserra ; mais bientôt elle se dilatait fortement si la galvanisation continuait.
Pendant la galvanisation, l'animal présenta des convulsions assez violentes. Une demi-heure après la galvanisation, ce chien rendit de l'urine qui ne contenait pas de sucre.
Une heure après la première opération, on galvanisa encore l'animal pendant un quart d'heure avec des interruptions. Le galvanisme détermina toujours des convulsions avec efforts de vomissement.
Un peu plus tard, on fit la ponction de la vessie pour obtenir de l'urine qui fut trouvée légèrement alcaline et contenait une grande quantité de sucre.
Une heure après la ponction de la vessie, l'animal rendit spontanément de l'urine très chargée de sucre. Le lendemain matin, environ dix-huit heures après, l'animal fut trouvé mort, mais encore chaud.
Autopsie. Le foie ne contenait que des traces de sucre. La vessie et les intestins étaient vides. Les cornes de la
EXPÉRIENCES. (io'ô
matrice renfermaient six petits, dont trois seulement étaient morts. Le foie de ces petits chiens contenait du sucre de même que le liquide amniotique.
Le cerveau et la moelle allongée étaient très injectés, ce qui tenait peut-être à la galvanisation du bout supérieur des nerfs vagues.
Le cœur était plein de sang coagulé; il y avait une ecchymose hémorrhagique dans l'épaisseur de la valvule mitrale. Les poumons étaient engoués et comme hépatisés.
Eœp. — Sur un chien en digestion, on fit, le i2 novembre 1853, la piqûre de la moelle allongée, aprèsavoir, quatre jours auparavant, tenté la section des nerfs grands splanohniques.
La piqûre réussit bien, et, au bout d'une heure environ, l'animal s'était relevé et marchait. Seulement il avait vomi et il salivait beaucoup. La pupille, qui était très dilatée immédiatement après la piqûre , l'était encore beaucoup quatre heures plus tard.
On saigna l'animal deux heures environ après la piqûre et on trouva une grande quantité de sucre dans le sang de la veine jugulaire.
On examina de l'urine que l'animal avait rendue spontanément quelque temps après, on y constata une quantité considérable de sucre.
Deux jours après, le ili novembre, l'animal n'avait plus de sucre dans son urine. Alors on découvrit les deux nerfs vagues dans la région moyenne du cou ; on les lia ensemble , et on galvanisa au-dessus de la ligature avec l'appareil électro-magnétique de Breton. La
hkO NERF PNEUMOGASTRIQUE.
première fois, on galvanisa pendant quelques minutes. Vingt-cinq minutes après, on les galvanisa de nouveau : l'animal mourut pendant l'opération, ce qui tenait, sans doute, à l'arrêt des mouvements respiratoires qui étaient comme suspendus pendant la galvanisation.
A l'autopsie, on constata que les nerfs splanchniques n'étaient coupés ni à droite, ni à 'gauche; l'instrument avait porté trop en dehors. Le sang de l'animal renfermait du sucre, de môme que le foie qui, au dosage, donna 0,77 pour 100. Il n'y avait point d'urine dans la vessie.
Eocp. (6 janvier 1853). — Sur un chien loulou, ayant fait le matin un repas copieux de viande et de soupe, on pratiqua la section des deux vagues dans la région moyenne du cou afin de pouvoir les galvaniser ensuite.
Le chien, étant étendu sur la table et fixé par des liens, offrait par minute l28 respirations et 152 pulsations à l'artère crurale. On fit laligature des deux nerfs vagues ensemble, et ensuite leur section, de manière à tenir réunis dans des ligatures séparées les deux bouts supérieurs et les deux bouts inférieurs. Les nerfs vagues parurent complètement insensibles, et, au moment où on en fit la ligature, l'animal remua la queue seulement comme cela arrive fréquemment.
