INJECTION INTRA-VEINEUSE DE BACILLES-VIRGULES
par voie intra-veineuse, j'ai expérimenté sur le lapin. J'ai injecté dans les veines de Toreille d'un lapin pesant 1800 grammes 79 centimètres cubes de culture non bouillie et non flitrée de bacilles-virgules, soit A3 centimètres cubes par kilogramme. Au moment de l'expérience, l'animal, pour tout phénomène, a présenté de l'accélération de la respiration, surtout à la fin de l'injection. Il est mort vingt-quatre heures après. L'autopsie a révélé de la congestion pulmonaire, une diarrhée de peu d'abondance, une albuminurie assez intense, l'absence de bacilles-virgules dans les selles, la présence de quelques-uns de ces bacilles dans les reins, où le sang, qui les avait reçus, les avait apportés. En somme, les constatations, et surtout la durée du temps écoulé entre le moment de Tinjeclion et celui de la mort, rappellent l'infection et non l'intoxication. — Enfin, un second lapin, du poids de 1990 grammes, a reçu dans les veines de Toreille, en cinq minutes, 92 centimètres cubes de culture bouillie et filtrée de bacilles-virgules, soit 46" par kilogramme. La température a baissé de 8 dixièmes au moment de l'expérience, mais l'animal n'a présenté aucun autre signe morbide, et il a ultérieurement continué à se porter parfaitement. Ces expériences, que je résume brièvement, me dispensent de longs commentaires; elles légitiment pleinement cette réponse négative à la première question que je m'étais posée : les cultures de bacilles-virgules ne contiennent pas de substance toxique. Pour résoudre la deuxième question, pour savoir si le bacillevirgule est capable de faire apparaître le choléra chez les animaux, j'ai, comme Koch, expérimenté sur des cobayes. Comme Koch, j'ai déposé dans l'estomac de mes cobayes H centimètres cubes de culture de bacilles-virgules, après avoir au préalable, suivant le procédé de l'auteur allemand, alcalinisé l'estomac à Taide de 5 centimètres cubes de bicarbonate de soude en solution à 5 p. 100 et immobilisé l'intestin par l'injection intra-péritonéale de 3 centimètres cubes de teinture d'opium. Je dois reconnaître que les résultats que j'ai obtenus sont ceux que Koch avait obtenus lui-même. Mes cobayes sont morts rapidement. A l'autopsie, j'ai constaté que l'estomac
Bouchard. Auto-intoxications. id
usa INTOXICATION CHOLÉRIQUE
était le plus souvent dilaté, qu'une diarrhée plus ou moins abondante remplissait Tintestin grêle, que dans cette diarrhée on pouvait retrouver en abondance variable des bacilles-virgules. Mais j^ai institué aussi d'autres expériences. J'ai^ chez d'autres cobayes, alcalinisé Testomac et immobilisé TintestiD en suivant exactement le procédé de Koch, comme j'avais (ait pour mes cobayes dans les expériences que je viens de rappeler. Chez ces cobayes ainsi préparés, au lieu de déposer 11 centimètres de culture de bacilles-virgules dans l'estomac, j'ai déposé chez les uns 11 centimètres cubes de vieille culture charbonneuse et chez les autres 11 centimètres cubes de bouillon aigri à l'air ou de vieille culture de pyocyanine. Eh bien! les animaux sont morts rapidement avec une fréquence presque égale à celle des cobayes qui avaient reçu des bacilles-virgules, en présentant à peu près les mêmes phénomènes, sauf que peut-être la diarrhée était moins abondante.
Ces derniers résultats ébranlent singulièrement la valeur des expériences de la première série. Et, sans nier toute propriété pathogène .au bacille-virgule, on est, il me semble,, en droit de dire que la démonstration rigoureuse de cette propriété pathogène n*est point encore faite.
Si donc, à cause de son analogie avec les autres maladies infectieuses, d'après l'histoire de ses grandes migrations el de ses foyers localisés, je suis conduit à admettre que le choléra est causé par une infection, j'ai aussi le droit de dire qu'à côté de rinfection il existe, dans la pathogénie du choléra, une intoxication secondaire et conséquente à TinfectioD. Je pense que les symptômes considérés comme caractéristiques du choléra, ceux qui permettent d'en faire le diagnostic, sont le résultat de cette intoxication. C'est à elle qu'il convient d'attribuer la cyanose , la réfrigération , les troubles respiratoires, le hoquet, la diarrhée spéciale, la desquamation intestinale, les crampes, la déshydratation des tissus, Falbuminurie, Tanurie. Tels sont les symptômes de Tintoxication cholérique : j'y ajoute la conservation du sentiment et l'absence de contraction pupillaire.