ÉVOLUTION
Telle est, d'une façon générale et schématique, l'évolution de la syphilis vaccinale.
Voulez-vous que maintenant je mette en regard de ce schéma une observation clinique? En voici une que j'emprunterai à mes notes et qui va reproduire, copiées sur nature, toutes les particularités de symptômes et d'évolution que je viens de signaler.
Une jeune fille de quinze ans est revaccinée. Les trois piqûres qui lui sont faites déterminent une vaccine normale, qui suit un cours réguUer. — Mais, quelques jours après leur cicatrisation complète, les boutons vaccinaux commencent une autre évolution, s'enflamment, semblent se reconstituer, et aboutissent à former de grosses croûtes, à base engorgée et dure. — Bientôt surrient une adénopathie axillaire correspondante. —Bref, ces lésions deviennent manifestement des chancres syphilitiques, qui sont dûment reconnus pour tels, et qui ne se cicatrisent que deux mois plus tard, après plusieurs cautérisations.
Puis, six à sept semaines après le début de ces lésions post-vaccinales, invasion de diverses manifestations secondaires : syphilide érythémateuse, plaques muqueuses, céphalée, croûtes du cuir chevelu, alopécie, etc. — Un traitement spécifique est institué, mais abandonné bientôt après la disparition de ces derniers accidents.
Aussi bien la dialhèse poursuit-elle son cours, en s'accusant par la série des accidents suivants, que je signalerai seulement d'une façon sommaire : cinq ans plus
"2 SYPHILIS VACCINALE.
tard, syphilide tuberculeuse de la face; — six mois après, poussée nouvelle de syphilides gommeuses à la cuisse, ayant laissé de vastes cicatrices; exoslose claviculaire, etc.; — quatre ans au delà, syphilide tuberculeuse de la joue (1).
N'est-ce pas là, comme qualité et comme évolution de symptômes, le type accompli d'une syphilis ordinaire? Et, réserve faite pour le siège de son accident initial, en quoi la syphilis dont je viens de vous tracer le tableau diffère-t-elle des cas que nous observons d'une façon courante, c'est-à-dire des syphilis de contamina tion vénérienne ?
Cela établi, il est indispensable maintenant de revenir sur deux points de l'exposé qui précède.
Je veux d'abord ne laisser aucun doute en vos esprits sur ce fait majeur, que toute syphilis issue d'une inoculation vaccinale reconnaît pour exorde, pour accident
(1) Je n'ai pu avoir, dans ce cas, de renseignements sur la syphilis du vaccinifèrc, qui fut perdu de vue tout aussitôt après la vaccination. Tout ce que j'en sais se borne à ceci : « c'était un enfant à grosse tète, extrêmement chéLif et malingre », à ce point que, tout d'abord, la famille de la malade dont je viens de raconter l'histoire refusa de laisser pratiquer l'inoculation avec le vaccin d'un tel « moribond ».
Mais peu importe cette lacune. Car l'évidence de la contamination vaccine-syphilitique s'impose véritablement dans ce cas. Elle s'impose d'autant plus que la mère de la jeune fille en question fut également infectée par ce même vaccin.
Vaccinée en môme temps que sa fille, elle subit des accidents identiques : vaccine normale, d'abord ; — puis, quelques semaines après , chancres développés sur la cicatrice des boutons vaccinaux ; — puis, à échéance classique, accidents secondaires. — Dix ans plus tard, cette dame fut prise d'une syphilis cérébrale, à laquelle elle succomba.
ACCIDENT D'OllIGlNE.
initial, un chancre, un véritable chancre. Car à ce fait se rattache un triple intérêt, intérêt de pratique, intérêt <le doctrine, intérêt médico-légal. Vous allez me comprendre.
Qu'il y ait lieu d'imputer à la vaccine toutes les responsabilités qui lui incombent, cela va de soi. Mais il ne €ûnvient pas moins, à coup sûr, de Texonérer de celles qui lui seraient indûment appliquées.
Or, en maintes occasions la vaccine a été accusée de •ce dont elle n'était pas coupable. A parler seulement de ce qui ressortit à notre sujet, on l'a plus d'une fois mise en cause relativement à des syphilis avec lesquelles elle n'avait qu'un simple rapport de coïncidence. Les cas de cet ordre, où une telle erreur s'est produite, sont moins rares que vons ne sauriez le supposer a priori, et ils intéressent fort le praticien, comme vous allez le voir. Généralement ils se présentent comme il suit.
Un enfant issu de parents syphilitiques est vacciné, je suppose, quelques semaines après sa naissance. Peu de temps après, mettons quelques semaines plus tard, la syphilis dont il est entaché héréditairement fait invasion par divers accidents. Post hoc, erg/o propter hoc, suivant le vieil adage. Donc on ne manque guère d'incriminer la vaccine de ce résultat. C'est elle la coupable, c'est elle qui a infecté cet enfant. Et vous comprenez, en effet, combien l'occasion est propice, pour un père syphilitique par exemple, de décliner ainsi une hérédité compromettante.
Disons d'ailleurs que, sans intention mauvaise, des personnes étrangères à notre art peuvent bien prendre
SYPHILIS VACCINALE.
