RICOCHETS DE CONTAGION
Additionnons : cela ne fait pas moins de 46 victimes ! Et les choses s'en sont-elles tenues là?
m. — Mais ce n'est pas tout encore. Car reste à intervenir un troisième et non moins important facteur de propagation, de dissémination de la syphilis, celui-ci d'un ordre tout différent.
Bien des fois déjcà j'ai appelé votre attention sur ce •point, que la syphilis infantile est particulièrement •féconde en ricochets de contagion. Très positivement la syphilis d'un nouveau-né est merveilleusement faite ipour engendrer autour d'elle d'autres syphilis, par une ■cascade de contaminations de proche en proche. C'est là une particularité sur laquelle je me suis longuement ■étendu en vous faisant l'histoire, ces dernières années, de la syphilis des nourrices et des nourrissons, et qu'il -me suffira conséquemment de vous rappeler aujourd'hui (1).
De la sorte, il est absolument fréquent, par exemple, que, d'abord, un nourrisson syphilitique transmette la syphihs à sa nourrice, voire à plusieurs nourrices, si, pour un motif quelconque, il est changé de sein.
En second lieu, il n'est pas moins commun que cette .nourrice ou ces nourrices transmettent l'infection :
1" Soit à leurs propres enfants;
2° Soit à des nourrissons étrangers;
3° Soit à leurs maris.
Puis, encore, ces nourrissons infectés pourront de-
i\) V. Nourrices et nourrissons syphilitiques, Paris, 1878, A. Delahaye.
SYPHILIS VACCINALE.
venir pour d'autres nourrices l'origine de contagions nouvelles.
Puis, enfin, tous ces divers enfants pourront communi'iuer la maladie aux diverses personnes de leur entourage, à leurs parents, à leurs frères ou sœurs, à leurs gardes, à leurs bonnes, etc., et cela soit par contagion directe, soit même par contagion médiate, c'est-à-dire par l'intermédiaire d'ustensiles de ménage, d'objets de toilette, etc. C'est ainsi, à n'en citer qu'un exemple, que j'ai vu, dans un très bonnêle ménage, la syphilis d'un enfant nouveau-né, infecté par sa nourrice, irradier sur tous les membres de cette famille, à savoir : sur la mère, sur la grand'mère, sur deux toutes jeunes bonnes, et finalement sur le père (1).
Eh bien, pour en revenir à notre sujet, qu'est-ce donc que la syphilis vaccinale du nouveau-né, sinon une branche de la syphilis infantile? Elle aussi, en conséquence, comporte ces mêmes dangers, c'est-à-dire cette même faculté d'expansion, d'irradiation. Elle aussi produit ces contagions surprenantes par ricochets successifs. Si vous en doutiez, l'observation suivante serait à coup sùr de nature à vous convaincre. Je l'emprunte au D"" Adelasio.
Six enfants sont inoculés avec le même vaccin. Sur ces 6 enfants, cinq reçoivent la syphilis de ce vaccin.
Or : I, — Le premier de ces cinq enfants infecte :
(I) Contagion syphilitique introduite dans une famille par une nourrice. Épidémie de famille; sept victimes {Gaz. hcbdom. de méd. et de cliir., 11 nov. 1887).