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V. — Femme de vingt ans. — Lymphatique

Antécédents : Vaginite simple et ulcération du col en avril 1856.

Double chancre dans la dernière quinzaine d'octobre 1856. — De ces chancres, provenant de la même origine et déclarés à la même époque, l'un occupe la grande lèvre gauche et sa base' est fortement indurée ; l'autre siège sur la gencive et repose sur une base très dure, cartilagineuse.

Adénopathie inguinale gauche, spécifique. — Engorgement dur et indolent des ganglions situés k la partie antérieure du steruo-mastoïdien, et spécialement de celui qui se trouve immédiatement derrière l'angle de la mâchoire.

Roséole papuleuse lenticulaire et cuivrée . — Éruption croûteuse du cuir chevelu. — Adénopathie cervicale postérieure (1).

Ainsi, deux chancres naissent simultanément de la même contagion : l'un se développe sur la face, l'autre

(1) M. Doucher de la Ville-Joasy vient de me communiquer un sixième fldt, complètement analogue aux précédents.

Un jeune homme, qu'il traite actuellement, tient de la même contagion trois chancres, à savoir : deux chancres indurés de la verge^ avec pléiades inguinales caractéristiques, et un chancre de la lèvre, également induré, avec adénopathie 8ou>-maxillaire.

Je dois enfbi un septième fait tout semblable au docteur Témoin, ancien interqe de M. CuUerier.

sur les organes génitaux ; tous deux s* indurent; tous deux revêtent les caractères de l'ulcère infectant. — Rien ne saurait mieux démontrer, pour l'un et l'autre de ces chancres, que leur nature est indépendante du siège qu'ils occupent.

En résumé donc, et d'après tout ce qui précède, la condition du siège ne saurait devenir la cause déterminante de l'action du virus chancrenx dans une direction donnée, et l'hypothèse qui attribue l'induration constante, le caractère univoque du chancre céphalique à des influences locales de région ou de tissu, ne peut soutenir Tépreuve d'une analyse rigoureuse.

111. —Une autre hypothèse a été proposée par M. Diday(l) et par moi (2), presque à la même époque. L'un et l'autre, nous avons essayé d'attribuer le caractère invariable du chancre céphalique à une sorte d'immunité locale de la région contre la variété molle de l'ulcère vénérien primitif; immunité non pas absolue, mais relative, c'est-àdire ne consistant qu'en une certaine inaptitude des tissus à se laisser affecter par le virus du chancre simple.

Les récentes expériences d'inoculation entreprises par M. le docteur Puche, sont venues prêter à l'hypothèse que nous avions hasardée une confirmation inattendue. On se rappelle, en effet, l'évolution particulière que prend le chancre simple lorsqu'on le force à germer sur les régions céphaliques. Au lieu de s'étendre, d'ulcérer profondément les tissus, de revêtir, en un mol, l'allure envahissante que nous lui connaissons, il se borne rapidement, se limite en quelques joui'S et arrive à la cicatrisation d'une façon singulièrement h«1live. Il semble que

(I) Nouvelles doctrines sur la syphilis. (J) Mémoire cité.

NOTES ET PIÈCES JUSTIHCATIVES. S6l

les tissas des régions céphaliques soient comme des terrains mal appropriés à son développement : il y végète, il y meurt rapidement.

Qu'on ne nous demande pas quelles peuvent être les raisons de cette immunité ou de cette inaptitude locale? Nous les ignorons. Elles nous échappent absolument, et c'est en vain que Ton recherche quelque explication anatomique ou physiologique à cette condition étrange qui rend la face moins vulnérable à tel virus qu'à tel autre. H

Cette particularité tout exceptionnelle d'une région réfractaird tu chancre simple, — le chancre au pus virulent par excellence, au pus si facilement transmissible et si sûrement inoculable, — cette particularité, dis-je, constitue sans doute un fait trop insolite pour être accepté sans défiance. L'esprit n'accueille qu'à regret l'hypothèse d'une immunité locale dont le mystère lui échappe.