\e change et, de bonne foi, rendre la vaccine responsable d'une syphilis qui lui a succédé à brève échéance, qui lui a succédé à la façon dont un effet succède à sa cause, 'lont une bronchite succède à un refroidissement.
Un fait de cet ordre s'est présenté à moi il y a queljrue temps. Le voici en deux mots.
tJn jeune enfant, de deux mois environ, m'est amené pour des accidents non équivoques de syphilis. « Ces accidents, me dit-on, se sont produits trois semaines après qu'on a eu vacciné l'enfant, qui est né sain, et qui jusqu'alors a joui d'une santé parfaite. Donc, ajoutet-on, c'est la vaccine qui en est cause. » Examen fait, je suis bientôt et facilement convaincu de l'erreur. Très sûrement le vaccin n'est pour rien dans cette affaire, et l'enfant est tout simplement affecté d'une syphilis héréditaire. Prenant alors le père à part, je l'interroge sur ses antécédents, et il ne fait aucune difficulté pour m'avouer qu'en effet il a été affecté de syphilis quinze à seize mois avant son mariage. Les choses, vous le voyez, étaient donc des plus claires. Mais alors pourquoi cet homme mettait-il en cause la vaccine comme origine de la syphilis de son enfant? C'est que, me dit-il — et cela en toute sincérité, j'ai lieu de le croire, — il se jugeait absolument guéri; c'est « qu'il lui semblait impossible d'avoir communiqué à son enfant un mal dont il ne souffrait plus, dont il ne conservait aucun reste et que, somme toute, il n'avait plus ».
D'autre part, vous concevez s'il y a intérêt pour le médecin à ce qu'en pareille occurrence l'erreur soit relevée et la filiation des phénomènes rétablie. C'est qu'en
ACCIDENT d'origine.
effet derrière la vaccine qu'on accuse il y a le médecin comme auteur responsable de cette vaccine. C'est lui, le médecin, qui a choisi le vaccinifère, qui a pratiqué l'inoculation, etc. On peut lui demander compte de ses actes, on a recours contre lui. Et plusieurs fois, en effet, des médecins ont été mis en cause à propos de syphilis qu'on prétendait issues de la vaccine, alors qu'elles dérivaient tout simplement d'une infection héréditaire.
Eh bien, Messieurs, avons-nous moyen de différencier catégoriquement ces deux ordres de syphilis, c'està-dire ces syphilis pseudo-vaccinales (laissez-moi les qualifier ainsi) qui succèdent à la vaccine sans relation de causalité avec elle, et la véritable syphilis vaccinale, bien réellement issue du vaccin ?
Oui, certes. Et môme ce diagnostic différentiel, dont nous aurons longuement à parler plus tard, repose sur tout un ensemble de signes des plus précis et des plus formels, au nombre desquels tout naturellement figure en première ligne le chancre vaccinal. Jugez donc s'il importe de bien établir que l'accident qui succède à l'inoculation vaccino-syphilitique et qui apparaît au point même de la piqûre vaccinale, est sûrement un chancre el un chancre syphilitique.
Or, je dis que cet accident est un chancre, et j'invoque pour le démontrer les six raisons suivantes :
C'est un chancre :
1" Parce qu'il succède à l'inoculation dans le délai classique où se produit le chancre à la suite de toute inoculation contenant le virus syphilitique, c'est-à-dire
SYPHILIS VACCINALE.
après une écliénnce moyenne de trois à quatre septénaires ;
2" Parce qu'à Tinstar du chancre de contagion ou d'inocuiaLion expérimentale, il se produit là et exclusivement là où le .virus a été introduit dans l'organisme, c'est-à-dire au siège même de la piqûre vaccinale;
3° Parce qu'il reproduit fidèlement, exactement, tous les caractères cliniques, tous les attributs objectifs du chancre (mais réservons ce point sur lequel nous allons bientôt revenir en détail) ;
4° Parce qu'à ses côtés se développe ce bubon spécial qui, suivant l'expression de Ricord, est le compagnon fidèle du chancre syphilitique ;
5° Parce qu'avec ce bubon satellite il constitue pour un temps le seul ordre de symptômes par lesquels se traduit la maladie, ce qui est de règle dans l'évolution normale de la syphilis ;
6" Parce qu'enfin il est suivi à échéance déterminée, fixe, significative, des symptômes propres à la période dite secondaire de la syphilis.
Chacune de ces raisons comporte en l'espèce une signification nette et précise; a /or^zon leur réunion estelle absolument démonstrative.
Concluons donc, sans qu'il soit nécessaire, croyonsnous, d'insister davantage, en disant que très certainement, au-dessus de toute contestation possible, la lésion qui succède insittc à l'inoculation vaccine-syphilitique est un chancre syphilitique.
CHANCRE VACCINAL.
C HANCHE VACCINAL.
Un dernier point nous resie à aborder pour en avoir Uni avec la partie clinique de notre sujet ; et celui-ci est relatif à la caractéristique objective du chancre vaccinal, comme aussi aux variétés qu'il comporte.
Le chancre vaccinal, avons-nous dit précédemment, débute presque toujours par un bouton ].Japuleux, originairement sec, qui ne tarde pas à s'excorier, à devenir humide, puis à se couvrir d'une croûte.