Après la section, les respirations étaient de 12 par minute, et les pulsations de 192. Cette augmentation des pulsations n'a paru se manifester que cinq à six minutes après la ligature des nerfs. Il serait curieux de savoir s'il en est de même dans d'autres cas. Alors on galvanisai successivement les bouts centraux et pé-
EXPÉRIENCES. 4Ûl
riphériqiies des nerfs vagues. On galvanisa modérément et à diverses reprises, pendant cinq à six minutes, les bouts supérieurs. Quand on galvanisait le vague droit, il y avait toujours vomissement des aliments et arrêt de la respiration. Quand on galvanisait le vague gauche, il n'y avait pas de vomissement et il semblait que la respiration ne s'arrêtait pas aussi facilement. D'ailleurs, lorsqu'on galvanisait ces nerfs, il y avait du côté des yeux les symptômes ordinaires; et du côté de la face, tiraillement en arrière des commissures de la gueule, etc.
Après cette galvanisation, l'animal fut détaché et mis en hberté dans le laboratoire. La respiration était lente et difficile ; après une heure on recommença de nouveau la galvanisation ; et aussitôt après on retira de la vessie des urines qui étaient devenues alcalines, d'acides qu'elles étaient avant; on constata qu'elles contenaient manifestement du sucre.
Dans la seconde galvanisation, les symptômes provoqués par chacun des deux vagues en particulier ne furent pas aussi nets que la première fois.
Enfin on galvanisa plus tard très fortement l'animal, et le sucre disparut de l'urine.
Dans aucun cas, on n'irrita le bout périphérique des nerfs vagues. Le lendemain matin, l'animal n'était pas encore mort; il n'avait plus que 8 respirations par minute, îl mourut le soir. On trouva à l'autopsie son foie dépourvu de sucre.
Exp, (11 juin 1853). — Sur un chien, de taille moyenne et adulte, en pleine digestion et ayant fait trois heures auparavant un repas de viande cuite (tête de
442 NERF PNEUMOGASTRIQUE.
mouton) , on compta les respirations qui étaient de 30 par minute (l'animal était un peu agité), les pulsations étaient de 96 à 100. Ensuite on fit la section des deux nerfs vagues dans la région moyenne du cou, entre deux ligatures portées sur les deux nerfs à la fois qui étaient peu sensibles. Après la section de ces deux nerfs on avait du côté de l'œil et de la face les phénomènes ordinaires de la section du grand sympathique faite en même temps que celle des vagues. On galvanisa alors les deux bouts supérieurs, tantôt à la fois, tantôt allant d'un nerf à l'autre, pendant dix minutes environ, avec des intermittences. Les mouvements respiratoires étaient suspendus pendant cette galvanisation. L'animal n'eut pas eu de vomissements réels, mais il avait de la tendance à vomir pendant qu'on galvanisait, allant toujours d'un nerf à l'autre.
Après qu'on eut cessé la galvanisation, on constata que les respirations étaient de 12 par minute, et les pulsations de 112 à 120. Le chien étant remis en liberté, les respirations étaient difficiles et ses yeux étaient déformés et injectés. On retira des urines de la vessie et on constata qu'elles étaient alcalines. Une heure après, on galvanisa le chien ; on prit de l'urine avant la galvanisation et on n'y constata pas la présence du sucre. Après la galvanisation, qui avait duré environ dix minutes avec intermittences, on reprit les urines. Les urines paraissaient alors moins alcalines qu'elles ne l'étaient une heure auparavant et elles ne contenaient pas de sucre. Une heure après la seconde galvanisation, on retira de l'urine qui était toujours légèrement alcaline,
et oii y reconnut la présence d'une grande quantité de sucre. On trouva alors les respirations de 13 par minute, et les pulsations de 152 à 160. Alors on sacrifia l'animal par la section du bulbe rachidien et on recueillit, par le procédé ordinaire, le sang de différents vaisseaux, savoir : de la veine porte,, des veines hépatiques, du cœur droit et du cœur gauche. On constata la présence du sucre dans tous ces sangs, mais beaucoup plus dans le sang des veines sus-hépatiques. Le sérum était clair et limpide dans tous les sangs, excepté dans celui du cœur droit où il présentait une teinte laiteuse. Il existait dans le péricarde un épanchement considérable de sérosité, qui se prenait par le refroidissement en une masse fibrineuse et qui contenait beaucoup de sucre.
On fit fermenter alors, comparativement, les urines avant les galvanisations, et les urines qu'on avait retirées de l'animal après la mort. La fermentation fut nulle dans la première ; dans l'autre, elle fut très active et donna une grande quantité d'acide carbonique.
