CONGESTION HÉPATIQUE ET REIN FLOTTANT
du rein et dilatation de Testomac. Bartels croit le déplacement du rein primitif : le rein, dit-il, tombe sur la portion horizontale du duodénum, s'oppose mécaniquement à la sortie des aliments hors de Testomac, qui se dilate. Mais, si le rein se déplace primitivement, pourquoi est-ce toujours le rein droit? Moi je dis que le rein droit se luxe parce que c'est le foie qui le chasse de sa loge. On ne trouve pas Tectopie du rein droit chez tous les gens dont Testomac est dilaté, mais uniquement chez ceux dont le thorax est le siège d'une constriction habituelle à sa base, chez les femmes et chez les militaires. Bartels a reconnu le fait. Le corset et la ceinture empêchent le foie, lorsqu'il augmente de volume, de passer au-devant du rein. Or, si 10 ou 15 fois par an se produisent des poussées de congestion hépatique, on comprend fadlement que le rein, refoulé peu à peu, se déplace consécutivement à Télongation graduelle de ses attaches vasculaires. On observe, sur l'ensemble des dilatations de Testomac, la luxation du rein 14 fois sur 100. Si Ton tient compte du sexe, la fréquence est de 28 p. 100 chez la femme, de 3 p. 100 seulement chez l'homme. Or, si chez la femme plus du quart des dilatations sont ainsi attribuables à la luxation du rein, la dilatation de l'estomac devrait être chez l'homme sensiblement moins fréquente que chez la femme. Pourtant l'expérience démontre que la dilatation de l'estomac est au moins aussi fréquente chez l'homme que chez la femme.
La dilatation de l'estomac, à cause des fermentations anomales qui en sont la conséquence, s'accompagne en outre d'ACciDENTs LOINTAINS, dout bcaucoup fout partie du cortège classique des dyspepsies, et sont considérés comme d'ordre réflexe. Ce sont d'abord les accidents nerveux des dyspeptiques (la dyspepsie s'accompagne de dilatation de l'estomac dans les 7/8** des cas).
Les malades ont l'accablement au réveil, — au bout d'une demi-heure, ils ont souvent reconquis leur alacrité. Ils accusent un cercle douloureux autour de la tête, des céphalées, de la tristesse, un caractère plus difficile, la sensibilité au froid, l'insomnie, les vertiges qui appartiennent à l'histoire de toutes les
174 ACCIDENTS NBRYEUX
maladies de Testoroac, robscureissement de la vue, Théiniopie, la diplopie^ la faiblesse du muscle droit interne de Tœil, les hallucinations de la vue silencieuses et solennelles; Tengoordissement partiel et passager des membres, d'un bras, d'une jambe; — la contracture des extrémités des mains, signalée par Kûssmaul, Dujardin-Beaumetz, Hanot, Hayem, et dont j'ai observé récemment un exemple. J'ai vu une malade qui, à deux heures du matin, se réveillait en sursaut, angoissée, avec une contracture des mains, contracture qui s'étendait jusqu^aux bras et aux épaules ; cet état durait depuis cinq semaines. J« constat» chez elle une dilatation de l'estomac, et prescrivis le régime approprié; la nuit suivante, elle n'eut pas sa crise, elle ne Teol pas les nuits ultérieures, tant qu'elle observa son régime. Ua jour elle y manqua; la nuit même, la contracture des mains reparut. Elle a disparu définitivement depuis, grâce à ^obse^ vance continue d'une meilleure hygiène.
J'ai signalé encore l'aphasie transitoire, une fois la syncope mortelle, — des troubles de l'innervation vasculaire, la sensatioa de deux ou trois doigts morts, — les palpitations, la rougeur de la face trois heures après les repas, la fausse angine de p(Htrine, — les sueurs nocturnes localisées à la tête, au cou, au thorax. Je signalerai encore après Ghantemesse et Le Noir les névralgies intercostales bilatérales.
Tous ces phénomènes peuvent être, à la rigueur, considérés comme réflexes. Mais il en est d'autres qui découlent de métamorphoses anormales de la matière. Ceux-là, comment les expliquer, sinon par une intoxication?
Outre les accidents nerveux qui sont à tort ou à raison considérés comme réflexes, j'ai constaté, chez les gens dont l'estomac est dilaté, des accidents du côté de la nutrition générale et des troubles des émonctoires.
J'ai dit que ce sont en général des malades frileux; ils ont cependant des sueurs faciles, nocturnes, ou diurnes, et après le moindre exercice, une promenade à pied sur un terrain uni, après avoir monté deux étages. Ces sueurs ont une odeur fade ou aigre, de pain moisi, disent quelques-uns des malades.
DERMATOSES, URTICAIRE 175
On noie chez eux l'eczéma 13 fois sur 100, le pityriasis présternal ou capitis, le pityriasis versicolor.
L'urticaire n'est pas rare chez les dilatés. Or, l'urticaire, bien qu'elle ne passe pas pour une maladie d'intoxication, et qu'on ne la signale pas fréquemment au cours des maladies infectieuses, a été constatée empiriquement pendant les indigestions et les embarras gastriques. On l'a vue succéder à Tingestion des moules^ de certains poissons avariés^ de coquillages divers. Ne sont -ce pas là toutes causes toxiques? L'urticaire a été observée souvent après la ponction du kyste hydatique du foie; on l'a attribuée, en pareil cas, à l'introduction d'une partie du liquide kystique dans le péritoine et à sa pénétration ultérieure dans les voies lymphatiques; ce serait là encore une sorte d'intoxication. C'est à tort qu'on a mis en cause exclusivement l'action ^lu péritoine. Étant chef de clinique, j'ai vu une jeune iBlle atteinte d'un kyste hydatique, pour lequel Béhier avait conseillé l'ouverture large du foie au moyen de cautérisations successives suivant la méthode de Récamier; afin de faire naître des adhérences avec la paroi abdominale, on avait, grâce à la pète de Ganquoin, pratiqué comme une sorte de tunnel dans le tissu hépatique. On arriva à un kyste de volume si minime qu'on crut qu'il y avait des kystes multiples et qu'on dut recourir alors à des ponctions faites dans le fond du tunnel. Il s'écoula seulement quelques cuillerées d'un liquide nettement hydatique, dans lequel des crochets furent micrographiquement constatés. On pousse alors plus loin et on voit s'écouler un jet de sang rouge, venu d'une branche de la veine-porte. Cependant le seul accident fut une éruption universelle d'urticaire. Il est évident que la pénétration du liquide kystique s'était faite directement dans le sang, et que c'est là un cas d'urticaire nettement toxique sans l'intermédiaire du péritoine.
Je pense d'ailleurs que l'urticaire est souvent d'ordre toxique, comme d'autres éruptions congestives avec élevures du derme, les éruptions quiniques qui peuvent revêtir les formes érythémateuse, scarlatiniforme ou papuleuse, comme une variété d'érythème copaïhivique, comme l'exanthème de la belladone.