‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 17 sur 120 · CODES DE MÉD. — T. I · texte numérisé non relu

CODES DE MÉD. — T. I

contre l’ivresse. C’est en effet ce qui a lieu. Ainsi, ces expériences ont été poursuivies dans toutes leurs applications et dans toutes leurs conséquences.

Nous allons maintenant examiner les théories physiques se rapportant à des phénomènes d’une autre nature :

Vous savez, Messieurs, que, lorsque deux liquides de nature différente sont séparés par une membrane, il s’établit, en général, à travers la membrane un double courant à la faveur duquel ces liquides se mélangent. Vous savez encore que pour deux liquides différents ce courant est plus fort dans un sens que dans l’autre; lorsqu’un endosmomètre contenant une substance saline est plongé dans l’eau, il y a prédominance du courant qui va de l’extérieur à l’intérieur (endosmose), et la quantité d’eau qui a pénétré dans l’endosmomètre détermine l’équivalent endosmotique de la substance saline.

Le sang et les parois vasculaires baignées par les divers liquides introduits dans l’économie réalisent cette condition matérielle de deux liquides- séparés par une membrane organique. Aussi a-t-on attribué tous les phénomènes de l’absorption à des propriétés de cette nature, et voulu expliquer ainsi la plupart des actions toxiques et médicamenteuses.

L’équivalent endosmotique des sulfates de soude et de magnésie est très-fort. Un certain nombre d’auteurs, et M. Poiseuille est du nombre, ont dit, qu’introduits dans l’intestin, ces sels, en raison de leur pouvoir endosmotique considérable, y attiraient le sérum

contenu dans les vaisseaux, d’où leur action purgative.

M. Poiseuille établit ensuite cette proposition, que toute substance dont l’équivalent endosmotique est considérable est un purgatif.

11 a fait, pour cela, des expériences avec un endosmomètre muni d’une membrane empruntée au cæcum du mouton. Il a placé de l’eau de Sedlitz dans l’endosmomètreet du sérum du sang au dehors. Bientôt il a vu un échange se faire entre les deux liquides ; le courant était beaucoup plus fort vers l’intérieur de l’endosmomètre, si bien que le liquide monta dans l’appareil de la manière suivante :

Dans la I" heure 4"“,5

la 2° heure 8

la 3* heure 9

la 40 heure 8

la 5‘ heure 7

la 6° heure 3

Plus tard le liquide redescendit. La conclusion que tire M. Poiseuille de cette expérience, c’est que l’eau de Sedlitz attire le sérum vers elle plus fortement qu’elle n’est attirée par le sérum.

Dans l’expérience précédente, le sérum a été attiré dans l’endosmomètre ; mais si au contraire le sérum eût été placé au dedans et le sulfate de magnésie au dehors, le liquide aurait baissé dans l'appareil. On voit par cette expérience que, d’après M. Poiseuille, l’effet endosmotique purgatif est très-intense dans les premiers instants, puis que plus tard cet effet diminue et cesse. La membrane se trouverait saturée, et cette es-

pèce de saturation expliquerait, suivant cet expérimentateur, la tolérance pour certains médicaments quand on en a pris une certaine dose.

Il existe des substances qui diminuent ou détruisent la propriété endosmotique des membranes. L’hydrogène sulfuré et les sels de morphine sont, dit-on, dans ce cas, et, quand on les ajoute dans un liquide qui contient une substance très-endosmotique, l’endosmose est considérablement diminuée, et même cesse. M. Poiseuille a vu dans ces corps un moyen de détruire l’effet exosmotico-purçatif, et c’est à cette influence qu’il attribue, par exemple, l’efficacité des préparations d’opium pour arrêter la diarrhée.

Ces exemples auront suffi. Messieurs, pour vous faire sentir l’esprit qui dirige cet ordre de théories, pour vous montrer la tendance à ne voir dans tous les phénomènes de la vie que des actes ayant leurs semblables dans les modifications qu’impriment à la matière inorganique les forces générales de la nature. Il est loin de notre pensée de nier la réalité de phénomènes physiques et chimiques dans les effets que produisent sur l’organisme les agents étrangers, et particulièrement les substances que nous avons définies, toxiques ou médicamenteuses. Mais nous ne saurions, dans l’appréciation de ces effets, faire abstraction de l’influence du système nerveux et de la masse des phénomènes complexes qui constituent l’individu vivant. Partout où il existe de la matière, cette matière est soumise sans doute aux lois générales de la physique et de la chimie ; mais, chez les êtres vivants, l’action

fie ces lois est étroitement liée à une foule d’autres influences qu’on ne saurait nier. <

D’ailleurs, quelque ingénieuses que soient les explications mécaniques des phénomènes de la vie ; quelque satisfaisantes que soient les expériences sur lesquelles elles s’appuient, elles n’expliquent quelques actions qu’à la condition d’en négliger un plus grand nombre.

Ainsi, les variations physiologiques normales de la circulation sont souvent bien plus considérables que celles que nous avons vu attribuer à certains médicaments.

Ainsi le sucre, dont le pouvoir endosmotique est très-grand, devrait avoir une action purgative des plus prononcées.

Le sulfate de soude, introduit directement dans les veines, purge aussi bien et même mieux que dans l’intestin.

L’huile de croton, le jalap et tant d’autres, échappent complètement aux interprétations physiques signalées plus haut.

Pourquoi le sulfate de magnésie, placé sous la peau, purge-t-il par l’intestin, et non là où il est appliqué?

Du reste, nous verrons que ces actions endosmotiques, que l’on observe sur des membranes mortes, sont singulièrement déplacées et modifiées chez l’animal vivant, à cause du mouvement des liquides et du rôle (le l’épithélium.

Mais mon intention n’est pas de réfuter ici ces théories, j’ai voulu seulement vous en présenter des exemples.

11 me reste à vous entretenir des théories chimiques, ce sera l’objet de la prochaine leçon. Ces théories ont exercé une grande influence sur l’étude des poisons et des phénomènes de la vie. Nous les retrouverons souvent dans les études qui feront l’objet de ce cours, et nous pourrons alors les apprécier. Je ne les cite aujourd’hui que comme des exemples, afin que vous puissiez voir tout de suite les rapports qui existeront entre ces diverses théories et le point de vue particulier auquel nous nous placerons nous-même pour étudier les effets des substancos toxiques ou médicamenteuses.

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