GÉNÉRALITÉS
la variole, la terrii3le variole; — qu'elle nous ramènerait enfin aux temps de ces épidémies dont les siècles passés nous ont fourni de si effroyables exemples, etc. »
Pour moi. Messieurs, de telles appréhensions me paraissent singulièrement exagérées, et je les combattrais longuement, énergiquement, si elles n'étaient déjà condamnées par l'expérience. Qu'il me suffise donc, en deux mots, de vous dire ceci :
Si la syphilis vaccinale existe — et elle n'existe que trop, elle n'est que trop authentique, comme vous allez le voir, — il est essentiel qu'elle soit démontrée, enseignée, vulgarisée dans nos écoles; et cela, pour la raison très simple qu'il faut tenir en garde les médecins contre les dangers auxquels ils exposeraient leurs clients, dans le cas où ces dangers leur seraient inconnus.
En second heu, l'expérience s'est prononcée. La syphilis vaccinale a été ouvertement, officiellement constatée. Elle a donné heu, dans plusieurs pays, à des discussions retentissantes. Eh bien, qu'est-il résulté de cela? Est-ce que la connaissance de la syphilis vaccinale a terrorisé pubhc et médecins? Est-ce que la vaccine a été un seul instant délaissée? Non, que je sache. Le bon sens a partout réagi contre les exagérations, contre les craintes illégitimes, chimériques. La preuve en est que l'on vaccine et surtout que l'on revaccine aujourd'hui plus que jamais. La syphilis vaccinale n'a donc rien compromis. On ne s'en est pas effrayé au delà d'une juste mesure. Je dirai même que de nos jours on ne s'en effraye pas assez.
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Que ce soit par insouciance ou par ignorance du danger, toujours est-il que, de nos jours même, on a plus d'une fois pratiqué la vaccination sans se préoccuper de la source d'où dérivait le liquide vaccinal. A preuve le fait que je vous citais à l'instant, comme tant d'autres dont j'aurai à vous parler. C'est même là, je le répèle, le mobile principal qui m'a incité à reprendre celte question et à l'étudier devant vous avec détails, à la façon d'un sujet de pratique courante
Tout d'abord, Messieurs, au seuil même de celte étude, précisons un point primordial. La syphilis vaccinale est-elle bien authentique? Est-elle absolument démontrée en dépit de toutes les dénégations qui lui ont été opposées? Est-il, en un mot, définitivement établi qu'un sujet sain puisse recevoir la syphilis par l'intermédiaire d'un vaccin puisé à une source syphilitique ?
Oui, cent fois oui; et c'est la démonstration de ce fait qui doit nous occuper tout d'abord.
L'authenticité de la syphilis vaccinale repose sur deux ordres de preuves, à savoir : 1" des preuves cliniques, et 2° des preuves expérimentales.
L — Les témoignages fournis par la clinique abondent et surabondent. En outre, je puis vous le garantir, ces témoignages sont pour la plupart des plus probants,
des pins démonslralifs, des plus complets. J'aurai Toccasion de vous en citer bon nombre in extenso dans les divers chapitres qui vont suivre. Je puis donc vous demander de me faire crédit provisoirement d'une démonstration dont les éléments se dérouleront devant vous au cours de cet exposé, chacun à sa place.
Toutefois, comme j'aurais peut-être mauvaise grâce à vous engager dans le sujet actuel sans vous avoir fait juges par vous-mêmes de ce que j'appelais à l'instant l'authenticité clinique de la question, je tiens à placer immédiatement sous vos yeux un de ces cas qui sont de nature à forcer les convictions. A ce titre, je ne saurais mieux choisir que le suivant, où se trouvent accumulées toutes les garanties d'exactitude scientifique, soit eu égard à la notoriété des observateurs^ soit en raison de la surabondance de preuves et de contre-épreuves qui y figurent.
Un jeune homme de vingt-sept ans, sans anlécédents syphilitiques, est appelé à l'étranger près de son père affecté de variole. On lui conseille de se faire revacciner avant son départ. Dans ce but, il se présente à l'Académie de médecine, où il est inoculé, sur les deux bras, avec du vaccin pris sur un enfant âgé de six mois.
