DE L'INJECTION INTRA-VEINEUSE D'URINE
grandes dans les limites de l'état normal, deviennent plus considérables encore aux confins de l'état pathologique.
Les urines pathologiques ne sont pas toujours plus toxiques que les urines normales; elles peuvent l'être moins, elles peuvent l'être difTéremment, en produisant d'autres symptômes.
Certaines urines pathologiques déterminent, à la dose de 10 centimètres cubes, des convulsions qu'on n'observe presque jamais après l'injection d'urines normales.
Avec certaines autres, il faut, pour provoquer un phénomène quelconque, injecter autant d^irine, et même plus, que la dose à laquelle l'eau distillée provoque la mort. Ainsi la maladie tantôt augmente, tantôt diminue la toxicité de l'urine. Chez certains albuminuriques, l'innocuité de l'urine est un fait remarquable; le rein semble en avoir séparé les substances toxiques, en les conservant dans l'organisme.
Quand la mort survient après une injection d'urine, on pourrait supposer qu'elle résulte de l'action mécanique de la masse d'urine injectée ou de la dilution du sang. Il n'en est rien, puisqu'on peut doubler, presque tripler la masse du sang sans inconvénient.
La mort n'est pas non plus attribuable à l'hydratation générale du corps. Si l'on réduit par évaporation la quantité d'urine de moitié en faisant partir seulement l'eau, la toxicité augmente du double. Le degré de concentration d'une urine normale en fait varier la toxicité : l'homme sain, mais oligurique, est plus toxique que le polyurique pour une même quantité d'urine, ce qui prouve que l'urine ne tue pas par l'eau, mais par les substances qui sont en dissolution dans l'eau.
Quelles que soient ces substances, il y a intérêt à savoir le degré de toxicité qu'elles communiquent aux urines, c'est-àdire le pouvoir toxique de la matière qui, élaborée par un poids donné de l'homme, s'élimine en un temps donné par ses urines.
Il m'a semblé nécessaire, pour la clarté des explications ultérieures, de créer un néologisme, et je m'en excuse; ce néologisme a pour but de dénommer l'unité qui servira de
38 UROTOXIE, COEFFICIENTS UROTOXIQUES
terme de comparaison dans l'estimation des variations de la toxicité des urines.
J'appellerai urotoxie l'unité de toxicité, c'est-à-dire la quantité de toxicité nécessaire pour tuer un kilogramme d'être vivant. Cette unité, nous la déterminerons par l'expérience. J'étudierai ainsi les coefficients urotoxiqiies, c'est-à-dire la quantité d'urotoxies que I kilogramme d'homme peut fabriquer en vingt-quatre heures.
Un homme sain du poids de 60 kilogrammes rend en vingtquatre heures 1200 centimètres cubes d'urine. Si 50 centimètres cubes de cette urine tuent 1 kilogramme d'animal, 1200 centimètres cubes d'urine tuent 2/i kilogrammes d'animal; donc 60 kilogrammes d'homme fabriquent et éliminent par les reins en vingt-quatre heures de quoi tuer 24 kilogrammes d'animal. Ainsi 1 kilogramme d'homme fabrique en vingt-quatre heures de quoi tuer ZiOO grammes d'animal ; or, pour tuer 1 kilogramme, il faut 1 urotoxie. Le coefficient urotoxique de cet homme de 60 kilogrammes est donc 0,/i. C'est à peu près le coefficient normal, que j'ai trouvé être en moyenne 0,46/1.
Si 1 kilogramme d'homme fabrique en vingt-quatre heures de quoi tuer h^h grammes d'animal, il fabrique en vingt-quatre heures près de la moitié de ce qui est nécessaire pour le tuer lui-même. L'homme met en moyenne deux jours et quatre heures pour fabriquer la masse de poison urinaire capable de l'intoxiquer.
Il y a des variations à l'état normal pour le coefficient urotoxique, mais restreintes. A l'état pathologique, le coefficient urotoxique dépasse rarement 2 et descend rarement au-dessous de 0,10.
La toxicité des urines normales varie suivant des circonstances multiples, activité cérébrale, activité musculaire, sommeil, alimentation, etc. Les variations portent sur l'intensité et sur la qualité de cette toxicité.
Les urines du sommeil, quoique plus denses, plus riches en matériaux solides, sont, à volumes égaux, presque toujours moins toxiques que les urines de la veille ; toujours les urines