Ce bouton, d'abord minime, s'élargit en s'étalant, en formant un petit plateau légèrement surélevé, une papule plate. Progressivement il devient comparable, comme étendue, à une lentille, à une pièce de vingt centimes, à une pièce de cinquante centimes, quelquefois même, mais plus rarement, à une pièce d'un franc.
A sa période adulte et dans son type normal, il se présente sous l'aspect d'une /6'.«o;i croûteuse, à croûte solide, compacte, régulière de contour et le plus souvent même circulaire, de couleur brun foncé, quelquefois avec reflets verdâtres.
Cette croûte n'est qu'un masque sur la lésion. Car la lésion vraie est au-dessous d'elle, et consiste en une plaie du derme, plaie tantôt simplement excorialive et superficielle, tantôt un peu creuse. Cette plaie, c'est le chancre vaccinal.
Ce cliancre présente comme caractères : une forme
^« SYPHILIS VACCINALE.
généralement arrondie ; — une circonférence nettement arrêtée, délimitée ; — des bords à peine saillants, non pas taillés à pic, comme on le dit trop souvent, mais se raccordant au contraire en pente douce avec le fond de la plaie ; — un fond lisse, uni, grisâtre par places et rouge sur d'autres points; — enfin, une base dure, offrant au palper une induration spéciale, et spéciale parce double attribut : i" d'être nettement circonscrite à la base même de la lésion, sans diffuser graduellement dans les tissus voisins; 2" de se caractériser sous le doigt par une résistance sèche, élastique, parcheminée, très différente, comme sensation, soit de Tempâlement œdémateux, soit de l'engorgement inflammatoire. Bref, c'est l'induration chancreuse que l'on sent sous la base de cette lésion, avec tous les attributs classiques qu'on lui connaît.
Ainsi constitué, le chancre vaccinal persiste un temps assez long sans modifications bien apparentes. Quelquefois la croûte s'en sépare, détachée qu'elle est par les frottements ou par une cause accidentefie quelconque; mais elle ne tarde pas à être remplacée par une croûte nouvelle.
Puis, après quatre à six semaines comme moyenne la plus habituelle, un travail de réparation se produit sous la croûte. Celle-ci tombe, en laissant à nu une surface cicatricielle rougeâtre, d'un bran pigmenté.
A ce moment il est encore facile de sentir sous la cicatrice une induration lamelleuse plus ou moins accentuée, qui s'atténue ensuite et disparaît progressivemeîil.
Reste finalement, comme dernier vesligedelalésion, une
CHANCUE VACCINAL. '^^
macule pigmentée qui ne se décolore qu'assez lentement.
A ces divers caractères impossible de méconnaître un chancre dans la lésion que nous venons de décrire. Et en effet, nous retrouvons ici tous les attributs du chancre syphilitique, notamment le néoplasme cutané, l'excoriation de surface, l'induration spéciale de base, etc.
Que si ce chancre vaccinal se présente avec une physionomie quelque peu insolite, à savoir sous l'aspect d'une lésion croùteuse, cela lient à sa qualité même de chancre cutané. Chacun sait qu'abandonné à son évolution propre et non pansé, le chancre de la peau a pour tendance de se revêtir d'un enduit croii teux et de prendre la forme, l'allure objective d'un ecthyma, d'où le nom de chancre ecthymateux sous lequel il était autrefois désigné.
Tel est le chancre vaccinal sous son type le plus commun.
Complétons maintenant cette symptomatologie pai quelques mots sur les variétés que comporte ce chancre vaccinal.
Il n'est pas rare qu'au Ueu de consister en une érosion superficielle et plate (type le plus habituel du chancre syphiUtique),le chancre vaccinal se présente sous la forme d'une z</ceV«^fon véritable, laquelle entame réellement les tissus et creuse le derme dans une certaine épaisseur, en fournissant une suppuration assez abondante (1).
(1) Ainsi, dans les ileux faits de Lecuq, les chancres vaccinaux se présentaient sous la forme d'ulcérations comprenant toute l'épaisseur du derme, larges comme des pièces de deux francs, à bords taillés à pic, de coloration violacée. C'était, dit l'auteur, des ulcérations de
SYPHILIS VACCINALE.
On trouve même en quelques observations le chancre vaccinal représenté comme un « chancre à tendance phagédéniqiie », voire. connue un « chancre phagédénique ». De tels qualificatifs sont exagérés, je crois. En tout cas, ils ne sont pas justifiés par le détail des faits où ces prétendues complications se trouvent signalées. On voit bien qu'en certains cas le chancre vaccinal s'est élargi ou creusé, voire élargi et creusé à la fois, au delà de ce qui est habituel. Mais je ne sache pas que jamais il ait pris les caractères menaçants soit d'une ulcération térébrante, soit d'une ulcération serpigineuse, envahissante, etc., de façon à réaliser ce que produit le véritable phagédénisme en profondeur ou en surface.
