CONTAMINATION OPÉRATOIRE
c'est-à-dire de la syphilis dérivant do l'inoculation d'un vaccin emprunté à une source syphilitique.
Mais cet exposé resterait incomplet, je crois, si je ne lui adjoignais comme annexe un court chapitre relatif aux contagions de syphilis pouvant dériver de la pratique même de la vaccination. Je m'explique.
Il n'est pas impossible qu'avec le vaccin le plus irréprochable une contagion de syphilis dérive de l'opération vaccinale.
De cela voici la preuve.
Tout d'abord, pour prendre le cas le plus simple, l'opération même de la vaccine peut, comme toute autre opération, devenir prétexte à une transmission du virus syphihtique.
Comment cela? allez-vous dire. — De la façon la plus simple. Par l'entremise d'un instrument malpropre qui, préalablement souillé de virus syphilitique, est reporté sur un sujet sain sans avoir été lavé, bien lavé, purifié comme il conviendrait qu'il le fût.
Vous savez, Messieurs, que de nombreuses observalions de ce qu'on appelle les contagions iiisti'umentales de la syphilis existent déjà dans la science. Les plus célèbres parmi les contagions de cet ordre sont celles qui ont été transmises par des sondes, dans le cathétérisme de la trompe d'Eustache. D'autres fois la transmission s'est faite par des spéculums, des serres-fines, des stylets, des lancettes, des scarificateurs, des miroirs laryngoscopiques, etc. Je suspecte le porte-nitrate d'avoir été plusieurs fois l'intermédiaire de contaminations qu'il m'a été impossible d'expliquer autrement. Et ce qui m'a toujours
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étonné, c'est de n'avoir pas encore rencontré dans ma pratique d'exemples de transmissions semblables dues à ces instruments divers dont se servent les dentistes.
Eh bien, ce que peut faire tout instrument, pourquoi la lancette à vaccin ne le ferait-elle pas?
Le simple bon sens, non moins que l'analogie, spécifie donc d'une façon formelle qu'une contamination syphilitique pourrait résulter, dans la vaccination, d'une lancette ou d'une aiguille malpropre, chargée du contage syphilitique.
De même on a parlé de contamination possible « par un vaccin en plaques qui serait délayé dans la salive d'un sujet affecté de syphilides buccales ». Mais un tel fait est-il de nature, vraiment, à jamais se produire?
En tout cas, ces dangers, comme le précédent en particulier, sont de l'ordre de ceux qu'il suffit de signaler. Un médecin prudent, ayant le respect de ses clients et de lui-même, n'aura certes jamais à compter avec de telles éventualités.
Mais là ne se borne pas le rôle d'agent intermédiaire que joue la lancette dans l'inoculation de la syphilis par la vaccination ; car voici ce que l'on peut encore observer.
Dans les vaccinations « par fournées », telles qu'elles se pratiquent dans les mairies, les hôpitaux, les régiments, les lycées, etc., la Iransmission de la syphilis peut se faire d'un vacciné à un autre vacciné de la même série par l'intermédiaire d'une lancette d'ailleurs absolument propre et irréprochable par elle-même.
Comment cela? De la façon que voici.
CONTAMIINATION OPÉRATOIRE. 153
Supposons une série de dix sujets que l'on va successivement vacciner dans la môme séance, et désignons ces individus, suivant l'ordre dans lequel ils recevront le vaccin, sous les noms de A, B, C, D, E, F, etc.
Le vaccinifèreest parfaitement sain ; mais, par contre, un des sujets à vacciner, soit le sujet C, est syphilitique (particularité que le vaccinalour ignore).
On vaccine successivement les sujets A, B, C, et, comme l'on est pressé, comme il faut aller vite, aussitôt après avoir vacciné C, on porte sur D la lancette ou l'aiguille non essuyée.
Eh bien, je dis que cette lancette, sortant encore humide du bras de C, encore chargée de vaccin et d'humeurs sous-épidermiques (sérosité, sang), pourra transmettre à D la syphilis dont C est alTecté.
N'est-ce là qu'une hypothèse, qu'une conception imaginée à plaisir dans les méditations du cabinet ? Si vous le pensiez, écoulez ceci pour vous convaincre du contraire.
Voici, d'abord, un premier fait qui a été relaté par un médecin des plus distingués, le docteur R. Taylor (de New-York).
Vingt personnes sont vaccinées dans une même séance avec du vaccin en tubes. — Un enfant de sept mois environ, bien portant, sain et né de parents sains, est vacciné le huitième. — Immédiatement avant lui, on avait vacciné une jeune femme, prostituée de profession, qui présentait à ce moment même (comme on l'apprit plus lard) des accidents de syphilis secondaire (syphilide papulense, plaques muqueuses, etc.). — De
i^^t SYPHILIS VACCINALK.
cette femme la lancette fut portée directement et sans transition sur l'enfant, car le vaccinateur (ainsi que cela esl bien spécifié dans l'observation) passait à la hâte d'un sujet à un autre, sans même prendre soin d'essuyer son instrument.
Qu'arriva-t-il ?
C'est que l'enfant reçut de la lancette ainsi chargée et la vaccine et la syphilis.
Vingt-trois jours après la vaccination, on constatait sur l'un de ses bras, au niveau d'une des piqûres vaccinales, une lésion papulo-érosive qui ne tarda pas à devenir un chancre syphilitique des plus nets ; puis quarante-six jours après l'éclosion de ce chancre, se produisait l'invasion d'accidents constitutionnels (roséole, plaques muqueuses, etc.) (1).
Que voulez-vous de plus probant ?
De même, M. le Ory a relaté. l'observation d'une infirmière de la Charité qui reçut la syphilis d'une vaccination faite (remarquez ceci, Messieurs) non pas avec du vaccin humain, mais avec du vaccin de génisse. Ici encore les choses se passèrent comme dans le cas précité. Cette femme fut vaccinée immédiatement après un
(I) A case in wich sypliilUic contagion was convcycd lu Ihe opération of vnccinaliou, wiUi l'einarks upon thc nieans of prévention, by \)' Taylor de New-York {Archiver of dermalology. Avril 1876, p. 203 i 210). — V. Pièces justificatives, note XIII.
Les circonstances du fait ont été notées ici de la façon la plus explicite : « ... Le vaccinateur, après avoir opéré sur nu sujet, passait de suite au suivant. On sut d'une façon pèremptoire qu'il ne nettoyait pas son instrument à chaque individu, mais qu'il l'appliquait rapidement et sans interruption sur le bras de chacun... La mère de l'enfant et la surveillante ont toutes deux fait la remarque que l'instrument avait passé directement du bras de la jeune femme sur celui de l'enfant. » — P.