‹ Leçons sur les auto-intoxications dans les maladies: professées à la Faculté de médecine deChapitre 52 sur 239 · INJECTIONS INTRA-VEINEUSES DE MATIÈRES PUTRIDES · texte numérisé non relu

INJECTIONS INTRA-VEINEUSES DE MATIÈRES PUTRIDES

(les fermentations. Mais] la bile est capable de fermenter ellemême, de se putréfier. Elle ne peut donc s'opposer que pour une faible part aux fermentations dans Tintestin grêle ; en tout cas, elle ne peut rien contre celles qui vont continuer activement dans le gros intestin.

Aussi rintestin grêle pour une part et le gros intestin surtout se trouvent-ils capables de livrer au sang des produits de putréfaction.

Mais les matières putrides sont-elles toxiques?

Haller croyait que non.

Gaspard établit en 1822 que les matières putrides sont toxiques, et elles le sont, en effet, bien plus que les matières résultant de la désassimilation. Il injectait dans les veines d'animaux le liquide provenant de la putréfaction du sang ou de la viande; il constatait de rabattement, de la diarrhée et des vomissements, la rougeur des muqueuses, puis la mort survenait, et l'autopsie faisait voir des ecchymoses du tube digestif, des tissus cellulaire, musculaire et cardiaque, le gonflement de la rate et des ganglions mésentériques, la congestion des poumons, tous phénomènes vérifiés par ceux qui ont repris les expériences de Gaspard.

Magendie a étudié Tintoxication par les gaz des fosses d'aisances, il eut la prescience de l'influence morbifique des émanations putrides.

Les expériences de Gaspard ont été reconnues exactes par Panum, Bergmann, Billroth.

Il restait à savoir si les faits observés par Gaspard ressortissaient à l'intoxication ou à l'infection. Il n'avait pu, lui, distinguer la putréfaction de l'infection, ne possédant pas la notion des agents infectieux. Il injectait dans le sang des animaux les produits de la vie des organismes inférieurs, mais en même temps ces organismes eux-mêmes ; il faisait donc à la fois de Tintoxication et de l'infection.

Panum a eu le sentiment de cette difficulté à résoudre; par l'ébullition à 100'', il a détruit les organismes eux-mêmes avant d'injetter les produits de la putréfaction, et il a observé encore les mêmes phénomènes.

94 TOXICITÉ DBS Matières putrides

I^och a, d'ailleurs, fourni un autre argument. S'il s'agit d'in toxication, les effets, produits doivent être immédiats et pro* portionnels à la quantité de matière putride injectée. S'il s'agit d'infection, une période d'incubation est nécessaire et la quantité ne doit pas influer sur la gravité des accidents. Or l'expérience démontre que, dans ces cas, les accidents arrivent immédiatement après l'injection de matière putride. Si l'on en injecte de petites quantités, on a des accidents moins graves qu'avec de grandes.

Ainsi l'absence d'incubation, la proportionnalité des accidents à la quantité du poison tranchent la question de leur nature; ils sont bien de l'ordre des intoxications. Il restait à isoler les substances toxiques produites par les organismes inférieurs.

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