D'autre part, il n'est pas rare non plus que le chancre vaccinal dépasse la durée usuelle du chancre syphilitique. Comme règle habituelle, nous sommes accoutumés à voir se cicatriser le chancre de contagion, même abandonné à sa marche naturelle et sans traitement, dans l'espace de quelques semaines, d'un mois à un mois et demi, deux mois au maximum. Or, le chancre vaccinal se prolonge assez souvent au delà de celte moyenne. On l'a môme vu persister trois et quatre mois(l).
mauvaise nature, très douloureuses, se recouvrant du jour au lendemain d'une croûte brune qui emprisonnait- un pus ichoreux et sanguinolent. Elles furent très rebelles et ne se cicatrisèrent qu'au bout d'un mois et demi. (V. Pièces justificatives, note X.) — P.
(1) Comme dans l'épidémie de ïorre de Busi, rapportée par le D"' Adelasio.
« ... Ce fut devant la persistance de ces ulcérations (qui n'étaient autres que des chancres vaccinaux), dont la guérison, abandonnée à elle-mâme, n'arriva qu'au bout de deux, trois et quatre mois, que les. mères comprirent enfin que quelque chose d'insolite se passait là. » (V. Pièces justificatives, note V.)— P.
PRONOSTIC. SI
Cette longue durée, non moins que la tendance nlcérative dont nous venons de parler, reconnaît certainement pour causes certaines raisons spéciales que nous aurons à signaler bientôt, telles que le tout jeune âge des sujets affectés, leur état chétif, misérable, athrepsique, le défaut de soins et d'hygiène, etc. Car, alors qu'il se produit en des conditions différentes, alors notamment qu'il est reconnu et traité dès son début, le chancre vaccinal évolue en général à la façon du chancre ordinaire et se répare hâtivement.
PRONOSTIC
La syphilis vaccinale. Messieurs, a mauvais renom, et il faut convenir qu'au premier abord cette triste réputation paraît bien méritée.
Parcourez, en effet, les nombreuses observations de syphilis vaccinale contenues dans les annales de la science, lisez surtout les récits navrants de ces fameuses épidémies dont je vous parlais tout à l'heure, et vous serez frappés d'un fait majeur entre tous, à savoir, làmortalité singulière des sujets infectés de syphilis par le vaccin.
On n'est point habitué à voir figurer la mort dans les premières périodes de la syphilis. Eh bien, non seulement la syphilis vaccinale tue, mais elle tue quelquefois à brève échéance. Exemple :
A Rivalta, on ne compta pas moins de sept morts (1).
(1) A savoir : Sept cufants directement infectés, morts trois ou quatre mois après l'époque de leur contamination. (V. Pièces justificatives, note ni.) — P.
FooRNiEn. 6
SYPHILIS VACCINALE.
L'épidémie de Crémone, rapjiorlée par Cérioli, se jugea par dix morts (huit enfants et deux femmes) (1).
Bans un autre fait, rapporté par le même observateur, on enregistra jusqu'à dix-neuf morts (2)/
De tels cliiffres ne réclament aucun commentaire, n'est-il pas vrai ?
D'autre part, la syphilis vaccinale nous apparaît, en nombre de cas, singulièrement féconde en accidents consécutifs d'une haute gravité. Jugez-en par le seul fait suivant.
Dans une petite ville de province, un enfant syphilitique (qui devait mourir bientôt des suites de sa maladie) sert de vaccinifère pour cinq personnes. Toutes contractent la syphilis du vaccin de cet enfant, et voici le résumé très sommaire de leur histoire.
La première est affectée, trois ans après l'infection vaccinale, d'une carie de la mâchoire supérieure, puis, quelques années plus tard, d'une affection rénale très
(1) Hait enfants, infectés directement, et deux femmes contaminées par ricochet. (V. Pièces justificatives, note VL)
(2) Dix-neuf enfants infectés directement. (V. Pièces justificatives, môme note.)
A ces exemples nous pourrions en ajouter un certain nombre d'autres, car presque toutes les épidémies de syphilis vaccinale (toutes celles du moins où la nature du mal n'a été reconnue que tardivement) sont plus ou moins fécondes en cas mortels.
Ainsi :
A Torre de Busi, où des mois s'écoulèrent avant que la lumière fût faite sur la véritable nature du fléau qui sévit sur les vaccinés et sur les personnes de leur famille ou de leur entourage, trois enfants, trois nouveau-nés, infectés directement, succombèrent dans les huit ou neuf mois qui suivirent le jour de leur contamination. Un autre enfant (un de ceux ((ui furent infectés par ricochet.) mourut également au bout de peu de temps. (V. Pièces justificatives, note V.)
De même, à Lupara, plusieurs des enfants infectés avaient déji succombé avant que la maladie fût reconnue et le traitement institué. (V. Pièces justificatives, note VIT.) — P.
PRONOSTIC
vraisemblablement spécifique, laquelle entraîne la mort.
Une seconde est prise d'accidents cérébraux incontestablement syphilitiques, auxquels elle succombe.
Trois autres, composant une famille (grand'môre, mère et enfant) payent un non moins lourd tribut à la maladie, à savoir :
La grand'mère, par une syphilis grave, maligne, qui l'emporte rapidement ;
La mère, par une syphilis cérébrale qui aboutit à la
mort.
Seul, l'enfant est sauvé, grâce à un traitement énergique.
