‹ Leçons sur les auto-intoxications dans les maladiesChapitre 34 sur 227 · EXPLICATION DE QUELQUES SYMPTOMES URÉMIQUES · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE QUELQUES SYMPTOMES URÉMIQUES

(l'une auto-intoxication. Mais l'argument n'est pas péremptoire. Il y a bien d'autres manières de mourir après la néphrectomie. Ne se pourrait-il pas que la mort fût causée alors par le défaut d'élimination d'eau, ou que les réflexes partis du plexus rénal irrité produisissent, par suite de changements dans l'élaboration de la matière du corps, des transformations de certains composés organiques, comme celle de l'urée en carbonate d'ammoniaque, ou que des composés nouveaux fussent créés par contre-coup et d'une façon indirecte? On a répondu à cette objection qu'après la néphrectomie on ne voit se produire ni anasarque ni œdème du cerveau; qu'on ne trouve pas dans l'organisme plus de carbonate d'ammoniaque; que les réflexes n'ont pu se produire, puisqu'on a supprimé, dans certaines expériences, leur voie de passage. Quelle que soit la valeur de cette argumentation, pour franchir le dernier pas qui nous sépare de la certitude, il faut que nous retrouvions dans les signes de l'urémie les caractères physiologiques propres aux matières toxiques de l'urine.

Le tableau clinique de l'urémie répond-il à ce desideratum?

L'œdème peut exister, mais il est rare.

On observe le coma et les convulsions, tantôt l'un, tantôt l'autre de ces symptômes; probablement parce que le rein n'offre pas la même résistance à toutes les substances qui le traversent. Dans la néphrite interstitielle et dans la parenchymateuse, il ne retient pas toujours les mêmes matières, sels, matières extractives, etc. : de ces différences dans sa perméabilité pour telle ou telle substance toxique pourrait bien résulter la prédominance de l'urémie comateuse ou de l'urémie convulsive ou de la forme mixte.

La dyspnée existe dans l'urémie, avec diminution de l'amplitude des mouvements respiratoires.

Je puis signaler le myosis comme un des caractères constants de l'urémie. Dans l'évolution des phénomènes cholériques, on voit se succéder l'intoxication propre au choléra et l'intoxication urémique; quand celle-ci commence, le myosis apparaît : tous les cholériques anuriques ont la pupille con-

70 UTILITÉ DE l'urée

tractée. Le myosis avait déjà été signalé par Roberts comme Fim des signes de l'anurie.

La salivation a été observée par A. Robin dans l'urémie.

L'hypothermie a été regardée comme une de ses manifestations les plus ordinaires.

Que manque-t-il à ce tableau pour qu'il soit identique à celui que produit l'empoisonnement par les principes toxiques de l'urine? — Il ne manque que l'abondance de la sécrétion produite par l'élimination abondante de l'urée; car c'est l'urée qui est diurétique. L'urée ne peut plus, sur un rein malade, provoquer son action bienfaisante. D'ailleurs, quand l'urée n'est plus fabriquée dans le corps, le rein, même normal, cesse de manifester son fonctionnement : dans l'urémie hépatique, quand le foie ne fait plus d'urée, bien que le rein reste normal, on voit souvent apparaître les mêmes symptômes que s^il était devenu imperméable.

Nous sommes ainsi conduits à cette conclusion inattendue que l'urée, ce corps qui a été si longtemps l'épouvantail des médecins, nuit surtout quand il fait défaut.

Dans rénumération des substances toxiques de l'urine, j'en ai négligé quelques-unes, ou parce qu'elles sont réellement peu toxiques, comme les sels de soude; ou parce qu'elles ne se trouvent dans l'urine qu'en très petite quantité : tels sont les alcaloïdes urinaires, par lesquels on a depuis peu tendance à expliquer les accidents toxiques des maladies en général, mais qui, bien que nombreux à l'état normal et à l'état pathologique, n'ont pas fait jusqu'ici leurs preuves au point de vue de la toxicité des urines normales. Ils sont, sans doute, au nombre de ces substances indéterminées et innommées dont j'ai essayé de faire l'analyse physiologique.

M. Gabriel Pouchet a dit en 1880 qu'ils étaient toxiques : il leur voyait produire chez les animaux la faiblesse musculaire, la stupeur, les convulsions, puis la mort avec le cœur en diastole. Mais il avait opéré avec l'extrait éthéré de quantités colossales d'urine et sur de très petits animaux.

Pour rester dans le domaine des choses applicables à la

Page 1