Le chien pesait lô''^^, son foie pesait 180 gram.; il donna une décoction limpide, dans laquelle on trouvaque le tissu de l'organe contenait l§',Zil5 de sucre pour 100.
L'examen du foie fut fait le lendemain de la mort. On examina de même le contenu de l'estomac, qui ne renfermait pas de sucre ; la bile était, au contraire, manifestement sucrée.
Exp. (21 janvier 1853). — Sur une chienne de moyenne taille, très grasse, ayant déjà servi à d'autres expériences, et ayant eu les deux nerfs récurrents coupés par un procédé sous-cutané. On peut, en effet, couper
llllll NERF PNEUMOGASTRIQUE,
les nerfs récurrents chez le chien par la méthode souscutanée. Pour cela, avec notre crochet à couper les nerfs, on pique la peau et on va sur les côtés de la trachée, vers sa partie supérieure. Cela fait, on remonte le long de la face externe droite et gauche de la trachée, on accroche et on coupe les nerfs récurrents qui sont accolés sur les parties latérales des premiers anneaux du tuyau respiratoire.
On reconnaît que la section est opérée à la raucité de la voix de l'animal. Mais revenons au sujet de l'expérience actuelle.
On coupâtes nerfs vagues dans la région moyenne du cou, puis on galvanisa les bouts supérieurs, et, à trois reprises, on constata qu'alors les mouvements du thorax étaient arrêtés. Puis, on galvanisa les bouts inférieurs et on vit que le cœur était arrêté. Ensuite, on revint galvaniser les bouts supérieurs, en prolongeant davantage la galvanisation, afin de faire vomir l'animal; la chienne ne vomit pas et n'eut pas même des envies de vomir; mais l'autopsie prouva plus tard que l'animal était à jeun, qu'il n'avait rien dans l'estomac. Une heure après, on galvanisa les bouts inférieurs des vagues seulement, à deux ou trois reprises, à un quart d'heure d'intervalle ; puis, une demi-heure après la dernière galvanisation, l'animal fut sacrifié par la section du bulbe rachidien.
L'autopsie montra que le foie contenait beaucoup de sucre et que l'urine, qui était acide, était sucrée, ainsi que la bile. Le foie contenait ls%67 pour 100 de sucre.
On observa sur cette chienne différentes particulari-
EXPÉRIENCES. /j/jS
tés : 1° le vague droit paraissait bien évidemment plus petit que le gauche (cette disposition ne serait ici qu'exagérée). 2" Les vagues étaient sensibles avant qu'on n'en fît la section ; mais après la section, il sembla que les bouts inférieurs excités, donnaient lieu à des manifestations de douleur, qui ne pourraient s'expliquer là que par l'irritation du bout central du grand sympathique, qui restait] uni au bout périphérique du vague. 3» Il sembla que chez cet animal les phénomènes du côté des yeux étaient moins prononcés qu'à l'ordiuaire. /i° Enfin cette expérience prouve encore que la galvanisation des bouts périphériques n'a pas empêché le diabète de se produire, par suite de la galvanisation des bouts centraux. 5° On constata chez cette chienne, au moment où elle fut sacrifiée, que dans la mort par section du bulbe rachidien la conjonctive devient insensible avant la cornée. Enfin, cette expérience montre que le diabète peut parfaitement se manifester l'animal étant à jeun.
Exp. (Octobre 1851). — î° Un petit chien, de six à huit jours, fut éthérisé d'une manière continue, pendant une heure, dans le but de voir si cette éthérisation produirait l'apparition du sucre dans l'urine. Une heure après, en examinant l'urine dont sa vessie était remplie, on n'y rencontra pas de sucre d'une manière sensible.
On tua ensuite l'animal par décapitation. Son sang contenait du sucre, de même que la décoction du foie qui était transparente.
Dans les expériences de diabète, on ne saurait attribuer l'apparition du sucre dans les urines au ralen-
dhÔ NERF PNEUMOGASTRIQUE.
tissement de la respiration qui accompagne la section des pneumogastriques et qui donnerait lieu à une sorte d'asphyxie. L'expérience suivante montre que l'asphyxie aurait plutôt un efl'et contraire.