G'est-à-dire, au totale quatre morts sur cinq personnes affectées de syphilis vaccinale (1) 1
Ces faits et tant d'autres analogues que je pourrais produire ne laissent pas que de surprendre et d'effrayer.
De sorte qu'au premier abord on est tenté de se demander si la syphilis contractée par l'intermédiaire de la vaccine ne comporte pas une gravité particulière, n'est pas entachée d'une ma%mYe insolite, toute spéciale.
Mais un examen plus approfondi des faits ne larde pas à redresser cette impression d'un moment. Et, quand on se met à étudier de près les diverses épidémies ou les divers cas sporadiques de syphilis vaccinale, on est bientôt ramené à une idée plus juste relativement au véritable pronostic de la maladie. On acquiert alors la conviction que la syphilis vaccinale doit sa gravité non pas à sa qualité même de syphilis vaccinale, non
(1) Observation personnelle.
«5* SYPHILIS VACCINALE.
pas à son origine particulière, mais aux conditions spéciales dans lesquelles elle est appelée le plus souvent à se produire et à évoluer.
Quelles sont donc ces conditions? Il en est au moins deux principales que l'on doit aussitôt mentionner, à savoir :
\° Jeune âge des sujets qu'affecte cet ordre de syphilis.
Chacun sait que la syphilis, même acquise, est particulièrement grave chez les enfants et plus grave encore chez les nouveau-nés. Sans doute elle est bien moins redoutable que la syphilis héréditaire ; mais elle ne laisse pas que d'entraîner un pronostic des plus sérieux en maintes occasions. Il n'est pas rare, par exemple, de voir mourir du fait de la syphilis des nourrissons infectés par leurs nourrices.
Donc, rien d'étonnant à ce que la syphilis vaccinale, qui, de nature, est essentiellement destinée à atteindre les nouveau-nés ou les très jeunes enfants (puisque c'est dans les premières semaines ou dans les premiers mois de la vie que se pratique d'habitude la vaccination), emprunte à ce fait une gravité tout exceptionnelle et aboutisse à la mort dans un certain nombre de cas.
2° Un second facteur de gravité consiste en ce que la syphilis issue d'une teUe origine est presque fatalement exposée à rester méconnue, au moins pour un certain temps.
Cela va de soi. La syphilis vaccinale, 6n effet, est toujours une surprise. On n'y songe pas de prime abord. Son accident originel naît delafaçon la plus insidieuse et peut être facilement méconnu. L'éveil n'est presque ja-
PRONOSTIC. ^'
mais donné que par les manifestations secondaires ; encore, à ce moment, la maladie passe-t-elle souvent inaperçue. A preuve tant et tant de cas que j'aurais à citer.
A Rivalta, par exemple, la syphilis ne fut soupçonnée qu'au bout de quatre mois, et cela sur les plaintes des mères qui voyaient bien, malgré leur ignorance des choses de l'art, qu'on avait inoculé à leurs enfants « une vaccine maligne, une vaccine qui n'en finissait pas ». Or, à celte époque, il y avait déjà six enfants morts et trois presque moribonds !
Méconnue de la sorte, la syphilis reste non traitée. Or, vous savez ce que devient ou ce que peut devenir une syphilis non traitée, alors surtout que, sévissant sur de jeunes organismes, elle a tendance à revêtir des formes
graves.
Donc, sans aucun doute, la syphilis vaccinale doit en partie sa gravité à cette raison que, méconnue comme nature, elle n'est pas soumise (au moins dans ses premiers temps) au seul traitement qui pourrait en atténuer les dangers.
Aces deux principales causes de gravité de la syphilis vaccinale (jeune âge des sujets et absence de traitement) adjoignez, Messieurs, ce que vous voyez figurer dans nombre de cas, notamment dans les grandes épidémies d'Italie ou dans l'épidémie du Morbihan, à savoir: la misère, la mauvaise hygiène, voire l'absence absolue d'hygiène, l'alimentation insuffisante, l'habitat malsain, etc., puis encore l'ignorance, l'indifférence, l'in-
SYPHILIS VACCINALE.
curie des malades ou des parents des petits malades, avec tout ce qui s'ensuit, etc., etc.
Réunissez, dis-je, toutes ces conditions mauvaises, et voyez si de la sorte vous ne constituez pas un ensemble d'influences merveilleusement faites pour imprimer à toute maladie, à la syphilis notamment, une intensité et une malignité particulières.
Eh bien, c'est précisément un tel ensemble de conditions qui a présidé à ces épidémies si meurtrières de syphilis vaccinale dont il a été précédemment question, épidémies où tout a concouru à décupler la force du virus pour aboutir à ces formes malignes et à cette mortalité territiante dont je vous ai parlé.
De sorte que, sans insister davantage (car je crois la preuve faite), je conclurai en disant :
1° Il est absolument vrai qu'en nombre de cas la syphilis vaccinale s'est montrée particuhèrement grave ;
2" Mais il semble bien résulter de l'examen des faits que c'est là pour elle une gravité d'emprunt, si je puis ainsi parler, c'est-à-dire une gravité qui ne lui est en rien propre, qu'elle ne tire pas d'elle-même, qui lui est simplement conférée par les conditions défavorables où elle se produit usuellement.
