PRÉJUGÉS ANTIQUES SUR LES CAUSES DU CHOLÉRA
pas seulement les voyageurs malades, mais tous les étrangers; — l'étranger, l'éternel ennemi.
Avant d'accuser les eaux, on s'en était pris à l'air et aux nuages; il fut un temps où certain nuage arrivant au-dessus d'une ville était réputé pestilentiel, à cause de tel reflet ou de telle teinte insolite. Ces idées avaient cours aux xiv" et XV'' siècles..., on a pu les voir renaître dans la seconde moitié du xix" siècle !
Naturellement, les mesures prophylactiques préconisées ont toujours été en harmonie avec ces chimères étiologiques. Il fallait détourner la colère divine par des pratiques expiatoires, pénitences et macérations imposées aux hommes pécheurs ; l'efficacité des pèlerinages et des processions a trouvé jusqu'à l'époque présente des croyants dans toutes les classes de la société.
On a fait mieux pour la peste noire; on a posé des sentinelles auprès des puits. J'ai vu de même à Paris en 1865 et en 1873 la police garder les tonneaux de porteurs d'eau sur le quai Saint-Bernard. L'autorité faisait-elle une concession aux préjugés populaires ou les partageait-elle?
On a placé aussi des sentinelles à l'entrée des villes, on a baissé la herse et levé le pont. De notre temps on a créé des cordons sanitaires autour des villes saines : dans les pays méridionaux, on a accueilli des voyageurs à coups de fusil.
Et cependant l'observation tranquille des faits a révélé que le choléra est une maladie endémique en certains pays ; depuis on ne sait combien de siècles, c'est une maladie familière au Delta du Gange. Puis elle en fait irruption; elle suit une caravane et en dessine le trajet du Gange à la Mecque; là elle frappe tous les musulmans, indous ou non, 'qui s'y trouvent assemblés; elle s'acharne au retour sur toutes les caravanes, les détruit quelquefois tout entières, ou arrive avec elles jusqu'au Iledjaz, jusqu'à la Perse; alors elle fait sa migration par la Russie jusqu'à l'Europe occidentale. On ajpu suivre aussi ses migrations du Hedjaz en Egypte, à Alexandrie, où elle forme un foyer secondaire, menaçant ainsi l'Europe de deux côtés. On sait que