Exp. — 2° Un autre chien, du même âge que le précédent, eut les deux récurrents coupés dans la région du cou ; il devint de suite cyanose ; il suffoquait; mais, comme il était né depuis quelques jours, son asphyxie fut lente et dura une heure et quart. La vessie était pleine d'urine qui ne renfermait pas de sucre; le sang contenait seulement des traces de sucre et la décoction du foie n'en contenait pas.
Exp. — 3° Un troisième petit chien, de la même portée que les précédents, fut tué directement par décapitation pour être comparé aux deux précédents. Son sang contenait du sucre. La décoction de son foie était opaline et sucrée. L'urine ne renfermait pas de sucre.
Il résulte de ces trois expériences faites sur ces trois petits chiens, dans les mêmes conditions de digestion à peu près terminée, que l'asphyxie lente a détruit le sucre au lieu de le faire apparaître dans le sang et dans les urines. L'éther, au contraire, quoiqu'il n'ait pas fait apparaître le sucre dans l'urine, d'une manière évidente, semble avoir augmenté sa production dans le sang et dans le foie. Quant au troisième chien, nous voyons que la décoction de son foie se distinguait des deux autres par l'opalescence, caractère qui, d'après ce que nous avons vu depuis, indique que son foie contenait de lamatière glycogène, tandis qu'il n'y en avait plus chez les deux autres. Cette expérience prouve de plus que, sous
ce rapport, il ne faudrait pas assimiler l'éther aux agents asphyxiants.
La section d'un seul pneumogastrique n'est pas mortelle chez les chiens ; et, si au bout d'un certain temps, de six semaines, par exemple, on pratique la section de l'autre pneumogastrique, on dit que l'animal résiste à cette section successive des deux nerfs. On a pensé que le temps qui s'était écoulé entre les deux opérations avait été suffisant pour permettre le rétablissement des fonctions du vague coupé. Toutefois, après ce temps, les phénomènes que la section amène du côté de l'œil et du côté de la température de la tête n'ont pas encore disparu.
Exp. — Une grosse chienne avait eu le pneumogastrique :droit coupé dans la région moyenne de cou, et éprouva, comme conséquence, tous les symptômes ordinaires qui sont observés du côté de l'œil et du côté de la chaleur de la tête.
Deux mois et demi après, ces symptômes n'avaient pas encore disparu. L'œil du côté coupé était plus petit, la pupille plus contractée, etc. Alors, on coupa le pneumogastrique bien au-dessous du point où il avait été coupé la première fois, et on galvanisa son bout supérieur, afin de voir si la galvanisation aurait quelque effet sur l'œil, en d'autres termes, si les propriétés des nerfs étaient rétablies dans le point coupé. Cette galvanisation ne produisit aucun effet sensible sur la pupille : l'œil ne devint pas saillant.
Cette expérience semblerait prouver que, après deux mois et demi, le pneumogastrique ou plutôt le sympathique qui lui était uni, ne s'était pas régénéré, de ma-^
448 NERF PNEUMOGASTRIQUE.
ïiière à reprendre ses fonctions. Cela peut paraître surprenant , parce qu'on dit que la section des deux pneumogastriques est ordinairement suivie de mort, tandis que la section successive des deux nerfs à six semaines de distance ne l'est pas. On explique ce résultat en disant que le nerf coupé a eu le temps de reprendre ses fonctions. Cette expérience prouverait cependant que le nerf n'avait pas recouvré ses propriétés physiologiques ; il eût fallu, pour savoir si le nerf pouvait entretenir la vie, faire la section du côté opposé. Il aurait été nécessaire encore de faire la section du nerf au-dessus du point de la section primitive, afin de voir si la galvanisation du bout périphérique n'aurait pas arrêté le cœur, effet qui appartient exclusivement au pneumogastrique.
Nous citerons à ce propos l'expérience suivante quoiqu'elle renferme d'autres résultats qui se rapportent plutôt à l'histoire du grand sympathique.
