‹ Leçons sur la structure et les maladies du système nerveuxChapitre 9 sur 19 · III. LÉSIONS DE LA NEVROGLIE · texte numérisé non relu

III. LÉSIONS DE LA NEVROGLIE

Dans le cerveau comme dans les autres organes, les phénomènes inflammatoires se traduisent tout d'abord par une hyperplasie du tissu conjonctif; et, ici comme ailleurs, les éléments de nouvelle formation peuvent tendre vers une organisation complète ou une régression graisseuse : c'est-à-dire que, suivant les cas, le processus inflammatoire, hyperplasique d'abord, aboutit ultérieurement à la sclérose ou à la suppuration. De là deux classes :

1° Hyperplasie simple. — C'est la sclérose ou cirrhose des centres nerveux. Le tissu conjonctif jeune passe à un état parfait, si l'on peut ainsi parler.

La sclérose se rencontre en foyers locaux, ou sous forme diffuse.

En foyers localisés, la sclérose se présente à l'œil nu, sous forme de noyaux isolés ou plaques (d'où le nom de sclérose en plaques disséminées) répandus soit sur la moelle, le bulbe, la protubérance, le cerveau, et même sur les nerfs. Leur consistance est ferme, leur contour tranche nettement sur les parties voisines restées saines,

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leur couleur est grisâtre. Dansl'écorce grise, dont l'étude anatomo-patkologique nous occupe spécialement, il est rare qu'on les trouve d'emblée d'ordinaire; dans la substance grise, leur point d'origine est dans la substance blanche, et ils gagnent les parties grises par propagation.

La forme diffuse de la sclérose cérébrale se rencontre dans la paralysie générale tout spécialement.

Le processus sclérotique est le même que dans la forme en plaques : seulement, nous avons ici affaire à un phénomène totius subslantiœ, qui occupe à la fois les deux substances, grise et blanche.

Revenons aux caractères généraux de la cirrhose cérébrale, qu'elle soit localisée ou diffuse. Ce qui la distingue anatomiquement, nous l'avons déjà dit, c'est une multiplication de tous les éléments de la névroglie. qui, une fois formés en excès, tendent vers une organisation complète.

La substance intercellulaire subit un épaississement considérable, et s'organise en tissu eonjonçtif parfait, sous forme d'un reticulum très-dense de minces fibrilles qui se serrent de plus en plus les unes contre les autres. Cet épaississement est quelquefois manifeste dans le stroma sous-méningé, ainsi que j'en fais passer un exemple sous vos jeux.

En même temps que les éléments figurés de la névroglie entrent en prolifération , on voit se développer cette forme particulière de cellules conjonctives à prolongements multiples anastomosés entre, eux, cellules qui ont été parfaitement décrites dans ces derniers temps en Allemagne et à, qui leur forme toute spéciale a valu le nom de cellules araignées.

Le corps de la cellule est ovoïde, à grand axe paralièle à la direction des vaisseaux, dont la tunique externe se trouve en rapport avec les prolongements des cellules voisines. Ces cellules araignées ne sont pas uniformément réparties dans les points malades :

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comme Lubimoff l'a indiqué, on les trouve par amas isolés, par nids, au voisinage des vaisseaux principalement.

Enfin, outre les cellules araignées, on trouve encore d'autres formations conjonctives parfaites, entre autres, des corpuscules fusiformes. Il résulte de ce développement exubérant de la trame conjonctive un tissu dense résistant, qui forme, par la rétraction de ses mailles, de véritables aréoles, des géodes. Ces aspects nouveaux de la névroglie se voient très-nettement sur les planches photographiques que je vous présente en ce moment.

Ce développement anormal des différents éléments de la névroglie retentit par contre-coup sur les éléments nerveux qui sont disséminés dans sa masse.

Le resserrement lent mais continu de la masse conjonctive étouffe progressivement les tubes et les cellules nerveuses. Les tubes perdent d'abord leur myéline et se réduisent à leur cylindre-axe. Bientôt ce dernier luimême disparaît, et la mort de la fibre nerveuse est alors sans appel. Le protoplasma des cellules devient granuleux et le noyau est détruit en dernier lieu. A. la place des éléments nerveux, on ne trouve plus, entre les mailles de la névroglie, que des gouttelettes de myéline, des granulations graisseuses et quelques corpuscules amyloïdes.

En même temps, les capillaires eux-mêmes sont comprimés, puis effacés complètement, de sorte que finalement il ne reste plus qu'un tissu fibreux, peu vasculaire, un véritable tissu de cicatrice.

2° Hyperplasies suppuratives. — Le début du processus est le même, dans le cas de suppuration encéphalique, que dans le cas précédent. La seule différence est dans la rapidité de la marche et l'évolution ultérieure des produits inflammatoires.

Dans la sclérose, la marche est lente et les éléments néoformés tendent à s'organiser; si la marche est rapide, luys 3

du même coup ils tendent vers- une métamorphose régressive.

Dans l'encéphalite suppurative, ou trouve principalement ces éléments arrondis, granuleux, que Gluge a décrits sous le nom de corpuscules inflammatoires parce qu'il leur assignait l'inflammation comme seule origine, — mais on sait maintenant qu'on les rencontre encore dans dans d'autres cas, dans les anciens foyers de ramollissement par exemple.

