INJECTIONS DE SÉRUM SANGUIN
l'on déduit encore, si vous voulez vous reporter bux calculs indiqués tout à l'heure, que, par les reins, les poisons du sang doivent s'éliminer 2 fois plus vite que Teau, mais 26 fois plus lentement que l'urée. Cette remarque n'est pas sans intérêt : elle montre que si le rein ne peut pas être suppléé pour l'élimination de l'urée, il peut l'être pour l'expulsion des poisons sanguins, et que, dans les cas d'autointoxication, les grandes spoliations séreuses ou simplement aqueuses pourraient ne pas être sans quelque utilité. Une dernière conclusion à tirer de celte expérience, c'est que, pour que la mort se produise par auto-intoxication, il suffit que la quantité des poisons du sang devienne deux fois et demie plus grande que la quantité normale. Je vous fais assister aux diverses phases par lesquelles j'ai passé dans cette étude de la toxicité du sang : l'hypothèse, le calcul, l'expérimentation, et je ne fais aucune difficulté de reconnaître que des expériences ultérieures m'ont obligé à admettre que le sang a une toxicité encore moindre que celle qui semble devoir être déduite de l'expérience précédente. Dans le sang, le plasma seul peut être toxique. Les cellules vivantes retiennent en elles les matières inertes ou nuisibles qui les constituent. Pour que les poisons puissent agir, il faut de toute nécessité qu'ils soient en solution; il faut qu'ils puissent dialyser du sang dans les tissus; il faut qu'ils soient dans la partie liquide, non vivante, dans le plasma. Il y avait donc lieu d'expérimenter la toxicité du sérum sanguin. J'ai extrait de dix lapins, par saignées artérielles, 600 grammes de sang; le caillot, après un séjour de vingt-quatre heures dans la glacière , m'a fourni 260 grammes d'un sérum limpide à peine teinté. Ce sérum a été filtré, puis injecté dans les veines d'un lapin. L'animal est mort après avoir reçu 125 centimètres cubes de sérum par kilogramme. La mort a été précédée par une contraction notable, mais non punctiforme, de la pupille, par de l'exorbitisme, par de la dilatation des veines superficielles, et, aux derniers moments, par la perte des réflexes oculaires, par des convulsions et un écoulement spumeux sanguinolent par les narines. Les poumons volumineux, mais pâles, étaient piquetés d'apoplexie pul-