Exp. (28 octobre 1853). — Sur un chien ayant, comme dans le cas précédent, un pneumogastrique coupé depuis longtemps, on constata qu'il y avait encore un peu de chaleur dans l'oreille correspondante et les désordres caractéristiques du côté de l'œil ; ce qui montrait que les fonctions du grand sympathique n'étaient pas rétablies.
Après avoir éthérisé l'animal, on découvrit le pneumogastrique vers le point de sa cicatrisation, puis on laissa revenir l'animal de son éthérisation. On galvanisa le nerf au-dessus de la cicatrice et on n'observa rien du côté du cœur, tandis qu'il y avait saillie du globe de l'œil et les phénomènes ordinaires du côté de la tête. On galvanisa ensuite au-dessous de la cicatrice et on observa un arrêt
du cœur et rien du côté de la tête. Ce qui prouve évidemment que l'excitation électrique ne passait pas à travers la cicatrice.
On sacrifia ensuite l'animal par la section du bulbe rachidien et aussitôt on observa qu'en galvanisant le premier ganglion thoracique du côté gauche, le cœur se remit abattre et des mouvements énergiques apparurent dans l'intestin grêle et dans l'estomac. Quand ou galvanisa le ganglion cœliaque du même côté, on vit, au contraire, les mouvements de l'intestin grêle s'arrêter tandis qu'il en apparut dans le gros intestin de très violents. A plusieurs reprises on constata le ^ mômes phénomènes, après quoi on galvanisa de même les ganglions, premier thoracique et cœliaque du côté opposé, avec les mêmes résultats.
Enfin, on coupa le filet nerveux qui unit inférieurement le ganglion premier thoracique au ganglion suivant, et on obtint toujours le même résultat par la galvanisation du ganglion, ce qui prouverait que l'influence du ganglion se transmet aux intestins par une action réflexe passant par la moelle. En effet, on galvanisa alors le bout supérieur du nerf coupé tenant au ganghon et on produisit les mêmes phénomènes de contraction; tandis qu'en agissant sur le bout inférieur^ on ne vit aucun mouvement se développer. 11 reste maintenant à déter-^ miner par quel filet cette action réflexe se propage aux intestins; tout porte à penser que c'est par les nerfs splanchniques.
Nous reviendrons sur ces questions à propos du nerf sympathique.
E., Syst. kf.rv. — II. 29
/i50 NERF PNEUMOGASTRIQUE.
Lorsque les nerfs ont été fatigués par une cause quelconque; par la galvanisation, par exemple, ils reprennent leurs propriétés assez vite, contrairement à ce qui a lieu après leur ligature ou leur section ; c'est ce que prouve l'expérience suivante :
Eocp. (25 avril 1849). — Sur un chien, on mit à nu les deux vagues et on les galvanisa dans la région moyenne du cou. On fit passer un courant assez faible pour ne pas trop altérer les nerfs ; cependant, après avoir cessé la galvanisation , la voix de l'animal était devenue rauque, voilée ; la pupille du côté gauche était rétrécie et la membrane clignotante faisait saillie au-devant de l'œil comme lorsque le sympathique a été coupé ; les respirations ne paraissaient cependant pas sensiblement ralenties. Pendant qu'on galvanisait les pneumogastriques, l'animal faisait de fréquents mouvements de déglutition.
Le 30 avril, l'animal se portait bien ; il mangea, et les symptômes précédemment observés avaient disparu : la voix était redevenne claire et la pupille de l'œil gauche avait repris son état normal.
Alors cet animal fut piqué au plancher du quatrième ventricule, et, à la suite de cette opération, on observa l'apparition du sucre dans les urines avec les phénomènes que nous avons signalés.
Cette expérience montre que l'altération des nerfs, qui a été produite par le fait de la galvanisation, a cessé plus rapidement qu'on aurait pu le penser, puisque au bout de cinq jours le nerf avait repris ses propriétés. Ce qui prouve que le nerf était simplement fatigué par
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la galvanisation, mais non pas détruit, car les choses se fussent passées tout autrement après la section.
