PAR LE CALCUL ET PAR L'EXPÉRIMENTATION
celle de l'urée, 1 kilogramme de sang devrait contenir 62 fois la quantité de poison que ce kilogramme de sang élimine en une révolution totale; et, comme cette quantité éliminée est capable de tuer S^%2!iS de matière vivante, 1 kilogramme de sang devrait contenir assez de poison pour tuer 3,2Zi3 x 62 = 201 grammes de matière vivante, ce qui représente une toxicité minime.
Si, au contraire, la vitesse de l'élimination du poison était égale à celle de l'eau, la quantité de matière toxique renfermée dans 1 kilogramme de sang devrait être 321 4 fois la quantité éliminée par ce kilogramme de sang pendant une révolution totale. 1 kilogramme de sang serait donc capable de tuer 3,2/i3 X 3214 = 10 /i23 grammes de matière vivante. Ce résultat n'est pas absurde; cette toxicité maximum ne serait pas incompatible avec la vie. Avec une telle toxicité de son sang, l'animal s'empoisonnerait lui-même si 1 kilogramme de ce sang était distribué à 10 kilogrammes de son corps ; mais en réalité 1 kilogramme de sang est distribué à 13 kilogrammes de l'organisme. Il est d'ailleurs extrêmement probable que la toxicité réelle du sang est moindre et qu'elle est comprise entre ces deux extrêmes.
Ces calculs hypothétiques ne nous indiquent que les limites extrêmes de la toxicité possible du sang. On peut heureusement aborder la question par le côté expérimental. L'injection de sang d'un animal dans les veines d'un autre animal peut produire la mort sans que cette mort soit attribuable à l'emboUe, et sans que l'augmentation de la masse du sang puisse être incriminée. L'injection de 25 centimètres cubes de sang, par kilogramme d'animal, provoque réguhèrement la mort. Ce qui prouve que cette mort est le résultat d'une intoxication, c'est que la dose mortelle varie suivant le point de l'appareil vasculaire où ce sang a été puisé. Si, au lieu de le prendre dans le système veineux général, on le prend dans la veine porte, il suffit, pour provoquer la mort, de ili centimètres cubes au lieu de 25, ce sang étant chargé des poisons putrides et biliaires puisés dans l'intestin et n'en ayant pas encore été dépouillé par
76 INJECTIONS INTRÂ-VEINEUSES DE SANG
le foie. Or un kilogramme d'animal renferme ^77^ = 77 grammes de sang. Après l'injection de 25 grammes de sang, ce kilogramme contient 102 grammes et alors l'animal meurt. On peut donc dire que 102 grammes de sang suffisent pour tuer un kilogramme d'animal. En d'autres termes, un kilogramme de sang veineux renferme, à l'état normal, assez de poison pour tuer 9804 grammes de matière vivante.
Ces conclusions seraient rigoureusement exactes si le sang injecté provenait d'un animal de même espèce que celui auquel on l'injecte. Or, dans mes expériences, c'est le sang du chien qui a été injecté au lapin. J'ai des raisons de croire que le sang est plus toxique pour un animal d'une autre espèce que pour un animal de même espèce. Dans les études expérimentales relatives à la transfusion, on avait bien dit que le sang d'une espèce est un poison pour une autre espèce animale ; mais on n'avait pas fait l'estimation du degré de cette toxicité, et on partait toujours de ce point de vue faux que le sang d'un animal n'est pas toxique pour un animal de même espèce. Tandis que le sang du chien tue le lapin à la dose de 25 centimètres cubes par kilogramme, j'ai reconnu que le sang du chien injecté au chien à la dose de 30 centimètres cubes ne produit qu'un malaise passager, et que chez le lapin, pour produire la mort, il faut injecter 126 centimètres cubes de sang de lapin. Ce chiffre est considérable; il est vrai qu'il s'agissait d'une injection de sang artériel. La mort est survenue en convulsions, avec contraction pupillaire modérée; les urines ne contenaient que des traces d'albumine, pas de sang et pas d'hémoglobine. Il n'y avait d'hémorrhagies dans aucun organe, sauf des foyers emboliques assez nombreux, mais très petits, d'apoplexie pulmonaire, auxquels la mort ne saurait être attribuée, le rythme respiratoire n'ayant pas été modifié avant la convulsion finale qui a été très courte. Dans cette expérience, l'animal est mort quand chaque kilogramme de son corps était irrigué par 77 -j- 126 = 203 grammes de sang. D'où l'on déduit par le calcul qu'un kilogramme de sang de lapin est capable de tuer /i926 grammes de lapin, en chiffres ronds 5 kilogrammes. D'où