De cela, d'ailleurs, nous avons la contre-épreuve dans un ensemble de faits précisément contraires.
Ainsi, transportez la syphilis vaccinale dans un autre milieu. Yoyez-la, par exemple, affectant un adulte ou même un enfant placé dans de bonnes conditions hygiéniques ; voyez-la soumise à un traitement convenable
CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 87
dès le début des accidents. Tout aussitôt elle perd sa prétendue gravité; elle redevient une sypliilis ordinaire, elle rentre dans l'ordre des cas que nous observons chaque jour.
N'oubliez pas enfin ce qui s'est passé dans ces grandes épidémies d'Italie ou du Morbihan auxquelles il me faut incessamment revenir. Avant l'arrivée des médecins, tant que la maladie reste méconnue et abandonnée à elle-même, elle sévit sous une forme particulièrement grave et meurtrière. Puis, voici que les médecins et les autorités interviennent ; les uns instituent des traitements, les autres dispensent des secours, tous éclairent les esprits. Presque instantanément le mal s'apaise ; la mortalité se fait rare, exceptionnelle; les enfants se rétablissent peu à peu; les contagions « par ricochet» diminuent, etc., etc. Bref, tout rentre dans l'ordre, et la syphilis redescend à son taux normal, j'entends au niveau pronostique infiniment plus bénin qui lui esl habituel.
ÉTIOLOGIE.
La syphilis vaccinale implique nécessairement comme origine un vaccin de provenance syphilitique.
Pour qu'une syphilis puisse légitimement recevoir l'épithète de vaccinale^ il faut qu'elle dérive, d'une façon bien manifeste, de l'inoculation à un sujet sain d'un vaccin recueilli sur un sujet syphilitique. La sy-
°° SYPHILIS VACCINALE.
philis vaccinale, en nn mol, n'existe qu'à la condition d'un vaccinifère atTecté de syphilis.
Or, est-il des conditions personnelles à ce vaccinifère syphiliiiquo qui le rendent particulièrement dangereux au point de vue de la transmission de la syphilis par son vaccin? Voilà un point qui, tout d'abord, s'impose à notre examen.
Eh bien, les conditions d'âge, de sexe, de tempérament, de constitution, voire de santé générale, paraissent absolument indilFérentes en l'espèce. A preuve ce qui va suivre.
Dans la plupart des cas, les vaccinifères qui ont transmis la syphilis se trouvent naturellement être des enfants. Cependant nous ne manquons pas d'exemples pour nous apprendre que la contagion peut tout aussi bien provenir d'adultes. Ainsi, dans le cas rapporté par M. Lecoq, la syphilis fut inoculée à deux soldats par du vaccin recueilli sur un de leurs camarades qui, trois mois auparavant, avait contracté un chancre induré (1).
De même, il y a quelques années, plusieurs soldats d'un régiment de ligne (une douzaine, m'a-t-on dit,
(1) Le 4 mai I8ô8, le Dr Jules Lecoq, chirurgien-major du 1" régiment d'infauterie de marine à Cherbourg, revaccina un certain nomhre d'hommes de sou régiment. Plusieurs militaires entre autres furent inoculés avec le liquide vaccinal « fourni par de bonnes pustules prises sur le bras d'un autre militaire ». Or, celui-ci, comme on ne l'apprit que plus tard, avait eu, trois mois auparavant, un chancre induré à la verge, pour lequel il avait subi un traitement à l'hôpital de la marine. — Parmi les hommes inoculés avec le vaccin de ce militaire, deux seulement furent infectés de syphilis. Chez l'un et l'autre la vaccine avait avorté. On leur avait fait trois piqûres à chaque bras. I[S eurent tous deux un seul chancre syphilitique développé au point même des piqûres et suivi, ti échéance classique, des accidents secondaires habituels. [Gaz. hop., 1859, p. 598.) —V. aux Pièces justiûcalives, note X, l'observation reproduite in extenso. — P.
CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 89
mais je ne saurais garantir le renseignement) furent infectés par le vaccin d'un de leurs camarades, plus tard reconnu syphilitique (1).
Dans plusieurs observations, les enfants syphilitiques qui servirent de vaccinifères nous sont représentés comme des enfants chétifs, malingres, maigres, cachectiques (2), sans parler même d'un cas où le vaccinifère était dans un tel état qu'il mourut le lendemain du jour où il fournit son vaccin (3).
Mais, d'autre part, les cas ne font pas défaut où le vaccin tout au contraire a été recueilli sur des enfants que l'observateur nous dépeint comme do « beaux enfants bien portants, bien développés, de bonne allure, semblant jouir d'une santé parfaite (4) ». Dans un cas
(1) Je n'ai traité que l'un de ces militaires. 11 fut affecté d'un chancre du bras, avec adénopathie axillaire, et, plus tard, de roséole, de plaques muqueuses buccales et anales, dalopécie, etc.
— De mCme, en Amérique, lors de la guerre de sécession, de nombreuses contagions, paraît-il, se produisirent d'adulte à adulte, parce que les soldats, effrayés des ravages d'une épidémie grave de variole, se vaccinaient eulre eux.— Extrait d'un très intéressant mémoire de M. Joseph Jones, président du Conseil de sauté de l'Etat de la Louisiane {VaccinaLion. Spurioiis vaccination), Bâton Rouge, 1884, p. 331 il 338. (V. Pièces juslificatives, note XI.) — P.