Enfin, il semble que le pneumogastrique soit un nerf capable d'offrir des exemples de toutes les anomalies possibles, car on a vu des chiens survivre à la section des deux pneumogastriques sans qu'on puisse en donner l'explication, si ce n'est en disant que l'influence nerveuse a pu se continuer par l'anastomose que Galieu avait déjà signalée entre le laryngé supérieur et le laryngé inférieur, anastomose qui serait dans ces cas plus forte qu'à l'état ordinaire. Nous considérons cette explication comme une simple hypothèse. Quoi qu'il en soit, divers observateurs, M. Sédillot en particulier, ont signalé des exemples de survie prolongée chez des chiens à qui on avait coupé les nerfs vagues. Nous allons vous en rapporter un cas que nous avons observé nous-même.
Exp. (26 mars 18/i7). — Je réséquai, sur un chien, les deux vagues dans la région moyenne du cou.
Avant l'opération, les pulsations étaient au nombre de 85 avec irrégularité. Après l'opération 178, et régulières. Les respirations, qui étaient avant au nombre de 16, étaient tombées à 12 après la section des nerfs.
On remarqua pendant l'opération qu'après la section du nerf vague gauche, la circulation était déjà accélérée.
Aussitôt après la résection des deux nerfs vagues, l'animal suffoquait convulsivement; bientôt le calme se rétablit.
On observa, en outre, du côté des yeux une constriction de la pupille, un enfoncement du globe oculaire,
452 NERF PNEUMOGASTRIQUE.
une déformation de l'ouverture palpébrale, conséquences de la section du grand sympathique inévitablement coupé avec le pneumogastrique.
Le 27 mars, l'animal allait bien, ne paraissait pas triste, les symptômes de la veille persistaient du côté de la respiration et de la circulation. On donna à l'animal un morceau de viande qu'il mangea, mais qu'il ne put avaler; il le vomit bientôt, essaya de nouveau de le manger, le revomit et ainsi de suite.
Le 28 mars, l'animal allait toujours bien; les mêmes symptômes persistaient; l'animal buvait assez bien les aliments liquides; cependant, en buvant, il toussait et vomissait de temps en temps ; mais une certaine quantité des aliments arrivait cependant dans l'estomac, car il en rendait beaucoup moins qu'il n'en prenait.
Le 29 mars, même état ; le chien mangeait toujours et vomissait la plus grande partie de ce qu'il prenait. Du 30 mars au 2 avril, le chien resta toujours de même : il rendait toujours la plus grande partie de ce qu'il prenait. De temps en temps il rendit des excréments qui étaient durs, et son urine était très foncée.
L'animal paraissait calme, il se courbait en rond pour s'endormir comme à l'ordinaire ; ses respirations étaient toujours excessivement laborieuses et l'inspiration commençait toujours par la contraction très forte des muscles abdominaux, à laquelle succédait l'écartement très marqué des côtes. Au moment où l'inspiration commençait, tous les muscles de l'animal étaient pris d'une sorte de tremblement convulsif qui se voyait même jusque dans les muscles de la cuisse,
et ce tremblement convulsif durait clans les muscles pendant tout le temps de l'inspiration et cessait un instant au moment où l'expiration se faisait par un relâchement brusque des forces inspiratrices, pour recommencer bientôt avec une nouvelle inspiration. Les jours suivants, l'animal présenta toujours les mêmes phénomènes.
Huit jours après la résection des vagues, on plaça une canule à l'estomac de l'animal. On trouva qu'il y avait une certaine quantité de liquide acide dans l'estomac ; qu'une partie des aliments y avait pénétré et paraissait y être digérée. On nourrit le chien avec du bouillon et différents autres aliments.
Le chien maigrissait toujours de plus en plus, et il mourut dix-sept jours après la section des vagues. A l'autopsie, on trouva un poumon entier en suppuration, l'intestin grêle présenta, en grande quantité, des villosités blanchâtres gorgées de chyle, ce qui tenait à la lenteur de l'absorption, car ce fait s'observe aussi chez des animaux auxquels on fait la section du vague en pleine digestion. La dissection de la région du cou montra que les deux nerfs vagues étaient bien coupés ; il existait une solution de continuité entre les deux bouts qui présentaient chacun un renflement très manifeste.