Des six piqûres qui lui sont faites, quatre fournissent une vaccine normale qui suit son cours régulièrement.
Les deux autres, qui avaient avorté, semblent entrer en évolution un mois plus tard et se convertissent alors en boutons croûteux, secs et brunâtres. Bien que surpris de ce développement tardif, notre jeune homme n'y attache aucune importance.
8 SYPHILIS VACCINALE.
Six OU sept semaines s'écoulent sans nouvel incident.
A. ce moment, mon savant collègue et ami, le D' Millard, est consulté par le jeune homme en question, et constate sur lui divers symptômes se rattachant d'une façon indubitable à la syphilis et à une syphilis d'origine récente, à savoir :
Douleurs de tête violentes, à exaspération nocturne ; — douleurs vagues dans la poitrine (pleurodynie secondaire) ; — syphilide papulo-vésiculeuse des bras et du tronc; — croûtes du cuir chevelu; — adénopathie cervicale, etc..
L'origine de cette syphilis est alors minutieusement recherchée. Mais, d'une part, le malade nie tout antécédent spécial: « Il n'a jamais eu, affirme-t-il, ni chancre, ni lésion suspecte en aucun point du corps. » D'autre part, les sièges d'élection les plus habituels du chancre sont vainement passés en revue (organes génitaux, lèvres, langue, cavité buccale, etc.); l'existence récente d'un accident initial ne s'accuse sur aucune de ces régions ni par un stigmate quelconque, ni par un vestige d'adénopathie.
Mais, en revanche, on retrouve sur chaque bras une lésion offrant les caractères suivants :
Croûte épaisse, foncée, d'un noir verdâtre, recouvrant une ulcération, laquelle présente une base manifestement indurée.
En outre, on constate une adénopathie axillaire correspondante, sous forme de ganglions multiples, durs, indolents, formant une véritable pléiade.
Impossible, d'après cet ensemble de signes, de ne pas êlre fixé sur la nature des deux lésions. En toute évidence, ces deux lésions sont des chancres, des chancres syphilitiques. Et, non moins évidemment, ces chancres ont succédé à l'inoculation vaccinale dans le délai classique qui constitue l'incubation de la syphilis. Donc, en définitive, le malade est affecté de syphilis, et cette syphilis lui a été transmise par le vaccin.
Tel fut, en effet, le diagnostic immédiatement porté par M. Millard.
Ce diagnostic de notre éminent collègue n'avait nul besoin de contrôle, vous le pensez bien, pour être à juste titre accepté de tous. Aussi est-ce uniquement par respect pour l'exactitude historique que j'ajouterai ceci :
Le jour même oi^i le malade avait été vu par M. Millard, il fut examiné tour à tour par MM. Hardy et Ricord, qui, tous . deux, confirmèrent de tous points l'appréciation émise par M. Millard et sur l'existence de la syphilis, et sur l'origine de cette syphilis sous forme de chancres développés au siège môme des piqûres vaccinales, et sur la relation incontestable de ces chancres avec l'inoculation vaccinale.
En sorte que, d'un accord unanime, tant les faits cliniques s'imposaient, tant l'évidence était formelle, ces trois médecins rapportèrent l'origine de celte syphilis au vaccin, et en firent une syphilis de contamination vaccinale.
Et ce n'est pas tout encore, Messieurs. Une contre-
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épreuve devait bientôt donner une confirmation éclatante à ce diagnostic.
Dans un but d'intérêt public, M. Millard publia dans tous ses détails l'observation que je viens de vous rapporter d'une façon sommaire (1). Naturellement on s'en émut. On s'en émut surtout à l'Académie. Car c'était l'Académie qui avait fourni le vaccin incriminé; elle se trouvait donc moralement engagée dans l'affaire et scientifiquement responsable. Et alors, avec un empressement, un zèle qu'on ne saurait assez louer, Dcpaul, le directeur du service de la vaccine, se mit, le même jour, à la recberche des autres sujets qui avaient été vaccinés en même temps que le malade de M. Millard et avec le même vaccin. Il poursuivait un double but : d'abord, constater ce qui s'était produit chez ces divers vaccinés ; et, en second lieu , leur porter assistance au besoin.