Cependant j'ai hâte de le dire, cette h)7)othèse paraîtra peut-être plus acceptable, si l'on considère que ce fait en apparence si extraordinaire a cependant ses analogues en pathologie. Beaucoup de maladies, en effet, ont un lieu d'élection spécial, en dehors duquel elles ne se manifestent pas ou ne se manifestent qu'exceptionnellement. En d'autres termes, il est certaines régions qui semblent inaccessibles ou difficilement accessibles à tel ou tel état morbide.

Citons quelques exemples :

La ffale affecte certains sièges de prédilection; l'éruption psorique se fait avec méthode, < aflectant régulièrement des parties similaires de chaque côté du corps, ne se montrant jamais sur certaines d'entre elles (1). » La face, à l'exception du menton où il parait que l'on a rencontré l'acarus dans ces derniers temps, la face est un

(I) Devergie, Maladies de la peau, p. 58 i.

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terrain inaccessib/e à la gale (1). Comment eipliquer cette inaptitude d'une région, surtout pour une maladie c dont les manifestations ne dépendent que de la piqûre capricieuse d'un insecte? »

N'est-il pas surprenant de même de voir la diphthérite attaquer si fréquemment les muqueuses du larynx, de la trachée et du pharynx, etc., et respecter invariablement, à quelques millimétrés de distance, la muqueuse de l'oesophage, où la production de fausses membranes est, comme on le sait, tout à fait exceptionnelle (2)?

Que dire encore de la papule muqueuse, qui, si fréquente à la bouche, si commune surtout sur les amygdales, le voile du palais et ses piliers, ne franchit presque jamais risthme du gosier pour affecter la paroi postérieure du pharynx (8)?

Le pus blennorrhagique, qui contagionne si facilement certaines muqueuses, reste sans effet sur telles autres (A). Gomment interpréter, par exemple, cette énorme disproportion de fréquence entre les affections blennorrhagiques de la conjonctive et de la pituitaire, deux muqueuses qui, cependant, sont exposées à la contagion dans des ce nditiens presque égales?

Pourquoi telle séreuse, comme le péricarde, est-elle affectée si facilement par le rhumatisme, lorsque telle autre membrane du même système organique, comme le péritoine, n'est jamais ou presque jamais atteinte par la même diathèse?

Et ainsi d'une foule d'affections qui paraissent exclues de certains sièges, sans qu'aucune condition appréciable nous révèle robstacle qui leur en défend l'accès.

(1 ) D'après M . Devcrgie , il en serait de même pour la partie externe des membres et le dos. Ouvr. cité, p. 584.

(2) V. Rilliel et Barthez, t. I, p. 276.

(3) Y. Bassereau, Traité des affections de la peau symptomatiqties de la syphilis^ p. 319.

(4) Diday.

Les exemples précédents nous montrent donc que Tinimunité relative de la région céphalique contre le chancre simple ne constitue pas un fait isolé dans le cadre nosologique. C'est au contraire un fait qui a ses analogues, et Ton ne saurait se refuser à reconnaître que l'hypothèse d'une inaptitude locale emprunte une certaine autorité à ces derniers rapprochements.

Quelque inexplicable qu'elle soit, cette immunité locale parait, en définitive, la seule raison rigoureusement admissible du caractère univoque que revêt le chancre céphalique.

IV. —Enfin, dans ces derniers temps, une interprétation très différente de toutes celles qui précèdent, a été proposée par un syphiliographe éminent de l'école de Lyon.

D'après M. RoUet, si le chancre céphalique se présente avec le caractère que nous lui connaissons, c'est qu'// résulte de la contagion d^un accident secoîidaire de syphilis, a Si Ton n'admet pas cette contagion, dit-il, la prédominance du chancre infectant à la bouche est absolument inexplicable (1). »

Soit I que les chancres infectants de la bouche dérivent de la contagion d'accidents secondaires, c'est un fait qu'on peut admettre ; mais interpréter d'une façon ou d'une autre l'origine des chancres infectants qui se déclarent à la bouche, ce n'est pas expliquer l'absence du chancre simple sur la même région. Il y a là deux questions différentes et indépendantes. M. RoUet donne à l'une l'interprétation qu'il croit la plus juste, mais il laisse sans solution l'autre partie du problème.

(I) Archives générales de médecine, 1859.

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