Ces corps granuleux dérivent d'éléments multiples : ce sont, en général, des cellules de la névroglie proliférées et ayant présenté une multiplication nucléaire endogène; d'autre sont des leucocytes devenus granuleux; d'autres enfin, semblent provenir de la dégénérescence granulograisseuse des cellules nerveuses.

Outre les corps de Gluge, on trouve, une sérosité plus ou moins louche, plus ou moins chargée de granulations, et enfin de véritables globules de pus.

Le pus de l'encéphalite suppurée se présente sous deux formes : tantôt il est en nappe (infiltration purulente), tantôt il est collecté en foyer limité (abcès du cerveau proprement dit).

La suppuration occupe rarement la substance grise isolément ; d'ordinaire, on rencontre une altération identique, plus ou moins étendue, de la substance blanche, et, comme contre-coup ou comme point de départ, une méningite concomitante.

Nous venons de décrire les différentes lésions de la substance grise corticale. Il nous reste à parler, pour achever ce sujet, des lésions secondaires que certains points de cette écorce peuvent présenter; et des lésions consécutives aux dégénérescences de cette même substance corticale.

On désigne sous ce nom les lésions par lesquelles des circonvolutions, indemnes primitivement de toute altération, sont envahies consécutivement à différents processus morbides qui atteignent d'autres points de l'encéphale, et inversement, celles qui partent de circonvolu-

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tions malades et retentissent à distance sur des parties primitivement saines. Nous pouvons dire de suite, relativement à leur nature, que ces lésions sont des foyers de sclérose ou de ramollissement, avec dépressions en soussol. Leur topographie sera plus particulièrement décrite quand nous parlerons de la couche optique. Il nous reste donc à élucider leur mode de production.

Nous savons déjà que le cerveau peut être considéré comme composé de substance grise disséminée à la périphérie (couche corticale) et ramassée au centre en ganglions (couche optique, corps strié). Ces deux régions grises sont reliées par des fibres blanches qui vont du centre à la périphérie (système convergent) et des parties droites aux parties gauches (système commissural).

Il résulte de cette dispositions les faits suivants :

1° Une altération d'un point de la corticale peut, par l'intermédiaire des fibres blanches qui en partent, s'étendre soit au corps strié ou à la couche optique du même côté, soit au corps calleux qui le relie à l'hémisphère opposé et de là au point symétrique de la corticale. C'est ainsi que dans un cas d'aphasie avec lésion du lobe gauche, j'ai trouvé deux fois une altération secondaire du lobe frontal droit en regard ;

2° Réciproquement, une lésion de la couche optique peut donner naissance à une dégénérescence secondaire de la corticale.

Nous verrons plus loin quels sont les points de cette dernière qui sont envahis, suivant que telle ou telle partie de la couche optique a «té primitivement touchée.

Enfin, les lésions soit primitives, soit secondaires de la corticale donnent lieu à des lésions de voisinage :

1° Dans la substance blanche, qui est ramollie, dilacérée, et participe à tous les processus qui partent des capillaires ou de la névroglie ;

2° Dans les méninges, qui sont opaques, épaissies, adhérentes, et présentent, soit des hémorrhagies sousméningées, soit des points de suppuration.

Substance blanche

Après avoir décrit la substance grise étalée en couche mince à la surface des circonvolutions, nous avons à décrire la masse de substance blanche sous-jacente, masse qui constitue la majeure partie des hémisphères, et qui sépare la couche grise périphérique des noyaux gris situés au centre du cerveau .

Nous n'avons- pas ici à décrire la configuration extérieure de cette substance blanche : cette description que l'on trouve d'ailleurs dans tous les traités d'auatomie descriptive, n'entre pas dans le cadre de ces leçons; nous n'avons à nous occuper que de la structure générale et des connexions des parties du système nerveux que nous étudions.

Nous serons bref au sujet de la structure de la substance blanche.

Elle renferme, commela substance grise, des vaisseaux, un stroma conjonctif ou névroglie, et des éléments nerveux.

Les vaisseaux et la névroglie sont en tous points comparables aux éléments de même ordre que nous avons étudiés dans la corticale. La différence porte seulement sur les éléments nerveux. Les cellules font ici complètement défaut.

Quant aux fibres, réduites dans la substance grise à un simple filament axile qui leur donnait une apparence grise, transparente, elles acquièrent dans la substance blanche une enveloppe de myéline nettement distincte du cylindre axe, et à laquelle elles sont redevables de leur diamètre plus considérable, et de leur couleur blanche.

Voilà pour la structure générale de la substance blanche. Quel est maintenant le trajet des fibres qui la constituent ?

Si l'on considère les fibres blanches à partir de la substance grise, on voit bientôt qu'elles affectent deux directions différentes.

Les unes se portent de droite à gauche en constituant la majeure partie du corps calleux, et reliant l'un à l'autre les deux hémisphères.

Les autres se rapprochent de plus en plus les unes des autres et convergent vers la base du cerveau, où elles s'épuisent dans les amas ganglionnaires gris du même côté, c'est-à-dire dans la couche optique et le corps strié.

La marche et les connexions spéciales de ces deux systèmes m'ont servi à les dénommer. J'ai appelé le premier système anastomolique ou commissurant, et le second système convergent supérieur, par opposition au système convergent inférieur, qui, partant des nerfs périphériques, se porte vers les ganglions cérébraux et constitue la majeure partie de l'axe spinal.

L'étude du système convergent inférieur ne rentre pas dans la description du cerveau proprement dit : nous allons nous occuper successivement des deux systèmes anastomotique et convergent supérieur.

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