Nous avons aussi répété plusieurs fois la section du pneumogastrique au-dessous du cœur et du poumon, de telle façon que les effets de la paralysie de ce nerf ne peuvent se manifester que sur les organes abdominaux. Nous avons décrit ailleurs (i) le procédé à l'aide duquel
(1) Tome I, p. 328.
on coupe le pneumogastrique dans la poitrine. Il n'y a, dans l'opération ainsi pratiquée, aucun phénomène du côté du cœur, ni de la respiration qui reste normale, mais, ce qui est plus remarquable, c'est que les désordres que la section de ce nerf apporte dans les fonctions des organes abdominaux n'influent pas d'une manière immédiate sur la santé de l'animal. C'est ainsi qu'après cette opération, nous avons vu la digestion continuer, et la formation du sucre avoir lieu dans le foie ainsi que le prouve l'expérience suivante.
Exp. — Sur un chien, jeune et de taille moyenne, on pratiqua i'éthérisation pour couper les nerfs pneumogastriques au-dessous des poumons, par le procédé déjà décrit (t. î, pag. 328^ Après l'opération on observa ce qui suit :
L'urine avant l'opération était colorée, acide, et elle donna directement du nitrate d'urée par l'addition d'acide azotique. Une heure après l'opération, l'urine était légèrement alcaline, pas de précipité albumineux par l'acide azotique, ni par la chaleur; mais il y avait toujours précipitation de nitrate d'urée par l'acide azotique; pas de sucre d'une manière évidente.
Deux heures après l'opération, les urines offraient toujours les mêmes caractères; leur réaction était légèrement alcaline. En laissant sécher le papier rouge qui était devenu bleu par son immersion dans l'urine, on le voyait redevenir rouge, ce qui semblerait indiquer que l'alcalinité était due à de l'ammoniaque.
En faisant bouillir ces urines qui étaient nettement alcalines, elles devenaient également acides.
EXPÉRIENCES. /l55
Le 14 juin , le chien mangea et se portait bien. L'urine présentait toujours les mêmes caractères.
On avait constaté que les pupilles du chien n'ofraient pas de déformation . Le sympathique, qui agit sur la pupille, n'était donc pas encore uni dans ce point avec le pneumogastrique.
Le 19 juin, le chien était toujours bien portant, il mangeait bien ; l'urine, au moment de l'émission, était légèrement alcaline; mais l'alcalinité disparaissait sur le papier quand il séchait, et l'urine même finissait pas devenir acide à l'air.
21 juin. — Le chien était toujours dans le même état On recueillit de l'urine qui présentait toujours les mêmes caractères; alcalinité légère, au moment de l'émission, qui disparaissait par l'ébullition. On fit servir ce chien à des expériences sur la salive, expériences qui ont été rapportées (t. lî, p. llo).
L'animal fut empoisonné par injection de strychnine dans le canal parotidien. A l'autopsie, on trouva vers le quart inférieur de l'œsophage, que le vague, appliqué contre la partie droite de ce canal, était coupé et présentait des cicatrices renflées à ses bouts. Sur le côté gauche, on trouva également un filet coupé. On constata donc que les filets nerveux, qui à ce niveau représentent les deux pneumogastriques réunis, étaient très bien coupés. L'animal avait été sacrifié au commencement de la digestion, l'estomac était rempli de viande; le canal thoraciques et les lymphatiques étaient distendus par un liquide blanchâtre.
Le sang conterait du sucre; le tissu du foie en ren
450 NERF rNEl^MOGASTHlQUE.
fermait une grande quantilé, tandis que le contenu de l'intestin n'en donnait pas de trace.
Cette expérience prouve donc qu'après la section des pneumogastriques au-dessous du poumon, la vie a pu continuer sans lésion pulmonaire et sans que les fonctions digestive et glycogénique du foie aient été suspendues.
Ces derniers résultats sont très importants en ce qu'ils semblent bien montrer que l'action mortelle de la section du pneumogastrique ne produit pas ses effets funestes par une action directe sur les organes abdominaux, mais très probablement par une action réflexe qui aurait sa source soit dans le poumon, soit dans le cœur. Le grand sympathique doit probablement avoir un rôle dans ces sortes d'actions réflexes organiques, et c'est précisément à cause de ce mélange des propriétés d'un nerf de la vie extérieure et d'un nerf de la vie organique, que le pneumogastrique nous offre dans son histoire des obscurités qui ne pourront être dissipées que lorsque le sympathique lui-même sera mieux connu.
