‹ Leçons sur la syphilis vaccinale [electronic resource]Chapitre 29 sur 46 · V. Éruptions durables · texte numérisé non relu

V. Éruptions durables

VI. Très fréquemment, syphilides des muqueuses ou autres manifestations spécifiques s'ajoutant aux éruptions cqtanées,

SYPHILIS VACCINALE.

XYII

Un troisième problème nous reste à résoudre, et celuici bien plus important encore que les deux qui précèdent, bien plus essentiel pour la pratique.

Il se pose ainsi : Différencier de la syphilis vaccinale toute syphilis qui, indépendante du vaccin comme origine, viendrait par aventure à entrer en scène à la suite de Vinoculation vaccinale.

Précisons le cas par un exemple, et choisissons cet exemple dans l'ordre des faits qui sont le plus souvent observés en pratique.

Un enfant naît de parents syphilitiques, et naturellement est destiné à présenter dans un avenir prochain des accidents de syphilis héréditaire. On le vaccine, mettons à l'âge de quinze jours. Et voici que huit, quinze jours, quelques semaines après cette vaccination, des manifestations de syphilis se produisent sur lui.

Surgit alors, ou peut surgir alors la question de savoir si ces manifestations sont imputables à une infection syphilitique par le vaccin ou bien ne sont que le résultat d'une infection héréditaire. Voilà le problème.

Eh bien, ce problème, Messieurs, ne croyez pas qu'il se présente en pratique à l'état d'une éventualité exceptionnelle. Loin de là. Il s'impose au médecin plus souvent qu'on ne le supposerait a priori. El cela, pour une double raison : parce que, d'abord, les enfants hérédo-syphilitiques ne sont pas rares, tant s'en faut, et que ces enfants, comme tous les autres, sont appelés à subir l'ino-

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culalion vaccinale peu de temps après leur naissance, c'est-à-dire peu de temps avant l'entrée en scène des manifestations spécifiques de leur infection héréditaire; — et, en second lieu, parce que très habituels sont les cas où l'on n'est pas éclairé sur l'élat hérédo-syphilitique de ces enfants par les aveux de leur famille. Cette famille, d'ailleurs, peut être éloignée (nourrissons envoyés en province); — elle peut ne pas exister (enfants dits assislés); — elle peut ou ignorer de bonne foi ou dissimuler à dessein son état de syphilis, etc., etc.

Ausssi bien trouverez-vous dans la science quantité de cas où des syphilis incontestablement héréditaires ont pu, pour une raison ou pour une autre, donner le change, c'est-à-dire être indûment rapportées à une infection vaccino-syphilitique, et cela toujours pour le même motif, à savoir : parce que lesdites syphilis étaient entrées en évolution apparente peu de temps à la suite d'une vaccination. Ce n'est que justice d'ajouter, il est vrai, que la plupart de ces observations remontent à une époque déjà plus ou moins ancienne, où les lois de l'évolution syphilitique n'étaient pas encore déter-minées et connues comme elles le sont de nos jours.

Notons, en plus, une considération d'un autre genre. C'est que la syphilis congénitale ne fait pas que succéder éventuellement au vaccin ; parfois elle semble influencée, incitée par lui, comme s'il lui servait de provocation occasionnelle à précipiter ou multiplier ses manifestations. Pour certains auteurs, qui ont relaté des cas de cet ordre, la vaccine, en raison de la modification générale qu'elle imprime à l'organisme, serait capable

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de hâter l'éclosion d'iine syphilis héréditaire latente, et de provoquer des manifestalions qui, sans elle, ne se seraient pas produites ou ne se seraient produites que plus tardivement (1). En un mot, la vaccine jouerait le rôle d'un « coup de fouet » sur la syphilis héréditaire pour en activer l'explosion ou exagérer l'intensité de ses accidents. Elle ferait pour la syphilis ce qu'elle faitpour d'autres maladies, notamment pour certaines dermiitoses (eczéma, psoriasis, urticaire, pemphigus, etc.), dont elle éveille ou réveille les manifestations propres (2).

A l'appui de cette opinion, on a cité un certain nomhre de faits dans lesquels la vaccine ou bien aurait précédé à courte échéance l'explosion d'accidents d'hérédosyphilis, ou bien serait devenue l'occasion,' la raison peut-être même, d'accidents graves, malins, voire mortels. C'est ainsi, par exemple, que quelques observations de Friedenger (3), Pitton (4), Viennois (5), etc., sont rela-

(1) C'est aiusi que, pour M. Rollet, « l'évolution vaccinale aurait pour effet de provoquer des éruptious syphilitiques qui, sans cette circoustauce, n'eussent apparu que plus tardivement. Le vaccin, par la modification qu'il imprime à l'organisme, hâte l'éclosion de la syphilis, lorsque celle-ci existe à l'état latent >. . [Recherches cliniques el expérimentales sur la syphilis. Paris, 18G1, p. -iO.)

De même, pour M. Viennois, le vaccin pourrait avoir pour résultat d'inciter une syphilis latente à se révéler par quelques manifestalions spécifiques, notamment par une éruption. « Lorsque, dit-il, on vaccine un sujet syphilitique n'ayant la maladie qu'à l'état latent,' des accidents syphilitiques peuvent éclater sous l'inlhience de la vaccine. Ces accidents, observés un certain nombre de fois, consistent en éi-uptions constilutionnelles, papuleuses, vésiculeiisos, pustuleuses, etc. » [De la transmission de la syphilis par lu vaccination, Arch. gén. de médecine, 1800.) — 1».

(2) V. Dauchez, Thèse citée; — Moulinet, Des rapports entre la vaccine el certaines maladies de la peini (Thèse de Paris, 1884) ; etc., etc.

(3) Cité par Viennois (Mémoire précité). — V. Pièces jusUficatives, note XII.

(4) Journal des connaissances médico-chirurgicales, 1884. —V. Pièces justificatives, note XII.

(5; Mémoire cité, p. I?. — V. Pièces justificatives, note XII,

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