‹ Leçons sur les auto-intoxications dans les maladies: professées à la Faculté de médecine deChapitre 87 sur 239 · DE LA SAIGNÉE · texte numérisé non relu

DE LA SAIGNÉE

que déplacer le poison en le faisant passer des cellules dans les plasmas; après la déshydratation, il faut faire Thydratation immédiate. C'est là un jeu dangereux, on n^est jamais sûr de graduer à volonté ces alternatives de soustraction et de restitution d^eau au sang et aux tissus.

Je ne veux cependant pas proscrire un moyen en faveur duquel la clinique semble s^être prononcée depuis longtemps. La diarrhée n'enlève pas Turée du sang; mais elle en soustrait les poisons. Chez un adulte bien portant, j'ai pendant six jours consécutifs mesuré la toxicité urinaire par périodes de quatre heures. La courbe de cette toxicité se reproduisait chaque jour, régulièrement, toujours la même. Mais j'ai constaté une perturbation coïncidant avec une diarrhée. Pendant les quatre heures coïncidant avec cette diarrhée la toxicité urinaire avait diminué notablement. J'ai pensé que les poisons qui faisaient alors défaut dans les urines avaient été emportés par le liquide intestinal.

Nous n'avons jusqu'ici rencontré que des moyens nuisibles ou incertains. Que penser de la saignée ? Que fait-on lorsqu'on soustrait du sang à un urémique? En enlevant 32 grammes de sang, vous lui enlevez 50 centigrammes de matières extractives; Télimination quotidienne par les urines est de 8 grammes; vous enlevez donc ainsi le 1/16® de la matière extractive que l'urine aurait dû emporter. Ce résultat n'est pas insignifiant ; car, si le rein devait enlever en une heure ces 50 centigrammes de matières extractives et si les accidents convulsifs ou comateux résultant de cette non-élimination peuvent tuer le malade pendant cette heure, la saignée que vous faites peut sauver la vie du malade en lui soutrayant momentanément l'excès de substance toxique qui fait éclater les accidents mortels.

En tout cas, il est certain qu'on soustrait à l'économie beaucoup plus de matières extractives par la saignée que par toute autre voie, la voie rénale exceptée; car une saignée de 32 grammes en enlève autant que 280 grammes de liquide diarrhéique et que 100 litres de sueur. D'ailleurs, ce n'est pas seulement 32 grammes de sang, la quantité que souti-

CONTREPOISONS : GHLOROFORMB, GHLORAL 143

rent 2 sangsues, qu'on a enlevés en pai*eil cas. Abercrombie, Marshall-Hall, Rayer, et tant d'autres après eux, ont employé la saignée copieuse contre les accidents urémiques, et ils ont vu guérir des gens assurément menacés de mort.

C'est surtout dans les néphrites aiguës, curables, telles que la néphrite scarlatineuse, que la saignée trouve son indication formelle, si les accidents urémiques se montrent; car, dans ces cas, la maladie rénale ne demande qu'à guérir, si le malade ne succombe pas à l'assaut passager de l'urémie. Dans ces cas donc, il est obligatoire de pratiquer la saignée, non pas seulement parce qu'elle est légitimée théoriquement, mais parce que, pratiquement, elle s'est montrée utile.

Au contraire, dans les maladies chroniques du rein, Futilité de la saignée est douteuse; on ne peut sans cesse recommencer à saigner un urémique dont le rein est définitivement et irrévocablement imperméable, on ne ferait que hâter sa mort en appauvrissant son sang; il n'y aura donc guère lieu de pratiquer la saignée dans l'urémie terminale des néphrites chroniques qu'une seule fois, au moment d'accidents qui menacent d'entrainer la mort immédiatement, et sans autre espoir que de différer de peu le terme fatal.

Puisque, dans la majorité des cas, on ne peut tirer grand bénéfice de la saignée, on a pensé à employer des contrepoisons capables d'opposer leurs effets physiologiques à ceux des poisons qui ont déterminé les accidents urémiques.

Les inhalations de chloroforme ont réussi, surtout dans cette intoxication particulière qui ressemble singulièrement à l'urémie, réclampsie des femmes en couches. Elles n'ont pas fait leurs preuves au même degré dans l'urémie des néphrites. En tout cas, elles ne trouvent leur application que dans la forme convulsive, et, bien entendu, on ne doit pas y songer pour les formes comateuses. C'est aussi à la forme convulsive que doit être réservée l'action du chloral, dont nous ne savons pas d'ailleurs quelle est la valeur exacte dans ces cas.

Le bromure de potassium, qu'on a aussi proposé, doit être repoussé de prime abord, car il peut lui-même déterminer l'in-

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