‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 59 sur 127 · MORPHINE, INFLUENCE SDR LA DIGESTION · texte numérisé non relu

MORPHINE, INFLUENCE SDR LA DIGESTION

phine. Les sécrétions digestives normales ou morbides sont interrompues par l’effet de la morphine. Mais il n’est cependant pas impossible non plus que ce soit une action générale dérivant du cerveau. J’ai, en effet, observé que le même résultat se produit quand on injecte la morphine sous la peau, au lieu de l’introduire directement dans le gésier. C’est une question sur laquelle nous nous arrêterons dans la suite. Car, je le répète, rien n’est plus intéressant que l’étude comparative des actions locales et générales des substances.

Nous nous bornerons à dire que beaucoup de phénomènes cérébraux influencent la digestion ; à côté du sommeil de l’opium, on peut citer le sommeil naturel et même le sommeil chloroformique.

Ce n’est cependant pas la somnolence qui doit agir par elle-même, car, dans le cas où la digestion est suspendue par injection sous-cutanée de morphine, le pigeon ne dort pas du tout. Il y a donc là une action propre sur l’appareil digestif, qu’il serait intéressant de poursuivre afin de savoir si cette action dérive réellement de l’influence cérébrale ; en effet, si l’on ne peut la rapporter à cette origine, il faudrait l’expliquer par une modification du système nerveux grand sympathique, et alors on devrait peut-être s’en référer à une action sur les centres nerveux inférieurs ganglionnaires périphériques ou autres.

Vous voyez donc que nous sommes loin de considérer l’action de .la morphine comme expliquée; seulement nous pouvons voir qu’elle est l’une des questions les plus dignes de l’étude des physiologistes et des médecins.

Toutefois nous allons reproduire avec la morphine

quelques-unes des expériences analytiques que nous avons instituées avec le chloroforme, pour établir le mode de propagation de l’action de cette substance.

Voici d’abord une grenouille qui a subi, il y a environ une heure, une ligature placée derrière les bras et embrassant la totalité du corps, sauf la moelle épinière. Elle n’a du reste reçu aucune injection de matière toxique. Nous la prenons comme point de comparaison. Vous voyez que la peau présente une teinte de pâleur anémique, résultant de l’interruption de la circulation du sang; mais l’effet se borne là.

Voici maintenant une deuxième grenouille qui a subi en arrière des bras une ligature exactement semblable à celle-ci. Nous injectons de la morphine dans le train antérieur, et nous voyons que l’action de cette substance (c’est-à-dire l’excitation, puisque c’est le seul effet delà morphine que nous puissions observer sur les grenouilles) se propage dans le train postérieur, quoique la ligature ait été pratiquée derrière les bras pour empêcher le sang de transporter la morphine dans cette région du corps. Il y a donc là un effet d’influence du cerveau sur la moelle, épinière que nous avons déjà constaté pour le chloroforme.

Enfin, prenons une troisième grenouille, toujours opérée de la même manière, par une ligature faite en arrière des bras. On lui injecte de la morphine, non plus dans lé train antérieur, mais dans le train- postérieur, sous la peau du ventre. L’action excitante se produit dans le train postérieur où la morphine peut encore se répandre par des oscillations capillaires, mais elle ne

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