Qu'allait révéler cette enquête? Un dilemme s'imposait : On bien les sujets inoculés avec le vaccin incriminé, avec le vaccin considéré comme coupable d'avoir transmis l'infection syphilitique au malade de M. Millard, seraient retrouvés sains, c'est-à-dire exempts de syphiUs ; et, dans cette hypothèse, l'accusation portée contre le vaccin allait subir sinon une contradiction formelle, du moins une objection grave; — ou bien ces mêmes sujets seraient retrouvés atteints de syphilis, et tous atteints d'une syphilis de même âge, d'une syphilis ayant débuté
(1) V. Millard, Observation de syphilis vaccinale communiquée à la Société médicale des hôpitaux, dans la séance du 22 novembre 18G5. (Bulletins et mémoires de la Société médicale des hôpitaux de Paris, t. II, 2<= séi'ie, 18G5, p. 221 et suivantes. V. Pièces justificatives, note I.)
de la même façon, à savoir sur le bras, par un ou plusieurs chancres du bras. Et alors la lumière serait faite d'une façon éclatante; et alors la doctrine de la syphilis vaccinale allait recevoir d'un tel fait une confirmation décisive.
Eh bien, Messieurs, ce fut en ce dernier sens que la question se décida. Car, grâce aux registres administratifs de l'Académie, on put ouvrir et mener à bonne fin l'enquête projetée, qui aboutit aux résultats suivants (1).
Neuf enfants et plusieurs ouvriers de l'administration militaire du quai de Billy avaient été inoculés le même jour que le client de M. Millard avec le vaccin suspect.
Or, de ces neuf enfants, deux étaient déjà morts (et vraisemblablement morts de syphilis) au moment où l'enquête fut entreprise. Mais les sept autres purent être retrouvés. Ils présentaient tous à ce moment des accidents non douteux de syphilis; et, pour tous les sept, il put être nettement établi que celte syphilis avait débuté d'une façon indiscutable par des chancres des bras, chancres qui s'étaient développés au siège même des piqûres vaccinales et qui s'étaient accompagnés de l'adénopathie axillaire caractérislique.
Et de même pour trois des soldats qui furent examinés par M. Depaul à l'hôpital du Yal-de-Grâce, où ils étaient entrés dans le service de M. le D'" Londe. Ces trois militaires, dont le billet d'admission portait comme diagnostic Intoxication syphilitique détermi-
(I) V. Séance de l'Académie impériale de médcciue du 3 sept. 1807. Discussion sur la vaccinaUon animale, discours de M. Depaul. [BuUe- Im de l'Académie impériale de médecine, I866-G7, t. XXXII, p. 1047
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7îéepar une vaccination opérée « l'Académie, présentaient sur les bras, au siège même des inoculations du vaccin, des vestiges de chancres indurés. Chez tous, le corps était couvert de taches syphilitiques des plus évidentes.
Quant au vaccinifère, il était mort dès le lendemain du jour où il avait fourni du vaccin à l'Académie. On n'a pu avoir sur lui, non plus que sur ses ascendants, de renseignements formels. Cependant, lorsque sa mère, qui l'avait mis en nourrice dans le Midi, était allée le reprendre, elle l'avait trouvé « couvert de taches et de boutons; il présentait en outre quelques ulcérations aux aines et aux parties génitales ».
Que dire d'un tel fait. Messieurs, sinon qu'à lui seul il suffirait à imposer la conviction ?
Eh bien, nombre d'autres faits que je pourrais vous citer immédiatement, mais qui trouveront plus utilement leur place dans l'exposé qui va suivre, ne sont pas moins démonstratifs. En sorte que la syphilis vaccinale a, peut-on dire, ses preuves cliniques, qui sont au-dessus de toute suspicion, de toute contestation possible.
II. — Mais ce n'est pas tout. Nous avons mieux, vous ai-je dit, que des cas cliniques à produire à l'appui de l'authenticité de la syphilis vaccinale. Nous avons un fait expérimental, où l'inoculation vaccino-syphilitique a été réalisée dans un but de recherches scientifiques.
Et, en effet, il s'est trouvé un médecin un, « curieux