Afin de distinguer les actions qui appartiennent aux pneumogastriques et au grand sympathique, il faudrait faire la physiologie comparée de ces nerfs chez des animaux où leurs filaments se trouveraient séparés.
Chez les invertébrés, il y a des nerfs qu'on a comparés au pneumogastrique et au grand sympathique. Ces deux nerfs affectent un développement inverse.
Chez les insectes, deux filets partent du cerveau de même qu'un autre du ganglion médian ou ganglion
EXPÉRIKNChS. ^57
f routai. Le filet éniaiié du ganglion frontal vient passer dans l'anneau œsophagien et accompagne le canal digestif. Les filets émanés du cerveau se rendent aux trachées et au vaisseau dorsal.
Quand on suit le filet œsophagien chez les dystiques, on voit qu'il se distribue à l'espèce de jabot dans lequel descendent les aliments : on ne peut le suivre au delà. Si Ton vient à couper ce nerf, l'animal déglutit constamment; s'il ne mange pas, il déglutit de l'air.
L'arrêt brusque de ce [nerf à la fin de l'organe de la déglutition se retrouve dans les espèces animales élevées : lorsque, sur un chien ou sur un oiseau, on galvanise le pneumogastrique, on fait contracter l'estomac ou le jabot; on ne produit rien au delà. Chez les animaux invertébrés il semble en être de même.
Tout à l'heure, sur le pigeon que vous avez vu ouvert sur cette assiette, nous avons galvanisé les pneum^igastriques et fait ainsi contracter le gésier ; les contractions n'ont pas été au delà de cet organe.
Sur ce chien qui nous a déjà servi au commencement de la leçon et qu'on vient de sacrifier, nous allons galvaniser le pneumogastrique.
L'estomac se contracte (l'animal est en digestion) ; mais nous ne voyons aucun mouvement des intestins. Ces mouvements sont provoqués surtout lorsqu'on galvanise le pneumogastrique vers la partie inférieure de l'œsophage. Les mouvements péristaltiques intestinaux sont indépendants de ceux qu'on provoque ainsi dans l'estomac. En portant les conducteurs de l'appareil galvanique sur le point dont je viens de parler, nous obtenons des mouvements beaucoup plus violents, surtout
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vers le pylore. Il faut, pour que ces mouvements aient une grande intensité, que l'animal soit en digestion.
Les mouvements qui ont pour siège les fibres contractiles des conduits pancréatique et biliaire ne sont pas sous l'influence du pneumogastrique. Chez les pigeons, où ils sont très prononcés, ils continuent après la section du pneumogastrique comme le font les mouvements du cœur. Ils ne sont pas non plus, chez ces animaux, arrêtés par la galvanisation . D'après ces faits, l'action motrice du vague semblerait donc s'arrêter à Pestomac.
Messieurs, en finissant l'histoire du pneumogastrique, nous terminons celle des nerfs crâniens. Nous avons déjà, dans le premier semestre, vu les racines rachidienues, de sorte qu'il ne nous reste plus à étudier que le grand sympathique dans ses difTérentes portions. Toutefois, avant d'aborder ce sujet, nous devons revenir sur quelques points de l'histoire des nerfs cérébro-rachidiens. Ainsi on a signalé fréquemment des paralysies partielles de certaines branches nerveuses qui dépendent de lésions centrales du système nerveux, et qui à cause décela sont assez difficiles à expliquer. Ainsi, dans les aifeclions saturnines on voit survenir une paralysie qui affecte plus spécialement les muscles extenseurs. Quant au siège de cette paralysie il est difficile de s'en rendre compte, soit qu'on le place dans les muscles, soit qu'on le place dans la moelle épinière. Cependant nous devons rappeler que nous avons vu dans nos expériences qu'il y avait certaines parties de la moelle affectées plus spécialement aux mouvements d'extension ou de flexion.
On a encore signalé, comme conséquence de l'asphyxie par le charbon, la paralysie isolée de certaines