‹ Leçons sur la syphilis, faites à l'Hôpital de LourcineChapitre 29 sur 148 · SYMPTOMES DU CHANCRE INFECTANT : SON SIÈGE · texte numérisé non relu

SYMPTOMES DU CHANCRE INFECTANT : SON SIÈGE

pas inoculable au sujet qui le porte; il n'est pas autoinocnlable, en sorte qu'il n'a pas de tendance à se reproduire à côté de l'ulcère primitif comme cela a lieu pour le chancre mou. C'est là, Messieurs» un fait extrêmement important dans l'histoire de cette lésion. Nous y reviendrons bientôt à propos du diagnostic des deux espèces de chancres et vous verrez que, dans les cas embarrassants, l'inoculation du pus chancreux sur le sujet qui est atteint du chancre, est un des meilleurs moyens de diagnostic^ Si, en effet, l'inoculation est suivie d'un résultat positif et si elle donne un chancre mou> on est certain d'avoir affaire a du pus de chancre mou; si l'inoculation échoue, on est sûr de ne pas avoir devant les yeux un chancre mou«

Les variations d'aspect du chancre infectant sont nombreuses en ce sens qu'il peut être plus ou moins induré, plus ou moins étendu, unique ou multiple. Ainsi, depuis l'érosion ou la petite écorchure siégeant sur une base papuleuse à peine parcheminée, érosion qui dure peu et qui passe tout à fait inaperçue) jusqu'à l'ulcération à base nodulaire comme cartîlaginease, d'une étendue assez considérable, comme une pièce d'un franc, par exemple, et qui s'accompagne d'un œdème volumineux des grandes et petites lèvres ou du prépuce, il existe une série d'intermédiaires. Le chancre infectant peut être extrêmement petit (chancre nain« Fournier), il peut, au contraire, être très-grand; il peut se présenter sous forme de plaques ressemblant à de l'herpès (chancre herpétiforme, Dubuc).

Le »ége de beaucoup le plus ordinaire est la région génitale. Les chancres extra-génitaux sont rares, plus rares tooteftHâcliez l'bcmime que chez la femme.

Chez l'homme^Ie siège le plus habitue] des chancres des organes génitaux est le gland, la face interne du prépuce et surtout la rainure glando-préputiale et le frein. C'est là qu'on observe les trois quarts des chancres. Il y en a quelquefois sur la peau de la verge^ au méat urinaire, au scrotum» aux aines, sur la muqueuse uréthralé. Le chancre de Turèthre a joué un rôle assez important dans la discussion entre les identistes et les dualistes. La constatation du chancre de Turèthre explique^ en effet, la transmission de la syphilis par des hommes qui, en apparence, n'avaient qu'une simple blennorrhagie, tandis qu'en réalité ils portaient un chancre uréthral déterminant un écoulement.

Chez la femme, les grandes lèvres sont le siège le plus commun des chancres génitaux ; viennent ensuite la fourchette, les petites lèvres, le clitoris, la peau du pubis ou les pUs inguinaux, le col de l'utérus, etc.

Il est douteux qu'on ait jamais observé un seul chancre infectant du vagin, et cependant ce canal est assurément la partie la plus exposée à la contagion. On s'est naturellement demandé quelle était la cause de cette immunité. Je vous propose comme explication, la structure spéciale de la muqueuse vaginale. Cette muqueuse présente, en effet, des couches épaisses de cellules d'épithélium pavimenteux comme la peau, mais ce qui la rend très-vraisemblablement plus résistante encore à l'entrée du virus, c'est l'absence absolue d*orifices glandulaires sur toute sa surface. La muqueuse vaginale, en effet, possède des papilles et des saillies villeuses, mais pas de glandes.

Les chancres extra-génitaux sont beaucoup plus communs chez la femme que chez l'homme, surtout chez les clientes de Saint-Lazare ; ce qui s'explique sans peine. Cependant, il ne faudrait pas croire que tous les chancres de

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l'anus chez la femme indiquent des relations contre nature : Tanus est, en effet, placé de façon à ce que, dans le décubitus dorsal, les liquides qui baignent la vulve coulent sur ToriQce anal et le contaminent.

Le siège des chancres extra- génitaux est à l'anus, à la bouche, aux lèvres, à la langue, à la luette, au voile du palais, aux amygdales, à la joue, etc., au mamelon.

Le chancre cépbalique est presque toujours un chancre induré infectant, cependant il ne faudrait pas croire que la peau de la face et de la tête soilréfractaire au chancre mou. On a pu en effet l'y inoculer aussi facilement que partout ailleurs. Si le chancre mou ne se montre pas ou s'il se montre à titre de rarissime exception aux lèvres ou à la face, c'est très-vraisemblablement parce qu'il est plus facile à voir que le chancre infectant, parce qu'il est caractérisé par un ulcère si manifeste que sa vue inspire une prudente réserve.

Le chancre infectant, lorsqu'il siège à la peau, est recouvert d'une croûte : s'il siège en partie sur la peau, en partie sur une surface humide et muqueuse comme par exemple sur la lèvre, la portion du chancre située sur la peau est recouverte d'une croûte, tandis que la portion humide présente la couleur gris-jaunàtre et la pseudo-membrane dont nous avons déjà parlé.

Le chancre infectant est rare à Lourcine : c'est à peine si j'en ai vu une vingtaine depuis deux ans et demi que je dirige un service de cet hôpital; aussi beaucoup de mes collègues qui m'y ont précédé, disent-ils, comme MM.Gusco et Lancereaux, que le chancre n'est pas la porte d'entrée nécessaire de la syphilis, il est vrai que M. Foumier soutient le contraire, et le raisonnement, la logique imposent cette conclusion que la vérole de la femme ne diffère pas de celle

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de rhomme; que, chez Thomme, on observe toujours un chancre au début delà syphilis, et que de même la syphilis de la femme doit toujours aussi débuter par un chancre, que celui-ci ait ou non passé inaperçu.

Stmptômes du chancre mou. — Je décrirai rapidement, Messieurs, les symptômes du chancre mou. Les détails dans lesquels je suis entré à propos de son anatomie vous sont présents et il est inutile de les répéter. Après avoir débuté par une rougeur et une vésico-pustule ou même par une petite bulle qui se crèvent rapidement , il présente une ulcération cratériforme et suppurante. Cette ulcération est douloureuse, prurigineuse ; le pus qui suinte en assez grande quantité est inoculable sur le malade lui-même et Tauto-inoculation réussit toujours dans la période du début et dans la période d'état de chancre; aussi le malade s'inocule-t-il assez souvent à luimême par mégarde ou malpropreté des chancres autour du premier en date et le chancre simple est souvent multiple.

A la période d*état, ses bords sont décollés et relevés, taillés à pic : le tissu voisin est enflammé, pâteux, atteint d'une inflammation œdémateuse avec rougeur de là peau voisine, sans qu'il y ait d'induration comparable à celle du chancre infectant.

Lorsque les ganglions sont pris , ce qui n'est pas constant, il peut y avoir, si le malade s'est fatigué, s'il n'a pas été bien soigné au début, un véritable bubon suppuré. Dans ce cas, un ganglion inguinal se tuméfie, devient trèsvolumineux*, la peau rougit à son niveau et bientôt on sent de la fluctuation superficielle due à du pus formé dans le tissu cellulo-adipeui qui entoure le ganglion. Lorsqu'on a ouvert cet abcès, le ganglion suppure lui-même dans cer

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