(2) Comme dans le cas de Hubncr, qui fut condamné pour avoir pris le vaccin sur ua enfant malsain et chétif. — V. note 1 de la page 37.
(3) Cas de RI. le Millard. C'est ce vaccinifère qui avait servi pour les inoculations vaccinales faites à l'Académie le 19 août 18G5. (V. l'observation du D"- Millard reproduite in extenso aux Pièces justificatives, note T.)
De même, dans un antre cas, on avait eu l'imprudence d'accepter comme vaccinifère un enfant « tellement petit, chétif, souffreteux, malingre », que la famille où il fut amené en fut tout d'abord « e/f'ruijce ». Mais, comme « il paraissait d'ailleurs sain et qu'il n'avait ni boutons sur le corps, ni glandes, ni abcès », on passa outre. Deux personnes, qui reçurent le vaccin de cet enfant, furent infectées. On apprit plus tard que ledit enfant était syphilitique.
(4) Tels étaient, par exemple, les vaccinifères qui devinrent la source des épidémies de Sospiro, de Crémone, de Rivalta, du Lot, etc. (V. les Pièces justificatives.)
SYPHILIS VACCINALE.
que j'ai en mains, le vaccinifôre étaiU dit-on, « un enfant superbe, bien venant, de merveilleuse apparence ». De même, dans une observation de J. Ilutchinson, un vaccinifère, qui contagionna dix personnes, avait été choisi parmi plusieurs autres enfants en raison même de son remarquable aspect de parfaite santé (1).
Donc, rien à tirer de ces premières conditions étiologiques.
Un autre point réclame toute notre attention, et celuici se formule comme il suit :
(I) Voici le cas auquel il est fait allusion.
Le 5 mai 1871, deux enfants, le frère et la sœur (celle-ci âgée de seize mois, celui-là âgé de quatre ans), sont amenés au Warren Tay pour nue éruption qui vient d'apparaître sur leur corps. — M.Tay reconnaît dans celle éruption un e.\aulhciue syphilitique absolument caractéristique.
En cherchant l'origine de cette syphilis, il apprend que les deux enfants ont été vaccinés il y a sept semaines, et il découvre sur leurs bras des pustules vaccinales 7ion encore cicatrisées et fortement indurées à leur base.
Il informe aussitôt de ce fait M. Hutchinson, qui se fait donner par la mère des enfints le nom du médecin vaccinateur. Or, sur le registre de vaccinations de ce médecin, il était mentionné que 24 enfants ou jeunes gens avaient été inoculés, en même temps que les deux premiers sujets, avec le vaccin du même vaccinifère.
Grâce aux indications que lui fournit ce registre, M. Hutchinson put retrouver tous ces vaccinés, et voici ce qu'il constata :
Sur ces 24 vaccinés, 9 portaient des chancres syphilitiques sur les bras, chancres développés au siège même des piqûres vaccinales; et 6 d'entre eux présentaient déjà des accidents secondaires.
Le vaccinifère, qui fut également examiné, était un fort bel enfant, présentement âgé de sept mois. Lors de la vaccination, il avait été choisi 2^arnii plusieurs autres vaccinifères, en raison même de son rcviarquable aspect de parfaite santé et de la qualité de ses pustules vaccinales, qui évoluèrent toutes normalement. M. Hutchinson ne découvrit aucune éruption sur son corps. Il lui trouva seulement près de l'anus un seul condylome en voie de guérison. D'autre part, la tète de cet enfant était très développée et les fontanelles étaient largement ouvertes. — Le père et la mère paraissaient sains et nièrent tout antécédent syphilitique.
Médico-chirurgical Transactions, t. LIV, 1871, p. 332 à 339. — I'.
CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 91
Est-il nécessaire à la contamination vaccino-sijphilitique que le vaccinifère soit, au moment de la vaccination, EN ÉTAT DE SYPHILIS ACTIVE, c'est-à-cUre de syphilis s' attestant actuellement par tel ou tel ordre de manifestations spécifiques ?
Vous comprenez, Messieurs, l'importance capitale de la question au point de vue prophylactique. Car, si la contagion n'était susceptible de s'exercer que dans les conditions susdites, la prophylaxie deviendrait ipso facto des plus simples. Il suffirait, pour se garer de tout péril, d'exclure comme vaccinifères les sujets manifestement syphilitiques ou simplement suspects de syphilis de par tels ou tels symptômes évidents. La tâche serait en réalité des plus faciles et, conséquemment, la préservation des plus certaines.
Mais la réponse à la question qui précède se trouve pour ainsi dire contenue dans les faits que nous avons relatés jusqu'ici. S'il était besoin, pour que la contamination s'exerçât, de vaccinifères en état de syphilis ACTIVE au moment même de la vaccination, la syphilis vaccinale n'existerait pas, n'aurait jamais vu le jour. Car, réserve faite pour des circonstances tout exceptionnelles (1), on ne prend pas un vaccinifère au hasard, on le choisit, et personne assurément ne s'avisera jamais de recueillir du vaccin sur un enfant de santé suspecte, a fortiori sur un enfant actuellement affecté de symptômes manifestes de syphilis.
