‹ Leçons sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 14 sur 149 · CONTAGION ET INOCULATION DE LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

CONTAGION ET INOCULATION DE LA SYPHILIS

se traduira par un chancre du mamelon de la nourrice, si celle-ci élait auparavant vierge de syphilis. De même des papules syphilitiques du mamelon d'une nourrice syphilitique, donneront un chancre delà lèvre à un enfant sain.

Les accidents secondaires de la syphilis durent longtemps. Nous voyons ici nos malades revenir pendant deux, trois, quatre et même cinq ans avec des plaques muqueuses de la vulve; il en est de même des plaques muqueuses delà langue, delà bouche, etc., chez l'homme. La syphilis peut donc se transmettre par un sujet syphilitique pendant trois, quatre et même cinq ans, à partir du début du mal. D'où la nécessité, pour un individu syphilitique, de ne pas se marier, si ce n'est cinq ou six ans après le début de la syphilis. En se mariant plus tôt, il risquerait de donner la vérole à sa femme et d'avoir des entants infectés, car, dans la syphilis héréditaire, le rôle de la femme parait prédominant, et il est rare qu'un père syphilitique ait un enfant atteint de syphilis si la mère est restée saine dans le mariage.

Il n'existe pas de fait avéré de contagion syphilitique par le sperme, ni d'inoculation par ce liquide. Les larmes, la salive, provenant d'individus syphilitiques, ont été inoculés à des personnes saines sans qu'on ait observé de syphilis.

Si le sang est contagieux et inoculable, sans que les liquides de sécrétion le soient, il est probable que le passage de la sérosité du sang à travers les membranes glandu'aires et cellulaires arrête les particules du sang contagieuses, et rend les liquides sécrétés innocents.

Quel que soit l'accident ou le liquide qui a sgrvi de point de départ à la transmission de la syphilis, nous venons de voir que le résultat est toujours le même, et que c'est un chancre infectant précédé d'une période d'incubation.

Période d'incubation de la syphilis. — Nous devons maintenant nous demander ce qui se passe entre le moment de l'inoculation et l'époque de l'apparition du chancre.

La plupart des auteurs pensent que l'absorption qui a lieu immédiatement au point contaminé a pour résultat d'entraîner le virus dans la circulation lymphatique et sanguine de tout le corps», et que la vérole a passé dans le sang, que l'infection de l'économie est complète, avant que le chancre n'ait apparu.

A un moment donné, plusieurs semaines après le contact impur, le chancre parait au point qui a été touché, mais, dit-on, depuis le premier jour l'individu était fatalement infecté par la syphilis. M. Cusco a même été plus loin, et il a soutenu qu'après le contact on pouvait devenir syphilitique par l'absorption du virus, sans qu'il y ait eu de chancre. Nous ne sommes pas de cet avis, et nous croyons que si, dans un assez grand nombre de cas, surtout chez la femme, on n'a pas vu le chancre initial, c'est qu'il était indolore, petit, placé dans un point inaccessible à la vue; c'est, en un mot, qu'il a passé inaperçu.

Les auteurs qui soutiennent que le virus a élé'absorbé et qu'il a infecté toute l'économie avant l'apparition du chancre, peuvent s'appuyer, pour justifier leur opinion, sur les expériences physiologiques faites par Renault, d'Alfort, sur la morve, en 1848. Renault inocula la morve à treize chevaux : chez tous la piqûre fut cautérisée au fer rouge à des époques de plus en plus rapprochées du moment de l'inoculation, de vingt-quatre heures à une heure après l'inoculation. Tous devinrent morveux (Aimé Martin et Belhomme, Traité de la syphilis, 2° édition, 1876, p. 51).

Ces expériences peuvent-elles être appliquées au virus syphilitique ? Il serait téméraire de conclure de ce qui se

PERIODE D'iNCUBATlON DE LA SYPHILIS 18

passe dans la morve à ce qui doit être dans la syphilis : pour celle-ci on n'a rien fait de semblable.

A l'expérience de Renault qui a trait à la morve, on peut répondre par une expérience de Conheim relative à la tu* berculose. Conheim instille dans l'œil d'un lapin une gouttelette liquide provenant d'un tubercule. 11 la place dans la chambre claire, derrière la cornée transparente, de manière à suivre jour par jour ce qui se passe. Or, la partie inoculée reste absolument sans variation pendant une huitaine de jours, mais vers le huitième jour et tout à coup, on observe une congestion et une poussée, une formation nouvelle de tissu analogue au tubercule dans l'iris et dans les membranes de l'œil. Dans ce cas la période d'incubation a été une période de sommeil du virus : au bout d'une semaine seulement les parties voisines de la substance inoculée ont réagi et ont reproduit un tissu semblable à celle-ci. Ce premier phénomène est suivi plus tard par une formation de tubercules dans les poumons et dans les autres organes.

Pendant la période d'incubation de la syphilis, le virus reste* t-il localisé comme dans l'expérience de Conheim, et par conséquent sans danger au point de vue de l'infection générale comme cela a lieu pour le tubercule?

Nous ne le savons pas d'une façon directe et absolue, mais sans être affirmatif sur ce point, nous pouvons penser à titre d'hypothèse, que le virus syphilitique, inséré dans un point de la peau, reste là un certain temps sans autre action que de modifier de proche en proche les cellules qui sont en relation de voisinage avec lui et de les préparer lentement à l'hyperplasie qui constituera bientôt le chancre.

Le chancre apparaît toujours, en effet, au point primi-

itt PATHOLOGIE GÉNÉRALE DE LA SYPHILIS

tivement contaminé. Si l'on suppose que le virus syphilitique soit tout d'abord porté partout dans l'économie, il est difficile d'admettre qu'il n'y ait pas pendant un ou deux mois d'accidents ailleurs que dans le point d'entrée de la syphilis. Le chancre, l'accident primitif se montre constamment dans la partie touchée, jamais ailleurs ; de plus, et consécutivement, un ganglion se tuméfie après son apparition, puis plusieurs ganglions et ces glandes arrêtent pendant un certain temps, comme on le sait, la diffusion, la généralisation des produits morbides et des tumeurs.

Celte conception de l'inocuilé du \irus au début de la contamination est, comme vous le comprenez de suite, trèsimportante au point de vue pratique : il en découlerait que la destruction du chancre au moment de son apparition supprimerait la syphilis. Ribes en 1820, Ricord eu 1845 ont soutenu avec une grande énergie que la cautérisation ou l'excision des chancres pratiquées assez, tôt arrêtaient complètement les accidents ultérieurs.

Mais à l'époque où Ricord était partisan de la cautérisation du chancre, il confondait le chancre mou avec le chancre infectant et on peut penser que ses succès se rapportaient uniquement à des chancres mous.

Depuis MM. Auspitz et Paul Unna ont pratiqué une série d'excisions du chancre.

Sur 33 cas, dont il faut retrancher dix faits en raison de circonstances spéciales, c'est-à-dire sur vingt-trois, quatorze malades n'ont présenté aucun signe d'infection générale pendant un examen suffisamment prolongé. Les neuf autres malades ont été atteints de syphilis constitutionnelle.

Lorsqu'il ne survenait pas d'induration après l'excision, les malades n'avaient pas d'accidents secondaires. Ceux-ci

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