(1) Comme dans un cas où l'on l'ut forcé de prendre ce gu'on avait, et cela, dit l'observateur, parce qu'à ce moment « notre petite ville, d'une part, était envaliie par une épidémie grave de variole, et, d'autre part, était bloquée par les troupes prussiennes ».
SYPHILIS VACCINALE.
Il est évidenl que, si la syphilis vaccinale ne pouvait se produire qu'en de telles condilions, elle en serait encore à se produire pour la première fois.
Eh bien, cette induction de sens commun, l'expérience la confirme.
De par l'expérience, en effet, il est établi que :
La COISTAMINATION VACCINO-SYPHILITIQUE PEUT ÊTRE TRANS- MISE PAU U.\ VACCINIFÈRE EN ÉTAT DE SYPBILIS LATENTE.
Précisons, car la chose en vaut la peine, car nou& sommes ici plus que jamais en plein cœur de notre sujet et en face des considérations les plus pratiques.
Voici aujourd'hui, je suppose, un enfant qui ne présente extérieurement, ni sur la peau, ni sur les muqueuses, ni dans les glandes, etc., aucun symptôme de syphilis. D'autre part, il semble jouir d'une santé moyenne ou même bonne; et l'examen attentif de ses viscères, aussi bien que la considération de son état général, ne permet en rien de supposer chez lui l'existence d'une lésion interne d'ordre spécifique. En un mot, il paraît sain et bien portant.
Eh bien, je dis que cet enfant, s'il est entaché de syphilis (et de syphilis soit héréditaire, soit acquise, n'importe), peut transmettre la syphihs par son vaccin à foute personne saine à qui ce vaccin sera inoculé aujourd'hui.
Yoilà qui est bien extraordinaire, allez-vous me dire. Où trouvez-vous la preuve d'un tel fuit?
La preuve de ce fait, nous l'avons dans plusieurs observations de syphilis vaccinale. Exemples :
Dans le cas précité du vétérinaireD..., l'enfant qui in-
CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 93
fecla par son vaccin dix-neuf personnes sur vingt-qiialrc avait été examiné nu de la tôle aux pieds et reconnu sain. « De plus, il était, ajoute-t-on, en parfait état de
•santé, fort», etc. (1).
Dans l'épidémie de Rival ta, l'enfant Chiabrera, dont le vaccin infecta trente-huit enfants sur quarante-six, était, dit-on également, en parfaite santé. Il avait onze mois, et il est représenté dans l'observation comme un bel «nfant, « de constitution robuste » (2).
Dans l'une de mes observations personnelles je trouve ■expressément noté que le vaccinifère, « qui était un bel enfant, de bonne apparence », fut examiné « nu de la lête aux pieds » par l'un de nos honorables confrères, médecin à coup sûr fort instruit et expérimenté. En outre, un examen spécial et prolongé porta sur la bouche, la gorge, les régions génitales, l'anus, etc. L'enfant fut trouvé absolument sain et accepté comme vaccinifère. Et cependant il était syphilitique. Il l'était si bien que, six semaines plus tard, il présentait sur les fesses •et au pourtour de l'anus des syphilides aussi manifestes que possible, et que, d'autre part, il infecta au moins six personnes par son vaccin (3).
Et de même encore pour plusieurs autres cas que je pourrais citer.
Donc, Messieurs, il suffit qu'un syphilitique soit en état de syphiUs latente, c'est-à-dire de syphilis ne s'ac-
(1) V. Pièces jiistiûcatives, note II.
(2) V. Pièces justificatives, note III.
(3) Observation inédite. — Dans ce cas, la mère ne fut pas examinée. Elle était « bien portante et saine d'apparence ». On n'a pas eu d'autres renseignements sur elle, non plus que sur le père.
•>* SYPHILIS VACCINALK.
cusant ni par aucun phénomène extérieur, ni par le moindre trouble de santé générale, pour que son vaccin puisse transmettre Tinfection. Et voilà précisément ce qui fait le danger en l'espèce. Le danger, c'est l'aspect trompeur du vaccinifère.
Vous avez sous les yeux un enfant dont la peau, dont les muqueuses sont saines, dont la santé paraît irréprochable. Vous confiant à ces belles et rassurantes apparences, vous pouvez accepter ou même choisir cet enfant comme vaccinifère. Or, le malheur veut. Je suppose, que cet enfant soit en puissance de syphilis latente. Qu'advient-il ? C'est qu'avec le vaccin de cet enfant vous inoculez ou pouvez inoculer la vérole à un ou plusieurs de vos vaccinés. Quel danger pour la pratique, Messieurs, et, en ce qui nous concerne personnellement, nous médecins, quelle responsabilité ! Quel avertissement aussi pour nous de ne choisir nos vaccinifères qu'à bon escient et sur d'autres garanties que celles de simples apparences extérieures !
Encore n'est-ce pas tout. Car il est un second péril avec lequel il nous faut compter, et celui-ci bien plus lusidieux encore que le précédent, bien plus inattendu, comme vous allez en juger.
Il suFFrr a la co>;tamination vaccino-syphilitique que